Kerrang! – 05.1996 : Les p’tits gars sont de retour en ville

Votre album caracole en tête des charts et vous êtes à nouveau sur la route – vous adorez cela, pas vrai ? Pas si vous êtes les Manic Street Preachers. Lorsque Paul Elliot arrive à Glasgow, on lui donne deux choix – “nous regarder repasser ou alors compter les mentons de notre chanteur” – tout un programme…

Glasgow, 23 mai, 18h. Dans trois heures, au célèbre ancien dancing de la ville, le Barrowlands, les Manic Street Preachers vont jouer leur premier concert majeur en tête d’affiche depuis la disparition de leur guitariste Richey James. Dans une chambre de l’hôtel Hilton, le bassiste des Manics, Nicky Wire, a les nerfs à vif.

“Avant, je pensais que quelque chose allait se passer durant les concerts, qu’on soit complètement merdiques ou impressionnants. Désormais, c’est un peu plus… plat”, déclare-t-il, en pensant méticuleusement ses mots.

“Le disque n’est pas un problème. Je pense qu’on a fait le meilleur disque de tous les temps, pour nous. Mais je suis assez honnête pour admettre qu’on n’est pas assez prêts pour faire de magnifiques concerts, pour l’instant. Il y a un tel fossé à combler. Pas tellement musicalement, mais du point de vue de la personnalité. C’est vraiment déconcertant”.

Une serveuse d’étage arrive avec le dîner de Nicky – des côtelettes d’agneau. Il mange ici parce qu’il préfère être à l’écart quand il tourne. Lui et le leader James Dean Bradfield ont également commencé à donner des interviews séparement, mais cela, dit Nicky, est le choix de James.

“James ne donne pas d’interviews avec moi parce qu’il dit que je me fous de lui tout le temps. Je suppose que oui alors, dit-il avec un large sourire. Il n’y a pas de grande séparation dans le groupe. Pour le moment, il ne veut pas de moi dans les parages”.

Ce n’est pas terrible d’écrire cela, Nicky.

“Tout est pire en noir et blanc”, soupire-t-il en haussant les épaules.

* * *

On a beaucoup écrit sur les Manic Street Preachers ce mois dernier, et en majorité, c’était centralisé sur Richey : ses dépressions à tendances suicidaires, ses bringues à la vodka et son effroyable auto-mutilation.

Le reste des Manics – James, Nicky et Sean, le batteur – n’ont pas contenu la vérité ou leurs sentiments à propos de Richey. Pourtant, ils n’ont parlé à la presse qu’au moment où le single avec lequel ils reviennentt, A Design For Life, a atteint la deuxième place des charts anglais. Les Manics ne voulaient pas faire croire qu’ils utilisaient Richey comme moyen de promouvoir le single.

“Il y a des gens qui croient que Richey était constamment enfermé à double tour dans sa chambre à se couper et à boire, soupire Nicky. Ils veulent croire qu’il était perpétuellement torturé, et ils ne veulent pas voir combien il était ordinaire. Ils ne croiront jamais que Richey et moi, on jouait au cricket pendant des heures de suite.

“Sa dernière année dans le groupe, il était vraiment sur le déclin. On a reçu une lettre qui disait : Pourquoi ne lui avez-vous pas parler ? Et j’ai passé plus de temps dans ma vie à parler avec Richey et à essayer de le comprendre qu’avec n’importe quelle autre personne. Il m’a fait la vie dure parfois, parce que je n’arrêtais pas de m’inquièter pour lui.

“Je peux comprendre si des fans ne veulent plus nous aimer, mais je ne peux concevoir pourquoi ils veulent s’en prendre à nous parce qu’ils n’ont jamais connu Richey. Ils ne sont jamais passé par tout ce qu’on a dû traverser. Je ne peux pas comprendre pourquoi ils veulent qu’on soit aussi malades qu’il l’était.

“On a eu quelques lettres affreuses et des gens au premier rang qui réclâmaient Richey, mais il va plus nous manquer qu’à eux. Lui à table avec ma femme et moi, ça ne va pas leur manquer. Il va leur manquer en tant qu’icône. Ce qui va leur manquer, c’est une image sur le mur”.

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Ironiquement, sans Richey, les Manics ont fait leur meilleur disque en date avec Everything Must Go. Cela en dit beaucoup sur l’amitié au sein du groupe, qui a commencé dans la petite ville galloise de Blackwood lorsque James, Nicky, Sean et Richey étaient enfants.

En 1996, les Manics ot grandi et leurs personnalités ont changé. Sean est la rock star la plus improbable qu’on puisse imaginer. Musicien silencieux et studieux, il préfère se faire couper les cheveux cette après-midi plutôt que de se faire interviewer. Au bar de l’Hilton après le concert, sirottant de la vodka-cranberry, il est plus bavard, surtout lorsque la conversation en arrive aux films. Il a particulièrement aimé Seven.

James aussi est très silencieux. Il est remarquablement timide pour un chanteur de rock. James est amical, mais il est évident qu’il n’aime pas les interviews. Il est plus heureux à parler hors enregistrement.

Paradoxalement, Nicky est confiant et franc, pourtant il préfère ne pas se socialiser lorsque le groupe est en tournée. Nicky est un hypocondriaque de son propre aveu qui s’est récemment luxé l’épaule en répondant au téléphone. Il est également obsédé par le sport.

“Je suis devenu obsédé par le rugby, confesse-t-il. Et j’ai toujours adoré les fléchettes. Jocky Wilson (la star écossaise des fléchettes ivrogne qui ressemble à un bull-dog) était une de mes idoles. Une fois, je lui ai demandé un autographe et il m’a royalement dit d’aller me faire foutre.

“Je n’aime pas tourner, déclare-t-il, très terre-à-terre. Je reste simplement dans ma chambre à regarder la télé et à faire bande à part. C’est supportable en Grande-Bretagne mais c’est pire à l’étranger parce que je n’aime pas voyager. Dans le passé, l’heure passée sur scène faisait que tout le reste en valait la peine, c’est une telle délivrance. Je ne suis plus si sûr si ça va être encore comme ça.

“Je restais souvent dans ma chambre quand j’étais petit. Durant les premiers six mois du groupe, j’ai flirté avec le mode de vie rock’n’roll, mais mon corps n’est pas fait pour ça”.

Nicky est plus heureux à la maison à Blackwood où il vit avec sa femme à deux pas de chez papa-maman.

“J’ai toujours véçu ici, et ça sera le cas pour toujours, dit-il. Je n’ai pas besoin d’être reconnu ; mon ego a disparu il y a à peu près quatre ans. Et je n’aime pas les gens tant que ça. Jamais je ne les ai aimé d’ailleurs”.

Il est allé manger chez sa mère lorsque A Design For Life a atteint la deuxième place.

“J’ai mangé un diplomate que ma mère avait fait. C’est très banal. Je pense que si c’était arrivé avec Motorcycle Emptiness (le premier tube des Manics à atteindre le Top 20 en 1992), on aurait aimé ça. Mais cinq ans après, avec tout ce qui s’est passé, c’était plus amer. Pourtant, j’ai trouvé que c’était super”.

Sean vit toujours à Blackwood aussi tandis que James possède un appartement dans le quartier de Shepherd’s Bush à Londres.

“Je pense que James vient de se rendre compte qu’il était célibataire et qu’il pourrait en tirer complètement parti. Ce n’est pas marrant de vivre à Blackwood tout seul si tu es une rock star à succès”, explique Nicky en souriant.

* * *

Nicky traite James de “garçon de la ville”. James est embarrassé par le commentaire, mais l’accepte d’un mouvement de tête.

“Nicky a toujours été mon meilleur ami parce qu’on est complètement différents, déclare-t-il. Il insiste à dire que son corps décrépit à une vitesse rapide, et que si tu regardes à la somme totale de ses blessures, c’est vrai. Il pense que son cerveau est le seul organe de son corps qui fonctionne, et il veut que ça reste ainsi. Il aime avoir le contrôle de son esprit, et parfois j’aime à être un petit mec souriant, heureux, bourré.

“Nicky et Sean sont mariés en quelque sorte, mais la seule responsabilité que j’ai, c’est le groupe, alors ouais, j’étais définitivement le garçon de la ville. On peut rendre bien n’importe quel club minable en buvant beaucoup.

“Mais je suis vraiment allé trop loin. c’était comme si on m’opérait pour me fusionner au bar. Je me suis réveillé lorsque le double menton devenait incontrôlable. C’était comme s’il claquait sur mes chevilles.

“Je suis sorti la semaine dernière après ne pas avoir bu pendant deux semaines et je me suis senti complètement différent. Je suis passé par une session intensive de deux ans, à vrai dire, et quand tu arrêtes de boire, tu retrouves certaines capacités – tout redevient bien plus vif. Mais je ne dis pas que j’ai été alcoolique. Il ne faut pas en faire tout un plat”.

James boit du thé cette après-midi. Il a aussi fait son repassage dans un coin de sa chambre d’hôtel. Il peut être le leader des Manics, mais ce n’est pas le porc du rock.

Il dédaigne également toute la hype qui entoure la musique du groupe. Quand on lui demande ce qu’il a ressenti lorsque A Design For Life a approché la première place, James hausse les épaules et répond : “J’ai pensé que des gens avaient entendu le single à la radio et l’avait acheté sans rien connaître du groupe, ce qui est en quelque sorte ce que j’ai toujours voulu.

“C’est juste un single qui a bien marché, ainsi je ne suis pas devenu une entité dans le sens tabloïde. C’était le succès à un niveau assez anonyme”.

James est tout aussi discret quand il parle du nouvel album. Nicky le décrit comme “ambitieux” et s’extasie à propos de Mellon Collie And The Infinite Sadness des Smashing Pumpkins qu’il décrit comme “le disque le plus ambitieux des années 1990”. Le jugement de James sur Everything Must Go est bien plus simple.

“J’en ai marre d’être en compétition avec notre propre histoire, dit-il. Je m’en fous si c’est notre meilleur album ou pas. Tout ce que je sais, c’est que j’ai fait de mon mieux.

“Les gens croient qu’il est ambitieux juste parce que tu mets un arrangement de cordes ou une harpe, mais c’est vraiment juste une réaction subconsciente de la manière dont est la chanson. Quand j’ai écrit A Design For Life, je pouvais entendre tout de suite les cordes. Pour moi, ce n’est pas de l’ambition, c’est juste savoir naturellement s’exprimer.

“C’est notre quatrième putain d’album. Les idées pour les chansons devraient venir assez naturellement maintenant. Sinon, ça voudrait dire qu’une majorité de mes cellules grises sont parties avec l’alcool”.

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James se permet quelques grands verres de whisky ce soir après un grand concert au Barrowlands. Lui et Sean semble un peu soulagés mais surtout heureux. Nicky sourit et bavarde.

Mais seuls Sean et James réapparaîtront plus tard au bar de l’hôtel. Nicky est sous sa couette à regarder le match Angleterre-Chine sur Eurosport. Il y a des choses qui ne changeront jamais…

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TERRORVISION CONTRE LES MANICS
Les dernières informations sur cette querelle Britrock !

• Le bassiste des Manics, Nicky Wire, a enterré Terrorvision plus bas que terre lorsque les deux groupes sont apparus durant la semaine de Radio One au Sound City de Leeds en avril dernier. Wire a traité les ‘Vision de “merde”. Le bassiste des ‘Vision, Leigh Marklew, a répondu en disant que les Manics avaient “un bâton dans le cul”.

• Wire dit maintenant : “C’était juste une blague. J’étais vache. Tout le monde en a le droit. Je ne me vexe pas quand on se moque de moi, et ils le font assez. Terrorvision ? Ils ne sont pas si mauvais, hein ?”

• On a coincé un Marklew en pleine délire au concert des Manics au Forum de Londres il y a quinze jours pour connaître sa dernière opinion sur Wire et Cie. “Je les adore, dit-il avec enthousiasme. Je les adore depuis que je suis parti en vacances une année et que j’ai écouté Gold Against The Soul tous les jours”.

• Marklew a déclaré à l’époque à l’envoyé spécial de Kerrang! : “Touche moi le cul si tu veux”. Notre serviteur s’est excusé et est parti.

Traduction – 2002, révisée le 11 janvier 2005

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