Metroactive – 16 mars 2005 : Sainte Relique

Le sermon hard-rock des Manic Street Preachers

Il y a un vieil adage qui dit quelque chose comme cela : si on doit choisir entre la vérité et la légende, on choisit la légende. Les Manic Street Preachers, qui sont sortis discrètement d’une ville ouvrière galloise avec plein de feu provoquant pour devenir les chéris de la presse rock britannique du début des années 1990, ont laissé beaucoup de musique intéressante et une sacrée légende. Et c’est la simple vérité.

Aujourd’hui, Sony/Legacy a sorti une édition deluxe spécial 10ème anniversaire de l’album de 1994 du groupe, The Holy Bible, coffret trois CD qui va emmener cette légende à un nouveau niveau. Cette réédition somptueuse comprend la version remasterisée de l’album original avec quatre morceaux bonus, le mix américain précédemment inédit plus cinq morceaux bonus (dont deux démos) et trois morceaux de sessions radio ainsi qu’un DVD contenant six performances télévisées britanniques, quatre performances dans des festivals britanniques, deux clips vidéo et une nouvelle interview de 30 minutes avec les membres restants du groupe qui parlent de The Holy Bible.

La presse comparait les Manic Street Preachers aux Sex Pistols ainsi qu’au Clash et le groupe montrait beaucoup d’énergie fougueuse. On pouvait l’entendre sur leur premier album de 1992, Generation Terrorists (les Manics ont dit à l’époque que tout groupe intègre devrait sorti juste un album et puis se séparer). Mais le groupe était loin du punk pur et dur des Pistols et du Clash. En fait, il y a une forte influence glam Queen sur The Holy Bible et par occasions des touches d’Ian Gillian chevelu s’infiltrent dans les chansons.

Le All Music Guide compare même les Manic Street Preachers à Nirvana, Oasis et Pearl Jam, mais ces chansons ne présentent aucune trace de la vague sonore consciente de soi des années 1990 qui marquait ces groupes rock modernes. Sur le plan instrumental, le groupe ressemble plus à Rush qu’à Radiohead.

Le charme des Manic Street Preachers au moment de la sortie initiale de l’album était que le groupe n’avait rien en commun avec les nombrilistes qui éclairaient la scène de Manchester, la pop Beatlesque d’Oasis ou tout le reste du Royaume-Uni. Les écouter aujourd’hui, c’est apprécier tout simplement la facilité avec laquelle les Manic Street Preachers recyclaient la musique qu’ils écoutaient en grandissant et l’ont transformée en un son unique tout en réussissant à construire une légende dont ils vivent encore dans l’ombre.

La majeure partie de cette légende se centre autour du cinéma autodestructeur du guitariste rythmique et compositeur Richey Edwards, alcoolique anorexique et dépressif capable de tactiques de choc digne de l’infortuné bassiste des Sex Pistols Sid Vicious (ce qui peut expliquer les constantes références aux Pistols dans la presse britannique). En 1991, durant une interview avec le magazine rock britannique NME, et après que le journaliste ait remis en question l’authenticité du groupe, Edwards a gravé “4 REAL” (“POUR 2 VRAI”) sur son avant-bras avec une lame de rasoir.

Mais le droit subséquent à la célébrité était le tube du Top 10 de 1992, Theme From M*A*S*H (Suicide Is Painless), qui était accompagné d’une reprise de Everything I Do (I Do It For You) de Fatima Mansions. Sur le suivant, Little Baby Nothing, ils avaient invité l’ancienne starlette du porno Traci Lords à chanter et il était accompagné de Suicide Alley. Puis est venu le maxi 45 tours dance From Despair To Where, accompagné de Spectators Of Suicide.

Vous remarquez une tendance ?

En 1994, Edwards et son penchant pour l’automutilation ont refait parler d’eux dans les titres des journaux, quand, lors d’un concert de Bangkok, il s’est tailladé le torse avec des couteaux donnés par une fan. Alors ce n’est pas une surprise si The Holy Bible est un manifeste troublant rempli de paroles austères et lugubres. Ce qui est surprenant, et pas toujours immédiatement apparent derrière son apparence hard-rock, c’est la manière dont les paroles sont tout simplement incroyablement intelligentes. Des chansons comme Of Walking Abortion et She Is Suffering mettent à nu l’obsession superficielle de la société pour la beauté et le pouvoir, la richesse et la gloire.

Et les Manic Street Preachers n’ont jamais hésité de dire aux fans de réfléchir par eux-mêmes.

“N’écoute pas un mot de ce que je dis”, chante Edwards sur la lente This Is Yesterday, “écoute simplement ce que je ne dis pas”.

À la fin, Edwards a mis en pratique ce qu’il prêchait : en 1995, quelques semaines après la sortie de The Holy Bible, il est sorti d’une chambre d’hôtel londonien et a disparu à jamais. La police a trouvé sa voiture vide garée sur un pont avoisinant, lieu favori pour les suicides. Sa maison de disques a annulé les projets de sortie de l’album aux États-Unis.

Dix ans plus tard, la légende vit.

Greg Cahill

Traduction – 22 mai 2006

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