“I saw some piglets suckling their dead mother. After a short while they shuddered and went away. They had sensed that she could no longer see them and that she wasn’t like them any more. What they loved in their mother wasn’t her body, but whatever it was that made her body alive.”

(“J’ai vu des porcelets téter leur mère morte. Après un court instant, ils ont trésailli et sont partis. Ils avaient senti qu’elle ne pouvait plus les voir et qu’elle n’était plus comme eux. Ce qu’ils aimaient chez leur mère, ce n’était pas son corps, mais ce qui avait donné vie à son corps”.)
Confucius (551-497 av. JC) – Pochette de Generation Terrorists

Extrait du chapitre 7 des Enseignements spirituels du Tao

Texte original :

-“[…] Cela m’a fait honte et j’ai finalement mis le gouvernement entre ses mains. Mais avant que je ne le sache, il m’a quitté et est parti. Je me sentais écrasé, comme si j’avais subi une grande perte et il n’y avait personne pour jouir avec moi du royaume. Dites-moi quel genre d’homme est-il?

Confucius a dit : “Une fois lorsque j’étais en mission, j’ai vu quelques porcelets qui tétaient leur mère décédée. Au bout d’un moment, ils ont levé la tête, l’ont regardée et puis sont partis en laissant son corps. Ils sentaient qu’elle ne les voyait pas et que, d’une certaine manière, elle n’était plus comme eux. Ce qu’ils aimaient chez leur mère, ce n’était pas son corps, mais ce qui avait donné vie à son corps. […]”

Confucius, né le 21 septembre 551 av. J.-C. à Zou et mort le 11 mai 479 av. J.-C. à Qufu, est le personnage historique ayant le plus marqué la civilisation chinoise. Considéré comme le premier “éducateur” de la Chine, son enseignement a donné naissance au confucianisme, une doctrine politique et sociale qui a été érigée en “religion d’État” dès la dynastie Han et qui n’a officiellement été bannie qu’au début du XXème siècle. Né à Zou près de Qufu dans l’actuelle province du Shandong, il est généralement appelé Kǒngzǐ ou Kǒng Fūzǐ par les Chinois, ce qui signifie “Maître Kong” et qui a été latinisé en “Confucius” par les Jésuites.

Confucius, dit-on, vit le jour le 21 septembre 551 avant notre ère, à Zou , non loin de la ville de Qufu, pays de Lu, actuelle province de Shandong. Son “Zi” était Zhòng Ní et son nom personnel Kǒng Qiū . Sa mère, Zheng Zai est allée prier sur le mont Qiū et pour cette raison, elle l’appela Qiū. Les historiens chinois, depuis deux mille ans, parlent de ce temps très ancien comme étant celui des “Printemps et des automnes”. Ils font ainsi référence à une chronique racontant ce qui est advenu, entre 771 et 481 avant J.-C. précisément dans cette région que l’on nommait alors le pays de Lu.

Selon la tradition, son père, Shu Liang Heétait le descendant de Yi Yin premier ministre de Cheng Tang fondateur de la dynastie Shang. Il a gouverné la principauté de Lu (dans le sud-est de l’actuelle Shandong). À 65 ans, ce dernier a épousé en secondes noces, une fille de 15 ans (Zheng Zai). Il est mort alors que Confucius n’avait que trois ans, laissant sa famille dans la pauvreté. Dès l’âge de dix-sept ans, grâce à un goût précoce pour les livres et les rites, Confucius serait devenu précepteur. Il s’est marié à dix-neuf ans et à vingt ans il a eu son premier fils. Il a eu trois enfants (un fils, Kong Li, et deux filles). Pour vivre, il effectuait probablement des tâches administratives pour le chef de province. La légende veut qu’il aurait rencontré Lao Zi en allant consulter des annales, et qu’il en aurait été si fortement impressionné, qu’il n’aurait plus parlé pendant trois jours ou un mois.

Après la mort de sa mère en -527, il a enseigné sa connaissance des textes anciens au petit groupe de disciples qui le suivait. Après quelques emplois subalternes à la cour de son prince, il est alors devenu le Grand Ministre de la Justice de Lu. Ensuite est survenu l’incident des danseuses, que Confucius a longtemps déploré après avoir quitté son prince. En raison de cet incident, il a décidé de quitter son poste de Ministre et en -496 est parti pour quatorze années d’errance, à la recherche d’un souverain capable de l’écouter. Il est définitivement rentré à Lu pour se consacrer jusqu’à sa mort, le 11 mai -479, à l’enseignement et à la compilation de textes anciens.

Yang Huo était déterminé à rencontrer Confucius et aussi a-t-il décidé de lui envoyer un cadeau au moment où Confucius n’était pas chez lui. D’après la tradition, un lettré qui n’est pas chez lui et qui reçoit un cadeau d’un seigneur, doit aller chez ledit seigneur à pied le remercier de ses bonnes grâces. Or, Confucius s’est résolu à ne pas le voir, estimant qu’il s’agit d’un piège tendu par cet homme fourbe et cruel. Aussi, il décide d’aller le remercier au moment où il n’est pas chez lui, pour ne pas le voir. Cependant Yang Huo anticipe la manoeuvre et prend les devants, tant et si bien, que les deux se rencontrent sur le chemin. Quand, il voit Yang Hou, il réalise qu’il est bel et bien piégé. Sa vivacité d’esprit le sort de cette mauvaise situation. Yang Hou voulait en fait solliciter Confucius à exercer des charges dans son pseudo-gouvernement, dans le but ultime de semer le trouble dans le gouvernement légitime du prince Ting.

Après plus de deux millénaires de scolastique, il est difficile de se faire une idée juste de l’enseignement originel de Confucius. Il est pourtant possible de comprendre les enjeux et la teneur de sa pensée en lisant les Entretiens, livre dans lequel on voit le Maître vivre et discuter des problèmes de son temps avec ses disciples.

Bien qu’il n’ait jamais développé sa pensée de façon théorique, on peut dessiner à grands traits ce qu’étaient ses principales préoccupations et les solutions qu’il préconisait. Partant du constat qu’il n’est pas possible de vivre avec les oiseaux et les bêtes sauvages, et qu’il faut donc vivre en bonne société avec ses semblables, Confucius tisse un réseau de valeurs dont le but est l’harmonie des relations humaines. En son temps, la Chine était divisée en royaumes indépendants et belliqueux, les luttes pour l’hégémonie rendaient la situation instable et l’ancienne dynastie des Zhou avait perdu le rôle unificateur et pacificateur que lui conférait le mandat du Ciel. Confucius voulait donc restaurer ce mandat du Ciel qui conférait le pouvoir et l’efficacité à l’empereur vertueux. Cependant, bien qu’il affirme ne rien inventer et se contenter de transmettre la sagesse ancienne, Confucius a interprété les anciennes institutions selon ses aspirations, il a semé les graines de ce que certains auteurs appellent l’“humanisme chinois”.

Mettant l’homme au centre de ses préoccupations et refusant de parler des esprits ou de la mort, Confucius n’a pas fondé de religion au sens occidental du terme, même si un culte lui a été dédié par la suite. Cherchant à fonder une morale positive, structurée par les “rites” et vivifiée par la “sincérité”, mettant l’accent sur l’étude et la rectitude, Confucius représente pour les Chinois d’avant la Révolution l’éducateur par excellence, mais la lecture attentive des Entretiens montre qu’il n’a pas voulu s’ériger en maître à penser, et qu’au contraire il voulait développer chez ses disciples l’esprit critique et la réflexion personnelle : “Je lève un coin du voile, si l’étudiant ne peut découvrir les trois autres, tant pis pour lui”.

Un apport très important, et révolutionnaire en quelque sorte, de Confucius, est à chercher dans la notion de “Junzi” (“gentilhomme”) qui, avant lui, dénotait une noblesse de sang et dont il a modifié le sens pour le transformer en noblesse du cœur, un peu comme le mot anglais gentleman. Son enseignement, bien que principalement orienté vers la formation de futurs hommes de pouvoir, était ouvert à tous, pas seulement aux fils de princes. On peut faire remonter à cette impulsion de départ la longue tradition des examens impériaux, chargés de pourvoir l’État en hommes intègres et cultivés, que le plus humble paysan pouvait (en théorie) tenter. Bien que cette institution “méritocratique” ait subi différents avatars et distorsions, elle a certainement joué un rôle prépondérant dans la pérennité de la culture chinoise et dans la relative stabilité de l’Empire Céleste pendant deux millénaires.

Selon Confucius, la soumission au père et au prince va de soi et garantit la cohésion des familles et du pays, mais elle s’accompagne d’un devoir de (respectueuses) remontrances si le père ou le prince vont dans la mauvaise direction. De très nombreux lettrés chinois, se réclamant à juste titre de l’enseignement de leur Maître, ont péri ou été bannis, pour avoir osé critiquer l’empereur quand celui-ci, sous l’emprise d’une clique du harem ou de prêtres taoïstes, ne prenait plus soin de son peuple et laissait le pays sombrer dans la famine ou la guerre civile.

La postérité de Confucius, en Chine et en Extrême-Orient, ne saurait être sous-évaluée. Ses commentateurs et ses continuateurs proches comme Mencius et Xun Zi ont formé un corps de doctrine, appelé Confucianisme, choisi comme philosophie d’État en Chine pendant la dynastie Han. Jusqu’à la fin de l’Empire, en 1911, le système des examens, basé sur le corpus confucéen, est resté en vigueur. Certains analystes, chinois ou occidentaux, pensent que l’influence du Confucianisme est toujours prépondérante à l’époque actuelle. La Corée du Sud et Singapour, se réclament toujours de cette doctrine politique (2007).

Cette continuité apparente du Confucianisme en Chine, ne doit cependant pas cacher les constants renouvellements, suivis de retours aux sources ou d’éclipses temporaires, qui ont animé l’histoire de la pensée chinoise. Ainsi le renouveau du Confucianisme, instauré par Zhu Xi pendant la dynastie Song, après une relative mise en retrait durant la dynastie des Tang, a intégré les apports anciens de la pensée taoïste et les apports plus récents du Bouddhisme en une orthodoxie, restée relativement incontestée depuis lors. Il aura fallu attendre la fondation de la République de Chine pour que l’enseignement des Quatre Livres et des Cinq Classiques confucéens ne soit plus obligatoire.

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