Stonehenge

Cité dans Nostalgic Pushead :
“They dig the new scene and their parties
Where Stonehenge is worshipped and drug’s a deity
Vicarious thrills re-run their youth
We follow we have no voice the dead”
et dans les paroles originales de Me And Stephen Hawking :
“Underground car park born at Stonehenge
Rivers Wyle, Bourne, destroying
Queen Mother stuffed for exhibition
Three strikes yr out – execution – pizza”

Stonehenge, dont le nom signifie “les pierres suspendues”, est un grand monument mégalithique composé d’un ensemble de structures circulaires concentriques, érigé entre -2800 et -1100, du Néolithique à l’âge du bronze. Il est situé à 13 km au nord de Salisbury, et à 4 km à l’ouest d’Amesbury (comté du Wiltshire, Angleterre).

L’ensemble du site de Stonehenge et le cromlech d’Avebury, à une trentaine de kilomètres au nord, sont inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco.

La datation et la compréhension des différentes phases de l’activité de Stonehenge ne sont pas une tâche aisée. Des générations d’archéologues se sont succédé sur le site depuis le début du XXème siècle : le professeur Gowland a conduit les premières fouilles scientifiques à partir de 1901 ; puis le colonel William Hawley entreprit des restaurations à partir de 1919, avant d’étudier la plupart des cavités existantes, jusqu’en 1926.

La chronologie retenue dans cet article est celle, classique, de l’archéologue Richard J. C. Atkinson, qui a dirigé les dernières fouilles de grande ampleur, à partir de 1950 et durant une trentaine d’années, avec une importante campagne de restaurations, entre 1958 et 1964. On lui doit la division en trois phases I, II et III, aujourd’hui acceptées de tous. Mais les subdivisions, et même parfois la chronologie tout entière, diffèrent notablement d’un auteur moderne à l’autre.

Le premier monument (Henge Monument) date du Néolithique secondaire (ou final). Il n’était constitué que d’une enceinte circulaire délimitée par une levée de terre (bank)et un petit fossé (ditch)à l’extérieur, creusé dans le calcaire crétacé du Santonien, mesurant environ 110 m de diamètre, avec une entrée principale orientée vers le nord-est, et une entrée plus petite vers le sud. L’ensemble a été mis en place sur une surface légèrement en pente, qui ne présente apparemment aucun caractère exceptionnel par rapport au paysage environnant.

Le fosséa été fouillé dans sa moitié est par le colonel Hawley dans les années 1920 : il présente l’aspect d’une dépression assez irrégulière et peu profonde au profil très arrondi ; la partie ouest, jamais fouillée, est encore moins marquée. Le fossé présente deux interruptions, qui sont d’origine : l’une au nord-est, dans l’axe de l’entrée, l’autre plus étroite, au sud.

Les constructeurs n’ont pas accordé beaucoup d’attention à la régularité géométrique du fossé qui présente, vu du ciel, l’aspect “d’un chapelet de saucisses disposées en rond dans une assiette” : les fouilles ont révélé un travail par sections, de largeur et de profondeur variables (largeur de 5 à 6 m , profondeur 1,30 m – 2 m), avec des parois abruptes et des rétrécissements, décrochements et cloisonnements révélateurs d’un travail par tranches.

Au fond du fossé ont été découverts des restes d’outils néolithiques ayant servi au creusement : pioches faites de bois de cervidés, pelles constituées d’omoplates de bovins, aisément datables par la suite au radiocarbone ; à mi-hauteur ont été trouvés quelques éclats de “pierres bleues”, qui établissent clairement la chronologie des travaux et montrent que ces pierres ont été retravaillées à leur arrivée sur le chantier. Plus en surface, la fouille a livré quelques tessons de poterie, des monnaies romaines, jusqu’aux inévitables capsules de bière et ampoules de phares d’automobiles qui sont le lot de tout archéologue. Atkinson insiste cependant sur le mélange des couches dû peut-être au piétinement (les tessons de poterie néolithique peuvent aussi bien se trouver au fond du fossé que parmi des éléments récents), mais bien plus encore à l’action des pluies entraînant sans cesse terre et objets vers le milieu de la structure.

Le fossén’était qu’une sorte de carrière d’où l’on a extrait les matériaux nécessaires à l’édification de l’enceinte circulaireexécutée à l’intérieur du fossé, cette fois avec le plus grand souci de régularité géométrique. Le cercle de 98 m de diamètre a été tracé au cordeau. Le remblai devait présenter une largeur de 6 m et une hauteur d’au moins 2 m. L’érosion lui a donné dès les premiers siècles de son existence le profil arrondi et étalé qui est encore le sien aujourd’hui.

Des vestiges d’un autre talus en contrescarpe, de moindre importance, sont visibles à l’extérieur du fossé, au nord et à l’est.

En 1978, Richard Atkinson et son collègue John G. Evans ont découvert, au cours d’une fouille en tranchée dans l’enceinte circulaire, le squelette d’un homme de l’âge du bronze, délibérément et soigneusement enseveli dans le fossé extérieur, et non dans un tumulus (barrow), comme c’est le cas généralement dans la région.

On a voulu voir en lui un archer en raison du bracelet de pierre et des silex et flèches trouvés à ses côtés. En fait, plusieurs pointes de flèches étaient fichées dans les os du squelette, ce qui semble nettement indiquer que l’homme a été tué par ces flèches.

L’examen du squelette a montré que l’homme était originaire de la région et âgé d’environ 30 ans. La datation au radiocarbone laisse à penser qu’il est mort autour de -2300, ce qui le rend à peu près contemporain des autres “archers” découverts dans le voisinage, à Amesbury (Amesbury Archer et Boscombe Bowmen). Ses restes sont maintenant conservés au Salisbury and South Wiltshire Museum de Salisbury.

Les “trous d’Aubrey” (Aubrey Holes), nom donné en souvenir d’un antiquaire du XVIIème siècle par leur inventeur R. S. Newall, contemporain du colonel Hawley dans les années 1920, sont un vaste cercle de 56 cavités de grandes dimensions, disposées régulièrement à l’intérieur et à peu de distance du talus de l’enceinte circulaire. Ces trous ronds ont des parois verticales et sont espacés d’environ 5 mètres. Leur diamètre varie de 0,75 m à 1,50 m, et leur profondeur de 0,60 m à 1,20 m. On y a trouvé, dans un remplissage de craie, des fragments de charbon de bois, d’os humains carbonisés, de petits objets comme des épingles à cheveux en os ou de longues baguettes de silex taillé de l’épaisseur d’un doigt, dont on ne connaît pas l’usage. Trente-quatre d’entre eux (partie est) ont été fouillés. Ils sont facilement repérables, marqués par des plaques de calcaire.

Plusieurs dizaines de cavités funéraires plus petites, de contenu similaire à celui des trous d’Aubrey et découvertes non loin d’eux, ont été fouillées par Hawley dans la moitié SE de l’enclos circulaire qu’il a complètement décapée. En tout, environ 55 tombes à incinération ont été ainsi relevées, trous d’Aubrey compris. Atkinson situe cette période d’utilisation comme cimetière à crémation à la fin de la phase I, s’étendant sur environ deux siècles. Il suggère que d’autres tombes pourront être découvertes dans les talus intérieurs de l’enclos, qui n’ont pas été fouillés.

La Heel Stone, une pierre de grès du tertiaire, à l’extérieur de l’entrée nord-est, pourrait également avoir été érigée au cours de cette période, mais elle ne peut être formellement datée et peut aussi bien avoir été installée à n’importe quel moment de la phase III. Une ou deux pierres lui étaient adjointes.

La Heel Stone est de nature similaire aux autres “sarsens” du cercle central et des trilithes (phase III) mais, contrairement à ceux-ci, elle est entièrement brute, sans aucune trace de taille ou d’intervention d’outils. Elle se trouve actuellement penchée, dans une position qui ne peut être celle d’origine, et entourée d’un fossé très marqué, situé à quatre mètres de sa base.

Le nom de Heel Stone est attesté depuis le Moyen Âge. Son étymologie et son sens véritable restent obscurs : le mot heel (“talon”) n’offrant pas de signification satisfaisante, on a voulu donner des étymologies évoquant le “diable”, ou encore le “soleil”.

De l’avis d’Atkinson, la Heel Stone n’est pas autant qu’on veut bien le dire le repère voulu par les constructeurs pour marquer la direction exacte du soleil levant au solstice d’été : elle est aujourd’hui très penchée, et si l’on tient absolument à obtenir ce résultat, il faut l’aider en se plaçant tout exprès sur une ligne qui n’est pas tout à fait celle de l’axe du monument, et qui ne passe pas nécessairement par son centre, lui-même d’ailleurs impossible à déterminer précisément pour toutes sortes de raisons : l’implantation des pierres n’est pas suffisamment régulière, et certaines ont été replacées lors des restaurations successives dans des positions qu’on ne peut garantir comme étant celles d’origine. De plus, le soleil se lève de nos jours un peu plus à l’est qu’à l’époque de la construction du monument.

Un réseau complexe de trous de poteaux (postholes) a été relevé par le colonel Hawley et confirmé par Atkinson, au centre du cercle et aux deux entrées du sud et du nord-est. Ces trous de poteaux, de 0,40 m de diamètre, sont plus petits que les trous d’Aubrey et beaucoup moins régulièrement espacés. On ne sait si ces poteaux correspondent à des échafaudages, ou bien supportaient la toiture d’une ou plusieurs constructions.

Les quatre “Station Stones” sont des pierres de grès sarsen de dimensions modestes, situées à proximité des trous d’Aubrey et diamétralement opposées deux à deux, l’ensemble formant un long rectangle de direction NO-SE perpendiculaire à l’axe général du monument. Deux d’entre elles subsistent : elles mesurent respectivement 3 m et 1,20 m. Les deux autres se trouvaient au sommet de monticules couramment appelés barrows (“tumulus”), bien qu’ils ne contiennent pas de sépultures. Des fossés similaires à celui qui encercle la Heel Stone ont plus tard été creusés autour de ces deux barrows.

L’“Avenue”, large de 23 m (12 m entre les talus), part de la Heel Stone dans l’axe du monument, vers le nord-est, puis à mi-chemin du Cursus, long enclos mégalithique situé un peu plus au nord, s’infléchit, de manière très visible sur les photos aériennes, vers l’est et finit par rejoindre, à trois kilomètres de là et après un dernier virage à droite, la rivière Avon.

Cette longue structure est formée de deux fossés parallèles et des talus correspondants établis vers l’intérieur, selon la technique caractéristique de la phase I, à laquelle on peut être tenté de la rattacher. Elle a tout l’aspect d’une voie processionnelle, qui a probablement servi aussi au transport des “pierres bleues” depuis la rivière Avon.

Les fouilles ont montré qu’à l’époque de la Culture campaniforme, dite aussi “peuple des gobelets campaniformes” (Beaker Culture), qui connaissait la métallurgie du cuivre, le bois a été abandonné au profit de la pierre : deux cercles concentriques, chacun constitué de 38 cavités nommées Q et R (Q and R holes), ont été creusés au centre du site, à l’intérieur du cercle de sarsen actuel. Dans l’axe du monument, à l’“entrée”, six cavités supplémentaires complètent l’ensemble, prouvant que le monument était déjà orienté au nord-est, vers le soleil levant du solstice d’été, avant la réalisation de la structure actuelle (phase III).

Ces cavités ont probablement accueilli plus de quatre-vingts menhirs de “pierres bleues” constituant un premier cromlech, entièrement disparu (théoriquement : deux cercles concentriques de 38 menhirs et 6 menhirs supplémentaires à l’entrée, soit en tout 82 mégalithes).

La plupart des “pierres bleues” encore présentes sur le site (réutilisées lors de la phase III b) sont constituées de dolérite, roche magmatique holocristalline de couleur bleu verdâtre comportant des inclusions blanches ou rosées de la taille d’un petit pois (dolérite tachetée). Mais d’autres sont de nature différente : trois d’entre elles sont de dolérite similaire, mais sans inclusions (dolérite non tachetée) ; en outre, quatre pierres bleues sont constituées de rhyolite (roche volcanique gris bleu) comprenant parfois des globules blanchâtres (rhyolite sphérulitique) ; quatre moignons enterrés sont constitués d’une cendre volcanique vert olive beaucoup plus tendre et fragile que toutes les autres pierres présentes sur le monument ; deux enfin sont d’une autre sorte de cendre volcanique contenant du calcaire. On sait depuis 1923 que toutes ces pierres proviennent des Preseli Hills, au Pays de Galles, à plus de 250 km. Le transport a pu être effectué entièrement par mer en contournant la péninsule de Cornouailles ou bien, depuis la région de Bristol, par voie fluviale et halage terrestre.

L’étape suivante des travaux survient à la fin du -IIIème millénaire, alors que partout en Europe, la grande période du mégalithisme est éteinte : toutes les pierres bleues des cercles Q et R sont d’abord retirées et mises à l’écart, laissant le terrain libre pour le nouveau projet.

On voit alors s’ériger sur le site un complexe mégalithique exceptionnel de 75 monolithes (à l’origine), sur lesquels se concentrent encore aujourd’hui tous les regards des visiteurs.

Les immenses monolithes, uniformément constitués de grès “sarsen” de l’Oligocène-Miocène, ont été extraits de carrières que l’on peut visiter librement, à 40 km environ au nord de Stonehenge, dans les Marlborough Downs, à l’est d’Avebury.

Ces grès “sarsen”, dont l’étymologie remonterait au vieux mot saracen (“sarrasin”), ont été formés au-dessus de la craie par l’agglomération d’une couche régulière de sable siliceux dont ils ont gardé l’épaisseur relativement constante et les deux plans principaux naturellement parallèles. Les pierres ont été choisies et extraites avec soin, selon les dimensions désirées.

Le transport de ces monolithes, dont les plus gros pèsent environ 50 t, constitue une aventure d’ingénierie collective sans pareille. Une colline, au milieu du trajet, n’a pas facilité cette opération pour laquelle Atkinson ne propose rien d’autre que traîneaux, cordes et rouleaux de bois, occupant des milliers d’hommes durant des décennies.

Les trilithons ou trilithes sont cinq groupes de trois monolithes de grès sarsen levés et disposés comme des portiques selon un plan en forme de fer à cheval laissant au nord-est une ouverture de 13,7 m de largeur. Les énormes pierres ont été travaillées sur le chantier à l’aide de boules de pierre qui laissent sur le grès dur les traces en vagues parallèles caractéristiques de cette méthode bien connue des civilisations de l’Égypte antique. Puis les pierres ont été assemblées selon des techniques de charpente, par tenons et mortaises : chacun des dix piliers présente un tenon unique central en sa partie supérieure et les cinq linteaux, pesant jusqu’à 50 tonnes, présentent chacun deux mortaises de forme ovale.

Les trilithes sont disposés symétriquement : les deux plus petites paires de trilithes atteignaient 6 m de hauteur, les suivantes 6,5 m, tandis que le grand trilithe unique du côté sud-ouest devait atteindre 7,3 m de hauteur, linteau compris. En partant de l’ouverture NE dans le sens des aiguilles d’une montre, les deux premiers trilithes sont les seuls qui nous soient parvenus intacts, tandis que le grand trilithe central est depuis longtemps effondré : le pilier du trilithe principal, haut de 6,7 m, a été redressé en 1901 ; l’autre gît au sol, brisé en plusieurs morceaux ; le linteau est également renversé sur le flanc, montrant bien les deux mortaises ovales de l’assemblage. Le linteau du quatrième trilithe, tombé en 1797, a été remis en place en 1956, comme le montrent les photos d’Atkinson ; le dernier trilithe, quant à lui, est incomplet et brisé en plusieurs morceaux.

Les piliers des trilithes sont disposés par paires très faiblement espacées ; leur profil va diminuant vers le haut selon une courbe qui s’accentue nettement dans la partie haute, ce qui n’est pas sans rappeler le principe de l’entasis des anciens temples grecs, qui donne l’illusion de colonnes plus élancées et plus droites.

Les figures gravées d’un poignard et de têtes de haches ont été relevées sur l’un des piliers (pierre 53) du trilithe sud. D’autres gravures de têtes de haches ont été repérées sur les faces extérieures des pierres situées au nord-est du grand cercle de sarsen. Ces figures sont difficiles à dater, mais sont d’aspect très semblables aux types d’armes bien connus du Bronze tardif.

Le grand cercle de grès sarsen est constitué de trente monolithes érigés en un cromlech de 33 m de diamètre et surmontés de trente linteaux. Chaque pilier comporte deux tenons correspondant aux deux mortaises ovales de chacun des linteaux, qui ont été mis bout à bout par un assemblage précis de rainures et languettes taillées en pointe : l’ensemble forme ainsi un anneau continu suspendu au sommet de la structure.

L’effet visuel final a été le souci permanent des constructeurs, de même que pour les trilithes : les orthostats (pierres verticales) s’élargissent légèrement vers le haut, afin que, vue du sol, leur perspective demeure constante, tandis que les linteaux de pierre sont taillés légèrement en courbe, afin de conserver la disposition circulaire générale du monument. Chaque pilier présente sa meilleure face vers l’intérieur du cercle. La taille est plus rustique que celle des trilithes et les faces extérieures sont quasi brutes de carrière.

L’épaisseur moyenne de ces pierres est de 1,1 m et la distance moyenne entre elles est d’environ 1 m. L’un des orthostats, au sud-est, est beaucoup plus petit que les autres, anomalie qui a fait couler beaucoup d’encre : on a voulu y voir une entrée latérale supportant des linteaux en bois… Atkinson suggère que l’on a dû s’accommoder d’un tel orthostat réduit, simplement par manque d’un élément disponible de plus grande taille. Toute la partie ouest du cercle est d’ailleurs manquante, et l’on ne peut être certain que le chantier ait jamais été mené à son terme, ni que les 60 monolithes nécessaires à l’achèvement du monument aient pu être acheminés sur le site.

Les orthostats mesurent près de 4,1 m de haut, 2,1 m de large et pèsent environ 25 tonnes. Les linteaux de pierre, quant à eux, mesurent chacun environ 3,2 m de long, 1 m de large, avec une épaisseur de 0,8 m : ils pèsent environ 7 t. Les sommets des linteaux sont suspendus, pour ceux qui le sont encore, à 4,9 m au-dessus du sol.

La Slaughter Stone est un nom de fantaisie donné par les anciens explorateurs à une pierre de sarsen soigneusement taillée, longue de 7 m, autrefois levée, aujourd’hui tombée vers l’intérieur du monument, affleurant à peine, à proximité du talus. Elle faisait partie des deux, ou peut-être trois grands portails qui marquaient l’entrée nord-est.

Plus tard dans l’âge du bronze, les pierres bleues, récupérées des cavités Q et R délibérément remblayées, semblent avoir été réérigées une première fois à l’intérieur du cercle des sarsens, bien que les détails exacts de cette période ne soient pas encore très clairs. Quelques-unes d’entre elles ont été travaillées dans le style des constructions en bois, tout comme les sarsens eux-mêmes, ce qui suggère qu’elles pourraient avoir été liées par des linteaux et avoir fait partie d’une structure plus vaste au cours de cette période.

Il existe à l’extérieur du cercle de sarsen deux cercles un peu irréguliers de chacun 30 grandes cavités, correspondant à chacun des 30 piliers du cercle de pierre et disposés en couronne tout autour d’eux. Ces trous, découverts et fouillés pour la moitié d’entre eux par Hawley en 1923, ont été rebouchés et sont peu visibles de nos jours ; deux autres ont été fouillés et étudiés minutieusement par Atkinson en 1953 ; les autres, non fouillés, mais bien repérés, sont absolument indécelables par les visiteurs. Leur forme rectangulaire aux parois verticales (dimensions moyennes : 1,80 x 1,20 m ; profondeur uniforme : 1,05 m pour le cercle Z et 0,92 m pour le cercle Y), leur aspect inachevé et leur contenu (terre, fragments de rhyolite et de grès sarsen, fond garni de silex brut) montrent qu’il s’agit très probablement d’un projet avorté de réorganisation des pierres bleues à l’extérieur du cercle de sarsen.

C’est sur le plan tracé par Inigo Jones en 1620 qu’apparaît ce nom de “pierre d’autel” pour désigner le blocde six tonnes de grès vert micacé du Silurien-Dévonien qui brille au soleil et mesure 4,20 x 1 x 0,50 m, soit deux fois la hauteur des pierres bleues. Ce grès vert provient très vraisemblablement du Pays de Galles, où il existe plusieurs gisements d’une telle roche.

Son nom de pierre d’autel et sa position horizontale, coincée sous les éléments tombés à terre du trilithe principal (fragments du pilier 55 et linteau 156) peuvent prêter à confusion quant à sa destination première. En fait, elle peut fort bien avoir été dressée, formant un menhir de nature unique dans un endroit unique, au beau milieu du monument.

Le visiteur a aujourd’hui de la peine, depuis le parcours qui lui est imposé, à repérer cette pierre dissimulée dans le chaos central du monument, aux trois quarts enterrée, mais il peut, s’il se montre un peu attentif, en distinguer la surface horizontale scintillante, très usée par les piétinements des visiteurs antérieurs.

Cette phase a connu une nouvelle réorganisation des pierres bleues de dolérite, qui ont été placées en cercle entre les deux structures de sarsens et en ovale en plein centre du monument.

Le cercle, tel qu’il se présente aujourd’hui, est très incomplet : six pierres sont plus ou moins intactes et dressées à la verticale ; cinq sont penchées, huit sont à terre, entières ou fragmentaires, et dix sont réduites à des moignons en sous-sol. Leurs formes sont variées, plus ou moins en forme de colonnes, certaines brutes d’extraction, d’autres plus travaillées. Deux d’entre elles sont d’anciens linteaux soigneusement taillés, ayant fait partie d’une structure incurvée et présentant des mortaises ovales analogues à celles relevées sur les grands linteaux de sarsen. Chaque pierre bleue mesure environ 2 m de hauteur, entre 1 m et 1,5 m de largeur et jusqu’à 0,8 m d’épaisseur. Il est possible que ce cercle final ait été composé d’une soixantaine de pierres bleues.

L’aspect de cette ultime structure qui se dresse au centre du monument, à environ un mètre à l’intérieur du grand fer à cheval de sarsen, est tout différent de celui du précédent cercle de pierres bleues : elles sont cette fois soigneusement disposées à intervalles réguliers, à tel point qu’on peut établir qu’elles ont formé une structure ovale comptant 19 pierres, dont des trilithes. Six d’entre elles sont encore dressées à la verticale, une autre est en position inclinée, et plusieurs autres sont à l’état de fragments. Elles ont toutes été travaillées avec beaucoup de soin en piliers quadrangulaires ; l’une d’entre elles, qui présente à son sommet un tenon arasé, a fait à coup sûr partie d’un ancien trilithe, tandis que deux autres présentent curieusement, l’une une feuillure, l’autre une rainure creusée tout du long, qui suggèrent que ces pierres, à un certain moment, se sont emboîtées latéralement pour un usage inconnu.

Pour finir, la section nord-est de l’ovale des pierres bleues a été enlevée, créant une structure en fer à cheval qui reproduit la forme de la structure centrale des trilithes de sarsen.

Seules des modifications mineures ont été apportées après cette phase.

On a aussi retrouvé le squelette d’un jeune garçon (date calibrée -780 / -410). Une large tranchée enroulée en arc, qui s’approfondit vers l’E-N-E en direction de la Heel Stone, est datée de la fin -VIIème / -VIème siècle.

Des monnaies romaines ont été retrouvées, ainsi que la tombe d’un Saxon décapité, datée du VIIème siècle.

La première mention écrite de Stonehenge est celle donnée de manière malheureusement peu explicite par l’historien grec Diodore de Sicile : “Il y a au-delà de la Celtique, dans l’Océan, une île qui n’est pas moins grande que la Sicile. Cette île, située au nord, est habitée par les Hyperboréens, ainsi nommés parce qu’ils vivent au-delà du point d’où souffle Borée. (…) On voit dans cette île une vaste enceinte consacrée à Apollon, ainsi qu’un magnifique temple, de forme ronde, orné de nombreuses offrandes”. On ne voit pas à quel autre ensemble de monuments qu’Avebury et Stonehenge on pourrait identifier une telle description.

e Moyen Âge voit en Stonehenge une danse des géants ou une œuvre du diable, avant que les “antiquaires” du XVIIème siècle ne lui attribuent une origine plus humaine et, en bons scientifiques, ne commencent à mesurer et dessiner. En 1621, le roi Charles Ier s’est fait accompagner sur les lieux par son architecte favori Inigo Jones qui a exécuté un croquis du monument restitué, où figurent en bonne place les fossés, le cercle de sarsens et les trilithes. En 1626, cela a été au tour de John Aubrey de composer un livre intitulé Templa druidum et de dessiner un plan d’une bonne précision.

L’exigence scientifique s’accroît avec les recherches de William Stukeley, ami de Newton, qui, en 1740, publie un livre attribuant Stonehenge au druidisme, opinion encore solidement ancrée dans les croyances populaires britanniques. Malgré des mesures précises et des observations rigoureuses, sa reconstruction géométrique du monument, à la règle et au compas, apparaît aujourd’hui très idéalisée. Un peu plus tard, en 1747, John Wood, le grand architecte de Bath, fait un relevé avec les coordonnées précises des pierres encore en place, mais continue à attribuer Stonehenge aux druides. Le trilithe 58-59 s’écroule le 1er janvier 1797.

Au XIXème siècle, Stonehenge est visité et étudié par de nombreux savants. Le grand égyptologue William Matthew Flinders Petrie, puis l’astronome Norman Lockyer ont fait des relevés toujours plus précis, assortis d’observations astronomiques auxquelles a pris part Arthur Evans, le célèbre restaurateur du palais de Cnossos. Pour clore le siècle, cela a été le pilier 22 qui s’est écroulé le 31 décembre 1900, entraînant dans sa chute le linteau correspondant.

Les recherches ont été menées successivement durant la première moitié du XXème siècle par le professeur Gowland, qui a relevé le montant 56 du trilithe central, et le colonel Hawley, qui n’a pas hésité à décaper la moitié du site, fouillant quantité de cavités, à la recherche d’objets caractéristiques, ce qu’on n’a pas manqué de lui reprocher par la suite. Enfin, à partir des années 1950, Richard J. C. Atkinson et ses collègues, les professeurs Pigott et Stone, ont repris les fouilles et ont rassemblé de très nombreuses observations, assorties des premières datations scientifiques au radiocarbone. Pour clore leur campagne, ils ont remis en place et consolidé, en 1957, les éléments les plus récemment écroulés (piliers et linteaux 57-58 et 22-122), avec les moyens modernes du génie civil.

Une campagne de fouilles, la première à l’intérieur du cromlech depuis 1964, a été menée du 31 mars au 11 avril 2008, sous la direction de Timothy Darvill, archéologue de l’université de Bournemouth, et Geoff Wainwright, président de la société des archéologues de Londres : une fosse d’une longueur de 3 m et d’une profondeur de 1 m a été ouverte dans un secteur fouillé par Hawley et Newall dans les années 1920, dans l’intention de rechercher des restes de matières organiques et de déterminer, grâce aux techniques les plus récentes de la spectrométrie des masses et de la datation au radiocarbone, à quel moment – à quelques décennies près – les pierres bleues ont été érigées sur le site.

Lors d’une conférence de presse donnée le 22 septembre 2008, les deux archéologues britanniques ont émis l’opinion que Stonehenge a été tout à la fois un grand sanctuaire religieux et thérapeutique, lié aux vertus curatives que l’on prêtait aux “pierres bleues”. Ils fondent leur conviction sur la découverte de sépultures de personnes mortes de maladies, en particulier celle d’un jeune homme enfoui avec des fragments de pierre bleue. Ils ont par ailleurs indiqué une fourchette de datation de -2400/-2200 pour l’érection des pierres bleues.

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