Correspondence School

Cité dans Locust Valley :
“Famously unknown
Elusive and dismantled
correspondence school behind
All the world, the darkest glass”

Étant donné que Locust Valley parle de l’artiste américain Ray Johnson, “Correspondence School” fait référence à la New York Correspondence School. Au début des années 1960, bien avant l’internet, les participants de la plus grande œuvre de performance de Johnson – la New York Correspondence School, réseau international de poètes et d’artistes qui utilisait le moyen sommaire du système postal – échangeaient librement œuvres d’art, objets et tout ce qu’ils jugeaient dignes, la plupart sont devenus les auteurs et innovateurs culturels des prochaines décennies ; ils ont créé le Mail Art. Via cela, ils protestaient contre le système du marché : ils distribuaient leur art via la Correspondence School.

Raymond Edward Johnson (1927-1995), connu principalement comme artiste de collage et de correspondance, était une figure séminale dans l’histoire des Néo-Dada et du début du Pop Art. Nommé une fois “l’artiste inconnu le plus célèbre de New York”, Johnson a également mis en scène et participé dans des premiers évènements d’art de performance au sein du mouvement Fluxus et a été le fondateur du réseau d’art postal – la New York Correspondence School – qui a pris de la vitesse dans les années 1960 et est toujours actif aujourd’hui. Il a vécu à New York de 1949 à 1968, où il a déménagé à Locust Valley, petite ville de Long Island jusqu’à son suicide.

Né à Detroit dans le Michigan le 16 octobre 1927, Ray Johnson a grandi dans un quartier ouvrier et est allé dans un lycée professionnel où il s’est inscrit à un programme de l’art publicitaire. Il prenait des cours hebdomadaires au Detroit Art Institute et a passé un été à dessiner à la Ox-Bow School à Sangatuck dans le Michigan, affilié à l’Art Institute de Chicago.

Johnson a quitté Detroit après le lycée durant l’été 1945 pour aller au radicalement progressif Black Mountain College en Caroline du Nord, où il est resté pendant trois ans (passant le printemps 1946 à la Arts Students League de New York mais revenant l’été suivant). Josef Albers, avant et après son sabbat notable au Mexique, était en résidence au Black Mountain College pendant six des dix semestres où Johnson y a étudié. Anni Albers, Walter Gropius, Lyonel Feininger, Robert Motherwell, Ossip Zadkine, Paul Rand, Alvin Lustig, Ilya Bolotowski, Jacob Lawrence, Beaumont Newhall, M.C. Richards et Jean Varda ont également enseigné au BMC durant la période où Johnson était là. Johnson a décidé de suivre les conseils d’Albers et de rester au BMC pour une dernière année durant l’été 1948, quand la faculté incluait John Cage, Merce Cunningham, Willem de Kooning, Buckminster Fuller et Richard Lippold. Johnson a participé à The Ruse of Medusa – l’apogée du Satie Festival de Cunningham – avec Cage, Cunningham, Fuller, Willem et Elaine de Kooning, Lippold, Ruth Aswa, Arthur Penn entre autres. “À cause des participants, l’évènement avait gagné la réputation d’un évènement marquant dans les médias mélangés…” a écrit Martin Duberman dans son histoire du BMC.

Johnson s’est installé avec Richard Lippold à New York au début de l’année 1949, rejoignant Cage et Cunningham et se liant d’amitié, durant les quelques années à venir, avec Robert Rauschenberg, Jasper Johns, Cy Twombly, Ad Reinhardt, Stanley Vanderbeek, Norman Solomon, Lucy Lippard, Sonja Sekula, Carolyn Brown et Earle Brown, Judith Malin, Diane Di Prima, Julian Beck, Remy Charlip, James Waring et bien d’autres encore. Au sein du groupe American Abstract Artists, Johnson a peint des absttractions géométriques qui, en partie, reflétaient l’influence d’Albers. Mais en 1953, il s’est tourné vers le collage et a quitté les American Abstract Artists, rejetant ses premiers tableaux, qu’il brûlera plus tard dans la cheminée de Cy Twombly. Johnson a commencé à créer de petites œuvres de formes irrégulières incorporant des fragments de la culture populaire, plus notamment le logo de Lucky Strikes et des images de fanzines de stars de cinéma telles que Elvis Presley, James Dean, Marilyn Monroe et Shirley Temple. Durant l’été 1955, il a forgé un terme pour ses petits collages : “moticos”. Il a emporté des boîtes de moticos dans New York, les montrant sur les trottoirs, dans des cafés, à la Gare Centrale et dans d’autres endroits publiques ; il demandait aux passants ce qu’ils en pensaient, et enregistraient leurs réponses. Il a commencé à envoyer par courrier des collages à des amis et des inconnus, avec une série de manifestes, reproduits au carbone pour la distribution, dont “Qu’est-ce qu’un Moticos ?”, dont des extraits ont été publiés dans un article de John Wilcock dans le premier numéro de Village Voice.

Une amie de Ray, la critique d’art Suzi Gablik, a amené la photographe Elisabeth Novick pour réaliser un documentaire sur une installation d’une dizaine de moticos de Johnson à l’automne 1955. (La plupart ont été détruits ou recyclés par l’artiste.) “L’arrangement au hasard… sur la porte délabrée d’une cave de Lower Manhattan peut être le premier Happening informel”, se souvenait-elle plus tard. Selon Henry Geldzahler, “les collages [de Ray] Elvis Presley No. 1 et James Dean se démarquent comme la Plymouth Rock du mouvement Pop”. L’amie de Ray Lucy Lippard écrira plus tard que “Les [collages] Elvis et Marilyn Monroe… annonçaient le Pop Warholien”. Johnson a été rapidement reconnu comme faisant partie de la génération Pop naissante. Une note sur la couverture de Art News de janvier 1958 faisait remarquer que “Le premier one-man show de [Jasper] Johns… le place avec des collègues plus connus comme Rauschenberg, Twombly, Kaprow et Ray Johnson”.

Johnson travaillait à temps partiel à la librairie Orientalia dans le Lower East Side tandis qu’il commençait à approfondir sa compréhension de la philosophie Zen et employer le “hasard” dans son œuvre. Ces deux intérêts ont de plus en plus infiltré ses collages, ses performances et son art par correspondance. Johnson a également trouvé un emploi occasionnel comme graphiste. Il a rencontré Andy Warhol en 1956 ; tous deux ont conçu plusieurs couvertures de livres pour New Directions et d’autres éditeurs. Johnson a fait imprimé des prospectus farfelus pour faire la publicité de ses services par lithographie offset, et a commencé à les envoyer par la poste. Ils ont été recueillis dans deux petits livres de promotion, BOO/K/OF/THE/MO/NTH et P/EEK/A/BOO/K/OFTHE/WEE/K, auto-publiés à 500 exemplaires.

Johnson a participé à une dizaine d’évènements d’art de performance entre 1957 et 1963 – dans ses propres pièces courtes (Funeral Music for Elvis Presley et Lecture on Modern Muisc), dans celles des autres (de James Waring et Susan Kaufman), et via ses propres compositions interprétées par ses collègues au Living Theatre et durant le Yam Festival de Fluxus en 1963. À partir de 1961, Johnson a périodiquement mis en scène des évènements qu’il nommait “Nothings” (des « Rien »), décrits par son ami William Wilson comme “une attitude opposée à un Happening”, qui seraient en parallèle des Happenings de Allan Kaprow et des évènements futurs de Fluxus. Le premier, Nothing by Ray Johnson, faisait partie d’une série hebdomadaire d’évènements en juillet 1961 à AG, lieu de New York géré par George Maciunas et Almus Salcius ; le premier spectacle solo de Yoko Ono se tenait dans la galerie à l’époque. Ed Plunkett se souvenait plus tard entrer dans une pièce vide. “… Les visiteurs commençaient à entrer dans les locaux. La plupart semblaient assez consternés que rien ne se passait… Eh bien, Ray finalement arrivait… et il avait emporté avec lui une grosse boîte en carton ondulé de bobines de laine. peu après, Ray vidait sa boîte dans l’escalier… et on devait faire attention pour ne pas tomber… J’étais ravi de ce geste”. Le deuxième Nothing de Johnson a eu lieu à Maidman Playhouse à New York en 1962.

La première correspondance connue de Johnson ordonnant un destinataire à “merci d’envoyer à…” quelqu’un d’autre date de 1958 ; les expressions “merci d’ajouter et de renvoyer”, “merci d’ajouter et d’envoyer” et même “merci de ne pas envoyer à” ont suivi. Les activités d’art par correspondance de Johnson sont devenues plus systématique avec l’aide de ses amis, en particulier Bill Wilson et sa mère, l’artiste d’assemblage May Wilson, avec Marie Tavroges Stilkind et Toby Spiselman. En 1962, Ed Plunkett a nommé les efforts de Johnson “la New York Correspondence School”. Le 1er avril 1968, la première réunion de la NYCS s’est tenue à la Society of Friends Meeting House sur la Rutherford Place de New York. Deux autres réunions ont eu lieu à l’appel de Johnson les semaines suivantes, dont la Seating-Meeting au Finch College de New York, à propos de laquelle John Gruen a rapporté : “De nombreux artistes et membres… y ont assisté… tous assis à se demander quand la réunion commencerait. Ce n’est jamais arrivé… les gens ont écrit des choses sur des bouts de papier, sur un tableau noir, ou ont simplement parlé. C’était bizarrement insensé – et bizarrement sensé”. Johnson a mis en scène de tels évènements régulièrement, y faisant suite avec des comptes rendus spirituels tapés à la machine, photocopiés pour une plus grande distribution par la poste. De telles rencontres ont continué à se tenir sous divers aspects jusqu’au milieu des années 1980.

Johnson a produit 12 pages connues non reliées de son énigmatique Livre sur la mort en 1963-65. Constituées de textes énigmatiques et de dessins (principalement) de Johnson, elles étaient envoyées par paquet, et offertes à la vente par le biais d’une petite annonce dans la Village Voice, ainsi très peu de personnes ont reçu toutes les pages.

Le 3 juin 1968 – le même jour où Andy Warhol s’est fait tirer dessus par Valerie Solanas avec un pistolet qu’elle avait caché sous le lit de May Wilson – Johnson s’est fait agressé au couteau. Deux jours plus tard, Robert Kennedy était assassiné. Profondément secoué, Johnson s’est installé à Glen Cove sur Long Island, et l’année suivante a acheté une maison à Locust Valley, où Richard Lippold et sa famille vivait. Il a commencé à vivre dans un état de réclusion dans ce qu’il appelait une “petite fermette blanche avec un grenier à la Joseph Cornell”.

De 1966 à la moitié des années 1970, l’œuvre de Johnson a été exposée à la Willard Gallery (New York) et la Feigen Gallery (Chicago et New York), ainsi que par Angela Flowers à Londres et Arturo Schwarz à Milan. En 1970, une correspondance de 107 participants à la conservatrice Marcia Tucker a été exposée dans une exposition consacrée à Ray Johnson et la New York Correspondence School au Whitney Museum of American Art de New York – moment important de validation culturelle de Johnson. Une autre exposition notable a suivi – Correspondence: An Exhibition of the Letters of Ray Johnson au North Carolina Museum of Art à Raleigh, en 1976, organisée par Richard Craven : les œuvres de 81 personnes qui les ont prêtées, 35 ans de correspondance de Johnson. À cette époque, Johnson a commencé son projet de silhouette, créant approximativement 200 profils d’amis, d’artistes et de célébrités qui sont devenus la base de nombreux collages subséquents. Ses sujets incluaient Chuck Rose, Andy Warhol, William S. Burroughs, Edward Albee, Louise Nevelson, Marry Rivers, Lynda Benglis, Nam Jume Paik, David Hockney, David Bowie, Christo, Peter Hujar, Roy Lichtenstein, Paloma Picasso, James Rosenquist, Richard Feigen, entre autres – un who’s who de la scène des arts et lettres de New York.

Durant les années 1980, Johnson s’est écarté de la vie sociale, cultivant son rôle d’outsider, maintenant des connexions personnelles par l’art à correspondance et le téléphone en remplacement de l’interaction physique. Seule une poignée de personnes ont été autorisées à entrer dans sa maison de Locust Valley. Finalement, Johnson a completement cessé d’exposer ou vendre son œuvre. Sa réputation underground a bouillonné sous la surface durant les années 1980 et 1990 malgré son absence générale de la scène artistique florissante de New York. Johnson a fébrilement continué à travailler sur des collages plus riches et plus complexes. En contraste avec sa réclusion physique, le réseau pré-digital de Johnson de correspondants a augmenté de manière exponentielle.

Le 13 janvier 1995, Johnson a été vu plongeant d’un pont à Sag Harbord, Long Island, et nageant vers l’océan. Son corps a été rejeté sur la plage le lendemain. De nombreux aspects de sa mort impliquaient le nombre 13 : la date, son âge, 67 ans (6+7=13), le numéro de la chambre d’un motel qu’il avait prise plus tôt dans la journée, 247 (2+4+7=13), etc. Certains continuent à spéculer à propos d’un aspect “dernière performance” dans la noyade de Johnson. Des centaines de collages ont été retrouvés soigneusement arrangés chez lui. Il n’a laissé aucun testament et ses biens sont maintenant gérés par Richard L. Feigen & Co.

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