Bosnia

(la Bosnie)
Cité dans Dead Passive :
“I’m so passive
A hopeless fucking mess
We’re so passive
Do our bit for charity
From Bosnia to London
We do it all for free
We do it all for free”

La Bosnie-Herzégovine ou Bosnie-et-Herzégovine, en forme longue la République de Bosnie-Herzégovine, est un État d’Europe du Sud situé dans la péninsule des Balkans. Elle est entourée de la Croatie, de la Serbie et du Monténégro, et a une petite ouverture sur la mer Adriatique.

La Bosnie-Herzégovine a été successivement romaine, slave, hongroise, ottomane, austro-hongroise et yougoslave. Héritage de cette longue histoire, ses populations, de langue serbo-croate, sont musulmanes sunnites, et chrétiennes catholiques ou orthodoxes. Les catholiques, qui se définissent comme “Croates” et sont officiellement reconnus comme tels dès la période austro-hongroise, les membres de l’Église orthodoxe serbe qui se définissent comme “Serbes” et bénéficient de la même reconnaissance, et enfin les Bosniaques dominent à tour de rôle : l’empire ottoman favorisait les musulmans, l’empire Austro-Hongrois avantageait les catholiques et le royaume de Yougoslavie soutenait les Orthodoxes.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, la population de Bosnie-Herzégovine est divisée. En 1941, le territoire de la Bosnie-Herzégovine est cédé à l’État indépendant de Croatie allié du troisième Reich. Certains Croates et Musulmans s’y rallient (ou s’y soumettent). Certains Serbes prennent les armes et rejoignent majoritairement les Tchetniks, une résistance nationaliste et royaliste. Un autre mouvement de résistance multiethnique (les Partisans communistes) est dirigé par Tito. Un grand nombre de Bosniaques, Croates et Serbes, mais également des Slovènes, Macédoniens, Monténégrins ou Albanais s’y engagent. Le 25 novembre 1943, le Conseil antifasciste de libération de la Yougoslavie se réunit à Jajce créé la Fédération démocratique de Yougoslavie et décide de la formation d’une République socialiste de Bosnie-Herzégovine au sein de la Yougoslavie communiste. La fin de la guerre et la victoire des Partisans entraînent la création de la République fédérative populaire de Yougoslavie, qui devient la République fédérative socialiste de Yougoslavie en 1963.

Une nouvelle assemblée est formée lors des élections parlementaires de 1990. Elle est dominée par trois partis communautaristes formés sur des critères ethniques, qui forment une coalition dans le but de prendre le pouvoir aux communistes. Ces partis sont soutenus par certains pays de la Communauté européenne notamment l’Allemagne et l’Italie. Les récentes déclarations d’indépendance de la Slovénie et de la Croatie, et les guerres qui les ont suivies, placent la Bosnie-Herzégovine dans une situation difficile. La population est divisée : la Bosnie-Herzégovine doit-elle rester dans la fédération yougoslave, comme le veut la majorité des Serbes (32 % de la population), ou chercher à obtenir son indépendance, ce que souhaite la majeure partie des Bosniaques et des Croates (64 % de la population) ?

Initiée par le Parti d’action démocratique de l’ancien dissident Alija Izetbegović, la déclaration de souveraineté d’octobre 1991 est suivie du rapport de la commission Badinter. Selon ce rapport, la Bosnie-Herzégovine ne peut être reconnue comme État indépendant par la communauté internationale que si un référendum national réclame cette reconnaissance. Ce référendum a lieu le 29 février 1992, conformément à la constitution yougoslave et aux exigences de la commission Badinter, mais il est boycotté par un tiers de la population (la majorité des Serbes de Bosnie). Parmi la population bosniaque et croate, les votants s’expriment à 99,4 % pour l’indépendance.

Refusant les résultats de ce référendum, les milices serbes organisées par Radovan Karadzić, chef du parti nationaliste serbe SDS encerclent la ville de Sarajevo. Karadzić organise une conférence de presse où il déclare : une guerre inter-ethnique et religieuse est inévitable, alors qu’Alija Izetbegović, élu président de la Bosnie, annonce qu’ il n’y aura pas de guerre en Bosnie, ni interne ni importée. Le 30 mars 1992, le chef d’état major de l’armée yougoslave (JNA), le général Blagoje Adžić, déclare : la sécession de la Bosnie-Herzégovine est inacceptable et l’armée fédérale est prête à y intervenir pour défendre le peuple serbe menacé par une agression ouverte. Néanmoins, la Communauté européenne et les États-Unis reconnaissent l’indépendance de la Bosnie-Herzégovine, le 6 avril 1992. Son adhésion dans l’Organisation des Nations unies a lieu le 22 mai 1992, en même temps que celles de la Croatie et de la Slovénie.

Refusant aussi cette reconnaissance par la communauté internationale, les forces de l’armée yougoslave dressent des barricades et postent des snipers tout autour de Sarajevo, pour “protéger” les quartiers serbes et isoler les quartiers bosniaques, à majorité musulmane, et les croates, à majorité catholique. Le 6 avril 1992, le président yougoslave Slobodan Milošević coordonne les premières opérations militaires en Bosnie. Le scénario est le même qu’en Croatie.

Bijeljina est la première ville bosniaque à être investie par l’armée yougoslave et par les milices serbes sous les ordres d’Arkan. “Nous avions l’ordre de tuer le plus de musulmans possible”, confesse Goran Jelišić, un jeune mécanicien serbe recruté à Bijeljina par Arkan pour participer au nettoyage ethnique de Brcko dans le Nord de la Bosnie (Audience du procès de Goran Jelišić, Dossier IT-95-10, Tribunal pénal international, La Haye, inculpé de génocide le 1er septembre 1997). Zvornik est la deuxième ville investie par les Serbes. José Maria Mendiluce, du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, responsable pour l’ex-Yougoslavie, parvient à franchir le pont sur la Drina et à longer Zvornik avant d’être arrêté par un groupe de miliciens. Lorsqu’il a eu quitté ses fonctions, il a décrit la scène suivante : Dans un virage, avant d’être interceptée, ma voiture a patiné sur du sang, j’ai croisé des camions remplis de cadavres. Dès lors la guerre se généralise, les milices de chaque communauté s’en prenant aux civils désarmés des deux autres. Aucune convention de guerre n’est appliquée et la barbarie se déchaîne (viols, tortures, assassinats, formation de camps de concentration). Le général Mladić, serbe de Bosnie à la tête du corps d’armée de Knin, réussit à s’emparer de l’ouest de de la Bosnie-Herzégovine (à l’exception de Bihać), d’où il chasse toutes les populations non serbes. À la mi-mai 1992, les forces serbes entreprennent de “nettoyer” les zones occupées. Parallèlement, le chef du parti démocratique serbe, Radislav Vukić, interdit les mariages mixtes.

Les populations bosniennes sont dès lors soumises à un régime d’apartheid institutionnalisé sous le nom de statut spécifique: les Bosniaques et les Croates des territoires sous contrôle serbe, ainsi que les Serbes des territoires sous contrôle croate ou bosniaque, sont privés de travail et de soins médicaux, assignées à résidence après avoir été expulsés et relogés dans des quartiers devenus ghettos. Des membres de chaque communauté sont également détenus dans les territoires pourtant contrôlés par “leurs” leaders, pour s’être opposés à la guerre et avoir défendu l’idée d’une Bosnie multi-ethnique. Ils y subissent les mêmes sévices que les ennemis. La violence se déchaîne aussi entre croates et musulmans (combats de Mostar et dynamitage de son pont, sac de Stolac et dynamitage de sa mosquée…).

En 1993, le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie est créé par les résolutions, n° 808 et 827, du Conseil de sécurité des Nations unies. Ainsi déclarait M.Boutros Boutros-Ghali : il était inadmissible, en effet, que restent depuis si longtemps impunis les actes dont nous sommes, hélas, si souvent les témoins et qui révoltent les consciences humaines.

Lorsque les pressions de la communauté internationale sur le régime Milosević forcent l’Armée fédérale yougoslave (JNA) d’évacuer la Bosnie-Herzégovine, les militaires serbes de la JNA changent d’insigne sur leurs uniformes et sur leurs appareils militaires, créant ainsi l’Armée de Republika Srpska. Sous ce nouvel uniforme, ils continuent de bénéficier d’un large support humain, logistique, et financier de la part de la République fédérale de Yougoslavie. L’offensive de la République serbe de Bosnie de 1992 réussit à placer la majorité du pays sous son contrôle (70% du pays en 1993). En mars 1994, un accord à Washington proposait une Fédération croato-musulmane, avec le principe d’un État fédéral entre celle-ci et la république serbe de Bosnie.

Mais les efforts de la communauté internationale pour tenter de faire cesser le conflit et éviter les pertes humaines parmi la population ont eu peu d’effets concrets malgré l’envoi de plus de 38.000 militaires sous le drapeau de l’ONU. Les massacres ont continué, dont le plus connu a été certainement celui de Srebrenica, en juillet 1995.

Les populations croato-bosniaques ont alors obtenu une aide logistique accrue de la part de la communauté internationale, qui isola la République fédérale de Yougoslavie officiellement définie comme agresseur (même si les Serbes continuaient de dire qu’il s’agissait d’une guerre légitime pour permettre le maintien dans la Yougoslavie des populations désirant y rester).

L’offensive conjointe en Croatie, en 1995, des forces croates de Croatie et de Bosnie, et des forces bosniaques de Bosnie, a permis la conquête de tous les territoires serbes de Croatie. La population serbe de ces territoires (dont la présence remontait auxfrontières militaires de l’Empire d’Autriche) a été expulsée vers la République serbe de Bosnie, qui a été également attaquée et perdit un tiers de son territoire. La Forpronu a perdu 167 hommes et compta plus de 700 blessés.

Le 21 novembre 1995, alors que certains militaires croates et bosniaques souhaitaient effacer la république serbe de Bosnie et en expulser les habitants vers la Yougoslavie, les belligérants ont été invités à signer à Dayton (États-Unis) un traité de paix afin d’arrêter les combats. Les accords de Dayton partagèrent la Bosnie-Herzégovine en deux entités : La Fédération de Bosnie et Herzégovine (51 % du territoire et 70 % de la population) et la République serbe de Bosnie (49 % du territoire et 25 % de la population, plus les réfugiés serbes de Croatie, désormais apatrides). En 1995-1996, une force internationale de maintien de la paix (IFOR) dirigée par l’OTAN, comprenant 60 000 soldats, est intervenu en Bosnie afin de mettre en place et de surveiller les aspects militaires de l’accord. À l’IFOR a succédé une force de stabilisation (Sfor) plus réduite (14 000 soldats en 2003) dont la mission était d’empêcher la reprise des hostilités. À cette Sfor, a succédé en décembre 2004, l’Eufor, une force militaire de l’Union européenne de 7 000 hommes environ.

La force de police internationale de l’ONU en Bosnie-Herzégovine a été remplacée fin 2002 par la Mission de police de l’Union européenne (MPUE), premier exemple pour l’Union européenne d’une telle force de police, ayant des missions de surveillance et d’entraînement.

En 2005, on découvre encore en Bosnie-Herzégovine des charniers datant de la guerre. La plupart du temps, les militaires de chaque belligérant s’en prenaient aux populations civiles de ses adversaires, et évitaient de s’affronter entre eux. Peu d’entre eux ont été inquiétés, moins encore, poursuivis. La Croatie s’est officiellement excusée pour ses agressions et ses crimes de guerre commis sur le peuple bosniaque (mais pas sur les Serbes). La Serbie, qui n’a encore présenté aucun regret, est poursuivie par la Bosnie-Herzégovine pour agression et génocide sur la population bosniaque devant la Cour internationale de justice. Les Bosniaques, comme les Croates, ne reconnaissent officiellement aucun crime sur les Serbes. Les principaux dirigeants de l’armée serbe de Bosnie, rendus responsables des évènements de Srebrenica, le général Ratko Mladić et Radovan Karadžić, ancien président de la République serbe de Bosnie. Après des années de fuite, Karadžić est arrêté en juillet 2008.

La guerre a causé la mort de “100 000 civils et militaires bosniaques, Serbes et de Croates”  ; 1,8 million de personnes ont été déplacées, toutes nationalités confondues.

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