Russia

(la Russie)
Cité dans New Art Riot :
“Revolution soon dies, sold out for a pay rise
China, Russia, England, all washed up in power abuse
Terrorism is an excuse that the ruling class use”

La Russie ou officiellement la Fédération de Russie est le plus vaste État de la planète avec une population de 142 millions d’habitants (en 2007). Le pays est à cheval sur l’Europe géographique (25,3 % de sa superficie) et de l’Asie orientale (74,7 %). Son territoire s’étend d’ouest en est (de Kaliningrad à Vladivostok) sur plus de 9 000 km avec 17 millions de km² (soit deux fois celui des États-Unis et 32 fois celui de la France) et compte onze fuseaux horaires. Sa capitale est Moscou, sa langue officielle le russe et sa monnaie le rouble.

Bien qu’entourée de nombreux océans et mers, la Russie est caractérisée par un climat continental avec des milieux froids et hostiles sur la majeure partie du territoire.

La Russie dispose de ressources minières (houille, fer, nickel, diamant, etc.) et énergétiques (pétrole, gaz naturel) abondantes, qui en font l’un des principaux producteurs et exportateurs mondiaux. Elle a hérité de l’URSS une industrie lourde puissante (aciérie, raffineries, industrie chimique, etc.). Les secteurs liés à l’armement et à l’aérospatiale sont également fortement développés, ce qui a permis au pays de jouer un rôle pionnier dans la conquête de l’espace.

La République socialiste fédérative soviétique de Russie (RSFSR) a été la plus importante des 15 républiques de l’Union soviétique dont elle constituait le noyau historique.

Dès la fin de 1991, l’URSS éclate en 15 États indépendants souverains, dont la Russie, qui a hérité de l’ancienne superpuissance les 3/4 de son territoire, plus de la moitié de sa population, les deux tiers de son industrie et la moitié de sa production agricole. La Russie occupe aussi dans la continuité sa place dans les institutions internationales, dont le siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies, tout en assumant également le passif financier de l’URSS. Elle est aussi fondatrice de la Communauté des États Indépendants (CEI) qui rassemble onze des quinze ex-républiques soviétiques.

Elle demeure une fédération constituée de 83 sujets disposant d’une autonomie politique et économique variable. Le découpage, tenant compte entre autres de la présence de minorités, existait déjà dans l’ancienne URSS.

Après la fin du système soviétique à la fin des années 1980 et au début des années 1990, le pays a graduellement adopté une économie de marché et un régime parlementaire pluraliste. Aspirant à suivre la mondialisation, la Russie se considère par ailleurs le pont entre l’Europe et l’Asie.La Rus’ de Kiev ou principauté de Kiev (Ruthénie) est le premier État organisé à s’être formé dans la région occupée aujourd’hui par l’Ukraine, la Biélorussie et une partie de la Russie occidentale (862). Fondée par des Vikings venus de Scandinavie (les Varègues en russe), elle forme un État peu structuré dont les sujets sont les tribus de Slaves orientaux vivant dans la région et qui seront progressivement conquises. Les princes varègues développent la route commerciale qui relie la mer Baltique et la mer Noire en empruntant le fleuve Dniepr (la route des Varègues). Ils réussissent, par la force des armes, à s’imposer à l’empire byzantin en tant que partenaire commercial. La Principauté de Kiev doit combattre les peuples nomades des steppes venus de l’est : Petchenègues, Coumans, etc. En 988, le grand prince Vladimir se convertit à la religion de l’empire byzantin, le christianisme orthodoxe : celle-ci deviendra religion d’État et sera l’un des facteurs de l’unité nationale russe. La Principauté de Kiev se désintègre en 1237 sous les coups de boutoir des peuples nomades après une longue période d’instabilité interne. Elle fait place à une quinzaine de principautés situées sur les territoires des actuelles Ukraine, Biélorussie et de la partie européenne de la Russie.

Les princes, qui dirigent ces principautés et ont la propriété éminente de la terre, emploient des armées encadrées par des boyards qui deviendront progressivement des propriétaires terriens. Ils règnent sur une masse de paysans à cette époque généralement libres. La principauté de Vladimir-Souzdal et surtout la république de Novgorod toutes deux situées au nord de la Principauté de Kiev vont profiter de leur indépendance pour se développer. La république de Novgorod, cité-État dotée d’un système de gouvernement original, prospère grâce à ses échanges commerciaux avec les pays de la Baltique. Elle repousse à plusieurs reprises les tentatives d’expansion des chevaliers teutoniques.

En 1226, un peuple nomade guerrier venu de Mongolie, appelé Tataro-Mongols par les Russes, attaque les principautés. Entre 1237 et 1242, le khan Batou petit-fils de Gengis Khan, défait les unes après les autres les armées des princes et réduit en cendres les principales villes dont Vladimir, Kiev et Moscou. Les populations sont massacrées ou réduites en esclavage. Seule Novgorod et dans une certaine mesure Pskov, situées au nord-est, réussissent à conserver une certaine autonomie. Les Mongols n’occupent pas les territoires vaincus mais les principautés doivent payer tribut et reconnaître la suzeraineté des Mongols qui fondent un État au sud de la Volga : la Horde d’Or. Cette vassalité ne prendra fin que trois siècles plus tard.

Les Mongols tatars ont profondément marqué la Russie, ethniquement avec l’installation de peuples turcophones, culturellement avec l’islamisation des peuples de l’Est de Moscou, entre Vladimir et Kazan qui renforcera le poids de l’Église face à l’occupation musulmane. Cette période est parfois appelé le despotisme oriental.

Du XIIIème au XVIème siècle, l’une de ces principautés, la Moscovie (dont la capitale est Moscou), dirigée par des princes habiles, annexe progressivement toutes les autres pour devenir la Russie (d’où le titre de Tsar de toutes les Russies porté par le souverain de l’empire russe). Le prince Dimitri Donskoï vainc une première fois les Mongols à la bataille de Koulikovo (1380). Monté sur le trône en 1462, Ivan III, qu’un voyageur vénitien décrit comme un “homme de haute taille, penché en avant et beau”, libère la Moscovie du joug des Mongols dont l’empire est désormais fragmenté en plusieurs khanats, puis absorbe les principales principautés russes encore indépendantes dont Novgorod. La Moscovie doit également combattre sur sa frontière nord-est le grand-duché de Lituanie. À la fin du règne d’Ivan III le territoire de la Moscovie a quadruplé. Ivan IV dit “le Terrible”, premier prince à se faire désigner sous le titre de tsar, parachève ces conquêtes en s’emparant des principaux khanats mongols mais il perd l’accès à la mer Baltique face à une coalition de l’Empire suédois avec la Pologne et la Lituanie. Désormais l’expansion de la Russie vers l’est n’a plus d’obstacle sérieux. La colonisation par les paysans russes du vaste bassin de la Volga et de l’Oural prend son essor. Des paysans et fugitifs, les cosaques, s’installent sur les marges et s’organisent en “armée” tout en jouant les rôles de pionniers et de garde-frontières.

L’extinction de la dynastie des descendants de Rurik (qui remontait aux mythiques princes varègues) déclenche le temps des Troubles jusqu’à ce qu’une nouvelle dynastie, les Romanov, monte sur le trône (1613). Plusieurs souverains brillants vont au XVIIème et XVIIIème siècles accroître la taille de l’Empire russe avec l’aide des cosaques. Pierre le Grand (1682-1725), au prix d’une longue guerre avec la Suède, obtient un accès à la mer Baltique ; il fait construire Saint-Pétersbourg qui devient à compter de 1712 la nouvelle capitale, symbolisant ainsi l’ouverture du pays vers l’Europe. Une puissante industrie métallurgique, la première d’Occident à l’époque, est édifiée dans l’Oural et permet de soutenir l’effort de guerre. Catherine II de Russie (1762-1796), autocrate éclairée, achève la conquête des steppes situées au bord de la mer Noire après avoir défait l’empire ottoman et le khanat de Crimée et repousse vers l’ouest les frontières de l’empire russe grâce au partage de la Pologne. L’actuelle Ukraine et la Russie Blanche (Biélorussie) sont désormais entièrement en territoire russe. Durant toute cette période, les cosaques occupent progressivement la Sibérie et atteignent l’océan Pacifique en 1640. Irkoutsk au bord du lac Baïkal est fondé en 1632, la région du détroit de Béring et l’Alaska sont explorés dans les années 1740.

Un code édicté en 1649 lie désormais le paysan et ses descendants à la terre et à son propriétaire généralisant le servage, à contre-sens de l’évolution du statut du paysan en Europe occidentale. En contrepartie, les propriétaires terriens sont astreints à servir leur souverain. Catherine II confirme et renforce ces dispositions. Le mécontentement des paysans et d’une classe naissante d’ouvriers, exploités par leurs propriétaires et lourdement taxés par la fiscalité d’un État en pleine croissance déclenchent au XVIIème et XVIIIème siècles de nombreuses révoltes paysannes dont la plus importante, menée par le cosaque Pougatchev, parvient à menacer le trône avant d’être écrasée (1773). L’Église à l’époque joue un rôle essentiel dans la société russe et possède plus des deux tiers des terres. La réforme du dogme orthodoxe russe par le patriarche Nikon (1653) est à l’origine du schisme des vieux-croyants sévèrement réprimé.

Pierre le Grand puis Catherine II font venir un grand nombre de colons allemands (par exemple les Allemands de la Volga) d’artisans et de savants occidentaux souvent allemands, pour moderniser le pays, édifier des industries et jeter les fondements des établissements d’enseignement et de diffusion du savoir. Les bases de la langue littéraire russe sont définies par Mikhaïl Lomonossov. Les premiers journaux sont publiés à cette époque. La noblesse russe s’occidentalise, surtout sous l’influence de la philosophie allemande et de la langue française, et certains de ses membres s’enthousiasmeront pour les idées des Lumières, et parfois même de la Révolution française.

L’empire russe joue un rôle décisif durant les guerres napoléoniennes qui vont la transformer en puissance européenne. Mû comme tous les souverains européens par une idéologie conservatrice et donc hostile aux idées de la Révolution française, le tsar participe à deux coalitions contre Napoléon et essuie des défaites coûteuses. Alexandre Ier choisit alors par renversement d’alliance le camp de la France (paix de Tilsitt), mais la paix ne durera que 5 ans (1807-1812). Il profite de cette pause pour attaquer la Suède et annexer la Finlande. En 1812, les hostilités reprennent. La grande armée de Napoléon parvient au prix de combats acharnés à s’emparer de Moscou mais doit en repartir chassée par l’incendie de la ville. Les armées russes harcèlent alors un ennemi décimé par la faim et le froid et, en 1815, elles occupent Paris. Alexandre joue un rôle majeur dans la Sainte-Alliance qui veut gérer le destin de l’Europe post-napoléonienne : il s’oppose à la reconstitution de l’État polonais et participe militairement à la répression des soulèvements contre les monarchies (Hongrie 1849), à l’instar de l’empereur d’Autriche.

L’empire russe poursuit, sous son règne et celui de ses successeurs, son expansion dans le Caucase au détriment des empires perse et ottoman : la Géorgie rejoint volontairement l’empire en 1801, l’Arménie, le Daghestan et une partie de l’Azerbaïdjan sont annexés en 1813 au terme d’un conflit de quatre ans avec l’empire perse. Un dernier conflit victorieux avec l’empire ottoman (1878) parachève la conquête du Caucase, ravivant l’hostilité de la Grande-Bretagne (Le Grand Jeu). Au décès d’Alexandre (1825), des officiers réformistes, les décembristes, se soulèvent en vain pour demander une réforme de la monarchie. Cette tentative de soulèvement d’officiers issus de l’aristocratie va servir aussi de modèle à de nombreux intellectuels russes au cours du siècle suivant, inspirés par la philosophie de Hegel ou de Kropotkine. Nicolas Ier bénéficie d’une bonne croissance économique, mais renforce l’appareil répressif. Il écrase violemment un soulèvement armé de la Pologne (1831). Le déclin de l’empire ottoman, qui attise les convoitises des puissances européennes, est à l’origine d’un conflit entre la Russie et les autres puissances européennes, Grande-Bretagne en tête. Défait à Sébastopol (1856), Alexandre II, le successeur de Nicolas, doit céder la Bessarabie, et perd les droits de passage en Méditerranée.

De nombreuses jacqueries contre l’aristocratie terrienne endettée et attachée de ce fait au système du servage ont lieu durant cette période. L’industrie se développe surtout dans les mines et le textile mais reste très en retrait par rapport à l’Angleterre et à l’Allemagne (environ 600 000 ouvriers vers 1860). Une nouvelle classe de commerçants et de petits industriels – souvent d’anciens serfs libérés par rachat – apparaît, mais ses effectifs sont relativement peu nombreux.

L’enseignement se répand dans les classes les plus aisées et de nombreuses écoles supérieures sont fondées. La littérature russe connaît un premier épanouissement avec des écrivains majeurs comme Tourgueniev, Pouchkine ou Gogol qui témoignent des tourments de la société russe. Cet essor culturel s’étend également à l’architecture et à la musique (Glinka).

Alexandre II tente de tirer les leçons de la défaite de la guerre de Crimée. Le pays, qui s’étend désormais sur 12,5 millions de km² et compte 60 millions d’habitants, est handicapé par son fonctionnement archaïque. Des réformes structurelles sont mises en train par le tsar : la mesure la plus importante est l’abolition du servage (1861) qui inclut l’attribution à l’ancien serf d’une terre, souvent trop petite pour le nourrir, au prix d’un endettement à long terme vis-à-vis de l’État. Des conseils locaux élus au suffrage censitaire – les zemtsvos – sont créés à compter de 1864 : dotés de pouvoir leur permettant de gérer les affaires locales et de construire routes, écoles et hôpitaux, ils peuvent lever des impôts pour les financer. Ce type de structure est étendu par la suite aux villes (douma urbaine). Enfin le code juridique introduit les procédures d’accusation et de défense et crée une justice théoriquement indépendante du pouvoir jusqu’à l’échelon du district. Le régime conserve malgré tout un caractère autocratique et fortement policier. Les réformes vont d’ailleurs attiser la violence de groupes d’intellectuels nihilistes et Alexandre finira par tomber sous leurs coups (1881). Sous son règne, l’empire a poursuivi son expansion coloniale en Asie centrale : après l’annexion des terres des kazakhs achevée en 1847, les trois khanats du territoire ouzbek (Kokand, Boukhara et Khiva) sont conquis au cours des trois décennies suivantes puis annexés ou placés sous protectorat (1876). Cette avancée place les limites de l’empire russe aux portes de l’empire britannique aux Indes. La tension (Grand Jeu) entre les deux pays va rester très vive jusqu’à ce qu’un accord soit trouvé en 1907 (convention anglo-russe). La Pologne se soulèvera sans succès en 1863.

Alexandre III, lorsqu’il monte sur le trône en 1881, mène en réaction à l’assassinat de son père une politique de contre-réformes. Les dispositions autoritaires sont maintenues ou renforcées : les partis politiques et les syndicats sont interdits, le droit de circulation est limité, la presse est censurée. Sur le plan économique l’industrie se développe rapidement grâce, entre autres, aux investissements étrangers et à la construction d’un réseau ferroviaire qui atteint 30 000 km en 1890. De nouvelles régions s’industrialisent (Ukraine) tandis que certaines renforcent leur caractère industriel comme la région de Saint-Pétersbourg et surtout celle de Moscou. Mais la main-d’œuvre abondante dégagée par l’abolition du servage et la croissance démographique ne trouve pas entièrement à s’employer dans l’industrie (3 millions d’ouvriers en 1913). De nombreux paysans viennent coloniser les terres vierges de l’empire situées dans le Sud et l’Est (vallée inférieure de la Volga, Oural, Sibérie) de l’empire. Le Transsibérien, dont un premier tronçon est réalisé entre 1891 et 1901 pour désenclaver les immenses territoires de la Sibérie, facilite cette migration, tandis que parallèlement à l’Alliance franco-russe le financement de l’industrialisation se fait principalement par les emprunts russes venus surtout de France. L’agriculture a toujours un poids écrasant : en 1897 la Russie compte 97 millions de paysans pour une population totale de 127 millions d’habitants. Ceux-ci ne possèdent généralement pas les terres qu’ils cultivent (25 % seront propriétaires en 1914). Le taux d’alphabétisation est très faible et la mortalité infantile est élevée (environ 180 pour 1000). L’excédent démographique est absorbé par les villes dont le nombre croît rapidement : à la veille de la première guerre mondiale, la population citadine dépasse les 25 millions d’habitants. La Russie continue d’accroître son aire d’influence : en Chine et en Corée elle se heurte aux intérêts japonais. La guerre russo-japonaise qui s’ensuit se termine par une défaite complète (1905 à Tsushima) : la modernisation du Japon a été sous-estimée et l’éloignement du champ de bataille a créé d’énormes contraintes logistiques.

Cette défaite déclenche le premier soulèvement généralisé de la population russe contre le régime. La révolution de 1905 est d’abord un mouvement paysan qui touche essentiellement la région des terres noires. Les ouvriers se joignent au mouvement par la suite. La loyauté des forces armées va sauver le régime. Nicolas II, qui est monté sur le trône en 1894, est obligé de donner des gages d’ouverture. Une assemblée (douma) élue est dotée de pouvoirs législatifs. Mais les élections de deux doumas successives donnent une large majorité à l’opposition. La loi électorale est alors modifiée pour obtenir une chambre des députés favorable au pouvoir.

La Russie entre en guerre contre l’Allemagne et l’Empire austro-hongrois en 1914 pour venir en aide à la Serbie, son alliée. L’Empire russe déclenche une offensive en Pologne orientale mais est sévèrement battue. Les troupes russes doivent abandonner la Pologne. Début 1917 éclatent des mouvements sociaux, suscités par le poids de la guerre sur l’économie, les pertes sur un front réduit à une stratégie défensive, l’instabilité des dirigeants et la défiance vis-à-vis du tsar. Le refus des troupes de réprimer les manifestations et la lassitude des classes dirigeantes obligent le tsar Nicolas II à abdiquer ; ainsi éclate la Révolution de février 1917 et la Russie devient une république. Un gouvernement provisoire est alors constitué, présidé par Alexandre Kerenski. Tout en esquissant des réformes, celui-ci tente malgré tout de respecter les engagements de la Russie vis-à-vis de ses alliés en poursuivant la guerre. L’impopularité de cette dernière mesure est exploitée par le parti des bolcheviks qui, le 25 octobre 1917, renverse le gouvernement à Saint-Pétersbourg (alors capitale de la Russie) par les armes (Révolution d’octobre). La paix est signée avec les Allemands (à Brest-Litovsk, en Biélorussie actuelle) au prix d’énormes concessions territoriales (Pologne, partie de l’Ukraine, pays Baltes, etc., soit environ 800 000 km²). Une guerre civile va opposer pendant trois ans les Russes blancs (républicains ou monarchistes), assistés par les puissances occidentales, aux bolcheviks. Après leur victoire, le 22 décembre 1922, les bolcheviks instaurent l’Union des républiques socialistes soviétiques ; la Russie devient une des républiques de l’Union.

Dès la prise du pouvoir, le nouveau régime tourne à la dictature réprimant toute opposition même au sein du parti bolchevique. L’ensemble des moyens de production industrielle est placé sous le contrôle de l’État. À la fin de la guerre civile en 1921, le pays est exsangue : la désorganisation des transports et les réquisitions agricoles déclenchent une famine qui fait un million de victimes autour de la Volga. Le mécontentement gagne et le régime doit assouplir son programme : c’est la NEP qui autorise une forme limitée d’économie privée. En quelques années, les productions agricole et industrielle se rétablissent. Lénine, décédé en 1924, laisse sa “succession” ouverte. Staline va en quelques années se hisser au pouvoir en éliminant physiquement ses rivaux. Le plan de collectivisation est repris avec vigueur et les terres agricoles sont regroupées par la force au sein de grandes coopératives. Une nouvelle famine éclate, cette fois-ci majoritairement en Ukraine (1932-1933) et dans le Kouban. Le développement de l’économie est désormais planifié de façon centralisée et le pouvoir, qui se concentre à Moscou (redevenue capitale du pays en 1918), mène un vaste programme d’industrialisation (surtout dans le domaine de l’industrie lourde) à l’aide des plans quinquennaux. Le gouvernement incite les travailleurs au dépassement des normes de productivité (stakhanovisme) au nom de l’avenir radieux. La machine de propagande communiste fonctionne à plein régime. En même temps, Staline mène une politique répressive qui envoie au goulag ou à la mort plusieurs millions de personnes avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, ce qui ne l’empêche pas d’instaurer un véritable culte de personnalité. C’est la montée du stalinisme.

Staline, qui a signé avant le début de la Seconde Guerre mondiale un pacte de non-agression avec Hitler comprenant une clause de partage de la Pologne et des États baltes, est surpris par l’attaque allemande déclenchée en juin 1941 (opération Barbarossa). L’Armée rouge sous-équipée et désorganisée par les purges staliniennes recule en essuyant des pertes qui se chiffrent en millions. L’avancée allemande est bloquée devant Stalingrad (janvier 1943), puis repoussée vers l’ouest, notamment suite à la bataille de Koursk (juillet-août 1943). Les généraux soviétiques reprennent progressivement l’initiative et l’Armée rouge, renforcée par des livraisons d’armes alliées, reconquiert les territoires perdus, libère les pays de l’Europe orientale puis rentre victorieuse dans Berlin (mai 1945). Staline et ses alliés occidentaux ont conclu un accord sur un partage de l’Europe en zones d’influence qui entérine le rôle joué par l’URSS dans le conflit (conférence de Yalta). Les pays d’Europe orientale et l’Allemagne de l’Est se voient bientôt imposer un régime socialiste piloté par l’URSS.

La guerre a saigné l’URSS (plus de 20 millions de victimes dont une majorité de civils) et détruit une bonne partie de ses installations industrielles et de ses villes. L’immédiat après-guerre est une période de reconstruction. Le pays retrouve son niveau de production industrielle d’avant-guerre puis le double en 1952. L’industrie nucléaire se développe, avec la création du complexe nucléaire Maïak. L’URSS effectue son premier essai nucléaire en 1949, accédant ainsi au rang de seconde puissance nucléaire mondiale.

Dans le même temps, le culte de la personnalité est porté à son comble par Staline. Peu après le décès de celui-ci en 1953, Nikita Khrouchtchev accède au pouvoir (1953) et dénonce les excès de son prédécesseur. Sur le plan intérieur commence une période de relative prospérité ; les droits des citoyens sont mieux respectés, c’est le début d’une certaine libéralisation. L’URSS stupéfie le monde par son avance dans le domaine spatial en mettant en orbite le premier Spoutnik et en y envoyant Youri Gagarine, premier homme dans l’espace. Sur le plan international, l’URSS élargit son influence à de nombreux pays du tiers-monde et parvient par des investissements massifs dans l’armement à faire jeu égal avec les États-Unis. Cette période de guerre froide se traduit par de nombreux conflits ou tensions un peu partout dans le monde entre les deux superpuissances et leurs alliés. La crise de Cuba en 1962 manque de dégénérer en un conflit nucléaire. L’accession de Léonid Brejnev au pouvoir (1964) se traduit par une relative détente entre les deux grands (conférence d’Helsinki) mais également, sur le plan intérieur, par une réduction des tentatives de réforme qui n’avaient pas réussi à son prédécesseur (Programme des terres vierges entre autres). L’écart entre le niveau de vie des Soviétiques et celui des habitants des pays occidentaux s’accroît. La tension entre les deux superpuissances reprend à compter de 1979 à la suite de l’invasion de l’Afghanistan et de l’arrivée de Ronald Reagan à la tête des États-Unis en 1980.

Mikhaïl Gorbatchev arrive au pouvoir en 1985 en prenant la tête du PCUS avec la volonté de réformer le régime pour combattre la stagnation économique et les reliquats du stalinisme, mais ses réformes donnent des résultats plutôt mitigés. La perestroïka (restructuration économique) n’a pas atteint les objectifs escomptés ayant aggravé les pénuries de biens de consommation et les inégalités sociales entrainant un mécontentement populaire, tandis qu’une démocratisation du régime, amorcée avec la glasnost (transparence), déclenche des conflits inter-ethniques et la montée des nationalismes, mal perçus par les Russes.

En 1989, pour la première fois depuis le début de l’ère soviétique, des élections libres ont lieu, les partis politiques sont autorisés en 1990. Cette ouverture est surtout l’occasion pour les peuples des différentes nationalités composant l’URSS de manifester leurs souhaits de souveraineté. Vers 1991, un véritable dualisme du pouvoir s’installe au Kremlin – la puissance montante des structures étatiques russes libérées de la tutelle du PCUS, avec Boris Eltsine en tête, face aux organes du pouvoir soviétique et communiste, archaïque et conservateur, essayant en vain de freiner les réformes gorbatcheviennes et de préserver le système soviétique.

Le 21 décembre 1991, le PCUS est dissous par Mikhaïl Gorbatchev et l’URSS s’effondre : les républiques qui la constituaient prennent leur indépendance, le CAEM (Conseil d’Assistance Economique Mutuelle) créé en 1949 et le pacte de Varsovie (1955) ne sont plus. La Russie, qui en constitue le noyau historique, reprend de l’ancienne grande puissance mondiale les trois quarts de son territoire, plus de la moitié de sa population, les deux tiers de son industrie et la moitié de sa production agricole. Principale héritière de l’URSS, elle occupe désormais sa place dans les institutions internationales, dont le siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies, mais assume également le passif financier de l’ancienne URSS. Une union politique et économique, la CEI, est fondée en 1991 pour tenter de maintenir des liens privilégiés entre les pays issus de l’URSS.

Le premier président de la nouvelle Russie, Boris Eltsine donne une inflexion apparemment libérale au régime. Le fonctionnement de la société russe qui a dû abandonner le socialisme est profondément bouleversé et mène à l’enrichissement d’une minorité (oligarques), au déclin de l’outil économique, à l’affaiblissement de l’État fédéral et à une chute catastrophique du niveau de vie des Russes.

Au niveau économique, la planification dirigiste et centralisée de l’économie a été abandonnée sans transition au profit d’un mode de fonctionnement s’inspirant des thèses libérales des économistes de l’école de Chicago. Les moyens de production ont été en grande partie privatisés, dans des conditions souvent obscures. La réorganisation rapide de l’appareil économique combinée avec les effets de l’éclatement de l’URSS ont provoqué au cours des années 1990 un effondrement de l’économie, le PIB étant divisé par deux en quelques années, ainsi qu’une crise financière majeure en 1998, plongeant une grande partie de la population dans les difficultés (exceptée une infime minorité de nouveaux riches, surnommés nouveaux Russes).

L’armée est de plus tenue en échec dans le conflit qui l’oppose aux séparatistes islamistes de Tchétchénie. Les élections de 1993 complètement libres se traduisent par une montée du courant nationaliste et le maintien d’un vote communiste important. Une nouvelle constitution, adoptée en décembre 1993 après une grave crise constitutionnelle et la mise au pas du Congrès des députés du peuple à l’aide de l’armée, donne un tour plus présidentiel au régime. La période est également caractérisée par de grands mouvements de population entre les États composant l’URSS (population russe des États voisins se repliant en Russie, émigration des Russes de religion juive ou d’origine allemande, fuite des cerveaux) et au sein même de la Russie (abandon des campagnes et des zones les plus éloignées en Sibérie). Le désordre économique et politique se prolonge jusqu’en 1998 date à laquelle le système financier russe s’effondre : entre 1990 et 1998 le PIB aura chuté de 45 %.

Le président russe sortant, Vladimir Poutine, porté au pouvoir en 2000, se donne pour objectif de rétablir le fonctionnement de l’État et de l’économie par le biais d’un régime présidentiel fort. Le nouveau président bénéficie de l’envolée du cours des matières premières dont la Russie est l’un des plus grands producteurs. Il lance des réformes structurelles visant entre autres à rétablir la “verticale des pouvoirs”. Les mesures ont été prises par ailleurs contre la fraude fiscale ce qui s’est traduit par l’arrestation de certains oligarques. Depuis 2000, la Russie connaît une croissance économique remarquable (croissance du PIB de 6 % en moyenne). Ce boom est porté par la montée en puissance du secteur tertiaire (banque, assurance, distribution) et la croissance de la consommation intérieure. Vladimir Poutine tente de redonner à la Russie un rôle de premier plan sur la scène internationale en profitant, entre autres, des déboires américains en Irak, et de renouer des liens privilégiés avec les anciennes républiques composant l’URSS en maniant alternativement la manière forte (Biélorussie, Ukraine) et une approche plus diplomatique.

VOIR AUSSI :

  • Hammer and Sickle [Expressions]
  • Glasnost [Expressions]
  • Boîte à musique dans le clip de If You Tolerate This Your Children Will Be Next [Samples]

 

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