Rolling Stones

Mentionnés dans Nostalgic Pushead :
“Radio nostalgia is radio death
I wanna cover diamonds on my wife
Hard rock nostalgia, the Stones on CD
Tranquillised icons for the sweet paralysed”

The Rolling Stones est un groupe de rock britannique formé en 1962 à Londres, par le leader original Brian Jones et le pianiste Ian Stewart. Ils sont ensuite rejoints par le chanteur Mick Jagger et le guitariste Keith Richards. Le bassiste Bill Wyman et le batteur Charlie Watts complètent la formation originale. Jagger et Richards constituent rapidement un duo d’auteurs-compositeurs et prennent peu à peu la direction du groupe en lieu et place d’un Brian Jones de plus en plus erratique. Ian Stewart, jugé peu apte à jouer les idoles des jeunes selon les préférences de l’époque, est renvoyé du groupe en 1963 mais continuera à travailler avec les Stones comme road manager et claviériste jusqu’à son décès en 1985.

Le nom du groupe vient d’une chanson de Muddy Waters, Rollin’ stone. Le blues a toujours été la source d’inspiration principale des Stones, qui ont été l’un des principaux acteurs du retour de cette musique sur le devant de la scène, à travers le British Blues Boom. Les premiers enregistrements des Rolling Stones sont des reprises de blues et de rhythm and blues américains. Après avoir rencontré le succès au Royaume-Uni, ils deviennent populaires aux États-Unis durant la “British Invasion” (initiée par les Beatles) du milieu des années 1960. Leur single de 1965, (I Can’t Get No) Satisfaction fait connaître les Stones dans le monde entier.

À partir de 1966 et de l’album Aftermath, les chansons de Jagger et Richards, embellies par les expérimentations instrumentales de Brian Jones, développent une diversité stylistique qui restera présente jusqu’à nos jours. Jones meurt noyé dans sa piscine en juillet 1969, peu de temps après avoir été renvoyé du groupe. Il est remplacé par Mick Taylor. Lequel participe à l’enregistrement de cinq albums studios avant de quitter les Stones en 1974. L’ancien guitariste des Faces, Ronnie Wood, prend sa place et la conserve depuis lors. Bill Wyman quitte à son tour les Stones en 1993. Le bassiste Darryl Jones rejoint alors le groupe sans en devenir un membre officiel.

Les Rolling Stones ont publié 22 albums studio au Royaume-Uni (24 aux États-Unis), 8 albums live (9 aux États-Unis) et un grand nombre de compilations. En 1990, le groupe estime avoir vendu plus de 200 millions d’albums dans le monde. En 1971, Sticky Fingers débute une série de huit albums studios consécutifs qui atteignent la première places des hit-parades, des deux côtés de l’Atlantique. Leur dernier disque original, A Bigger Bang, est sorti en 2005. Les Stones ont été classés N°4 dans la liste des 100 plus grands artistes de tous les temps du magazine Rolling Stone.

Les Rolling Stones sont entrés au Rock and Roll Hall of Fame en 1989, et Mick Jagger a été anobli par la reine d’Angleterre en 2003. Leur image véhiculée dans les années 1960 de “mauvais garçons” rebelles et hargneux est une référence majeure pour les générations de musiciens rock qui les ont suivi.

En octobre 1960, Mick Jagger et Keith Richards, deux amis d’enfance – ils ont fréquenté la même école depuis leur maternelle – qui s’étaient un peu perdus de vue, se retrouvent sur le quai de la gare de Dartford. Mick a des disques avec lui, dont le Best of Muddy Waters, ce qui incite Keith à venir lui parler. Mick invitera Keith à le rejoindre dans son groupe tout juste naissant, Little Boy Blue & The Blues Boys. Keith viendra avec son ami Dick Taylor, qui créera en 1963 les Pretty Things. Brian Jones, grand amateur de blues, joue déjà avec le pianiste Ian Stewart. Tous deux fréquentent assidûment le Ealing Club, un club de jazz de la banlieue ouest de Londres, dans lequel Mick Jagger, en plus de son petit groupe, y chante aussi dans les Blues Incorporated d’Alexis Korner, qui ont pour batteur Charlie Watts. Brian Jones sera l’artisan de leur rencontre ; le blues et le r’n’b en seront les fondations.

Après un hiver difficile pour Mick, Keith et Brian, passé en colocation avec un certain James Phelge au désormais célèbre 102, Edith Grove à Londres, avec comme ultimes ressources les maigres cachets de quelques petits concerts, les Stones sont enfin prêts à devenir pro. C’est à cette période que Philip Townsend fait les photos dont les clichés circuleront à travers les plus grandes galeries du monde comme les premières photos des Stones.

Le premier concert des Stones se passe au Marquee à Londres, le 12 juillet 1962. Le groupe est alors composé de Brian, Mick, Keith, Ian Stewart au piano, Dick Taylor à la basse et Mick Avory à la batterie. Taylor partira ensuite former les Pretty Things. Le poste de batteur est toujours aléatoire, oscillant entre Tony Chapman et Mick Avory. Les Stones cherchent un bassiste. En décembre 1962, Tony Chapman leur présente Bill Wyman, au Red Lion Club qui leur plaît immédiatement, peut être grâce à ses amplis, denrée rare à l’époque, mais aussi grâce à ses capacités : il est plus âgé de 7 ans que Mick et Keith, et joue déjà depuis de nombreuses années dans son groupe les Cliftons, avec Tony Chapman, tout en étant amateur. Les batteurs des Stones étant trop instables, Charlie Watts, qui connaissait bien Mick pour avoir joué avec lui, se joindra à eux définitivement en janvier 1963, laissant sa place au sein des Blues Incorporated à Ginger Baker. En mars de la même année, ils enregistrent à l’IBC Studio de Portland Place, à Londres, une démo, avec comme ingénieur du son le futur mythique Glyn Johns, composée de reprises de r’n’b. La première photographie du groupe en concert, prise par Dezo Hoffmann, date du 4 mai 1963 : Mick, Charlie, Brian, Bill et Keith (seuls visibles) participent à un gala de bienfaisance organisé par le journal News of the World à Battersea. Les Stones joueront régulièrement au Ealing Club, puis au Crawdaddy, club que vient d’ouvrir Giorgio Gomelsky. De quelques dizaines de spectateurs, l’audience passe rapidement à plusieurs centaines, dépassant les capacités de la salle.

Andrew Loog Oldham, jeune publicitaire de 19 ans, qui a déjà travaillé avec Brian Epstein, Bob Dylan et Little Richard, associé au manager Eric Easton, ne rêve que de rencontrer et manager “ses” Beatles, qui viennent de sortir Love Me Do. Dans son parcours des clubs de Londres, il entre un jour au Crawdaddy, et voit les Stones. C’est la révélation, il sera leur manager : il signe avec eux un contrat de management dès le lendemain, le 29 avril 1963.

Avec leur nouveau manager, leur carrière décolle. En 1963, la maison de disque Decca Records et son Directeur artistique (A&R) Dick Row, célèbre pour avoir refusé les Beatles, leur fait enregistrer leur premier single, avec, sur la face A, une reprise de Chuck Berry, Come on et, sur la face B, I want to be loved de Willie Dixon. Ce premier disque leur permet d’entrer discrètement dans les charts britanniques, et de se faire remarquer par la presse. Un deuxième single sort avec, en face A, un titre composé par John Lennon et Paul McCartney, I Wanna Be Your Man, et en face B un instrumental : Stoned.

Ils font leur première apparition TV dans l’émission Thank Your Lucky Stars de Pete Murray. Leur look, pourtant si conventionnel de nos jours, paraît outrancier. Leurs cheveux longs font scandale ; ce look original et leur attitude parfois méprisante donneront des idées à Andrew Loog Oldham.

Afin de se démarquer des Beatles apparus un peu plus tôt et dont la popularité est exceptionnelle, le jeune manager des Stones leur crée une image de “mauvais garçons”. En opposition aux allures de “gentils gendres” des Fab Four, Jagger et sa bande cultivent leur différence, refusant très rapidement le costume-cravate, insistant sur leur chevelure, et défraient la chronique par leurs frasques.

C’est à cette époque que Brian Jones commence à manquer quelques concerts pour des raisons de santé, et à se perdre dans ses conquêtes féminines et leur conséquences ; il a déjà deux enfants…

Leur carrière prend un tournant définitif. Les concerts deviennent quotidiens, Bill Wyman et Charlie Watts quittent leur emploi pour intégrer les Stones à plein temps, Mick Jagger laisse tomber ses études. L’appartement à Edith Grove abandonné, Keith, Mick et Andrew habitent ensemble dans un nouveau logement. Ce dernier fait sera le point de départ d’une nouvelle collaboration ; Andrew obligera Mick et Keith à travailler ensemble, à l’image de McCartney et Lennon, à l’écriture d’un titre pour les Stones. Ceux-ci lui soumettront As Time Goes By que le manager renomme immédiatement As Tears Go By et qui est un succès.

Cependant l’opposition de style entre les deux groupes est le résultat d’un marketing de différenciation alors que leur parcours musical est parallèle : influences communes du rock’n’roll et du r’n’b ; Mick Jagger et Keith Richards décollent enfin comme compositeurs, tout d’abord avec The Last Time, puis (I Can’t Get No) Satisfaction, suivis par As Tears Go By, Get Off of My Cloud et 19th Nervous Breakdown. Néanmoins, les textes des Stones se différencient beaucoup de ceux des Beatles par leur contenu. Si les Fab Four signent des bluettes bien sentimentales et innocentes (du moins à leurs débuts), les Stones se distinguent par leur ton ironique et sarcastique sur la société et leurs rapports aux femmes, parfois qualifiés de sexistes. Les Rolling Stones introduisent à partir de leur 1er chef-d’œuvre Aftermath (en particulier sous l’impulsion de Brian Jones) des influences psychédéliques et la musique indienne (on peut notamment rappeler le sitar de Paint It, Black, la dulcimer sur Lady Jane ou les marimbas de Under My Thumb). L’album Between the Buttons continue sur la même lancée avec la flûte mélodieuse de Brian sur Ruby Tuesday mais contient aussi des morceaux de rock comme Let’s Spend the Night Together et Connection et des influences “music-hall”.

1966 sera l’année des dernières tournées avant un grand break : ils avaient tourné de façon ininterrompue depuis leurs débuts, donnant entre 250 et 300 concerts par an. Après leur cinquième tournée américaine et la huitième britannique, toutes deux en 1966, les Stones s’accordent du repos. Mick Jagger tournera un film (Performance, avec Anita Pallenberg), Bill Wyman fera de la production, Brian Jones composera une bande originale de film.

L’album Their Satanic Majesties Request sort en décembre 1967 et porte largement la “patte” expérimentale de Brian Jones. Il n’aura sur le moment qu’un succès mitigé, déconcertant par son côté “planant” quelques fans du blues pur et dur. Deux titres toutefois émergent ; She’s a Rainbow et 2000 Light Years from Home. La couverture de l’album innove en présentant une photo du groupe en “relief” sur film gaufré. La photographie fait un peu ciller, et pour cause : l’œil gauche du spectateur y voit Brian Jones de face tandis que le droit le voit de profil. Cette expérience ne sera pas reprise sur les rééditions vinyle, ni CD, de l’album. Interrogé sur celui-ci, John Lennon commente ironiquement ; “Les Stones font tout six mois après nous” (Sgt. Pepper était sorti en juin). C’est une pique amicale et non une déclaration de guerre ; John Lennon et Mick Jagger ont déjà, et conserveront, les meilleures relations qui soient dans le civil.

1967 voit la première arrestation de Mick Jagger et de Keith Richards pour possession de drogues. Vite relaxés, ils ne feront pas de prison, sinon les quelques jours d’attente de leur comparution. Le quotidien The Times viendra d’ailleurs à leur secours avec un superbe éditorial en leur faveur, prémisse du changement de société en cours.

1968 marque leur grand retour et le début de la fin pour Brian Jones qui s’enfonce de plus en plus dans des addictions dangereuses et la paranoïa. Après l’échec commercial de Satanic, les Rolling Stones reviennent aux racines du blues et du rock, d’abord avec le single Jumpin’ Jack Flash, puis avec l’album Beggars Banquet. L’album, dont toute la prise de son possède une qualité technique (Parachute Woman, No Expectations, Salt of the Earth…) supérieure encore à celle du Going Home d’Aftermath, remet les Rolling Stones en selle avec des morceaux comme Sympathy For The Devil et Street Fighting Man qui vont asseoir leur réputation du groupe le plus violent de l’histoire du rock et de “greatest rock & roll band in the world”.

Brian Jones, bien que leader dès l’origine, est exclu du groupe en 1969. Comme le montre une des séquences du film de Jean-Luc Godard réalisé en 1968, Sympathy for the Devil, il a du mal à se concentrer et à jouer en studio, les techniciens du son allant jusqu’à le laisser interpréter un morceau tout en lui coupant son micro de manière à ne pas enregistrer sur la piste de fausses notes. Plus grave pour le groupe, ses problèmes de drogues ne lui permettent plus de suivre le groupe en tournée. Brian Jones a encore un peu participé à l’album Let It Bleed, aussi “violent” que l’album précédent avec des titres tels que Gimme Shelter, You Can’t Always Get What You Want et surtout Midnight Rambler (qui évoque Albert DeSalvo, l’étrangleur de Boston), qui deviendra un classique sur scène. Brian Jones meurt le 3 juillet 1969, noyé dans sa piscine.

Dès 1968, Keith Richards découvre une façon de s’accorder (l’open tuning) qui marquera le nouveau son des Rolling Stones. En effet, cet accordage qui est utilisé par les bluesmen permet aux Stones de changer leur façon de composer. Certains pourront regretter que celui-ci appauvrisse l’aspect mélodique de leurs chansons, d’autres salueront les innombrables chansons qui seront le fruit de l’open tuning (Jumpin’ Jack Flash, Street Fighting Man, You Can’t Always Get What You Want, Honky Tonk Woman, Gimme Shelter, Happy, Start Me Up pour n’en citer que quelques unes).

Le “grand retour” à la scène date de juillet 1969, lors du concert gratuit à Hyde Park, devant près de 500 000 personnes, le premier depuis deux ans et demi, pour l’intronisation du nouveau guitariste Mick Taylor, qui vient de chez John Mayall et, fait non prévu, pour rendre un hommage à Brian Jones, décédé 2 jours plus tôt. Mick Jagger lira à cette occasion un poème de Percy Bysshe Shelley [voir “When will return the glory of your prime? No more. – Oh, never more!” (Citations)], Adonais. Mick Taylor contribuera à renforcer les racines blues des Rolling Stones et sa participation aux albums Exile on Main Street et Sticky Fingers marquera le retour à des compositions et des productions plus épurées.

À l’issue de leur tournée américaine de 1969 qui marque leur grand retour aux États-Unis, ils décident de donner un concert gratuit à San Francisco où la sécurité sera assurée par les Hell’s Angels, comme à Hyde Park. Le concert aura lieu à Altamont (Californie), mais l’aura sauvage des Stones et la mauvaise organisation du concert se soldera par le meurtre d’un spectateur noir, Meredith Hunter, par des Hell’s Angels, somme toute assez différents de ceux du Royaume-Uni. Ce festival marquera la fin de l’utopie hippie (voir le film Gimme Shelter). La tournée américaine de 1969 sera néanmoins immortalisée par l’album en public Get Yer Ya-Ya’s Out!, où les riffs de Keith Richards et les solos de Mick Taylor sont d’une efficacité redoutable.

En 1971, les Rolling Stones sortent l’album Sticky Fingers avec la célèbre pochette fermeture-éclair, dessinée par Andy Warhol. Les références au sexe et à la drogue sont explicites, les compositions sont excellentes (Brown sugar, Wild horses, Bitch, Sister Morphine, Dead Flowers). L’arrivée de Mick Taylor donne un nouveau souffle au groupe qui entame la même année une tournée d’adieu au Royaume-Uni. C’est en effet en exil fiscal sur la Côte d’Azur que le groupe enregistre et sort en 1972 son premier double album Exile on Main Street, que suivra une tournée triomphale en Amérique du Nord (STP : Stones Touring Party). Les Rolling Stones sont alors à leur zénith. L’album est excellent même s’il ne contient pas vraiment de hit majeur, sauf Tumbling Dice et Happy chanté par Keith Richards lui-même. La chanson Sweet Black Angel, est un hommage à Angela Davis, et le blues y est omniprésent. L’album est descendu par la critique à l’époque, pour être encensé par cette même critique 20 ans plus tard, le classant parmi les dix meilleurs albums de tous les temps (Rolling Stone Magazine). Le film Cocksucker Blues tourné par Robert Frank pendant la tournée nord américaine ne sortira pas, car il présentait une vision trop crue du groupe (drogues, groupies, destruction de chambres d’hôtel, scènes d’orgies dans un avion). En 1973, l’inspiration du groupe commence à fléchir, car Keith Richards est dépendant à l’héroïne. Ces problèmes de stupéfiants ayant marqué les autorités françaises, le guitariste est déclaré persona non grata dans l’Hexagone, y privant le groupe de tout concert pendant plusieurs années. L’album qui sort la même année, Goat’s Head Soup est nettement inférieur aux précédents. Malgré tout il devient un succès commercial grâce à la chanson Angie. La tournée européenne qui promeut l’album reste l’une des meilleures de leur carrière. Afin de satisfaire les spectateurs français malgré leurs démêlés judiciaires, les Rolling Stones et la radio RTL affrètent un train spécial à destination d’un concert exceptionnel donné à Bruxelles : le bootleg Brussels Affairs reflète le son excellent de cette tournée, les Stones sont au zénith de leurs prestations scéniques, les prestations de Mick Taylor sont absolument fantastiques.

En 1974 sort l’album It’s Only Rock ‘N’ Roll qui est le premier album produit sous le vocable Glimmer Twins, surnom du duo Jagger-Richards. L’album ouvre sur le titre If You Can’t Rock Me avec Keith Richards à la basse, suivi de Ain’t Too Proud To Beg, reprise des Temptations. On notera le morceau Time Waits For No One, avec un solo de Mick Taylor très inspiré et surtout le morceau soul Fingerprint File qui fait référence aux exactions du FBI et des dictatures sud américaines. Mick Taylor quittera, à la grande surprise de tous, les Stones après l’album It’s Only Rock ‘N Roll en 1974. Il sera remplacé par Ron Wood, issu des Faces et ayant travaillé avec Rod Stewart et Jeff Beck (en tant que bassiste). Bien que musicien moins accompli, il correspond mieux au reste du groupe par son look et son esprit (très “sex, drugs & rock’n’roll”).

Dans le monumental livre Rolling Stones, Ron Wood explique s’être longtemps senti le “petit nouveau”, et pas Stone à part entière, mais les choses changent pendant la durable brouille de 1988 entre Mick Jagger et Keith Richards, qui enregistrent alors en solo ; se disant qu’après tout il a alors davantage d’ancienneté que n’importe quel membre ayant quitté les Stones, il prend sur lui d’amener Jagger et Richards à la réconciliation. Celle-ci se concrétisera par l’album Steel Wheels en 1989.

Les années suivantes, jusqu’au milieu de l’année 1980, seront une période trouble. Keith Richards est dans ses addictions, la prison et les interdictions de séjours, la mort de proches, doutes musicaux, albums inégaux, arrivée du disco dans leur musique avec Some Girls (1978) et les Miss You, Beast of Burden, Respectable et autre Shattered.

Après Emotional Rescue en 1979, les Stones sortent l’album Tattoo You en 1981, et cela, dans des conditions où Jagger et Richards s’évitent la plupart du temps, enregistrant les pistes à des moments différents. En ressort un titre avec un riff fantastique, Start Me Up. D’autres titres comme Little T&A, Tops et Waiting On A Friend sont intéressants.

L’arrestation de Keith à Toronto en 1977, qui risque sept ans de prison, met le groupe en péril et jette le doute sur la pérennité de la présence du guitariste au sein des Stones. Il est sauvé in extremis de la prison par une fan aveugle, Blind angel comme l’a surnommé Keith, qui convainc le juge de donner comme sentence un concert des Stones pour lever des fonds pour la cause des aveugles. Keith Richards reconnaîtra plus tard qu’elle lui a probablement sauvé la vie.

Le sommet des troubles est atteint en 1986 avec l’album Dirty Work, sur lequel Bill Wyman et Charlie Watts jouent volontiers les absents. Le titre de l’album est un clin d’œil aux fans, qui connaissent les difficultés du groupe.

Cette période sera celle ou les Stones sont “officieusement” séparés ; Jagger et Richards sortent tour à tour des albums solos qui obtiennent plus ou moins de succès. Ronnie Wood et Charlie Watts s’y mettent également et sortent des albums solos qui n’ont pas vraiment de succès.

Lors de l’intronisation du groupe au Rock & Roll Hall of Fame à Cleveland, aux États-Unis, les deux Glimmer s’évitent mais, finiront quand même par se parler (probablement aux parties de fin de soirée) et décideront de se revoir au cas ou la “chimie” fonctionnerait de nouveau.

Ils synchronisent finalement leurs agendas et mettre en marche l’album Steel Wheels; une forme de renaissance viendra avec cet album, qui verra les Stones, à nouveau soudés, retrouver l’inspiration et l’envie de jouer ensemble. Si les tournées se font dans des grands stades et deviennent un vrai business industriel, Keith insistera pour pouvoir toujours jouer dans des petites salles, plus ou moins officiellement, usant parfois de pseudonymes pour le groupe, afin de rester près de ses fans. À titre d’exemple, l’album Stripped est enregistré en partie à l’Olympia de Paris et en partie au Paradiso Club d’Amsterdam ainsi que quelques titres en studio au Japon dans le cadre de répétitions. Visiblement lassé de ne pas être crédité pour ses contributions, et peut être aussi des tournées incessantes dans les stades ou bien aussi par son avance en âge sur les autres, Bill Wyman quitte le groupe le 6 janvier 1993 pour prendre sa retraite. Il forme les Rhythm Kings, groupe comprenant des “requins de studios”, tous de ses amis, comme Peter Frampton, Albert Lee ou Gary Brooker, et enregistre plusieurs albums aux consonances blues et jazz. Il est remplacé par Darryl Jones, choisi par Charlie Watts, qui amène une basse encore plus pesante que Bill Wyman et qui sied très bien au son des Stones; Darryl Jones ne sera jamais considéré un “vrai Stone” et ne sera pas présent sur les photos publicitaires des Stones, bien qu’il soit très apprécié des membres du groupe.

Un nouvel album en 1994, Voodoo Lounge, encore plus “roots” que Steel Wheels, donne l’impression une fois de plus que les Stones sont de retour. Nouvelle tournée mondiale, et nouveau succès.

Les Stones sortent un nouvel album en 1997, (Bridges to Babylon), marqué par la volonté de s’inscrire dans l’air du temps (production des Dust Brothers, basse de Me’Shell Ndegéocello, cosignature à l’amiable du premier single avec K.D. Lang) tout en gardant le son traditionnel. Cet album donne l’occasion d’une nouvelle tournée mondiale, qui durera de septembre 1997 à septembre 1998, pour reprendre de janvier à juin 1999. Le clip du titre vedette Anybody Seen My Baby est excellent et met en scène la très belle Angelina Jolie dans une tenue très sexy.

Pour fêter leurs quarante années de carrière, les Rolling Stones repartent en tournée mondiale en 2002-2003. Cette tournée, appelée Licks Tour, voit les Stones au meilleur de leur forme depuis leurs plus grandes années de gloire. Ils n’ont pas d’album à promouvoir cette fois, sinon une compilation qui comporte quatre titres inédits, Forty Licks (dont Losing My Touch chanté par Keith et le single Don’t Stop). Pour cette tournée ils répètent plus de quatre-vingt chansons tirées de l’ensemble de leur répertoire (notamment des chansons jamais jouées sur scène comme Can’t You Hear Me Knockin’ ). Ils en profiteront aussi pour écumer un grand nombre de petites salles, dont de nouveau l’Olympia de Paris. La tournée, remarquée pour sa vigueur, le plaisir qu’ils ont à jouer ensemble, le son et l’énergie, sera l’occasion du premier DVD des Rolling Stones, Four Flicks, qui donne trois concerts (à New York au Madison Square Garden, à Paris à l’Olympia et à Twickenham) et plus de quarante chansons.

L’album A Bigger Bang apparaît à certains, à nouveau, comme une résurrection. Il est en effet enregistré dans le château français de Mick Jagger, avec de nombreux blues et des titres très “roots”, et la “patte” de Keith Richards. Mais peinant quelque peu à se renouveler avec cet album de plus, ils ne font pas illusion auprès d’une partie de la critique et des fans.

Leur dernière tournée mondiale A Bigger Bang a commencé le 21 aout 2005 à Boston (États-Unis). Après les étapes américaines (Nord et Sud), asiatiques et en Océanie, un accident très médiatisé de Keith Richards (tombé tête la première d’un cocotier) a contraint le groupe à différer l’ouverture de la tournée européenne, bouleversant nombre de dates et en annulant quelques-unes. En France, deux concerts initialement prévus au Stade de France, ont été fondus en une seule soirée le 28 juillet 2006, l’une de leurs meilleures prestations dans l’Hexagone selon de nombreux avis. Les Rolling Stones seront également à Nice le 8 août 2006, renouant pour un soir au Palais Nikaïa (stade Charles Ehrmann) avec leurs années “Riviera”. Se confirme aussi un retour de la tournée aux États-Unis, prévu dès septembre pour plusieurs mois.

Cette tournée A Bigger Bang est d’ores et déjà devenue la plus lucrative de l’histoire de la musique, avec depuis l’automne 2005 des recettes de 437 millions $US et une audience de 3,5 millions de personnes pour 110 spectacles. Le groupe a également attiré deux millions de personnes lors du concert gratuit de Rio de Janeiro, sur la plage de Copacabana, en février dernier.

Ainsi depuis la sortie de Voodoo Lounge en 1994, les Rolling Stones ont passé plus de sept ans sur scène, avec un évident plaisir qui, même s’il n’est pas dénué de manœuvres commerciales et de gains colossaux, démontre, s’il le fallait encore, que le groupe représente alors, avec les Who (reformés en 1989),et Paul mc Cartney, le seul témoignage de l’âge d’or du rock’n’roll, et la preuve que leur musique est intemporelle.

Les Stones sont considérés, avec les Beatles, les Who, Led Zeppelin et quelques autres, comme des inventeurs de la musique populaire moderne. Dès leurs débuts, ils ont tenu à catégoriser leur musique comme du Rhythm and Blues (d’après Ray Charles, c’était le nom donné autrefois au Rock and roll avant qu’il ne devienne à la mode), et se sont réclamés à plusieurs reprises de la filiation des grands bluesmen. Légendaires, ils continuent à attirer les foules, et apparaissent lors de grands événements, comme lors du Super Bowl.

Le nom du groupe vient, en effet, d’un titre de Muddy Waters, Rollin’ Stone, et non Like a Rolling Stone de Bob Dylan repris par les Stones eux-mêmes pendant les tournées Voodoo Lounge de 1995 et Licks Tour.

En décembre 2008, la ville natale de Keith Richards et Mick Jagger, Dartford, a décidé de nommer treize de ses rues avec le titre des chansons les plus célèbres du groupe. On peut ainsi se balader, notamment, sur la Stones Avenue, la Ruby Tuesday Drive ou la Satisfaction Street.

Un aspect important des Rolling Stones est la qualité de leurs clips vidéo. Truculents comme She Was Hot (“Elle était chaude”), touchants comme Harlem Shuffle, simples comme Waiting On A Friend, faisant allusion aux exactions des escadrons de la mort en Amérique centrale comme Undercover, et recourant pour certains à des techniques comme l’image de synthèse, les manipulations vidéo, voire le “portamento visuel” (Like a rolling stone), ils constituent des œuvres à part entière.

“The Tongue” (“La langue”), inspirée de la bouche du chanteur Mick Jagger, a été créée en 1970 par John Pasche, alors étudiant en art au Royal College of Art de Londres. Avant de devenir le logo emblématique du groupe, l’illustration a été utilisée sur l’album Sticky Fingers, en 1971. Le design original a été acheté le 2 septembre 2008 par le musée londonien Victoria and Albert, pour plus de 63 000 euros, lors d’enchères aux États-Unis.

Les Manics ont repris la chanson de Chris Farlowe Out Of Time qui a aussi été reprise par les Stones et sortie sur leur album de 1967 Flowers.

Un des livres préférés des Manics est celui de A.E. Hotchner, Blown Away: The Rolling Stones and the Death of the Sixties. Tout d’abord, ce livre a pour but de démontrer une métaphore : l’essor et la chute des Rolling Stones et l’essor et la chute parralèles de ce que les années 1960 ont représenté sur le plan de la culture. Deuxièmement, il a pour but de fouiller dans la vie et la mort du membre fondateur des Stones Brian Jones. En fait, un chapitre entier, intitulé de manière provocante “Qui a tué Brian Jones ?” a été retiré des exemplaires envoyés aux journalistes “parce qu’il contient des informations délicates et qu’il subit une édition finale”. Le New York Times, qui a pu se procurer un exemplaire du chapitre, déclare que cette “piètre révélation est… connue depuis longtemps”.

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