Concentration camps

(Camps de concentration)
Cité dans Born To End :
“Europe freed by McDonalds and Levis – born to end
Can’t afford it so I hate it all – born to end
Images linger like repression – born to end
Concentration camps of our dreams – born to end”

On nomme camp de concentration un lieu fermé de grande taille créé pour regrouper et pour détenir une population considérée comme ennemie, généralement dans de très mauvaises conditions. Cette population peut se composer d’opposants politiques, de résidents d’un pays ennemi au moment de la déclaration des hostilités, de groupes ethniques ou religieux spécifiques, de civils d’une zone critique de combats, ou d’autres groupes humains, souvent pendant une guerre. Les personnes sont détenues en raison de critères généraux, sans procédure juridique, et non en vertu d’un jugement individuel. Le régime nazi a créé une relative confusion en utilisant le terme de camp de concentration pour désigner certains de ses camps d’extermination. Il convient de les distinguer, même si les conditions de détention dans les camps de concentration nazis menaient de fait à des niveaux de morbidité et de mortalité extrêmement élevés.

L’expression “camp de concentration” a été créée à la fin du XIXème siècle. En effet, l’innovation technique du fil de fer barbelé a permis de clore de vastes espaces à peu de frais. La première utilisation de ce terme s’est fait à propos de la Seconde Guerre des Boers (1899-1902), comme innovation britannique. Il était inspiré du terme espagnol “reconcentración”, utilisé par les Espagnols pendant la Guerre d’indépendance cubaine (1895-1898).

Le statut d’un camp de concentration, bien qu’il soit admis par le droit de la guerre pour l’internement des civils ennemis, est difficile à justifier en ce sens qu’alors, l’internement constitue une mesure collective et non individuelle, qui ne sanctionne pas des actes individuels, mais une situation indépendante de la volonté de la personne internée.

De tels camps sont utilisés en tant que mesure conservatoire militaire : Si des ressortissant du pays B vivent dans le pays A lors de la déclaration de guerre entre A et B, le pays A peut considérer que les ressortissant de B sur son territoire sont des ressortissants d’un pays ennemi, qu’il importe d’interner, pour éviter qu’ils rejoignent l’armée adverse ou se lancent dans des opérations d’espionnage. Ainsi, certains responsables des camps d’internement parleront de simples prisons élargies pour recevoir un plus grand nombre d’internés prisonniers, ou même – dans certains pays et hors temps de guerre – de “structures éducatives”.

La première apparition de la dénomination camp de concentration est due aux Britanniques en Afrique du Sud durant leur guerre contre les Boers  (Guerre du Transvaal, 1899-1902) ; sur ordre du général Frederick Roberts puis de Lord Kitchener, les Britanniques y enfermaient les femmes, les vieillards et les enfants des Boers et des membres de tribus indigènes alliées.

L’idée elle-même avait été appliquée un peu plus tôt par les Espagnols à Cuba, pendant la guerre d’indépendance. Le général Valeriano Weyler y Nicolau a l’idée en 1897 de “concentrer” les populations civiles dans des places contrôlées par l’armée pour enlever tout soutien à la rébellion, près de 300 000 personnes sont ainsi déplacées dans ces camps. Les civils sont invités à rentrer dans ces camps, avec leur bétail, sous le délai de huit jours. Passés ce délai, ceux qui se trouvent à l’extérieur sont considérés comme rebelles et donc tués. Le sénateur américain Redfield Proctor se rend sur place et visite ces camps ; il en rend compte au Sénat américain le 17 mars 1898 : “Une fois déportés, hommes, femmes, enfants et animaux domestiques sont placés sous garde armée à l’intérieur de tranchées fortifiées. […] Concentration et désolation…”

Malgré la défaite espagnole, le terme, “re-concentration” (“reconcentración”, en espagnol), et son principe est repris par les Anglais pour lutter contre les Boers.

Il y a eu également les camps de concentration construits dès 1904 en Namibie (pays d’Afrique) pour éliminer le peuple Herero opposé à la colonisation et aux armées du chancelier Von Bülow. Le désastre humanitaire a été effrayant : plus de 70 000 hereros morts avant ou dans les camps de concentrations (pour causes de malnutrition, mauvais traitements, exécutions sommaires des malades ainsi que des plus faibles). Il ne faut pas oublier les expériences anthropologiques, scientifiques et médicales transformant les prisonniers hereros en cobayes humains.

Les camps de concentration ne sont apparus qu’après l’invention du fil de fer barbelé, qui permet de clôturer de grandes surfaces pour un coût sans commune mesure avec les moyens de détention classiques tels que les prisons.

Il faut souligner le caractère moderne de cette pratique, le traitement historiquement ordinaire pour résoudre le même type de conflit étant plutôt la réduction en esclavage ou la simple mise à mort immédiate. Une telle pratique fait partie des outils utilisés lors des guerres totales.

D’une manière générale, tous les pays liés au premier conflit mondial ont ouvert des camps pour regrouper les civils des nations ennemies : camps pour Allemands en Australie, pour Belges en Afrique allemande, pour Autrichiens en Russie… Au Royaume-Uni, 32 000 étrangers ou espions supposés ou Irlandais après 1916, ont été enfermés dans des camps comme le champ de course de Newbury, puis dans une prison de l’île de Man qui n’était pas prévue pour des civils. Des tailleurs juifs de Londres, issus de Galicie (donc de l’Autriche-Hongrie) sont aussi internés dans des camps.

La France a utilisé des camps de concentration durant la Première Guerre mondiale, dont celui de Pontmain, pour y enfermer les ressortissants allemands, austro-hongrois et ottomans présents sur son territoire à l’ouverture des hostilités. De nombreuses îles françaises de la Manche, de l’Atlantique et de la Méditerranée ont été utilisées pour implanter de tels camps. Le narrateur du Temps retrouvé de Marcel Proust, mentionne l’existence en France de camps de concentration lors de la Première Guerre mondiale, où ont été internés les civils allemands présents sur le sol français lors de la déclaration de guerre.

Des camps de concentration ont été créés pendant la colonisation italienne de la Libye pour permettre le contrôle des populations libyennes et dans le but de priver la rébellion dirigé par Omar Al Mokhtar de tout soutien.

En France, le décret-loi du 12 novembre 1938 du gouvernement Daladier prévoit l’internement des “indésirables étrangers”, élargi par la loi du 18 novembre 1939 qui permet l’internement “de tout individu, Français ou étranger, considéré comme dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique”. Dès 1939, les camps d’internement français ont été utilisés mais moins dans un but de défense nationale que de rassemblement des quelques 450 000 réfugiés espagnols (réfugiés républicains fuyant l’avancée du camp franquiste) arrivés en France en moins d’un mois, soit le premier plus grand déplacement de population du XXème siècle. Ces camps étaient situés à Vernet, Gurs, Rivesaltes, Argelès-sur-Mer et Agde. Si au départ les autorités françaises ont été dépassées par la gestion du nombre de réfugiés amenant une situation sanitaire déplorable au sein de ces camps, très rapidement des mesures ont été prises afin d’améliorer les conditions de vie des réfugiés et ainsi faire chuter la propagation de maladies, notamment la dysenterie.

L’utilisation du terme “camp de concentration” dans ce cadre est discutée : pas de travail forcé, pas de dépersonnalisation, libre déplacement à l’extérieur de ces camps (d’ailleurs très peu étaient fermés). Pour certains historiens, ajouter le qualificatif de concentration à ces camps est un non-sens historique. Le terme “camp d’internement” est souvent préféré mais la terminologie a varié au cours de l’histoire concentrationnaire puis au cours des recherches sur cette histoire. Selon Geneviève Dreyfus-Armand, spécialiste de l’exil républicain espagnol : “Le terme camp de concentration peut choquer ; il est couramment utilisé dans les documents administratifs de l’époque, et le ministre de l’Intérieur, Albert Sarraut, l’emploie dans un sens lénifiant lors de sa conférence de presse au début de février 1939 : Le camp d’Argelès-sur-Mer ne sera pas un lieu pénitentiaire, mais un camp de concentration. Ce n’est pas la même chose”.

Lors des débuts de la Seconde Guerre mondiale, de nouveau, le procédé a été employé en France pour interner les ressortissants des pays ennemis, mais dans ce cas la police française n’a pas fait de différence entre les Allemands et Autrichiens réfugiés en France et les partisans d’Hitler dont certains avaient organisé en France, dès le temps de paix, une “cinquième colonne”. À partir de 1939, des mesures découlant de l’état de guerre imposent également des restrictions pour les gens du voyage.

Les Britanniques aussi ont organisé des camps de concentration de civils de l’Axe. C’est ainsi que des civils allemands et britanniques du sexe masculin résidant aux Indes se sont retrouvés en 1940, internés au camp de Deraa Doun, sur les contreforts de l’Himalaya.

D’autres camps de concentration ont été ouverts aux États-Unis, notamment ceux destinés aux Japonais et aux citoyens états-uniens d’origine japonaise, après l’attaque de Pearl Harbor. Bien des années après le souvenir de ces rafles de civils japonais et Nippo-Américains a refait surface. Le président Bush s’est excusé au nom des États-Unis à ce sujet.

D’autre camps de concentration ont été instaurés ailleurs, entre 1940 et 1945, comme ceux du Canada destinés aux Nippo-Canadiens et entre autres aux Témoins de Jéhovah pacifistes et aux Franco-Québécois refusant la conscription.

Des camps de concentration ont été constitués par le gouvernement de Vichy en zone non occupée et en Afrique du Nord entre 1941 et 1944 pour interner des juifs, des patriotes français récalcitrants et des antifascistes d’Europe centrale qui avaient trouvé refuge en France. Ceux du Sud-Algérien où ont été regroupés des engagés allemands de la Légion étrangère, sous la direction d’officiers et sous-officiers vichystes, ont été soumis à un régime tellement atroce, que plusieurs internés ont demandé, pour y échapper, à être rapatriés en Allemagne nazie.

Il faut signaler ici le cas du camp de concentration de Jasenovac, un camp de l’État indépendant de Croatie d’Ante Pavelić. Dans ce camp dirigé par des Oustachis, ont été tués de 45 000 à 80 000 Serbes, Croates, Juifs, tziganes et opposants.

Certains camps nazis ont été “réutilisés” après la libération pour les prisonniers de guerre ou des civils français et allemands, comme par exemple le camp de Zgoda.

Des camps de regroupement ont été créés pendant la guerre d’Algérie pour permettre le contrôle des populations algériennes.

Par contre, les camps de regroupement de harkis après les accords d’Évian ne sont pas des camps de concentration : ils n’en n’avaient pas le caractère (les harkis, loin d’être des ennemis de la France, l’avaient au contraire servie, ils étaient de plein droit citoyens français, et ces camps ne comportaient ni régime carcéral, ni brimades), mais constituaient tout de même des camps de regroupement de la population. Leur durée d’existence, supérieure à dix ans, est allée bien au-delà de celle des simples camps de réfugiés, car les autorités françaises n’ont pratiquement rien fait pour assurer leur intégration.

Les camps de concentration nazis sont des centres de détention de grande taille créés par le Troisième Reich à partir de 1933 et jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, pour interner, exploiter la force de travail et tuer des opposants politiques, des résidents d’un pays conquis, des groupes ethniques ou religieux spécifiques, etc. Ce sont les détenus qui sont forcés de construire ces camps, les victimes travaillant dans des conditions inhumaines, y laissant souvent leur vie.

Le Troisième Reich a utilisé des camps de concentration, comme Dachau ou Buchenwald pour éloigner et terroriser les opposants politique au régime, puis ensuite pour y interner les tziganes, les Témoins de Jéhovah,les homosexuels et les “éléments asociaux” comme les criminels, vagabonds, etc.

Après le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, ces camps se multiplient pour y enfermer les résistants et opposants de toute l’Europe occupée, mais aussi pour constituer un réservoir de main-d’œuvre servile. Le travail y était épuisant, la nourriture insuffisante, les soins pratiquement inexistants, les mauvais traitements réguliers et la mortalité élevée. Tout visait à déshumaniser les victimes et à les conduire à une mort rapide.

Cet appareil répressif a été complété à partir de 1939 par des camps mixtes, servant à la fois de camps de concentration et de camps d’extermination, comme Auschwitz-Birkenau et Majdanek, et par des camps uniquement consacrés à l’extermination des Juifs, comme Chełmno, Belzec, Sobibor et Treblinka.

Les premiers camps de concentration sont créés par la SA, comme Oranienburg en mars 1933. Dès cette époque, on dénombre une quarantaine de camps de toutes tailles en Allemagne, comme ceux de Bredow, près de Stettin, créé par le chef SA Karpfenstein, ancien Gauleiter de Poméranie, de Breslau, dirigé par Edmund Heines, de Wuppertal, de Kemna ou Benninghausen. La torture y est courante et fait l’objet de plaintes transmises à Adolf Hitler par le Ministre de la Justice, Franz Gürtner : “Les prisonniers n’ont pas seulement été frappés à coup de fouet et d’outils jusqu’à en perdre connaissance, et sans aucune raison, comme dans le camp d’internement de sécurité de Bredow près de Stettin, mais ils ont aussi été torturés d’autre façon”.

À Berlin, la SA ouvre une cinquantaine de “microcamps de concentration”, installés dans des caves ou des dépôts où leurs victimes sont battues à mort, torturées ou égorgées. Le premier chef de la Gestapo, Rudolf Diels, déclare après la guerre, à propos des prisons berlinoises de la SA : “Les interrogatoires avaient commencé et fini par un passage à tabac. À quelques heures d’intervalle, une douzaine de gars avaient frappé leurs victimes avec des barres de fer, des matraques en caoutchouc et des fouets. Dents brisées et os cassés témoignaient des tortures. À notre entrée, ces squelettes vivants couverts de plaies suppurantes étaient allongés les uns à côté des autres sur leur paillasse putréfiée”.

Le camp de Kislau est créé le 21 avril 1933 et géré par le Ministère de l’Intérieur du Land de Bade, celui de Lichtenburg par la police du Land de Saxe-Anhalt, Bad Sulza est financé par le Ministère de l’Intérieur et dirigé par la police du Land de Thuringe et gardé par des SA. La Columbia Haus à Berlin est tout d’abord une prison illégale de la Gestapo avant de devenir un camp géré par la SS.

Ces “camps sauvages”, selon l’expression d’Olga Wormser-Migot, sont gérés par des amateurs : il s’agit de “camps éphémères, de camps en rodage”, qui n’ont généralement qu’une brève existence, à l’exception notable de Dachau, dont la création est annoncée par le préfet de Munich début mars 1933 et dont la garde est transférée de la SA à la SS le 11 avril 1933. Les “camps sauvages” sont pour la plupart dissous lors l’organisation du système concentrationnaire par Theodor Eicke.

En juin 1933, Theodor Eicke est nommé par Himmler commandant du camp de concentration de Dachau, où sont alors détenus 2 000 prisonniers. Il y met immédiatement en place les bases du système concentrationnaire nazi, notamment en ce qui concerne l’obéissance aveugle des gardiens aux ordres, et le système de surveillance, de discipline et de châtiment des détenus, dont “le but est de briser psychologiquement, moralement et physiquement les prisonniers”. Avec Papa Eicke, surnom qui lui est donné par les gardiens de camp, on passe de la brutalité indisciplinée de la SA à la terreur planifiée de la SS. Ses résultats font forte impression sur Himmler qui le promeut SS-Brigadeführer le 30 janvier 1934, puis SS-Gruppenführer, ce qui le place au second rang de la hiérarchie SS.

À partir du 4 juillet 1934, Eicke est nommé inspecteur des camps de concentration et commandant des unités Totenkopf (Inspekteur des Konzentrationslager und Führer des SS Totenkopfverbände). En tant qu’inspecteur des camps, il dépend du RSHA dirigé par Reinhard Heydrich, et plus particulièrement de la Gestapo ; comme commandant des Totenkopfverbände, il relève du bureau central de la SS, le SS-Hauptamt, et prend ses ordres directement auprès de Himmler. Dès 1936, Eicke plaide pour l’agrandissement des camps existants et la construction de nouveaux centres de détention et envisage de les utiliser comme réservoir de main-d’œuvre servile.

Eicke lance une profonde réorganisation du système concentrationnaire achevée en 1939. Il ferme peu à peu les premiers camps pour regrouper, pendant l’été 1937, les détenus dans quatre camps principaux : Dachau, Sachsenhausen, Buchenwald et Lichtenberg, pour les femmes. Après cette diminution du nombre des camps, on assiste à une augmentation, avec la création en 1938 de Flossenbürg , en préparation au démembrement de la Tchécoslovaquie et de Mauthausen, immédiatement après l’Anschluss, puis par le camp de femmes de Ravensbrück en 1939. Durant l’invasion de la Pologne, la SS ouvre à Dantzig le camp du Stutthof ainsi que sept autres camps prévus pour y interner des Polonais suspects. Cinq mois après l’invasion de la Pologne, la création d’Auschwitz est décidée.

Eicke met également en place le règlement interne de Dachau, promulgué le 1er octobre 1933 et rapidement généralisé à l’ensemble des camps. Selon la formule d’Olga Wormser-Migot, il peut être résumé par la phrase : “Tolérance signifie faiblesse”.

Dans tous les camps se mettent en place une violence, une cruauté contrôlées et disciplinées, un véritable système de terreur bien codifié qui se poursuit après le départ de Eicke. Il est notamment appliqués par des commandants de camp créés par Eicke, comme Rudolf Höß à Auschwitz, Franz Ziereis à Mauthausen et Karl Otto Koch à Sachsenhausen et Buchenwald.

Jusqu’au début de la Seconde Guerre mondiale, des libérations restent possibles mêmes si elles sont rares. Les internés qui recouvrent la liberté sont contraints au secret, règle qu’ils respectent généralement, de peur de se voir à nouveau internés. Cette possibilité de “rédemption” et de libération est confirmé par un texte du commandant d’ Esterwegen signé par Eicke lui-même.

Eicke semble apprécié par ses troupes, ce qui explique vraisemblablement son surnom de Papa Eicke. D’après Wolfgang Sofsky, il met systématiquement en place une politique de copinage, à l’opposé des traditions militaires qu’il déteste : Eicke demande à ses hommes de se tutoyer, fusionne les mess des sous-officiers et des officiers, protège ses hommes, même en cas d’entorse aux règles, sauf s’il manifestent un sentiment de pitié envers les détenus, cherche le contact, lors de ses fréquentes tournées d’inspection, avec les hommes du rang, en l’absence de leurs supérieurs. Lorsque des gardiens abattent un détenu pour tentative de fuite, il demande qu’on leur évite de subir un interrogatoire, pour ne pas les inquiéter.

Au fur et à mesures des conquêtes allemandes, les camps se peuplent de détenus de 22 nationalités différentes, Tchèques en 1938, Polonais en 1939, Hollandais, Français, Belges et Luxembourgeois à partir de 1940, mais dont la majorité ne sont internés qu’à partir de 1943 et 1944, antifacistes italiens, républicains espagnols, Danois et Norvégiens, Russes… Ce mélange des nationalités accroît les rivalités internes et instaure une hiérarchie entre déportés, en fonction de leur origine, mais aussi de leur connaissance de l’allemand. Le 2 janvier 1941, Reinhard Heydrich, chef du RSHA, établit par circulaire une classification des camps en trois catégories : I : camps pour détenus susceptibles d’être amendés ; Dachau, Sachsenhausen et Auschwitz ; II : camps pour détenus à la conscience chargée mais tout de même encore susceptibles de rééducation ; Buchenwald, Flossenburg, Neuengamme, Birkenau ; III : Mauthausen.

Selon Olga Wormser-Migot, cette note “semble plutôt exprimer la volonté de camoufler la réalité concentrationnaire aux yeux mêmes de ceux qui en actionnent les rouages, que celle d’établir une relation rationnelle entre le degré du crime et l’importance du châtiment”.

L’Office central administratif et économique de la SS (en allemand SS-Wirtschafts- und Verwaltungshauptamt), dirigé par Oswald Pohl est chargé, le 3 mars 1942, de la gestion de tous les camps, mais aussi de celle des entreprises de la SS.

Les premières victimes du système concentrationnaire sont des allemands opposants politiques au nazisme, au premier rang desquels les marxistes : les militants du Parti communiste d’Allemagne (KPD), du Parti social-démocrate d’Allemagne (SPD), du Parti communiste d’Allemagne – opposition (KPO), et du Parti socialiste ouvrier d’Allemagne (SAP). Ils y sont rapidement rejoints par des militants syndicalistes, par des membres de partis centristes ou de droite qui n’adhèrent pas aux thèses nazies et plus généralement par des personnes suspectées par la SS ou la Gestapo.

Dès 1936, Theodor Eicke impulse l’arrestation et l’internement dans les camps de nouvelles catégories de détenus qui n’ont aucun rapport avec les opposants au régime, “mendiants, criminels, récidivistes de la petite délinquance, ivrognes, chômeurs professionnels, clochards, Tziganes et zélateurs de sectes religieuses”. En 1938, après l’Anschluss, des Autrichiens, devenus citoyens du Reich sont internés dans les camps.

Au fur et à mesure des annexions ou des conquêtes militaires, l’origine des détenus s’élargit pour atteindre 22 nationalités différentes, y compris des républicains espagnols réfugiés en France après la victoire de Franco.

A l’exception des Tziganes, et au contraire de l’extermination des Juifs, les déportés ne sont pas internés en raison de leur prétendue race ou de leur nationalité, mais pour leur dangerosité réelle ou supposée pour la société allemande ou le régime nazi. Selon Olga Wormser-Migot, au total, entre 2 000 000 et 2 500 000 auront été internées pour un temps plus ou moins long dans les camps.

Immédiatement après l’incendie du Reichstag, le 28 février 1933, près de 4 000 membres du Parti communiste d’Allemagne sont internés dans les camps. Son président, Ernst Thälmann est interné, passe de prison en prison pour aboutir à Buchenwald où il est assassiné en août 1944. La mise création du Deutsche Arbeitsfront le 10 mai 1933, qui supprime les syndicats, puis l’instauration du NSDAP comme parti unique, le 14 juillet 1933 permettent d’arrêter à leur tour les membres des partis interdits, au premier rang desquels ceux du Parti socialiste et les militants syndicaux.

Ces militants de gauche sont rejoints par tous les opposants politiques au nazisme, membres d’un parti politique interdit ou sans appartenance précise. La catégorie des politiques reprend également des membres du parti nazi ayant commis des délits au sein de celui-ci, des soldats de la Wehrmacht condamnés pour vol, désobéissance grave ou désertion, mais aussi des allemands qui ont enfreint la législation sur les devises ou écouté des radios étrangères, ou des personnes dénoncées à la Gestapo pour de motifs de vengeance personnelle sans aucun rapport avec une quelconque opposition politique.

Presque tous les étrangers internés après le déclenchement de la seconde guerre mondiale sont également versés dans la catégorie des détenus politiques, de même que 4 000 à 5 000 pasteurs protestants et prêtres catholiques.

Remis à la Gestapo par la Kriminalpolizei, les “criminels” sont répartis en deux catégories. Ils comprennent d’une part les détenus internés par mesure de sécurité (Sicherungsverwahrteverbrecher ou SV), condamnés de droit commun qui purgent leur peine dans un camp de concentration alors que leur place est en prison. D’autre part, on y retrouve les “détenus préventivement à titre de justice” (Befristete Vorbeungshäftlinge ou BV) dont les initiales en allemand signifient également “criminels professionnels” (Berufsverbrecher), ayant déjà purgé plusieurs peines en fonction du droit commun. Cette deuxième catégorie est le vivier des Kapos les plus brutaux.

Le triangle rose (en allemand : Rosa Winkel) était dans l’univers concentrationnaire nazi le symbole utilisé pour marquer les homosexuels. De taille supérieure aux autres triangles, ce symbole de persécution, de discrimination, a été repris par la communauté homosexuelle comme symbole identitaire. Dans les camps nazis, les déportés homosexuels doivent porter un triangle rose, pointe tournée vers le bas, qui les identifie comme tels. La hiérarchie concentrationnaire les place au plus bas de l’échelle sociale des camps.

Les “asociaux” constituent sans doute la catégorie la plus hétérogène au sein des déportés. On y trouve notamment des vagabonds, braconniers, voleurs à la tire, ivrognes, souteneurs mais aussi des personnes dénoncées à la Gestapo par de “bons nazis” pour être arrivées en retard à plusieurs reprises à leur travail, avoir pris congé sans avertissement préalable ou avoir déplu à leur patron.

Dachau a été le camp de concentration central où étaient envoyés les prisonniers chrétiens, essentiellement des catholiques bavarois et polonais, mais aussi des protestants. Selon les archives de l’Église catholique, plus de 3 000 de ceux-ci ont péri dans le camp, dont Albert Eise. Parmi ceux-ci, Karl Leisner, ordonné prêtre derrière les barbelés par l’évêque de Clermont-Ferrand Mgr Gabriel Piguet, et béatifié par Jean-Paul II en 1996. Le théologien protestant Martin Niemöller a également été interné à Dachau.

Himmler avait demandé d’y regrouper les prêtres dispersés jusque là dans différents camps, afin de diminuer leur influence “nuisible” sur les autres prisonniers. Il y avait donc des baraques pour les prêtres, les méconnus Priesterblock, où avaient été rassemblés de nombreux prêtres et religieux de toutes nationalités. Suite à un ordre de Berlin, le commandant du camp avait du tolérer un coin chapelle dans la première des quatre sections du baraquement n° 26, où était célébrée quotidiennement la messe.

En septembre 1944, un camp réservé aux femmes s’ouvrit. Certaines venaient d’Auschwitz et de Birkenau.

Après l’incarcération des dirigeants des Témoins de Jéhovah à Magdebour en 1934, une vague d’arrestations frappe les membres de la secte en 1936, amplifiée en 1937 suite à une ordonnance du Ministre de l’Intérieur qui les livre à la Gestapo.

Poursuivis pour leur refus absolu de porter les armes ou de prêter serment au national-socialisme, environ 3 000 Bibelforscher sont déportés dans les camps.

Sur les 700 000 Tsiganes, ou Roms, que comptait l’Europe à l’époque, entre 300 000 et 500 000 ont été exterminés après la signature par Himmler, chef des S.S, d’une circulaire désignant ce peuple comme “un ennemi biologique, de race étrangère et de sang étranger”.

Dans la typologie raciale nazie, les Tsiganes étaient classés comme une catégorie “hybride” dont la non-sédentarité caractérisait la “dégénérescence”.

Les plus nombreux dans les tous les camps. Ces “souilleurs de race”, les juifs mariés à des Allemand(e)s, portent un triangle blanc dont le contour est noir, vers le bas et le triangle jaune représentatif des juifs vers le haut.

À l’intérieur des camps ou pour surveiller le travail des détenus dans les kommandos, les gardiens confient de nombreuses tâches à des détenus, des doyens de block (Blockälteste) qui assistent les Blockführer aux Kapos. Ces tâches sont de préférence déléguées aux triangles verts, avec lesquels les déportés politiques mènent une lutte féroce pour le contrôle de la hiérarchie interne. Certains postes permettent à des détenus d’augmenter ou de diminuer les chances de survie des internés, comme ceux des kapos des cuisines ou du Revier (infirmerie). Les déportés nommés à des postes de responsabilité, les Prominenten disposent d’une influence décisive pour la désignation de leurs adjoints (secrétaires de block ou du Revier…). Pour 1 000 détenus, on compte environ 25 Prominenten, dont le statut précaire reste à le merci des SS, la perte de celui-ci signifiant le plus souvent la mort. De par cette délégation, les nazis exacerbent les rivalités entre les détenus (verts contre rouges, communistes contre socialistes, allemands contre français…).

À la tête de chaque camp de concentration, on trouve un commandant. La Kommandantur a officiellement autorité sur toutes les affaires de service et de personnel, mais ses pouvoirs sont en réalité limités par la division des responsabilités au sein de l’administration des camps. Les commandants passent la majeure partie de leur temps de travail dans leur bureau, à “vérifier et signer des circulaires, des lettres, des rapports et d’innombrables formulaires”. Il n’en reste pas moins qu’être commandant d’un camp de concentration devient une profession dans l’Allemagne nazie : Richard Baer débute ses activités à Dachau, puis passe par Neuengamme, le “SS-Wirtschafts- und Verwaltungshauptamt”, Auschwitz et Dora-Mittelbau ; Kurt Franz participe au programme d’euthanasie, puis fait carrière à Auschwitz, Belzec et Treblinka; Friedrich Hartjenstein exerce ses activités à Sachsenhausen, Birkenau, au Struthof et à Flossenburg ; pour Rudolf Höss, il s’agit de Dachau, Sachsenhausen et Auschwitz, et la liste de ces professionnels passant d’un camp à l’autre peut également comprendre, sans être exhaustive, les parcours de Karl Otto Koch, Max Koegel ou Joseph Kramer.

Outre les assassinats et les brutalités perpétrés par les gardiens ou les Kapos, les principales causes de mortalité dans les camps découlent de la sous-alimentation chronique des détenus, de l’épuisement par le travail, des conditions d’hygiène déplorables et de l’absence de repos physique ou psychique.

On appelle musulman le prisonnier qui, ayant cédé à la pression physique et morale, est devenu une sorte de mort-vivant, de spectre errant. Cette expression d’origine incertaine aurait été forgée par les SS par référence aux Arabes censés accepter le destin avec fatalisme, ou en raison des pansements portés par les prisonniers qui évoquaient le turban.

Avant le déclenchement de la seconde guerre mondiale, l’exploitation économique des internés est à usage interne. Les détenus sont notamment utilisés pour l’extension du système concentrationnaire. En mars 1938, un kommando de Dachau entame la construction du camp de Mauthausen, et en janvier 1939, 500 prisonniers d’Oranienburg font de même à Ravensbruck.

Le 29 septembre 1941, Oswald Pohl organise par circulaire l’exploitation économique des détenus, en organisant l’Arbeiteinstaz. Sur la base de cette circulaire, les effectifs de détenus aptes au travail, mais aussi leurs compétences professionnelles, font l’objet d’un fichier dans chaque camp et d’un fichier central à l’inspection générale des camps à Oranienburg. Environ deux millions de détenus des camps sont employés dans les industries du Reich de 1941 à la fin du conflit, aux côtés de travailleurs étrangers, volontaires ou forcés, et de prisonniers de guerre. A titre d’exemple, l’usine de Krupp à Essen emploie, début 1942, 55 000 travailleurs étrangers, 18 000 prisonniers de guerre et 5 000 détenus. Le 30 avril 1942 marque un tournant radical en “instaurant le caractère désormais productif du camp et la règle de l’extermination par le travail”. Lors d’un exposé à Heinrich Himmler, Pohl précise que “l’internement des prisonniers pour les seules raisons de sécurité, d’éducation ou de prévention n’est plus la condition essentielle ; l’accent est à porter maintenant sur le côté économique… [ce qui nécessite] de prendre certaines mesures ayant pour but de transformer les camps de concentration en organisations mieux adaptées aux tâches économiques, alors qu’ils ne présentaient auparavant qu’un intérêt purement politique”. Ses ordres aux commandants des camps et aux responsables du travail des détenus sont très clairs : “le commandant du camp est seul responsable de l’emploi de la main-d’œuvre disponible, cet emploi doit être total au sens propre du mot, afin d’obtenir le rendement maximum. […] Il n’y a pas de limites à la durée du travail…”. Cette nouvelle orientation déclenche une féroce rivalité entre Himmler, qui souhaite privilégier les entreprises dépendant directement du WVHA, Albert Speer, ministre de l’armement, Hermann Göring, responsable du plan de quatre ans et Fritz Sauckel. Elle entraîne également une multiplication des kommandos extérieurs dépendant des camps et la création de nouveaux comaps dont la finalité première est économique, comme Buna Monowitz, l’un des trois camps du complexe d’Auschwitz, destiné à la production de caoutchouc synthétique par IG Farben qui verse à la SS quatre marks par jour pour un ouvrier qualifié et trois marks pour un manœuvre, ou Dora, usine souterraine de fabrication des VI et VII, tout d’abord kommando de Buchenwald, en août 43, puis camp indépendant à partir d’octobre 44, avec 40 camps ou komamndos extérieurs.

Des juillet 1944, les troupes soviétiques découvrent et libèrent les premiers camps, sans forcément prendre conscience de l’ampleur phénomène ; le 27 janvier 1945 Auschwitz, le dernier camp d’extermination, encore en activité est à son tour libéré par les soviétiques. La majorité des camps sont libérés par les troupes alliées au fur et à mesure de leur progression: les Russes libèrent notamment Sachsenhausen le 22 avril, et Ravensbrück le 30 ; les Britanniques Bergen-Belsen le 14 avril, les Américains Flossenburg le 23 avril, Dachau le 29, Neuengamme le 4, et finalement Mauthausen le 5 mai. Quant au camp de Buchenwald, une partie des déportés en prennent le contrôle le 11 avril 1945, quelques heures avant l’arrivée des Américains.

Des camps de concentration ont également été montés en Chine (Révolution culturelle, 1966-69), au Cambodge (après que Pol Pot soit monté au pouvoir, 1976) et en Bosnie (1992).

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