Q – février 2003 : Manic Street Preachers – SECC, Glasgow – Mercredi 4 décembre 2002 – 4/5

Plus glamour que jamais, sortis du marasme et coupant court à toutes ses rumeurs de split. Ne dirigez simplement pas Nicky Wire sur le sujet du garage rock.

Nicky Wire, 33 ans, bassiste et parolier des Manic Street Preachers, occasionnellement travesti, supporter des Spurs et prétendu “Socrate de la pop” est un tantinet contrarié par la vogue du garage rock.

“Les Datsuns ? grimace-t-il. Voiture de merde, groupe de merde. Ce qu’ils chantent, ce n’est pas différent de ce que fait Gareth Gates. C’est une putain de honte absolue pour le rock alternatif. Et voir The Hives en couv’ de Q, ça me donne envie de gerber. On ne devrait pas permettre au bassiste d’être dans un groupe de rock. Il pèse 160 kilos et porte une moustache. Il devrait être dans cette WWF à la con !”

C’est avec un geste désinvolte de la main que Wire rejette toute idée de racisme envers les gros. “Je m’en branle. Un bassiste, ça devrait ressembler à Sid Vicious, Paul Simonon, ou encore à moi”.

Ceci sort de la bouche d’un homme qui commence la performance de ce soir avec un long manteau de fausse fourrure rayée et un foulard pour enlever son pantalon en plein milieu, provoquant ainsi des hurlements de loup de la part du public tandis que sous son manteau sont révélés de la chair pâle, des genouillères en lycra bleu, des mi-bas et un caleçon moulant à la Björn Borg.

“Je suis plus à l’aise sans pantalon, soutient-il. Tous les groupes que je vois, ils font toujours la même chose sur scène et ça me fait chier. On peut toujours être intelligent et glamour et pour autant se ridiculiser sur scène.

“Oui, conclut-il, arquant un sourcil pour l’effet, Exclusif : Les Manics s’amusent !”

Sa blague est pleine de sous-entendus. Récemment, des rumeurs ont suggéré que les Manic Street Preachers vont splitter après la sortie de leur best of, Forever Delayed et, surtout, à cause de la mauvaise performance de l’album “punk” malencontreux de 2001, Know Your Enemy.

Avec ce Greatest Hits Tour – suggéré comme leur dernier – les Manic Street Preachers font face à leur challenge le plus grand depuis leur retour à la scène en trio en 1996 après la disparition du membre fondateur Richey Edwards. Puis le leader James Dean Bradfield a détendu l’atmosphère des concerts en chantant le guilleret Raindrops Keep Fallin’ On My Head de Bacharach & David. Ce soir, on retrouve le groupe d’humeur provocante et festive. Ils jouent leurs chansons les plus aimées d’une manière impartiale qui satisfait les fanatiques bichonnés de Richey Edwards comme ceux qui connaissent vaguement le groupe, et prouvent avec deux excellentes nouvelles chansons qu’une tournée de Greatest Hits ne signifie pas forcément une impasse créative et qu’ils restent parfaitement “in” aux yeux d’un public rock d’aujourd’hui.

“J’aime la justification, le châtiment, chante Nicky Wire. Jouer devant 10 000 personnes chaque soir, avoir encore des tubes classés dans le Top 10 et vendre 25 000 albums par semaine, c’est génial.”

Alors, vous ne splittez pas ?

“Ben non, évidemment”.

* * *

Le show commence non pas avec leur musique mais celle de David Bowie : projeté sur des écrans géants, un montage rapide de photo iconiques et d’extraits de clips des Manics passe sur le Speed Of Life de Bowie. C’est bien joué ; ils reviennent également sur ce thème lorsqu’ils jouent Roses In The Hospital, remaniement à peine masqué d’une autre chanson de Bowie, le Sound And Vision de 1977.

Bradfield, son costume sobre contrastant fortement avec l’élégance glam culottée de Wire, sort un salut d’une voix bourrue et prend une pose de guitar hero pour Motorcycle Emptiness, le tube de leur début de carrière, endroit aussi bon qu’un autre pour commencer. Il est de bonne humeur. Plus tard, alors qu’il revêt un bonnet pour chanter Kevin Carter, Bradfield fait remarquer sa ressemblance avec un des héros de la télé britannique le plus improbable, Benny de Crossroads. Sur une note plus sérieuse, il dédie Stay Beautiful “à Mr Richard Edwards”.

Pour certains fans, c’est comme si les Manic Street Preachers avaient commencé une nouvelle vie sans Edwards, tout comme ce qu’ont fait les membres restant de Joy Division en formant New Order après le suicide de Ian Curtis. En effet, les deux chansons les plus récentes du set de ce soir laissent penser que le prochain album du groupe pourrait même être leur meilleur. L’élégance et la forte émotion de There By The Grace Of God et de Forever Delayed conviennent aux membres trentenaires d’un groupe de rock. Il se peut que la deuxième chanson sorte en single au début 2003 alors que Wire pense que …Grace Of God est “une des meilleures chansons qu’on ait faite durant les 10 dernières années”.

Et comme la performance de ce soir l’illustre, durant ces 10 années – 11, pour être exact – ils ont produit une partie des meilleurs singles rock de Grande Bretagne. You Love Uset Motown Junk sont des chansons punks intelligentes et électrifiantes. La dernière est dédiée par Wire à un disquaire d’Édimbourg (des huées glawesgiennes répliquent) qui a refusé de stocker le single sous prétexte que les Manic Street Preachers “portaient de l’eyeliner et étaient Gallois”. Faster, interprété en acoustique par Bradfield, revêt une intensité qui manque à la furie de The Holy Bible. Finalement, A Design For Life demeure une des chansons les plus émouvantes jamais écrites sur la lutte des classes en Grande Bretagne.

“On est le seul groupe issu de la classe ouvrière à avoir proprement fait une chanson comme ça, déclare-t-il. C’est un coup de chance. Je ne pense pas qu’on pourra refaire ça".

Aucun rappel ne suit. Ce n’est pas nécessaire.

10 minutes plus tard dans la loge du groupe, Wire se frotte le genou droit avec un sachet de glace pour apaiser une inflammation. “L’adrénaline va descendre et je me sens super bien”, dit-il en acceptant un verre de champagne.

Un Ian Brown plaisantin entre dans la pièce en traînant les pieds. C’est l’ancien chanteur des Stone Roses qui fait la première partie de cette tournée : sept ans auparavant, c’était les Manic Street Preachers qui ouvraient pour les Stone Roses à la Wembley Arena, leur premier concert à trois. Brown professe son amour du groupe : “James est un petit Elvis Presley, s’exclame-t-il le sourire aux lèvres, un working class hero très occupé”.

Wire aborde le thème avec délectation : “Ils disent qu’il n’y a plus de groupes politisés. Si, il y en a, mais tout ce qui intéresse les gens, c’est les bonnes causes. Ce n’est pas de la politique. No Logo : La Tyrannie Des Marques ? Ce livre, c’est pour les retardés mentaux. Ce n’est pas du Engels, c’est Janet & John. Know Your Enemy était bien trop dense sur le point de vue politique pour que quelqu’un s’y intéresse, mais je ne vais plus cacher mon intelligence. Je suis assez content qu’on me traite de branleur prétentieux”.

De l’avenir des Manic Street Preachers, Wire dit : “J’ai toujours pensé qu’on pouvait se réinventer. On n’est jamais à court de confiance”.

Et quand, finalement, il raccrochera sa basse et ses nippes à la Bet Lynch ?

“Anonymat complet et bunker en béton, comme JD Salinger. On ne me reverra pas. J’écrirais, je peindrais, je jardinerais, je serais heureux et je réfléchirais”.

Paul Elliot

Traduction – 2003, révisée le 2 mai 2006

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