Q – janvier 2005 : Apocalypse Now

Ils sont allés au cœur de l’obscurité. Ils n’en sont pas tous revenus.

Manic Street Preachers
The Holy Bible
SONY
4/5

“Un calice qui brûle tout ce qu’il touche”, c’était ainsi que le chanteur des Manic Street Preachers, James Dean Bradfield, avait décrit The Holy Bible à votre serviteur en 1996. Dans une interview peu après la sortie de A Design For Life, Bradfield pensait au passé récent de son groupe. Beaucoup de choses avaient changé : ils étaient sur le point d’avoir le plus grand hit en date de leur carrière et commençaient à s’aligner avec le monde post-Britpop en ouvrant pour Oasis à Maine Road. Ils faisaient également face à la vie en trio après la brusque disparition de leur guitariste, parolier et porte-parole, Richey Edwards.

Dix ans plus tard, The Holy Bible est toujours enveloppé de mystère, lié à jamais au disparu le plus célèbre de la musique. En fait, le déclin personnel de Edwards projète une ombre sur le projet tout entier. En mai 1994, trois mois avant la sortie de l’album, il a marqué un voyage à Bangkok en s’auto-mutilant publiquement avec des couteaux offerts par une fan. Un passage à The Priory a suivi, l’absence permanente peu après. La dernière fois qu’on l’a vu, c’était lorsqu’il a règlé sa note de sa chambre d’hôtel londonienne le 1er février 1995.

Tout le mythe qui a pu enveloppé Edwards à l’époque a diminué depuis, sa maladie devenant plus évident. Cependant, les années qui se sont écoulées entre temps n’ont pas suffi pour affaiblir la puissance de ce qui reste le plus grand album des Manic Street Preachers, aujourd’hui réédité avec des démos, de nouveaux mixes et un DVD de passages télé de l’époque.

Jusqu’à The Holy Bible, les interviews du groupe, remplies d’esprit et de slogans, étaient plus intéressantes que le rock standard de leurs deux précédents albums. Cette fois, on ne pouvait mettre en doute leur engagement. Ils semblaient avoir tout le XXème siècle dans le collimateur. Les lois américaines sur le port d’arme, la société post-industrielle et la transformation du sexe en produit n’étant qu’une partie des grandes idées qu’ils voulaient absolument comprimer en chanson. C’était l’agréable année de Parklife et de Definitely Maybe, rappelez-vous, non pas que Edwards, principal parolier de l’album, ait été inquièté par l’esprit ensoleillé de l’époque lorsqu’il a écrit à propos de l’Holocauste sur The Intense Humming Of Evil.

Tout cela aurait été prétentieux et ridicule si la rage de Edwards et son apitoiement sur lui-même n’avaient pas été enchaînées à une toile de fond tout aussi écrasante de guitare métallisque et de rythme frénétique. Ses modèles sont l’hurlant Public Image de PiL et le loyal Shot By Both Sides de Magazine, le genre de post-punk angoissé qui est actuellement la toute dernière mode. C’est cela, et l’étonnante conviction dans la voix de Bradfield, qui rend The Holy Bible aussi menaçant sur le plan sonore que jamais. Bradfield, en particulier, n’a jamais reçu assez d’honneur pour avoir canalisé la rage de ses collègues comme si c’était la sienne, notamment sur les deux cartes de visite jumelles de l’album, Faster et P.C.P. Sorties auparavant en double face A, elles restent de grands moments, la première un récit rapide de dépression, la deuxième un coup de gueule qui tout aussi rapidement contre – grande inspiration – le langage comme outil d’oppression. Musicalement, seul This Is Yesterday déçoit.

Les crétins continueront à parcourir les paroles de The Holy Bible à la recherche d’indices sur le sort de Richey Edwards. Mais écrivez les et des vers tels que : “Wherever you go I will be carcass” (“Où tu iras je serais cadavre”) (Mausoleum) ne seraient pas déplacées sur un morceau difficile de death metal. En semble, cependant, les mots et la musique de l’album ont fusionné en quelque chose de plus explosif, cocktail de rage et d’érudition qui est le résumé parfait du Monde Manic Street Preachers vers 1994. Ayant cédés au nihilisme avec lequel ils ne jouaient avant, le groupe s’est retrouvé coincé quelque part d’affreusement austère. Ce qu’ils savaient probablement, en tant qu’étudiants enthousiastes de l’histoire rock et fans du Closer de Joy Division et du In Utero de Nirvana, c’est que cela rendrait leur trajectoire condamnée encore plus tragique.

Il n’est pas étonnant qu’ils se soient un peu laisser aller par la suite, permettant à la musique de se réchauffer et à leur attitude de se ramollir. Ayant perdu leur innocence de la manière dure, ils ont mûri. Cela arrive. Mais comme testament aux jeunes hommes en colère d’il y a dix ans, The Holy Bible reste inbattable.

Gareth Grundy

* * *

ANCIENS NUMÉROS
Le palmarès des Manic Street Preachers à acheter

GENERATION TERRORISTS
COLUMBIA, 1992
3/5
Leur rêve était de sortir juste un double album qui se vendrait à 20 millions d’exemplaires, puis de splitter. C’est sympa en théorie… Au lieu de cela, leur premier album alliait de l’invective marxiste avec un rock bedonant, et Motorcycle Emptiness était le premier vrai signe de grandeur.

GOLD AGAINST THE SOUL
COLUMBIA, 1993
3/5
Pop-métal sous-estimé qui est armé d’une poignée de véritables grands tubes, dont La Tristesse Durera (Scream To A Sigh), morceau qui reprendra des forces sur les dance floors de la nation un an plus tard.

EVERYTHING MUST GO
EPIC, 1996
4/5
Le superbe album post-Richey. Maintenant ils étaient énormes, grâce au tube numéro deux A Design For Life et la production wall of sound de Mike Hedge. Inclut Small Black Flowers That Grow In The Sky écrite par Edwards.

THIS IS MY TRUTH TELL ME YOURS
VIRGIN, 1998
3/5
Leur dernier effort décent, avec If You Tolerate This Your Children Will Be Next et The Everlasting parmi leurs grands moments de leur carrière. Malheureusement, la pourriture commence ici, aussi : cet album est trop long et la qualité avait commencé à baisser.

KNOW YOUR ENEMY
VIRGIN, 2001
2/5
Ils remplissaient désormais les stades mais, artistiquement du moins, ils s’étaient égarés. Vous avez aimé les deux albums précédents ? Alors ne vous souciez pas de ce réchauffé confus, sauf de So Why So Sad, l’un de ses quelques bons côtés.

Traduction – 20 mars 2005

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