E.S.T.

(E.C.T.)
Cité dans You Love Us et You Love Us (Heavenly Version) :
“You love us like a holocaust
Same PR problem as E.S.T.

L’électroconvulsivothérapie (ECT), anciennement appelée sismothérapie et plus connue sous le nom de traitement par électrochocs, est une méthode de traitement par l’électricité utilisée en psychiatrie, consistant à délivrer un courant électrique d’intensité variable sur le cuir chevelu. Réalisée en principe sous anesthésie générale, l’ECT déclenche une crise d’épilepsie de type grand mal. Sans que le mécanisme soit connu, cette technique permettrait d’améliorer certaines pathologies psychiatriques résistantes aux traitements médicamenteux et psychothérapeutiques, comme une dépression grave.


Historique

Précurseurs

Avant le XXème siècle, les médecins psychiatres ne possédaient que très peu de médicaments pour soigner les pathologies mentales (l’opium ou l’un de ses dérivés, le chloral, les barbituriques, le bromure). Ils se révélaient très toxiques et inefficaces.

C’était en grande partie des traitements de choc dont on a fait usage comme le cardiazol (molécule provoquant une crise épileptique chez le patient) utilisé par L. Meduna en 1932. Les résultats étaient bien prometteurs, mais la toxicité avérée du produit était trop grande.

Ce n’est qu’à Vienne, en 1933, que Manfred Sakel a fait l’observation que les diabétiques, après un coma insulinique, se réveillaient brutalement confus et agités (Cure de Sakel). Il a eu alors l’idée de provoquer des comas insuliniques afin de choquer des patients atteints de schizophrénie. Les résultats ont été immédiats et intéressants mais temporaires. Le réveil en état de confusion et le maternage des soignants permettait à l’équipe d’entrer en contact avec le patient. Le traitement allait jusqu’à 30 à 40 comas par cure, à raison d’un par jour. Ces séances ont été par la suite abandonnées à cause de la confusion intense et persistante et ainsi que de l’angoisse majeure provoquée.

Au début des années 1930, un psychiatre hongrois, Ladislas Joseph von Méduna (1896-1964), était convaincu de l’existence d’un antagonisme clinique entre schizophrénie et épilepsie. Ainsi pensait-il avoir observé qu’un épileptique ne pouvait être schizophrène, et inversement, il eut donc l’idée d’engendrer artificiellement ces crises par l’injection de pentylènetétrazole (Cardiazol) (1937).


Essor de la méthode du choc électrique

En 1938, Ugo Cerletti et Lucio Bini, aidés des expériences de leurs prédécesseurs, ont observé l’attitude des porcs qui, avant d’être tués, sont électrisés afin d’être plus calmes durant la séance. Cerletti et Bini décident alors d’expérimenter cette nouvelle technique sur des chiens (entre 1930 et 1938) puis sur des hommes. Ils ont repris l’idée du choc au cardiazol en le remplaçant par le choc électrique. C’est le 15 avril 1938 à l’hôpital psychiatrique de Rome que l’équipe italienne a appliqué le premier électrochoc à un patient schizophrène ayant des hallucinations et confusions, sans son accord. Après le deuxième essai, le malade supplie qu’on ne recommence pas. Finalement, les résultats sont peu concluants et même incertains dans le traitement des psychoses mais très positifs dans le traitement des dépressions sévères.


Controverses

Cet ensemble de méthodes a donné des résultats appréciables. Malgré ses côtés brutaux, extrêmement désagréables, la thérapeutique biologique donnait des résultats croissants et pouvait donner l’impression que la psychiatrie sortait de son sentiment de fatalité quant à l’efficacité de ses traitements. “Merveilleux et terribles électrochocs qui révolutionnèrent le traitement de la mélancolie avant de devenir, 20 ans plus tard, une cible privilégiée de l’antipsychiatrie”. Il est évident que la technique a donné lieu à de nombreux abus : en effet, on réprimait parfois bien plus qu’on ne soignait et ceci quelquefois de manière explicite. Dans les années 1950 à 1970, beaucoup de médecins ou d’infirmiers ont connu ou pratiqué des pseudo-indications pour des patients réfractaires qu’on souhaitait plus punir physiquement et mentalement qu’autre chose. La citation suivante résume bien le paradoxe de ce traitement : “Curieux destin d’une méthode dont les bases théoriques se sont révélées fausses, dont le mode d’action reste mal connu, dont l’indication primitive dans le traitement de la schizophrénie n’est pas bonne, mais qui depuis plus de quarante ans, et en dépit des chimiothérapies modernes, demeure actuellement encore le traitement le plus rapidement efficace de la mélancolie, à laquelle il n’était primitivement pas destiné”.

À l’heure actuelle, sans parler des approches psychothérapeutiques, les différents antidépresseurs et autres médicaments psychotropes ont remplacé progressivement les électrochocs. En effet, malgré de bons résultats statistiques, cette thérapeutique de choc garde une image extrêmement brutale, entretenue par l’ignorance de l’utilisation systématique de l’anesthésie générale et de la nécessité d’un accord du patient, ainsi que de ses effets réels et de ses mécanismes d’action. Ce n’est que dans quelques indications limitées et bien précises qu’est prescrit l’électrochoc, selon des techniques plus modernes. Par ailleurs, la technologie permettant de mesurer précisément l’impédance du patient, la délivrance de trains d’onde impulsionnels remplaçant les courants sinusoidaux anciennement utilisés, a diminué la sévérité des effets secondaires.


Technique

Les appareils de convulsivothérapie délivrent des stimulations électriques par impulsions, de durée variant de 0,5 à 2 ms, de fréquence 70 Hz, avec une durée totale de l’ordre de 4 s et une énergie de l’ordre de 70 joules.

Le geste technique se déroule pendant que le patient est sous anesthésie générale brève (de l’ordre de 5 minutes) ce qui permet au patient de ne garder aucun souvenir de l’épisode et de ne pas être angoissé par la curarisation.

De façon très concrète : le jour même, du fait de l’anesthésie, le patient doit arriver à jeun. Il peut venir soit d’un service de psychiatrie soit de son domicile.

Le patient est alors installé, monitoré, c’est-à-dire qu’on lui installe des appareils de mesure de la tension artérielle, des battements du cœur (électrocardiogramme), de l’oxygénation du sang (oxymétrie colorimétrique), pour la surveillance de l’anesthésie ; et on enregistre également l’électroencéphalogramme.

Une perfusion est nécessaire pour l’anesthésie générale. Les électrodes crâniennes sont installées au niveau du front. Le patient est anesthésié et un curare d’action rapide et courte (de préférence la succinylcholine) est administré pour éviter les contractions musculaires. On protège les dents du patient avec des compresses, car les mâchoires peuvent se serrer fortement. La bonne oxygénation du patient est assurée par une ventilation manuelle avec un masque et un ballon.

Le courant est alors délivré brièvement. Il provoque une crise convulsive, qui se résout en quelques minutes au maximum. On a observé une meilleure efficacité des séances si l’arrêt de la crise est net.

L’anesthésie se termine, et le patient se réveille quelques minutes après. Il est le plus souvent confus au réveil, cette sensation disparaît plus ou moins vite selon les patients. La personne est alors surveillée en salle de réveil, en attendant que l’anesthésie se dissipe totalement.

Le patient peut ensuite retourner dans le service hospitalier, sera autorisé à manger quelques heures plus tard et pourra regagner ensuite son domicile si les critères de l’anesthésie ambulatoire sont remplis.

Le nombre de séances varie de 6 à 12, au rythme de 2 à 3 séances par semaine. Le traitement par ECT nécessite en principe l’accord préalable du patient, selon la loi du 4 mars 2002.


Mode d’action

Il reste flou, le cerveau étant de très loin l’organe le moins bien compris du corps humain.

La sismothérapie serait associée à une réduction importante des connexions cérébrales dans la zone du cortex préfrontal dorsolatéral, cette réductivité des connexions cérébrales étant elle-même associée à une réduction significative des symptômes dépressifs. Cela serait donc en faveur de la thèse selon laquelle une hyperconnectivité cérébrale dans cette région du cerveau serait associée à la dépression.


Indications

L’électroconvulsivothérapie, lorsqu’elle est utilisée, comme toute thérapeutique, repose sur une décision qui doit être prise en fonction du rapport risques/bénéfices attendu, de l’existence de traitements alternatifs ainsi que du choix du patient et de son entourage.

Indications : après échec des psychotropes et de la psychothérapie :

  • les dépressions mélancoliques de type délirantes, stuporeuses, résistantes aux psychotropes ;
  • les états maniaques résistant aux traitements psychotropes ;
  • les délires paranoïaques ;
  • les psychoses aiguës (bouffées délirantes), et certaines schizophrénies délirantes résistant aux neuroleptiques.

Des séries de plusieurs chocs (une dizaine le plus souvent, parfois plus) sont en général nécessaires pour obtenir un résultat. Les ECT sont pratiquées en CHU, dans certains en CHS, certains CHG et dans les cliniques habilitées.

L’ECT n’est en principe pas considérée comme un traitement de première intention dans les syndromes mélancoliques graves sauf lorsqu’il existe un risque vital ou lorsque l’utilisation d’une autre forme de thérapeutique efficace est contre indiquée. Elle sera parfois utilisée en seconde intention après échec d’un traitement pharmacologique bien conduit.

L’ECT a une efficacité démontrée sur la dépression modérée et sévère et les accès maniaques.

Il est démontré que l’ECT améliore à court terme certains symptômes de la schizophrénie, les symptômes positifs notamment lorsque les neuroleptiques se sont montrés inefficaces, ou en association.

D’autres indications tels la maladie de Parkinson, certains types d’épilepsie, les troubles de l’humeur réactionnels sont validées.


Contre-indications

La contre-indication absolue est l’hypertension intracrânienne. Les contre-indications relatives sont : masse cérébrale, phéochromocytome, accident vasculaire cérébral et infarctus du myocarde récent (moins de 6 semaines), décollement rétinien, anticoagulants, etc.

Les contre-indications de l’anesthésie contre indiquent évidemment les sismothérapies (cardio-vasculaire, respiratoire, allergique, etc.). Elles doivent être éliminées lors de la consultation pré-anesthésie.


Efficacité

À court terme

D’après une étude académique de 2010, il existe dix études qui ont comparé l’ECT au placebo pour traiter la dépression. 5 de ces études concluent que l’ECT est efficace, et 4 qu’elle est inefficace. 5 études ne révèlent aucune différence entre le groupe ECT et le groupe placebo. Dans les études qui concluent à l’efficacité, l’ECT ne se révèle pas efficace pour toutes les formes de dépression, et l’amélioration n’est visible que sur certaines échelles d’évaluation. Dans toutes les études, les groupes placebo obtiennent de bons résultats, même pour les dépressions dites “organiques”.

Dans ses recommandations de 1998, l’ANAES (Agence Nationale d’Accréditation et d’Evaluation en Santé) rapporte 85 à 90 % d’amélioration sur les dépressions majeures par rapport aux ECT simulées. Cette efficacité est égale ou supérieure aux antidépresseurs (mais le délai d’action est souvent plus bref).

L’ECT a démontré son efficacité également après échec d’un traitement par antidépresseurs bien conduit.


À long terme

Selon l’étude académique de 2010, l’efficacité des ECT après l’arrêt du traitement n’a pas été prouvée, et après 6 mois au plus tard, les résultats sont les mêmes dans les groupes ECT et les groupes placebo.

En ce qui concerne l’efficacité du traitement à long terme sur la dépression, celle-ci est probable mais deux situations sont possibles :

  • Dans un premier cas, le patient bénéficie d’ECT dites d’entretien et après un espacement progressif des séances il bénéficie d’un soin toutes les 8 semaines maximum et ce, tant que le soin est efficace et qu’il reste bien toléré.
  • Dans un deuxième cas, le patient a bénéficié de soins dits curatifs (de 4 à 20 soins à raison de 2 soins par semaine) et continue la phase d’entretien par un relais médicamenteux (à savoir qu’un traitement qui n’a pas été efficace avant les ECT peut l’être après).

Un arrêt trop précoce des soins et/ou l’absence de thérapeutique médicamenteuse de relais peut entraîner une récidive de la symptomatologie initiale.


Effets secondaires

À court terme

Au décours immédiat du choc, un ralentissement de la fréquence cardiaque (bradycardie). 66 % des patients gériatriques expérimentent un arrêt cardiaque de plusieurs secondes, considéré comme sans conséquence fâcheuse.

Juste après l’ECT, les patients peuvent souffrir de céphalées (maux de tête). On prévoit parfois un antalgique systématique administré juste après la séance, pour prévenir toute céphalée, des acouphènes, des cauchemars, des courbatures musculaires, des nausées très gênantes, transitoires.Les pertes de mémoires immédiates sont bien connues après des séances.

Les accidents graves sont très rares : 2 décès pour 100 000 traitements.


À long terme

Les effets secondaires à long terme concernent essentiellement la mémoire, en particulier le souvenir de la période de la cure. En 2007, a été publiée une étude démontrant que l’ECT provoquait non seulement une perte de mémoire, mais également une baisse des capacités cognitives (apprentissage et pensée). Les troubles de mémoire ont habituellement tendance à régresser, la récupération requérant le plus souvent plusieurs mois et pouvant, dans certains cas, persister indéfiniment. Certains patients ont été jusqu’à oublier définitivement leur métier, voire dans le cas de certaines femmes, qu’elles avaient eu des enfants.


Dans la culture

Plusieurs œuvres littéraires et cinématographiques ont montré l’univers psychiatrique sous des angles tragiques, romancés ou caricaturaux et l’électrochoc y est souvent mis en cause. Le livre de M. J. Ward et le film qu’en a tiré Anatole Litvak, sort de ce point du lot parce que, sans décrier la pratique de l’électrochoc, l’argument du livre se porte sur le fait qu’aucune guérison durable n’est possible sans un véritable et authentique dialogue psychothérapeutique.

  • Mary Jane Ward : La Fosse aux serpents, livre et film 1948
  • George Orwell : 1984), livre 1949
  • Samuel Fuller : Shock Corridor, film 1963
  • Sylvia Plath : La Cloche de détresse, livre 1963
  • Ken Loach : Family Life, film 1971
  • Ken Kesey : Vol au-dessus d’un nid de coucou, livre et film 1975
  • Lou Reed : Kill your sons, chanson de 1975 (décrivant le traitement aux électrochocs pratiqué sur l’auteur dans son adolescence pour le “guérir” de sa bisexualité)
  • Poison Girls : Under the doctor, chanson de 1979 (évoquant le milieu (in)hospitalier et les milliers de femmes électrocutées et ayant subi des lobotomies)
  • Florence de Mèredieu, Sur l’électrochoc, le Cas Antonin Artaud, livre, Paris, Blusson, 1996
  • Eels : Electro-Shock Blues, chanson de 1998 (et titre de l’album évoquant la sœur de l’auteur, qui a subi des séances d’électrochocs)
  • Hubert Selby : Requiem for a Dream, livre et film 2000
  • Ron Howard : Un homme d’exception, film 2001
  • Jonathan Caouette : Tarnation, documentaire 2003
  • Homeland : série 2012 (saison 1, épisode 13, Electrochocs)
  • American Horror Story : série 2012 (Saison 2, épisode 02)
  • Stonehearst Asylum : film 2014
  • Dr House : Saison 3 épisode 11

La ligne “Same PR problem as EST” fait référence à la résistance contre les électrochocs. Dans You Love Us, les Manics assimilent leur performance et leurs paroles avec les électrochocs : tout le monde va être foudroyé par eux et ainsi ils ont les même problème de relation à la controverse.

Source : Wikipédia en français
Dernière modification : 13 janvier 2018

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