NME – 11 décembre 2004 : Rester splendide

Manic Street Preachers
The Holy Bible (Tenth Anniversary Edition)
10

Dix ans plus tard, le chef d’œuvre viscéral des Manics est plus puissant que jamais

Au milieu de la chanson Mausoleum se trouve un sample de l’écrivain J. G. Ballard dans lequel il explique ce qu’il pensait en écrivant son roman de 1973, Crash, dont les personnages principaux prennent leur pied en faisant rentrer des voitures l’une dans l’autre. “I wanted to rub the human face in its own vomit” (“Je voulais frotter le visage humain dans son vomi”), dit-il, “and force it to look in the mirror” (“et le forcer à se regarder dans un miroir”). Et c’est ce que The Holy Bible a fait. Si vous avez découvert les Manic Street Preachers quand ils sont brièvement devenus notre plus grand groupe, c’est l’album pour lequel on ne leur a jamais pardonné d’avoir continué après. C’est également l’un des meilleurs que nous n’ayions jamais connus.

Comme la plupart des œuvres de génie véritable, il se trouve à des kilomètres de tout ce que ses créateurs ont entrepris. Né en réaction à l’échec de leur première tentative de devenir les Guns N’Roses des Vallées, sa fureur blanche et bouillante contre absolument tout voulait dire qu’ils ne retourneraient jamais dans de telles profondeurs terrifiantes.

Ce que cette édition spéciale dixième anniversaire devrait faire, c’est réparer les dégâts de ces dernières années et les réintégrer dans le canon des grands – si gênante que soit leur compagnie qu’ils feraient aux Beatles ou aux Stones. Musicalement, The Holy Bible est incroyable, conséquence de la décision de James Dean Bradfield de faire reculer le groupe dans un studio minable dans le quartier des prostituées de Cardiff. Abandonnant la dynamique de stade et embrassant la new wave, l’indus, le art rock et le goth, Faster et Yes apparaissent comme de furieux hybrides metal mutants.

Le coffret deluxe remasterise l’original avec un DVD de passages télé et d’extraits de concert (mais, curieusement, aucun clip) qui sont un délice purement morbide quasi pornographique. Mais le véritable intérêt réside dans l’édition américaine inédite, remixée dans le but de faire percer le groupe aux États-Unis. L’original nerveux est complètement traité à la manière rock US du milieu des années 1990, donnant l’impression d’un Nine Inch Nails chargé d’amphétamine qui vous taquine avec ce qui aurait pu être. En particulier, les morceaux les plus lents, comme She Is Suffering et This Is Yesterday, sonnent comme des monstres radiophoniques polis qu’ils n’ont jamais été. Vous vous demandez comment cette vision aurait été reçue dans la superleague, mais vous suspectez certainement que le groupe ne s’en serait pas sorti.

Ses quatre membres, à ce moment, étaient abîmés, mais bien sûr le cœur noir de ce disque est celui de Richey Edwards. Dévasté par la dépression, l’alcoolisme, l’auto-mutilation et l’anorexie, aux côtés de Kurt, c’est le prophète rock le plus brillant et le plus perspicace de sa génération. The Holy Bible était le journal de son effondrement final, et son chef d’œuvre. Regardez Archives Of Pain, l’hommage névrosé aux victimes des tueurs en série qui semble exiger la peine de mort. “There is never redemption” (“Il n’y a jamais de rédemption”), crache Richey au travers de James, “any fool can regret yesterday” (“n’importe quel idiot peut regretter le passé”). Voyez la froide indifférence du manifeste personnel de Faster tandis qu’il explique son auto-mutilation ainsi : “I am an architect, they call me a butcher” (“Je suis un architecte, il me traite de boucher”), s’étrangle-t-il. Son récit à la première personne d’une adolescente dans les stades avancés de l’anorexie, 4st 7lb, a toujours semblé bien trop plausible pour nous intéresser en premier lieu. L’écoute n’est pas particulièrement facile si on considère ce qui a été perdu. Certainement, tout ce qu’on fait James, Nicky et Sean depuis est ici mis en relief comme une manière d’accepter la perte.

Il semble effectivement plus vieux que ses dix ans si vous pensez à ce qui a changé. Même notre accident psychologique de groupe le plus comparable, les Libertines, vit dans un monde confortablement engourdi de héroïne et de DVDs de Tony Hancock où le but de la musique est une fuite de la dure réalité de la vie. L’idée que quelqu’un voudrait se complaire si intentionnellement dans de telles souffrances pures et pitoyables – sans parler qu’une major financerait cette tentative – semble presque originale. Il est difficile de voir le bien qui puisse de ce disque, jusqu’à ce que vous essayez de penser à combien d’albums depuis ont réussi à contenir ce sang, cette sueur et cette vieAlors vous vous souvenez de combien tous les instincts adulte que vous n’ayez jamais eus proviennent des choses sur lesquelles ce disque vous a ouvert les yeux. Et alors, tout ce que vous pouvez faire, c’est s’émerveiller par la manière dont cette incroyable œuvre a pu réveiller tant de choses chez une grande partie d’entre nous.

Il y a de la magie morbide dans les images de Richey à Glastonbury. Mais regarder l’interview des trois survivants, qui essayent de saisir le sens de l’année la plus traumatisante de leurs vies, est tout aussi émouvant. Après tout, comme les Manics l’ont observé avant, la survie est aussi naturelle que le chagrin.

Dan Martin

* * *

NOUS DÉTRUISONS LE ROCK’N’ROLL
Les événements les plus mémorables des Manics

Motown Junk
Leur premier single, sur Heavenly Recording, alors petit label, et cocktail Molotov au travers du moyen d’une chanson. Il déclarait définitivement leur arrivée : “We live in urban hell, we destroy rock’n’roll…” (“Nous vivons dans l’enfer urbain, nous détruisons le rock’n’roll…”)

Le bras de Richey
Le moment où Richey a décidé de prouver à Steve Lamacq du NME qu’il n’était pas poseur en se gravant “4 REAL” (“POUR 2 VRAI”) sur le bras est marqué au fer rouge dans la mémoire de tous ceux qui ont vu les photos.

Glastonbury 1994
Leur tour de force devait venir dans leur stupéfiant set de l’époque Bible, quand le Wire a déclaré sur scène : “Ils devraient construire un pont sur ce putain d’endroit de merde”.

A Design For Life
Avec Faster – leur autre grand moment déterminant – un hymne à la fierté grandiloquent mais plein de dignité.

Le Stade du Millenium de Cardiff
Leur couronnement de plus grand groupe du Royaume Uni, le 31 décembre 1999, en tête d’affiche de la plus grosse fête de la plus grande Saint-Sylvestre de l’histoire.

Cuba
Know Your Enemy a pu être un bide mais il a été annoncé par une brave aventure dans la dernière bastion du communisme.

Traduction – 12 mars 2005

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