Boléro

Cité dans 1985 :
“In 1985 Orwell was proved right
Torvill and Dean’s Bolero
Redundant as a sad Welsh chapel”

Le Boléro de Maurice Ravel est une musique de ballet pour orchestre en do majeur qui a été composée en 1928 et créée le 22 novembre de la même année à l’Opéra Garnier par sa dédicataire, la danseuse russe Ida Rubinstein. Mouvement de danse au rythme et au tempo invariables, à la mélodie uniforme et répétitive, le Boléro de Ravel tire ses seuls éléments de variation des effets d’orchestration, d’un crescendo progressif et in extremis d’une courte modulation en mi majeur.

Cette œuvre singulière, que Ravel disait considérer comme une simple étude d’orchestration, a fait l’objet dès sa création d’une très large diffusion jusqu’à devenir, de nos jours encore, une des œuvres musicales les plus jouées dans le monde. Mais l’immense popularité du Boléro tend à masquer l’ampleur de son originalité et les véritables desseins de son auteur.

Le Boléro est une des dernières œuvres écrites par Maurice Ravel avant l’atteinte neurologique qui l’a condamné au silence. Les seules œuvres d’envergure qu’il a composées par la suite sont le Concerto pour la main gauche (1929–1930), le Concerto en sol majeur (1929–1931) et les trois chansons de Don Quichotte à Dulcinée (1932–1933).

Année faste pour la musique, 1928 a aussi vu la naissance du Quatuor à cordes no 4 de Bartók, du Quatuor à cordes no 2 de Janáček, du Concerto pour clarinette de Nielsen, de la Symphonie no 3 de Prokofiev, des Variations pour orchestre de Schönberg, du Baiser de la fée et d’Apollon musagètede Stravinski.

L’histoire du Boléro remonte à 1927 alors que Ravel, dont la réputation dépassait déjà de loin les frontières de la France, venait d’achever sa Sonate pour violon et piano et devait s’embarquer pour une tournée de concerts de quatre mois aux États-Unis et au Canada. Son amie et mécène Ida Rubinstein, ancienne égérie des Ballets russes de Diaghilev, lui a passé commande d’un “ballet de caractère espagnol” qu’elle comptait représenter avec sa troupe de ballets. Enthousiasmé par cette idée, Ravel, qui n’avait plus composé pour le ballet depuis La Valse en 1919 et dont les derniers grands succès dans cet exercice remontaient à Ma Mère l’Oye et aux Valses nobles et sentimentales en 1912, a d’abord envisagé, en accord avec sa collaboratrice, d’orchestrer six pièces extraites de la suite pour piano Iberia du compositeur espagnol Isaac Albéniz. Mais de retour d’Amérique, alors qu’il avait commencé le travail (le ballet devait au départ s’appeler Fandango), il a été averti par son ami Joaquín Nin que les droits d’Iberia étaient la propriété exclusive d’Enrique Arbós, ancien disciple d’Albéniz. Pris au dépourvu, le compositeur a pensé à contrecœur abandonner ce projet.

Apprenant l’embarras du compositeur, Arbós a proposé de lui céder gracieusement ses droits sur Iberia, mais Ravel avait alors changé de projet. Il lui était venu entre temps l’idée d’une œuvre expérimentale, de quelque chose de jamais encore tenté : “Pas de forme proprement dite, pas de développement, pas ou presque pas de modulation ; un thème genre Padilla, du rythme et de l’orchestre”, écrivait-il à Nin durant l’été 1928. Pour ce qui est du rythme, le fandango original semble avoir été assez vite remplacé par un boléro, autre danse traditionnelle andalouse que ses voyages en Espagne lui avaient fait connaître. La naissance de la mélodie a été rapportée par le confrère et ami de Ravel, Gustave Samazeuilh. En villégiature avec lui à Saint-Jean-de-Luz à l’été 1928, il a raconté comment le compositeur, avant d’aller nager un matin, lui aurait joué un thème avec un seul doigt au piano en lui expliquant : “Madame Rubinstein me demande un ballet. Ne trouvez-vous pas que ce thème a de l’insistance ? Je vais essayer de le redire un bon nombre de fois, sans aucun développement, en graduant de mon mieux mon orchestre. Des fois que ça réussirait comme la Madelon…”

Le Boléro a été composé de juillet à octobre 1928 et la dédicace est allée à Ida Rubinstein. Ainsi a été conçue ce qui allait devenir l’œuvre la plus célèbre et la plus jouée du musicien, au point que les noms Boléro et Ravel seraient à tout jamais associés. Mais ce n’était pas l’effet attendu.

Le Boléro a été créé le 22 novembre 1928 au théâtre national de l’Opéra sous la direction de Walther Straram, avec une chorégraphie de Bronislava Nijinska et dans des décors d’Alexandre Benois. Ida Rubinstein tenait le rôle d’une danseuse de flamenco dans une chorégraphie très sensuelle qui a fait scandale.

La version orchestrale de l’œuvre a été créée le 11 janvier 1930 par les concerts Lamoureux sous la direction de Ravel lui-même. On rapporte que lors de la première orchestrale du Boléro, une dame cramponnée à son fauteuil s’écriait : “Au fou ! Au fou !” À son frère lui racontant la scène, Ravel aurait dit : “Celle-là, elle a compris !”

La diffusion de l’œuvre a rapidement atteint des proportions démesurées et Ravel en a été le premier étonné, lui qui espérait que son œuvre serait, au moins, “un morceau dont ne s’empareraient pas les concerts du dimanche”. Les chefs d’orchestre, qui y voyaient un terrain de travail fertile en même temps qu’une source facile de gloire, se sont vite emparé du Boléro et ont tenté, pour certains, d’y laisser leur empreinte. Tandis que Willem Mengelberg accélérait et ralentissait excessivement, le grand maestro italien Arturo Toscanini, pourtant très respecté de Ravel, a pris la liberté d’exécuter l’œuvre deux fois plus vite que prescrit avec un accelerando final lors d’un concert donné en mai 1930 par l’orchestre philharmonique de New York. Ravel présent dans le public a refusé de se lever pour aller lui serrer la main et s’est expliqué avec lui dans les coulisses. Toscanini aurait poussé l’affront jusqu’à lui expliquer : “Vous ne comprenez rien à votre musique. C’était le seul moyen de la faire passer”.

C’est le Boléro qui a accompagné les patineurs artistiques Torvill et Dean sur leur prestation qui a remporté la médaille d’or lors des Jeux Olympiques d’Hiver de 1984.

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