Word – janvier 2005 : Un pied dans le passé

La disparition de Richey Edwads fait partie des histoires déterminantes du rock des années 1990. Il est aujourd’hui immortalisé sur une édition DVD anniversaire de The Holy Bible. ANDREW COLLINS se souvient de cette manière.

Richey James Edwards a passé l’été 1994 à The Priory, l’hôpital psychiatrique de Roehampton de choix pour les riches et célèbres. Réduisant son rôle dans les Manic Street Preachers tandis que les médecins tentaient de soigner sa prédilection pour l’auto-mutilation, l’abus d’alcool et l’anorexie, ses trois collègues, amis depuis la primaire à Blackwood dans le Sud du Pays de Galles, lui rendaient visite trois fois par jour.

Ils apportaient des idées de pochette à approuver et des critiques à lire, pour maintenir un sens important de normalité à un moment qui était, même pour ce groupe atypique, assez merdique. Pour James Dean Bradfield, chanteur et songwriter doué, il y avait aussi des leçons de guitare à administrer. Malgré le rôle vital de Richey comme co-iconographe et parolier (avec son meilleur ami de bassiste Nicky Wire), la guitare n’a jamais été son point fort. Il était beau en brandissant une sur scène – légendaire, en fait – mais réellement la brancher dans les amplis n’était pas généralement encouragé.

Alors imaginez l’horreur de Richey quand Norman Stanley Fletcher est passé. Même si les autres ont raison de croire que Richey peut avoir enjolivé ou même inventé cette histoire, ils veulent qu’elle soit vraie et moi aussi. Eric Clapton, bénévole là-bas, a apparemment fait un saut et dit le bonjour d’un ancien au dernier musicien arrivé.

“J’apporterais peut-être ma guitare la prochaine fois ?”

Richey était mortifié à la perspective de jammer du blues. “Juste ce que j’ai besoin”, a-t-il dit à James après la visitation. “Je vais être confronté à Dieu et Dieu va se rendre compte que je ne sais pas jouer de la guitare”.

On peut sourire. Cela pourrait permettre de colorier l’image en noir et blanc que beaucoup gardent à l’esprit : celle d’un individu crispé, troublé et déprimé, un papillon brisé sur cette roue citée maintes fois faussement. Il est certain que Richey n’était pas une rock star heureuse, quatre ans de carrière qui avait apporté des couvertures de magazines, des adeptes fanatiques, des hits dans le Top dix et une notoriété unique. Mais ce n’était pas un zombie lobotomisé et le groupe ne le traitait pas non plus comme de la porcelaine, même hospitalisé. Malgré leur sérieux extérieur et leur conviction totale, les Manics ont toujours utilisé l’humour comme défense contre le monde, et Richey était particulièrement drôle, tour à tour amusé et amusant, toujours conscient des cercles grotesques dans lesquels il vivait désormais.

Son séjour à The Priory a été ponctué de moments joyeux et de taquinerie gentille. Comme ils étaient amusés par l’indignation de Richey lorsque les examens de son foie avaient révélé qu’il ne buvait pas autant qu’il le clâmait. Il déplorait le fait que l’équipe médicale ne le croyait pas fou (“Mais tu n’es pas fou !” insistait James). Richey parlait des “gestes symboliques de la folie” – se cacher dans les buissons, aboyer des ordres – et considérait mettre une éclair sur sa tête et “parler à une girafe imaginaire”. Quand il reprennait du poids après avoir atteint le fin fond (38kg alarmants), le groupe l’appelait Mr Blobby.

C’est plutôt la conscience que Richey avait de lui-même, aussi divertissante qu’elle pouvait sembler, qui a peut-être été sa perte. Est-ce que c’était, dans le style rock consacré, “trop de putain de perspective” qui a envoyé Richey dans la nuit ?

Au fait, je me rends compte que j’ai violé une règle d’or du journalisme impitoyable en me réferrant à mon sujet par son prénom plutôt que par son nom de famille, mais cela semble approprié dans ce cas. non pas parce que je suis là pour révéler le fonctionnement interne du “Richey que moi seul connaissais”, mais tout simplement parce qu’il n’utilisait jamais son nom de famille, préférant être crédité comme Richey ou Richey James. Ce n’est que lorsqu’il a disparu le mercredi 1er février 1995 et qu’il est devenu le sujet d’appels de police et d’investigations de journaux nationaux que son nom entier semble s’être formalisé à jamais.

C’était il y a presque dix ans. Alors pourquoi l’idolâtrons-nous toujours, ce guitariste qui ne savait pas jouer de la guitare, ce parolier dont les paroles ne se scandaient pas, cette icône qui ne supportait pas d’en être une ? Parce que le reste des Manic Street Preachers nous ont donné leur bénédiction explicite. Même s’ils sont actuellement en pleine tournée pour promouvoir leur tout nouvel album de rock mainstream, Lifeblood, leur quatrième en trio, ils ressortent en même temps The Holy Bible, paru à l’origine en 1994. C’était leur troisième et le dernier avec Richey. Pour certains fans, il reste leur meilleur. Rien de cela ne rend cette réedition évidente.

Nous parlons d’une édition spéciale 10ème anniversaire digitalement remasterisée qui contient des photos inédites, un nouveau livret, des morceaux live, des démos, une session de Radio 1, le mix américain inédit et un DVD qui contient des extraits de Top Of The Pops, de MTV, de Glastonbury et de Reading, plus une toute nouvelle interview de 30 minutes avec le groupe, le tout livré dans un digipak réalisé avec amour avec fourreau et livret. C’est le genre de fanfare et de déforestation habituellement réservé à un album classique conventionnel come Dark Side Of The MoonDiamond Dogs ou London Calling – voire Definitely Maybe. Mais The Holy Bible ? Un disque dont le quatrième mot de la feuille des paroles est “cunt” (“connard”) et dont les morceaux incluent The Intense Humming Of Evil (“L’intense bourdonnement du mal”), Archives Of Pain (“Les archives de la douleur”), Mausoleum (“Mausolée”) et sûrement l’unique référence dans le rock à Beverly Allit, l’infirmière tueuse en série ?

Quand on parle à Nicky Wire, il est clair qu’il est l’architecte de cette luxueuse réédition, pas Sony Records. Depuis la disparition de Richey, Nicky a volontiers permis à la vie de famille de l’engloutir, se retirant entre les albums dans sa maison de Blackwood où il regarde le sport à la télé, s’occupe de son bébé et utilise du ruban adhésif pour retirer les poils de chien sur les tissus d’ameublement de sa femme et lui. Homme de 35 ans qui ne cache pas son désir quasi obsessionnel compulsif de garder sa maison en ordre (sur son t-shirt moqueur à l’égard de lui-même qu’il portait aux Brits en 1997, on pouvait lire I HEART HOOVERING – J’AIME PASSER L’ASPIRATEUR), c’est le candidat parfait pour, dans ses propres termes, “prendre contrôle du catalogue”.

Mais ce n’est pas qu’une question de contrôle de qualité. L’édition spéciale de The Holy Bible existe comme mémorial, même s’il est pour un homme qui n’a jamais été prononcé mort et que les amis et les fans espèrent ardemment qu’il soit toujours vivant. Nicky parle avec une franchise touchante lorsqu’il dit : “Parfois Richey sort du radar critique et je me sens coupable de ça. Vraiment. Les gens ont besoin qu’on leur rappelle combien il était étonnement cool et génial”.

Richey James Edwards : cool et génial. Ce n’est pas une mauvaise épitaphe – si un jour nous en avons besoin. “On ne me permettrait aucunement d’être dans n’importe quel autre groupe !” m’a-t-il dit un jour. James décrivait Nicky et Richey comme ses deux ailiers.

Pour un récit médico-légal des derniers jours en circulation de Richey Edwards, je vous renvoie à la biographie de Simon Price, Everything. Je me contenterais de dire que, la tête rasée et récemment endeuillé (son chien, Snoopy, était mort à l’âge de 17 ans à la mi-janvier 1995), Richey a laissé peu d’indices lorsqu’il est allé de Londres à son “appartement de yuppie” de Cardiff dans la Vauxhall Cavalier argentée du groupe pour la garer ensuite à la station service de Aust près du Severn Bridge. Des reportages terrifiants ont inévitablement conclu hâtivement au suicide, groupant de manière bûtée Richey avec les martyres accidentels du rock comme Hendrix et Vicious (il aurait préféré Curtis et Cobain), mais son corps n’a jamais été rejeté et les récits de ses apparitions, tel Elvis, depuis – dont une à Goa – se sont principalement réduites à prendre ses désirs pour la réalité.

Comme Price le fait remarquer, on estime que 250 000 personnes disparaissent chaque année au Royaume Uni, 14 000 cas au moins restent inexpliqués à un moment donné. Avec plus que ce bon humour Manics palliatif, Wire a décrit la disparition de Richey comme “ressemblant plus à Reginald Perrin que Lord Lucan”.

* * *

La dernière fois que la plupart d’entre nous à l’extérieur du cercle fermé du groupe a vu Richey, c’était lors des triomphants concerts à l’Astoria de Londres en décembre 1994. Jouant une grande partie de The Holy Bible, c’était un groupe en pleine forme, les messies anti-Britpop, stimulés pour une raison ou une autre de manière nietzschéenne à propos après une balade européenne en première partie de Suede qui les avait pratiquement tués. Ils ont bousillés leur équipement le dernier soir. Une orgie à 8000£ qu’ils pouvaient difficilement se permetttre avec les impayés de The Priory et les bénéfices commerciaux qui diminuaient, cela s’est avéré être leur dernier concert en tant que quatuor. Tomber de rideau approprié pour un groupe qui est arrivé sur la scène baggy londonienne en 1990 apparemment entièrement formé.

Ils n’étaient pas le premier groupe rock avec une mentalité de gang construite sur une amitié d’enfance et sur le mécontentement provincial, ni le premier à peindre des slogans sur leurs chemises – en fait, ils étaient précisément le deuxième – mais c’est cette relation d’amour et haine étudiée avec l’histoire du rock qui a forgé leur caractère. Ils lisaient le NME de la première à la dernière page en attendant leur moment.

Tout était une question de contexte : les effets de l’Ecstasy et de l’Acid House avaient émoussé le tranchant du rock à la fin des années 1980 et une forme hybride que nous avons plutôt bizarrement nommée “indie-dance” régnait. Les Manics existaient comme un soi-disant antidote. Pour la presse musicale hebdomadaire, ils étaient un cadeau. Ils avaient un look, un manifeste et faisaient de bonnes citations.

Après que mes premiers doutes aient été chassés par leurs premiers singles audacieux sur le label Heavenly en 1991, Motown Junk et You Love Us, j’ai rejoint le groupe en tant que journaliste au NME aux studios résidentiels de Black Barn dans la ville feuillue de Ripley dans le Surrey, où ils étaient enfermés dans l’enregistrement de leur premier et double album pour Columbia Records, Generation Terrorists. (Celui-là même dont ils avaient avec un air fanfaron promis d’en vendre 16 millions d’exemplaires avant de splitter.) C’est là-bas que j’ai été le témoin pour la première fois de l’unique et efficace division du travail qu’étaient les Manics. James et le batteur Sean Moore écrivaient et enregistraient la musique, Nicky et Richey fournissaient les paroles et décoraient les murs de leurs chambres, dans le style de Joe Orton, avec des photocopies d’œuvre de Edvard Munch et de photos découpées de Axl Rose, Brigitte Bardot, de rouge à lèvres et de Cherokees.

Durant une conversation illuminée seulement par les lumières d’enregistrement oscillantes d’un gros radio-cassette qui jouait l’un des albums Use Your Illusion de Guns N’Roses, je suis tombé sous le charme de Richey tandis qu’il démontrait son talent inné pour distiller en une phrase de longues envolées de théorie culturelle : “Nous détesterons toujours plus Slowdive que Adolf Hitler”.

Vous auriez dû entendre le mépris cinglant avec lequel il a prononcé “Loz de Kingmaker” en comparant le modèle de la décence indée du NME de cette année à Vivien Leigh. Pendant ce temps, dans la grange aménagée, des chansons aussi bonnes que Motorcycle Emptiness et Little Baby Nothing étaient couchées sur bande.

Seul un grooupe aussi adorable pouvait s’en sortir avec une chanson intitulée You Love Us (“Vous nous aimez”). Ils ne croyaient qu’à moitié qu’ils vendraient 16 millions d’exemplaires alors quand ils en ont vendu en réalité 200 000 et qu’ils sont restés ensemble, c’était un bâton trop difficile à manier pour les battre avec. Cela ne servait à rien de les accuser d’être passer à l’ennemi. J’avais essayé cela à l’époque de leur premier single décevant sur Columbia, Stay Beautiful, produit par Steve Brown (Elton John, Wham!, The Cult). J’ai plutôt honte de dire que je les ai accusés, dans une chronique du NME, de “se ramollir maintenant qu’ils sont fermement positionnés sur la bite des majors”. Ils ne m’en ont pas voulu. En effet, Nicky m’a pratiquement cité la phrase vieille de 13 ans quand je lui ai parlé la semaine dernière.

Peut-être l’aspect le plus troublant de mon excursion à Ripley était la vision du bras gauche de Richey, dont les cicatrices en voie de guérison formaient toujours les mots “4 REAL”, six mois après avoir gravé les lettres avec une lame pour s’exprimer à mon collègue Steve Lamacq à Norwich. Une vision troublante qui télégraphiait les choses à venir et qui donnait l’une des images rock’n’roll les plus hantées de la décennie, je me souviens de façon vivante de l’animation dans le bureau du NME le lendemain matin quand le photographe Ed Sirrs a flanqué les transparents sur le rétroprojecteur. Pouvions-nous les faire paraître en couleur ? Pouvions-nous les mettre en couverture ? (Nous avons fait un compromis entre els deux.) Nous nous sommes tous inquiètés pour Richey depuis ce jour, même ceux qui le prennaient pour un idiot. Je trouvais difficile de concilier cette image avec la douce âme que j’avais toujours rencontrée.

La lutte pour être pris au sérieux était collective, mais pour Richey, elle se manifestait physiquement. La vie d’un groupe rock en tournée est superficielle. La plupart s’anesthésient dans la conformité ou se martellent dans la salle de gym de l’hôtel, mais Richey était trop intelligent et trop conscient pour être inconscient. Il buvait pour s’endormir mais son esprit débordait, pour lutter contre cela. Il a une fois piqué du nez alors que nous dirigions une interview tard dans la nuit, dans le style de Paula Yates, sur son lit aux studios Hook End Manor en banlieue de Reading en 1993. Il bafouillait sur le goulot de la bouteille de Smirnoff : “Qui sait merde, je sais pas. C’est pas la même chose, hein ? Douze pourcent… Steve Lamacq sait de quoi tu parles… toi aussi tu peux t’allonger sur un lit comme ça… toi aussi… c’est très Morrissey ça… j’les déteste pas tous… un peu trop révérenciels sur Suede… pardonne Suede… pardonne leszzzzzzzz”.

Comme James se rappelle, quand ils se terraient à Londres pour mixer, répéter ou pour la promo, abrutis par l’hiraeth (intense forme galloise du mal du pays), Richey s’exposait au côté minable de la vie et permettait, disons, à une prostituée qu’ils avait vue à King’s Cross de tomber amoureuse folle de lui. C’est un groupe que Ned’s Atomic Dustbin rendaient furieux, alors on peut voir pourquoi une petite connaissance du monde pourrait faciliter les choses pour une personne aussi sensible que Richey James.

Pour The Holy Bible, les Manics sont rentrés chez eux (il a été enregistré à Cardiff où ils faisaient habituellement leurs démos). Ici, Richey a trouvé un exutoire poétique pour la sorte de douleur qui l’a poussé à se raser la tête quand il aimait trop sa dernière coupe de cheveux. Soixante-dix pourcents des paroles sont les siennes, puisque le jeune marié Nicky était, de son propre aveu, rentré dans “une période heureuse” à l’époque. C’est le disque de Richey. James admet qu’il a dû chanter ces nouvelles chansons comme un method actor, habitant son maigre collègue.

Pour un album qui sonne toujours aussi tranchant, nnihiliste et furieux, il est instructif de savoir qu’il a été enregistré dans une atmosphère d’unité et de confiance totales – sérénité même, d’après Nicky. “Tout s’est rassemblé, l’image, les paroles, la pochette, on croyait tous à la même chose au même moment. C’était télépathique”. Lorsqu’il est sorti et que les uniformes militaires ont été choisis, James se souvient de s’être senti “courageux”. Il s’est vendu à moins de 100 000 exemplaires. Deux ans plus tard, Everything Must Go, l’album reconstructif post-Richey, s’est vendu à plus d’un million.

Bien qu’ils doivent encore perçer aux États-Unis, et qu’ils n’aient jamais réellement vendu 16 millions d’exemplaires, les Manics sont aujourd’hui un groupe rock britannique majeur récompensé et triple platine que les journalistes décrivent comme un “power trio” à leurs risques et périls. Pourtant, la plupart des fans n’ont jamais connu la glorieuse symétrie du quatuor original sur scène.

Leurs premiers concerts sans Richey, cinq festivals durant la période The Priory à l’été 1994, ont révélé un trou plus qu’évident. Bien que Richey voulait qu’ils jouent, James admet qu’“on ne s’est jamais remis de ça”. L’extrait de Reading sur le DVD The Holy Bible confirme la tristesse des trois autres, jouant en ayant à l’esprit ailleurs au nom de l’éthique protestant du travail et d’une facture médicale de 20 000£.

James dit qu’ils l’ont mis sur le DVD pour illustrer l’abîme. Guettez “le fracas mortel dans le coin” – ils avaient branché une guitare pour Richey comme marque de respect.

THE HOLY BIBLE 10TH ANNIVERSARY EDITION par les Manic Street Preachers sort ce mois-ci sur Epic.

Traduction – 18 mars 2005

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