The Independent – 8 août 2010 : Manic Street Preachers, Hammersmith Working Men’s Club, Londres/Dir En Grey, Koko, Londres

Cette soirée de circularités et d’échos historiques a été calculée pour rappeler à tout le monde pourquoi ils se sont mis à aimer les Manics

Si votre groupe préféré était un bâtiment, lequel serait-ce ?

Pendant que vous réfléchissez à cela, je vais proposer qu’un club d’ouvriers paré de belles lumières – le lieu de leur concert secret de retour – est une représentation  aussi proche de l’ADN des Manic Street Preachers sous forme architecturale que possible : fierté prolétarienne et du glamour bon marché et  de camelote en mesures égales.

Trois cent amis invités, types de l’industrie, journalistes et gagnants de concours, plus, pour d’obscures raisons, Chris Tarrant et la coiffeuse des célibrités aux boucles de soie, Nicky Clarke, fixent avec attente une scène ornée de choses familières (un ampli recouvert de tigres en peluches, un pied de micro entouré d’une natte de boas aux couleurs galloises rouge, blanche et verte) et nouvelles (un mannequin déstabilisant recouvert de débris de miroir, une toile de fond d’un Tim Roth torse nu qui brandi un Polaroid).

La “dernière tentative de communication de masse” des Manics, comme Nicky Wire l’a dit dans sa campagne pour l’album à venir Postcards From A Young Man, semble voué à l’échec quand le premier single (It’s Not Love) Just The End Of War s’effondre après 10 secondes parce que les bandes rythmiques de Sean Moore sont décalées. C’est le premier de quatre ou cinq incidents dans un set d’un bordel peu caractéristique, la chemise rouge du chanteur James Dean Bradfield tournant au violet profond d’embarras comme d’effort. “C’était un sacré édit radio, dit un Wire en costume en blaguant. Autant qu’ils le passe sur Radio 1”.

C’est une soirée de circularités et d’échos historiques. C’est la salle la plus petite dans laquelle les Manics ont joué depuis le minuscule Diorama en 1991. Cette soirée parle d’ados de 15 ans avec “4 Real” gribouillé sur les bras au Bic, et la première chose qui indique que quelque chose se passe. Ce soir, durant Motown Junk (préfacée par un extrait de Town Called Malice des Jam), je me retrouve au bar à côté de la personne qui m’a envoyé cette chanson il y a deux décennies de cela sur un maxi 45 tours promo, catalysant une histoire d’amour de 20 ans.

en plus de lancer leur 10ème album, ce set est calculé pour rappeler à tout le monde pourquoi ils sont tombés amoureux des Manics, sautant à la gorge sans honte avec des hymnes comme Your Love Alone Is Not Enough, Motorcycle Emptiness et A Design For Life, ainsi qu’une interprétation absolument virulente du chef d’œuvre du disparu Richey Edwards, Faster.

Les quatre nouvelles chansons présentées, rehaussées par le Vulcan String Quarter, sont à la hauteur de la promesse du Wire de “Tamla Motown heavy metal”. Some Kind Of Nothingness, qui sur disque, comprend la voix de Ian McCulloch, est particulièrement remarquable. On a simplement besoin de regarder des photos de Richey adolescent, la coupe de cheveux Bunnymen, pour savoir qu’il aurait aimé cela.

Malgré tout, c’est un retour triomphant, mais Bradfield est mortifié par les erreurs et, contrairement à son habitude, ne sort pas pour parler après. Wire, cependant, est plus inclin à jacasser face au chaos. “Vous vous souvenez quand les gens disaient qu’on pouvait être les U2 gallois ? Voilà pourquoi on ne pouvait pas…”

Je regarde un chanteur nommé Kyo, ses cheveux décolorés en jaune citron, vêtu d’une brassière en dentelle et d’une jupe en vinyle et ressemblant à une prostituée Kabukicho qui rôde sur une scène devant un groupe d’un efféminé outrageant qui ressemble à The Sweet, s’ils avaient été de jeunes Japonais beaux et androgynes plutôt que des travelos. Mais l’endroit est Shanghai, l’année 1997 et le média YouTube.

Dir En Grey sont, ou étaient du moins, des exemples de Visual Kei, forme théâtrale de goth-rock qui a émergé au Japon et en Corée dans les années 1990. Imitant les tropes et messages codés du heavy metal occidental, il y avait une fascinante déconnexion entre les signifiants et signifiés. Depuis la venue de internet, rien d’aussi étrange ne peut grandir sans être remarqué.

À Koko, Dir En Grey présentent encore des titres de chansons aussi splendides que Agitated Screams of Maggots, le guitariste Kaoru reste un râpeur diaboliquement impressionnant, et Kyo, aux cheveux désormais noirs, peut toujours passer du grognement de mort à un cri d’opéra ; mais à part le fait qu’il se tient sur une cage allumée en rouge, un concombre style Derek Smalls qui grossit dedans, le théâtre est fini. Pour les oreilles, Dir En Grey secouent indéniablement. Pour les yeux, c’est comme s’attendre à Busby Berkeley et avoir Becket.

Simon Price

Traduction – 8 août 2010

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