“I wanted to rub the human face in it’s own vomit / And force it to look in the mirror”

J.G. Ballard (1930) – Mausoleum

Extrait d’une interview de l’écrivain britannique J.G. Ballard dans laquelle il explique ses motivations pour écrire son roman Crash.

James Graham Ballard (15 novembre 1930 – 19 avril 2009) était un romancier et nouvelliste anglais et membre proéminent du mouvement de la nouvelle vague dans la science fiction. Ses livres les plus connus sont Crash (1973), adapté au cinéma par David Cronenberg et le demi-autobiographique Empire du Soleil (1984), adapté sur grand écran par Steven Spielberg, fondé sur l’enfance de Ballard dans le Camp International et son emprisonnement par l’armée impériale japonaise durant la seconde guerre mondiale.

La pertinence littéraire de son œuvre a donné naissance à l’adjectif “Ballardien”, défini par le Collins English Dictionary comme “qui ressemble à ou suggère les conditions décrites dans les romans et histoires de J. G. Ballard, surtout la modernité de contre-utopie, les paysages lugubres fabriqués par les hommes et les effets psychologiques des développements technologiques, sociaux ou environnementaux”.

On a diagnostiqué à Ballard un cancer de la prostate en juin 2006, mal dont il est décédé à Londres en avril 2009.

En 2008, The Times a inclus Ballard dans sa liste des “50 plus grands écrivains britanniques depuis 1945”.

Le père de Ballard était chimiste dans une compagnie de textile basée à Manchester, la Calico Printers Association, et est devenu le président et le directeur général de sa filiale à Shanghai, la China Printing and Finishing Company. Ballard est né et a grandi dans le camp international de Shanghai, zone sous contrôle étranger où les gens “vivaient à l’Américaine”. Il a été envoyé à l’école catholique de Shanghai. Après que la seconde guerre sino-japonaise ait éclaté, la famille de Ballard a été forcée d’évacuer temporairement leur maison suburbaine et de louer une maison dans le centre de Shanghai pour éviter les obus tirés par les forces chinoises et japonaises.

Après l’attaque de Pearl Harbor, les Japonais ont occupé le camp international. Au début de l’année 1943, ils ont commencé à interner les civiles alliés, et Ballard a été envoyé au Lunghua Civilian Assembly Center avec ses parents et sa sœur cadette. Il a passé plus de deux ans, le reste de la seconde guerre mondiale, dans le camp de détention. Sa famille vivait dans une petite zone du bloc G, résidence à deux étages pour 40 familles. Il est allé à l’école dans le camp, les professeurs étant des détenus originaires de diverses professions. Ces expériences ont formé la base de Empire du Soleil, bien que Ballard ait exercé une considérable licence artistique en écrivant le livre, notamment en retirant ses parents du gros de l’histoire.

On a souvent supposé que l’exposition de Ballard aux atrocités de la guerre à un âge impressionnable explique la nature apocalyptique et violente d’une grande partie de sa fiction. Martin Amis a écrit que Empire du Soleil “donne forme à ce qui l’a formé”. Cependant, le propre récit de Ballard de l’expérience était plus nuancé : “Je ne pense pas qu’on puisse traverser l’expérience de la guerre sans que ses perceptions du monde soient changées pour toujours. Le décor rassurant que la réalité quotidienne dans l’occident suburbain nous présente est détruit ; on voit les échafaudages détruits, et puis on voit la vérité dissimulée derrière, et cela peut être une expérience effroyable”. Mais aussi : “J’ai des souvenirs – je ne dirais pas heureux – non déplaisants du camp. […] Je me souviens beaucoup de la brutalité occasionnelle et des tabassages qui se passaient – mais en même temps, nous les enfants, on jouaient à pleins de jeux tout le temps !”

En 1946, après la fin de la guerre, sa mère est retournée en Angleterre avec Ballard et sa sœur sur le Arrawa. Ils vivaient à la périphérie de Plymouth, et il est allé à la Leys School de Cambridge. Après quelques années, sa mère et sa sœur sont retournées en Chine, rejoindre le père de Ballard, le laissant vivre avec ses grands-parents quand il n’était pas à la pension. En 1949, il a étudié la médecine au King’s College, à Cambridge, avec l’intention de devenir psychiatre.

À l’université, Ballard écrivait de la fiction avant-gardiste lourdement influencée par la psychanalyse et les peintres surréalistes. À cette époque, il voulait devenir écrivain tout en poursuivant une carrière médicale. en mai 1951, quand Ballard était en seconde année à King’s, sa nouvelle The Violent Noon, pastiche Hemingwayien écrit pour faire plaisir au jury du concours, a gagné ledit concours et a été publiée dans le journal étudiant Varsity.

Encouragé par la publication de sa nouvelle et se rendant compte que la médecine clinique ne lui laisserait pas de temps pour écrire, Ballard a abandonné ses études de médecine, et en 1952, s’est inscrit en littérature anglaise à Queen Mary de l’University of London. Cependant, on lui a demandé de partir à la fin de l’année. Ballard a alors travaillé comme rédacteur publicitaire pour une agence de pub et comme vendeur d’encyclopédie. il a continué à écrire des nouvelles mais n’arrivait pas à se faire publier.

En 1953, Ballard a rejoint la Royal Air Force et a été envoyé sur la base d’entraînement au vol de la RCAF à Moose Jaw dans le Saskatchewan au Canada. C’est là qu’il a découvert la science fiction dans les magazines américains. Durant sa période dans la RAF, il a également écrit sa première nouvelle de science fiction, Passeport pour l’éternité, pastiche et résumé de la science fiction américaine qu’il avait lue.

Ballard a quitté la RAF en 1954 après deux ans et est retourné en Angleterre. En 1955, il a épousé Helen Mary Matthews et s’est installé à Chiswick. Leur premier enfant, de trois, est né en 1956, et sa première nouvelle de science fiction publiée, Prima Belladonna, a été imprimée dans le numéro de décembre de New Worlds de cette année. Le rédacteur en chef de New Worlds, Edward J. Carnell, restera un important supporter de l’écriture de Ballard et publiera pratiquement toutes ses premières nouvelles.

À partir de 1957, Ballard a travaillé comme assistant de rédacteur en chef du journal scientifique Chemistry and Industry. Son intérêt pour l’art l’a mené à s’impliquer dans le mouvement émergeant du Pop Art, et à la fin des années 1950, il a exposé de nombreux collages qui représentaient ses idées d’une nouvelle sorte de roman. Les inclinations avant-gardistes de Ballard n’allaient pas avec le mainstream de la science fiction de l’époque, qui tenaient des attitudes qu’il considérait béotiennes. Assistant brièvement à la convention de la science fiction de 1957 à Londres, Ballard est parti désillusionné et démoralisé et n’a pas écrit de nouvelle pendant un an. À la fin des années 1960, cependant, il était devenu le rédacteur en chef du magazine avant-gardiste Ambit, qui s’alignait plus sur ses idéaux esthétiques.

En 1960, Ballard a déménagé avec sa famille dans la banlieue chic de Londres de Shepperton dans le Surrey. Trouvant que faire le trajet tous les jours ne lui laissait pas de temps pour écrire, Ballard a décidé de faire une pause et de devenir écrivain à temps plein. Il a écrit son premier roman, le Vent de nulle part, pendant deux semaines de vacances simplement pour s’imposer comme écrivain professionnel, n’ayant pas l’intention d’en faire un “roman sérieux” ; dans les livres publiés plus tard, il est omis de la liste de ses œuvres. Quand il a été publié avec succès en janvier 1962, il a quitté son travail au Chemistry and Industry, et dès lors s’est financé lui-même et sa famille en tant qu’écrivain.

Plus tard la même année, son second roman, le Monde englouti, a été publié, établissant Ballard comme figure notable dans le mouvement naissant de la nouvelle vague. Des recueils de ses nouvelles ont commencé à être publiés, et il a commencé une période de grande productivité littéraire, tout en poussant pour étendre le rayon de matériel acceptable pour la science fiction avec des nouvelles comme la Plage ultime.

En 1964, la femme de Ballard, Mary est morte brusquement de pneumonie, le laissant seul à élever leurs trois enfants – James, Fay et Bea Ballard. Ballard ne s’est jamais remarié ; cependant, quelques années plus tard son ami et camarade auteur Michael Moorcock lui a présenté Claire Walsh, qui est devenue sa compagne durant le reste de sa vie (en fait, il est décédé dans sa résidence de Londres), et est souvent référée dans ses écrits sous le nom de “Claire Churchill”. Après le choc profond de la mort de sa femme, Ballard a commencé en 1965 à écrire les histoires qui deviendront la Foire aux atrocités , tout en continuant à produire des histoires au sein du genre science fiction.

La Foire aux atrocités (1969) s’est avéré être controversé – c’était le sujet d’un jugement pour obscénité, et aux États-Unis, l’éditeur Doubleday a détruit tout ce qui avait été imprimé avant distribution – mais il a donné à Ballard une reconnaissance en tant qu’écrivain littéraire. Il reste une de ses œuvres séminales, et a été adapté au cinéma en 2001. Avec le livre, il a également produit une installation de 75 heures pour la ICA intitulée The Assassination Weapon, titre de l’un des chapitres du livre, comprenant un film sur un pilote de bombe atomique dérangé projeté simultanément sur trois écrans sur le son de voitures qui se rentraient dedans.

Un autre chapitre de la Foire aux atrocités s’intitule Crash! et en 1970 Ballard a organisé une exposition de voitures accidentées au New Arts Laboratory, simplement nommée Crashed Cars. Les véhicules accidentées étaient exposées sans commentaire, inspirant des réponses claquantes et du vandalisme. À la fois dans l’histoire et l’exposition artistique, Ballard explorait le potentiel sexuel des accidents de voiture, préoccupation qui a culminé dans le roman Crash en 1973.

Le personnage principal de Crash s’appelle James Ballard et vit à Shepperton (bien que les autres détails biographiques ne correspondent pas à l’auteur), et la curiosité de la relation entre le personnage et son auteur a été nourrie quand Ballard a souffert d’un grave accident de voiture peu après avoir fini le roman. Peu importe la base dans la vraie vie, Crash, comme la Foire aux atrocités, a aussi été controversé à sa publication. En 1996, l’adaptation cinématographique par David Cronenberg a fait face à un tumulte tabloïde au Royaume Uni, avec le Daily Mail faisait activement campagne pour qu’il soit interdit.

Bien que Ballard ait publié plusieurs romans et de recueils de nouvelles dans les années 1970 et 1980, sa percée dans le mainstream n’est venu qu’avec Empire du Soleil en 1984, fondé sur ses années à Shanghai et le camp de détention de Lunghua. Il est devenu un bestseller, a été nominé pour le Booker Prize et a reçu le Guardian Fiction Prize et le James Tait Black Memorial Prize pour meilleure fiction. Il a fait connaître Ballard à un plus grand public, même si les livres qui ont suivi n’ont pas réussi à atteindre le même degré de succès. Empire du Soleil a été adapté au cinéma par Steven Spielberg en 1987, avec un jeune Christian Bale dans le rôle de Jim (Ballard). Ballard lui-même apparaît brièvement dans le film, et il a décrit l’expérience de voir ses souvenirs d’enfance reproduits et réinterprétés bizarre.

Ballard a continué à écrire jusqu’à la fin de sa vie, et a également contribué du journalisme et de la critique dans la presse britannique. De ses derniers romans, Super-Cannes (2000) a été particulièrement bien reçu, gagnant le Commonwealth Writer’s Prize régional. Ballard s’est vu proposé un poste de chevalier de ordre britannique, mais a refusé, le nommant “une charade ruritanienne qui aide à soutenir notre lourde monarchie”. en juin 2006, on lui a diagnostiqué un cancer de la prostate en phase terminale qui s’était propagé à sa colonne vertébrale et ses côtes. Le dernier de ses livres publiés de son vivant était l’autobiographique la Vie, et rien d’autre, écrit après son diagnostique. Sa dernière nouvelle publiée, The Dying Fall, est apparue dans le numéro 106 de 1996 de Interzone, magazine SF britannique. Elle a été reproduite dans The Guardian le 25 avril 2009.

En octobre 2008, avant sa mort, l’agent littéraire de Ballard, Margaret Hanbury a apporté l’idée d’un livre par Ballard avec le titre provisoire de Conversations with My Physician: The Meaning, if Any, of Life à la foire aux livres de Francfort. Le médecin en question est l’oncologue Professeur Jonathan Waxman de l’Imperial College de Londres qui traitait Ballard pour le cancer de la prostate. Bien que ce devait être en partie un livre su le cancer, et la lutte de Ballard contre, on avait rapporté qu’il devait toucher d’autres thèmes. En avril 2009, The Guardian a rapporté que HarperCollins avait annoncé que Conversations With My Physician de Ballard ne pouvait être fini et les projets de le publier avaient été abandonnés.

Avec l’exception de ses romans autobiographiques, Ballard a principalement écrit dans le genre de la contre-utopie post-apocalyptique. Son roman le plus célèbre à cet égard est Crash, dans lequel les voitures symbolisent la mécanisation du monde et la capacité de l’homme à se détruire avec la technologie qu’il crée ; les personnages (le protagoniste, nommé Ballad, y compris) deviennent de plus en plus obsédés par la violente psycho-sexualité des accidents de voiture en général, et les accidents de voiture de célébrités en général. Le roman perturbant de Ballard a été adapté en film cérébral controversé – et tout aussi perturbant – par David Cronenberg.

Particulièrement révéré chez les admirateurs de Ballard se trouve son recueil de nouvelles, Vermilion Sands, situé dans une ville vacancière déserte éponyme où habitent les starlettes oubliées, les héritiers fous, les artistes très excentriques et les marchants et servants bizarres qui travaillent pour eux. Chaque nouvelle comprend de la technologie particulièrement exotique comme des ordinateurs qui composent de la poésie, des orchidées avec des voix d’opéra et des égos qui vont de paire, des toiles phototropiques qui se peignent toutes seules, etc. Pour s’aligner sur les thèmes centraux de Ballard, plus notamment le masochisme fournit par la technologie, ces bizarres technologies de mauvais goût sont au service des désirs sombres et cachés et des projets des rejetés humains qui occupent Vermilion Sands, typiquement avec des résultats psychologiquement grotesques et physiquement fatals. Dans son introduction de Vermilion Sands, Ballard le cite comme son recueil préféré.

D’une veine similaire, son recueil Memories of the Space Age explore de nombreuses variétés de retombées psychologiques individuelles et collectives de – et les motivations originales profondément archétypes derrière – le boom de l’exploration spatiale américaine des années 1960 et 1970.

En plus de ses romans, Ballard a fait un usage extensif de la forme de la nouvelle. De nombreuses de ses premières œuvres publiées dans les années 1950 et 1960 étaient des nouvelles.

Ballard est cité comme un parrain important du mouvement cyberpunk par Bruce Sterling dans son introduction à l’anthologie séminale Mozart en verres miroirs. La parodie de Ballard de la politique américaine, le pamphlet “Pourquoi je veux me taper Ronald Reagan”, qui a été plus tard inclus comme chapitre de son roman expérimental la Foire aux atrocités, a été photocopié et distribué par des farceurs à la convention nationale républicaine de 1980.  Au début des années 1970, Bill Butler, libraire de Brighton, a été poursuivi par les lois de l’obscénité britannique pour avoir vendu le pamphlet.

D’après le théoricien littéraire Brian McHale, la Foire aux atrocités est un “texte postmoderne fondé sur les topos SF”.

Dans Simulacres et simulation, Jean Baudrillard a acclamé Crash comme le premier grand roman de l’univers de la simulation.

Lee Killough cite directement les nouvelles séminales de Ballard, Vermilion Sands, comme inspiration de son recueil Aventine, également une ville vacancière perdue pour célébrités et excentriques où les nouvelles technologies bizarres ou frivoles facilite l’expression d’intentions et de pulsions noires. Le milieu de Twilight Beach de Terry Dowling est aussi influencé par les histoires de Vermilion Sands et d’autres œuvres de Ballard.

Ballard avait aussi un intérêt pour la relation entre les différents médias. Au début des années 1970, il a été une des fiduciaires de l’Institute for Research in Art and Technology.

Ballard a eu une influence notable sur la pop, où son œuvre a été utilisée comme base d’imagerie lyrique, particulièrement parmi les groupes post-punks britanniques. Les exemples incluent des albums comme Metamatic de John Foxx, diverses chansons de Joy Division (plus notamment The Atrocity Exhibition, titre anglais de la Foire aux atrocités extrait de Closer), Miss The Girl des Creatures (basé sur Crash), la chanson Down in the Park de Gary Numan et Warm Leatherette de The Normal. Les compositeurs trevor Horn et Bruce Woolley créditent la nouvelle de Ballard The Sound-Sweep comme inspiration du tube des Buggles, Video Killed The Radio Star, et le second album des Buggles incluait une chanson intitulée Vermilion Sands. Le groupe post-punk de 1978 Comsat Angels ont pris leur nom de l’une des nouvelles de Ballard.

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