NME – 18 septembre 2010 : Le verdict sur l’album

Manic Street Preachers
Postcards From A Young Man
Columbia

Quand Dieu s’est réuni avec ses gens pour trouver des idées douteuses afin de donner suite à la Bible, ils ont dû les murer. Informez le vengeur Yahweh que les Manics l’ont battu. Ouais mec, après toi. Mais oui, quand Journal For Plague Lovers de 2008 a vu les brandons de discorde gallois débiter à toute allure la suite triomphante de leur Sainte Bible personnelle. Et si ce disque connaissait la valeur de sonner dans le neuf quand les vieilles tablettes de pierre commencent à peser lourd autour du cou, c’est parce qu’ils sont déjà passés par là.

En 1995, l’existence continue des Manics était remise en doute ; ses protagonistes dévastés par la disparition de leur talisman Richey Edwards. The Holy Bible avait été une excellent étude choquant de la folie et de la maladie mentale du XXème siècle, mais le prix était trop lourd à payer. Quelque chose devait partir, et ils se sont réunis de belle manière avec Everything Must Go, vidant la baignoire rance de THB avec son introspection et livrant une suite de stade séismique qui rendait un hommage digne à leur ami absent.

Malheureusement, les années qui ont suivi ont offert une stagnation de rock tiède blasé, de retours foireux à la “forme” du punk et un sentiment d’identité qui s’en allait. Il y avait des signes de vie sur Send Away The Tigers en 2007, puis des braises, un feu – s’inspirant du dernier classeur de paroles de Edwards, Journal For Plague Lovers était le retour brut réétablissant le groupe comme chéris des médias dix ans après que This Is My Truth Tell Me Yours les avait mis sur le chemin de l’ennui adulte.

Nouvellement galvanisés, les Manics se retrouvent aujourd’hui à chercher à éteindre les flammes du revival de l’influence de Edwards, et Postcards From A Young Man jette un évier en forme de Everything Must Go sur le problème. Soutenu par un travail de production daté de Dave Eringa, cela sent le milieu des années 1990 et sonne comme une conviction retrouvée. James Dean Bradfield en appelle à de grosses houles de mélodrame avec ses guitares. Les cordes s’envolent telles des tapis volants. Et la batterie pugiliste de Sean Moore vous donnera des oreilles de chou si vous montez le volume.

C’est aussi plus ringard que le tiroir à chaussettes des Red Hot Chili Peppers, mais les Manics ont toujours voulu transcender les caprices du bon vieux bon goût. Il va s’en dire que ce la semble vieillot quandon peut télécharger son esthétique de gros en application d’iPhone aujourd’hui mais, mec, au moins c’est un génie. Alors peu importe si le chant de la chanson d’ouverture (It’s Not War) Just The End Of Love sonne un peu comme Bad Day de Daniel Powter. Regardez les simplement voler avec des riffs renversants et des cordes élancées à la Motown similaires au meilleur de Everything Must Go.

Le R&B groggy du titre phare vous submerge de pur volume écrasant, les paroles aguerries de Nicky Wire chassant le piège du pragmatisme qui vient avec l’âge : “Je ne crois plus à l’absolu/Je suis prêt à admettre que j’avais tort/Cette vie aspire vos principes/Tu dois te battre contre elle tous les jours”. Hazelton Avenue vient comme la riposte optimiste à Motorcycle Emptiness (“Je n’ai pas besoin d’un désert pour me sentir solitaire”) mais la chanson est plus une tentative de refaire It Ain’t Over ‘Til It’s Over de Lenny Kravitz tout en riff. Stupidement, cela fonctionne.

Le Stoogesque Auto-Intoxication offre un moment joliment travaillé d’angoisse, mais c’est Golden Platitudes qui donne à Postcards… son moment olympien. Majestueuse chanson garantie pour faire pleurer dans les chaumières qui se plaint des crimes du régime du New Labour, son accompagnement gospel stellaire faisant sonner Spiritualized comme un héroïnomane avec un flûteau : “Où est-ce parti en vrille, où est parti le sentiment ?/Pourquoi coloniser la lune, quand toutes sortes de désespoir existe ?”

On peut retrouver Wire le défenseur des classes à bouillonner sur All We Make Is Entertainment, qui pleure le déclin de l’industrie manufacture sur une accroche prétentieuse à la Springsteen : “Oh ce pays n’est qu’une carcasse vide/Un bureau central pour le paradis, un bureau central pour l’enfer”. A Billion Balconies Facing The Sun ré-imagine l’extase de l’œil de la culture moderne de saturation des médias comme un cauchemar Ballardien.

Ceci étant les Manics, il y a des guimbardes très en vue, les sornettes sous-Oasis de The Descent (Pages 1 & 2) étant un suspect numéro un. De même que la lourdeur de la collaboration avec Ian McCulloch, Some Kind Of Nothingness avec son utilisation moins aidante d’une chorale gospel.

Les points faibles sont maigres, cependant, et en gros, c’est un album qui tient le coup. Nicky lutte vaillamment  avec le chant sur The Future Has Been Here 4 Ever, qui est un mix des Stones période Exile et de – oui – Belle & Sebastian. Et Don’t Be Evil trahit son influence Television dans un groove bafouillant qui rentre en éruption dans un feu d’artifice bancal de solo.

Au milieu des exploits de Postcards From A Young Man se trouve le fait qu’il rend les années 1990 comme un endroit non détestable. Il n’allait jamais égaliser la bravoure passionnée de Everything Must Go, mais encore une fois, la dixième offensive des Manics est une bête bien plus joueuse que cela – poignante, joyeuse et avant tout vraiment, vraiment forte. Postcards… ne court pas vraiment avec la balle mais envoie balade cette merde en dehors du stade. (7)

Alex Denney

Traduction – 13 octobre 2010

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1 commentaire

  1. « De même que la lourdeur de la collaboration avec Ian McCulloch, Some Kind Of Nothingness avec son utilisation moins aidante d’une chorale gospel. »
    je suis surprise de lire ça alors que justement, Some Kind Of Nothingness est une des meilleures chansons (voire la meilleure) de l’album et la présence de la chorale donne encore plus de profondeur à la chanson !
    je pense sincèrement que celui qui a écrit la review a soit besoin de se faire greffer de nouvelles oreilles, soit de réécouter à nouveau l’album !

    Répondre

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