Shining Path

(le sentier lumineux)
Cité dans Baby Elián :
“You cannot buy a nation
Not even the Miami mob
We follow a shining path
That you will never destroy”
et dans The Shining Path

Le Sentier Lumineux – dont le nom complet est PCP-SL, pour Partido Comunista del Peru – Sendero Luminoso – a été fondé en 1970 par Abimael Guzmán, alors professeur de philosophie à l’université d’Ayacucho. Celui-ci prit en 1980 la tête de l’insurrection armée issue d’une dissidence du Parti communiste péruvien, sous le nom de camarade Gonzalo.

Le Sentier Lumineux a participé au conflit armé des années 1980 et 1990 au Pérou, qui a fait 70 000 victimes. L’organisation est placée sur la liste officielle des organisations terroristes du Canada, des Etats-Unis d’Amérique et de l’Union européenne.

Cette organisation, comme divers autres partis communistes péruviens, s’attribue le titre de Parti Communiste du Pérou. On différencie généralement ces différentes organisations par le nom de leurs publications. Le journal publié par El Sendero Luminoso reprenait à sa Une une citation de José Carlos Mariátegui, le fondateur du premier Parti communiste péruvien :

“Le marxismeléninisme ouvrira le sentier lumineux jusqu’à la révolution
(en espagnol : El Marxismo-Leninismo abrirá el sendero luminoso hacia la revolución)”

Les militants de cette organisation sont généralement appelés les senderistas. Cependant, tous les documents et journaux produits par ce mouvement sont signés par Parti Communiste du Pérou (PCP). Les historiens s’y réfèrent par l’abréviation PCP-SL.

Le groupe communiste Sentier Lumineux a été fondé à la fin des années 1960 par Abimael Guzmán, alors professeur de philosophie, et surnommé Presidente Gonzalo (Président Gonzalo), par ses partisans. Cette organisation est une scission du Parti communiste péruvien – Drapeau Rouge, scission pro-chinoise du Parti communiste péruvien fondée en 1964 suite à la rupture sino-soviétique. Le Sentier Lumineux est donc issu, après deux scissions successives, du Parti communiste péruvien fondé en 1930 à partir du Parti socialiste péruvien de José Carlos Mariátegui. Malgré ces scissions, comme d’autres tendances, le PCP-SL se considère comme le véritable Parti communiste péruvien et utilise le sigle PCP dans ses publications et slogans.

Le Sentier Lumineux s’est développé en premier lieu dans l’Université Nationale de San Cristóbal de Huamanga dans la ville d’Ayacucho, où Guzman enseignait la philosophie. L’université venait de rouvrir après avoir été fermée pendant près de cinquante ans, et beaucoup des nouveaux étudiants ont adopté l’idéologie radicale du Sentier Lumineux. Entre 1973 et 1975, le Sentier Lumineux parvient à prendre le contrôle des conseils étudiants des universités du Centre à Huancayo et de La Cantuta et s’implante significativement dans l’Université Nationale d’Ingéniérie et l’Université Nationale de San Marcos, toutes deux situées à Lima. Quelque temps plus tard, l’organisation communiste perd plusieurs élections universitaires, notamment celles de l’Université Nationale de San Cristobal de Huamanga. Guzman décide alors d’abandonner les universités pour consolider le parti.

Au début de l’année 1980, le Sentier Lumineux a une série de rencontres clandestines à Ayacucho. Ces rencontres sont connues comme la “Seconde Rencontre Plénière du Comité Central”. Un Directoire révolutionnaire, organe de nature politique et militaire, y a été nommé. Il ordonne aussitôt aux milices de rejoindre leurs aires stratégiques dans les provinces pour initier la lutte armée. Le groupe forme également sa “Première École Militaire”, dans laquelle les militants apprennent des rudiments de tactiques militaires et d’usage des armes. Se met également en place la “critique et autocritique”, une pratique léniniste dont l’objectif est d’éviter à l’organisation de répéter ses erreurs et de supprimer ses mauvaises habitudes de travail. Au sein de la Première École Militaire, les membres du Comité Central ont été soumis à une intense critique, de laquelle s’est servi Guzman pour émerger comme le chef incontestable du Sentier Lumineux.

Le mouvement a lancé sa “guerre populaire prolongée” par un acte symbolique en mai 1980 : à deux jours des élections générales, un commando a brûlé les urnes électorales de Chuschi, village isolé du département d’Ayacucho. Cette action a été sans conséquence, puisque les urnes ont pu être remplacées et le vote se tenir normalement. La guerre prend de l’ampleur tout au long des années 1980 et le Sentier Lumineux contrôle de vastes régions rurales du Pérou, en particulier dans les Andes et le piémont amazonien, et commence à s’implanter dans les villes, en particulier dans certains bidonvilles de Lima. Le gouvernement échoue dans un premier temps à combattre l’influence du mouvement.

Le 12 septembre 1992, à 20 h 45, Abimael Guzmán Reynoso, le dirigeant principal du Sentier Lumineux, a été capturé par le GEIN (Grupo Especial de Inteligencia) de la police, dans une maison du district de Surquillo à Lima, en compagnie de quatre femmes. L’une d’elle est Elena Iparraguirre, sa seconde épouse. Les autres sont Laura Zambrano Padilla, chargée de collecter les dollars extorqués aux narcotrafiquants, María Pantoja et Maritza Garrido Lecca. La capture a eu lieu après des mois de filatures, allant jusqu’à la fouille des poubelles de la ville, qui ont permis de définir avec certitude l’emplacement de Guzmán et sa condition de santé (plusieurs médicaments pour le traitement du psoriasis, maladie dont souffrait Guzmán, ont été trouvés). À la suite de sa capture, plusieurs autres dirigeants de l’organisation ont été arrêtés.

Le Sentier Lumineux s’est donc retrouvée sans cellule dirigeante. L’organisation s’est rapidement divisée en divers fronts régionaux sous les ordres de plusieurs commandants, dont beaucoup s’affrontaient entre eux. Le rôle principal de Guzmán a été assumé par Óscar Ramírez Durand, alias Feliciano, qui a été capturé à Huancayo en 1999.

Après ces captures et depuis 1992, la présence militaire du Sentier Lumineux est pratiquement nulle.

Qu’ils soient imputés au Sentier Lumineux, à leurs “ennemis” du Mouvement révolutionnaire Tupac Amaru ou au gouvernement péruvien, les massacres présentent un bilan très lourd : plus de 26 000 morts, 4 000 disparus et 50 000 orphelins (chiffres fin 2002). Les chiffres de la commission Vérité et Réconciliation qui a siégé dès le milieu des années 1990 a relevé que 54 % des victimes étaient imputables au Sentier Lumineux et 46 % à l’armée péruvienne. Parmi eux, 80 % d’hommes ayant entre 20 et 49 ans pour 66 % d’entre eux. 56 % étaient des paysans andins, analphabètes à 68 % et de langue Quechua pour les trois quarts d’entre eux.

Dans cet Etat à forte tendance centraliste tout au long de son histoire, nombre de massacres survenus au cours de la guérilla ont revêtu l’aspect d’un conflit ethnique. De longue date, la société péruvienne a été marquée par une rupture (économique, culturelle, en termes de présence d’administrations et d’écoles) entre Lima, la capitale et sa zone côtière, et tout l’arrière-pays en altitude. À quoi s’ajoutent des phénomènes fort anciens de discriminations envers les peuples des montagnes. Tant la violence du Sentier Lumineux que celle des forces étatiques s’est abattue sur les populations andines, considérées comme “indios” (indiens) ou “serranos” (montagnards). Le fait que cette population ait été visée en quasi exclusivité explique, en partie, la faible médiatisation des massacres à l’époque.

La guérilla opposant les militaires péruviens au Sentier Lumineux a fait plus de 69 000 victimes entre 1980 et 2000.

Le gouvernement péruvien a évalué le coût économique des activités terroristes du Sentier Lumineux à plus de 16 milliards de dollars, l’équivalent de la dette extérieure du pays, dont le service absorbait un tiers des devises provenant des exportations (pêche, cuivre, zinc, argent, notamment).

La tendance Proseguir (Poursuivre) du Sentier Lumineux a refusé l’accord de paix proposé par Guzmán en 1993 depuis sa prison. Repliés dans une partie de la jungle péruvienne, notamment la vallée des fleuves Apurimac et Ene, dans le sud-est du pays, cette tendance s’est structurée en plusieurs fronts qui, bien établis et ayant eu le temps d’organiser le territoire à leur avantage (tunnels, cachettes, voies de repli), ont pu riposter énergiquement aux tentatives du pouvoir de reprendre le contrôle complet de cette zone. Dans un communiqué du 7 octobre 2003, le “Mouvement Populaire du Pérou”, proche du PCP-SL, réaffirme l’objectif de la prise du pouvoir pour établir le communisme :

“…la guerre populaire a commencé en 1980 et se développe avec succès, aujourd’hui, plus de 10 ans après l’arrestation du Président Gonzalo. Notre objectif est défini : conquérir le pouvoir et aller jusqu’au communisme, en s’appuyant sur la république Populaire de Nouvelle Démocratie […] L’Armée de Libération Populaire s’est renforcée et a augmenté sa capacité offensive, c’est le Parti qui commande au fusil.
— Mouvement Populaire du Pérou, 7 octobre 2003

De fait, au cours des années 2000, si le conflit n’a jamais atteint l’intensité qu’il avait dans les années 1980-1990, le PCP-SL a infligé des coups sporadiques à l’armée péruvienne, le plus spectaculaire étant une embuscade contre une colonne de l’armée le 10 octobre 2008, faisant 14 morts dont 12 soldats et 17 blessés. Entre 2008 et 2009, cinquante soldats et policiers ont perdu la vie dans des affrontements avec les rebelles, ce qui a été qualifié par l’ambassade américaine à Lima comme une “impressionnante série de succès” du Sentier. L’armée péruvienne craint une possible collaboration entre les guérilleros et les réseaux de narcotrafic dans les vallées des rivières Apurimac et Ene, principale zone de présence du Sentier Lumineux.

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