Salvador Dalí

daliLe Christ Saint Jean de la croix de Dalí était une idée pour la pochette de Generation Terrorists

Salvador Dalí, de son nom complet Salvador Domingo Felipe Jacinto Dalí i Domènech, marquis de Dalí de Púbol, né à Figueras le 11 mai 1904, et mort dans la même ville, le 23 janvier 1989, est un peintre, sculpteur, graveur, scénariste et écrivain catalan de nationalité espagnole. Il est considéré comme l’un des principaux représentants du surréalisme, et comme l’un des plus célèbres peintres du XXème siècle.

Influencé très jeune par l’impressionnisme, il a quitté Figueras pour recevoir une éducation artistique académique à Madrid où il s’est lié d’amitié avec Federico García Lorca et Luis Buñuel et a cherché son style entre différents mouvements artistiques. Sur les conseils de Joan Miró, il a rejoint Paris à l’issue de ses études et a intégré le groupe des surréalistes, où il a rencontré sa femme Gala. Il a trouvé son propre style à partir de 1929, année où il est devenu surréaliste à part entière et a inventé la méthode paranoïaque-critique. Exclu de ce groupe quelques années après, il a vécu la guerre d’Espagne en exil en Europe, avant de quitter la France en guerre pour New York, où il a résidé huit ans et où il a fait fortune. À son retour en Catalogne, en 1949, il opéra un virage vers le catholicisme, s’est rapproché de la peinture de la Renaissance et s’est inspiré des évolutions scientifiques de son temps pour faire évoluer son style vers ce qu’il a nommé “mysticisme corpusculaire”.

Les thèmes qu’il abordait le plus fréquemment était le rêve, la sexualité, le comestible, sa femme Gala et la religion. La Persistance de la mémoire est l’une de ses toiles surréalistes les plus célèbres, le Christ de saint Jean de la Croix est l’une de ses principales toiles à motif religieux. Artiste très imaginatif, il manifestait une tendance notable au narcissisme et à la mégalomanie qui lui permettaient de retenir l’attention publique, mais irritaient une partie du monde de l’art, qui voyait dans ce comportement une forme de publicité qui dépassait parfois son œuvre. Deux musées lui ont été dédiés de son vivant, le Salvador Dali Museum et le théâtre-musée Dalí. Dalí a créé lui-même le second, comme une œuvre surréaliste à part entière.

La sympathie de Dalí pour Francisco Franco, son excentricité et ses œuvres tardives font de l’analyse de son œuvre comme de sa personne des thèmes difficiles et sujets à controverses.


Salvador Dalí est né au 20, rue Monturiol à Figueras le 11 mai 1904. Cette région, l’Empordà, avec le port de Cadaqués, a servi de “toile de fond, de portant et de rideau de scène” à son œuvre. Son père, Salvador Dalí y Cusi (1872-1952) était notaire. Sa mère se nommait Felipa Domènech Ferrés y Born (1874-1921). Il est né 9 mois après le décès de son frère, également nommé Salvador (1901-1903), décès survenu à la suite d’une gastro-entérite infectieuse. Alors qu’il avait cinq ans, ses parents l’ont emmné sur la tombe de son frère et lui ont dit – selon ce qu’il a rapporté – qu’il en était la réincarnation. Cette scène aurait fait naître en lui le désir de prouver son unicité dans le monde, le sentiment d’être la copie de son frère, ainsi qu’une crainte du tombeau de son frère.

“Je naquis double. Mon frère, premier essai de moi-même, génie extrême et donc non viable, avait tout de même vécu sept ans avant que les circuits accélérés de son cerveau ne prennent feu”.

Son père est, selon les sources, décrit comme autoritaire ou plutôt libéral. Quoi qu’il en soit, il a accepté sans trop de mal que son fils embrasse la carrière des arts, encouragé par le renouveau artistique de la Catalogne du début de siècle. Sa mère compensait un peu ce caractère autoritaire, appuyait l’intérêt artistique de son fils, tolérait ses colères, son énurésie, ses rêves et ses mensonges.

Dalí a eu également une sœur, Ana Maria, de quatre ans plus jeune que lui. En 1949, elle a publié un livre sur son frère, Dalí vu par sa sœur. Durant son enfance, Dalí s’est lié d’amitié avec de futurs joueurs du F.C. Barcelone, comme Emilio Sagi-Barba ou Josep Samitier. Pendant les vacances, le trio jouait au football à Cadaqués. En 1916, il a découvert la peinture contemporaine lors d’une visite de famille, à Cadaqués, où il a connu la famille du peintre impressionniste Ramón Pichot, un artiste local qui voyageait régulièrement à Paris, capitale de l’art de l’époque.

Sur les conseils de Pichot, son père l’a envoyé prendre des cours de peinture auprès de Juan Núñez à l’école municipale de gravure. L’année suivante, son père a organisé une exposition de ses dessins au crayon à la maison familiale. À quatorze ans, en 1919, Dalí a participé à une exposition collective d’artistes locaux au théâtre municipal de Figueras, où plusieurs de ses toiles ont été remarquées par deux critiques célèbres : Carlos Costa et Puig Pujades. Il a pris également part à une seconde exposition collective à Barcelone, parrainée par l’Université, et où il a reçu le prix du Recteur. L’influence impressionniste se note clairement dans les toiles de Dalí jusqu’en 1919. Il les a réalisé pour la plupart à Cadaqués en s’inspirant du village et de ses scènes de la vie quotidienne.

À la fin de la Première Guerre mondiale, il a rejoint un groupe d’anarchistes et a misé sur le développement de la révolution marxiste. L’année suivante, en 1919, alors qu’il était en terminale à l’institut Ramón Muntaner, il a édité avec plusieurs de ses amis une revue mensuelle, Studium, qui présentait des illustrations, des textes poétiques et une série d’articles sur des peintres comme Goya, Velázquez et Léonard de Vinci. En 1921, il a fondé avec des amis le groupe socialiste Renovació social.

En février 1921, sa mère est morte d’un cancer de l’utérus. Dalí avait alors 16 ans. Il a affirmé plus tard que cela a été “le coup le plus dur que je reçus dans ma vie. Je l’adorais. Je ne pouvais pas me résigner à la perte d’un être avec qui je comptais faire invisibles les inévitables tâches de mon âme”. Par la suite, le père de Dalí s’est remarié avec la sœur de la défunte, ce que Dalí n’a jamais accepté. Il a obtenu son baccalauréat en 1922.


En 1922, Dalí s’est installé dans la célèbre résidence d’étudiants de Madrid pour commencer ses études à l’Académie royale des beaux-arts de San Fernando. Il a attiré immédiatement l’attention à cause de son caractère excentrique de dandy. Il portait une longue chevelure à favoris, une gabardine, de hautes chaussettes épaisses de style victorien. Cependant, c’était ses peintures, que Dalí teintait de cubisme, qui attiraient le plus l’attention de ses camarades de résidence, notamment ceux qui sont devenus des figures de l’art espagnol : Federico García Lorca, Pepín Bello, Pedro Garfias, Eugenio Montes, Luis Buñuel, Rafael Barradas et plus généralement la génération de 27. À cette époque, cependant, il est possible que Dalí n’ait pas compris complètement les principes cubistes. En effet, ses uniques sources étaient des articles publiés par la presse – L’Esprit Nouveau – et un catalogue que lui avait donné Pichot, puisqu’il n’y avait pas de peintres cubistes à Madrid à cette époque. Si ses professeurs étaient ouverts à la nouveauté, ils se trouvaient en retard sur l’élève : ils adaptaient l’impressionnisme français aux thèmes hispaniques, approche que Dalí avait dépassé l’année précédente.

Dalí s’est consacré avec Lorca et Buñuel à l’étude des textes psychanalytiques de Sigmund Freud. Il considérait la psychanalyse comme l’une des découvertes les plus importantes de sa vie. Accusé à tort de diriger un mouvement d’agitation en Catalogne, il a été expulsé en 1923 de l’académie et emprisonné du 21 mai au 11 juin. La raison de son arrestation semble être liée à la plainte pour fraude électorale déposée par le père de Dalí à la suite du coup d’état de Primo de Rivera. Dalí est retourné à l’académie l’année suivante.

En 1924, toujours inconnu, Salvador Dalí a illustré un livre pour la première fois. C’était une publication du poème en catalan Les Bruixes de Llers (Les Sorcières de Llers) d’un de ses amis de la résidence, le poète Carles Fages de Climent. Dalí s’est familiarisé rapidement avec le dadaïsme, influence qui l’a marqué pour le reste de sa vie. Dans la résidence, il a refusé les avances amoureuses du jeune Lorca qui lui a dédié plusieurs poèmes :

“Il [F. G. Lorca] était homosexuel, ça, tout le monde le sait, et il était fou amoureux de moi. Il essaya de s’approcher de moi quelques fois… et moi, j’étais très gêné, parce que je n’étais pas homosexuel, et que je n’étais pas disposé à céder. […]”
– Salvador Dalí ; conversations avec Alain Bosquet

Les deux artistes sont devenus amis. Il est probable que chacun des jeunes hommes ait trouvé en l’autre une passion de découverte esthétique correspondant à ses propres désirs. Les demandes de l’écrivain se sont faites à un tournant de l’œuvre de Dalí qui les a ressenti comme un écho à ses recherches sur l’inconscient. Compte tenu des affabulations de Dalí, on ne saura sans doute jamais quelles étaient leurs relations, alors que les deux artistes faisaient “amoureusement” le portrait l’un de l’autre. Les toiles de cette époque sont marquées par l’onanisme du peintre, qui affirmait être resté vierge avant sa rencontre avec Gala. Dalí a reçu la visite de Federico García Lorca, en novembre 1925, à Cadaqués puis, cette même année, Dalí a réalisé sa première exposition personnelle à Barcelone à la Galerie Dalmau, où il a présenté Portrait du père de l’artiste et Jeune fille debout à la fenêtre.

La même galerie a exposé, fin 1926, d’autres œuvres de Dalí et, notamment La Corbeille de pain, peinte durant l’année. Cela a été la première toile de l’artiste présentée hors d’Espagne, en 1928, lors de l’exposition Carnegie de Pittsburgh. Sa maîtrise des moyens picturaux se reflète impeccablement dans cette œuvre réaliste. Les premières critiques barcelonaises ont été chaleureuses. Pour l’une d’elles, si cet “enfant de Figueras” a tourné son visage vers la France, “c’est parce qu’il peut le faire, parce que ses dons de peintre que Dieu lui a donné doivent fermenter. Qu’importe si Dalí pour aviver le feu se sert du crayon à mine de plomb d’Ingres ou du gros bois des œuvres cubistes de Picasso. Dalí a été par la suite expulsé de l’Académie en octobre 1926, peu avant ses examens finaux, pour avoir affirmé que personne n’était en condition de l’examiner.


En 1927, probablement en début d’année, Dalí a visité Paris pour la première fois, muni de deux lettres de recommandation destinées à Max Jacob et à André Breton. D’après lui, ce voyage “fut marqué par trois visites importantes, Versailles, le musée Grévin et Picasso, que le jeune Dalí admirait profondément. Picasso avait déjà reçu des commentaires élogieux sur Dalí de la part de Joan Miró.

Pablo Picasso avait 23 ans de plus que lui. Dalí a raconté que, lors de cette rencontre, il lui a montré une de ses petites toiles, La Fille de Figueras que Picasso a contemplé pendant un quart d’heure, puis Picasso en a fait autant avec quantité des siennes, sans un mot. Il a ajouté qu’au moment de se quitter, “sur le pas de la porte, nous échangeâmes un regard qui disait : Compris ? — Compris !. Picasso est resté une référence constante pour Dalí, admiré et rival. Dans son Analyse dalinienne des valeurs comparées des grands peintres, il lui a attribué 20/20 à la catégorie “génie”, à égalité avec Léonard de Vinci, Vélasquez, Raphaël et Vermeer, alors qu’il ne s’attribuait “que” 19/20. À la fin de sa vie, il s’est permis d’être plus critique sur la peinture de Picasso : “Picasso refuse la légitimité ; il ne prend pas la peine de corriger, et ses tableaux ont de plus en plus de jambes, tous ses hâtifs repentirs sortent avec le temps ; il s’est fié au hasard ; le hasard se venge”. Ils sont restés en contact durant toute leur vie.

Avec le temps, Dalí a développé un style propre et s’est transformé à son tour en une référence et en un facteur influent de la peinture de ces peintres. Certaines caractéristiques de la peinture de Dalí de cette époque se sont converties en marques distinctives de son œuvre. Il absorbait les influences de divers courants artistiques, depuis l’académisme et le classicisme, jusqu’aux avant-gardes. Ses influences classiques passaient par Raphaël, Bronzino, Zurbarán, Vermeer et, évidemment, Velázquez dont il a adopté la moustache en croc et qui est devenue emblématique. Il alternait les techniques traditionnelles et les méthodes contemporaines, parfois dans la même œuvre. Les expositions de cette époque ont attiré une grande attention, suscité des débats et divisé les critiques. Sa jeune sœur Anna-Maria lui a servi souvent de modèle à cette époque, posant souvent de dos, devant une fenêtre. En 1927, Dalí, âgé de 23 ans, a atteint sa maturité artistique. Cette évidence transparaît dans ses œuvres Le miel est plus doux que le sang et Chair de poule inaugurale, la première inspirée par sa relation avec Lorca et la seconde par sa première rencontre intime avec Gala.

Quelques mois plus tard, Luis Buñuel s’est rendu à Figueras où les deux amis ont écrit le scénario du film surréaliste Un chien andalou avant que Dalí ne retourne à Paris en 1928, accompagné d’un autre Catalan, Joan Miró. Pour Robert Descharnes et Gilles Néret, le film a lancé Dalí et Buñuel “comme une fusée”. C’était pour le peintre, “un poignard en plein cœur du Paris spirituel, élégant et cultivé”, ajoutant que le film avait été ovationné par un “public abruti qui applaudit tout ce qui lui semble nouveau et bizarre”.

À la suite de la visite, à l’été 1929, de René Magritte et Paul Éluard à Cadaqués, et sur les conseils de Joan Miró, Dalí allait adhérer au surréalisme. De retour à Paris il a commencé donc à fréquenter le groupe des surréalistes constitué de Hans Arp, André Breton, Max Ernst, Yves Tanguy, René Magritte, Man Ray, Tristan Tzara et de Paul Éluard et son épouse Helena, surnommée par tous Gala. Née sous le nom d’Elena Ivanovna Diakonova, c’était une migrante russe dont Dalí est tombé amoureux, et qui a été séduite par cet homme de dix ans plus jeune qu’elle. Bien que Dalí ait allégué être complètement impuissant et vierge, son œuvre reflète son obsession sexuelle. Il représentait notamment le désir sous la forme de têtes de lions.

Gala était sa muse. Elle lui tenait lieu de famille, organisait ses expositions et vendait ses toiles. En décembre, en raison de sa liaison avec Gala – femme mariée –, Salvador Dalí s’est brouillé profondément avec son père et sa sœur Anna-Maria. La légende d’une gravure mal interprétée complète le tableau d’un fils en rupture avec sa famille. Le critique d’art Eugenio d’Ors aurait rapporté, dans un journal barcelonais, que Dalí aurait montré au groupe des surréalistes une chromo représentant le Sacré-Cœur, sur lequel était écrit “parfois, je crache par plaisir sur le portrait de ma mère”, provoquant l’ire de son père et obligeant Dalí à partir. Gala et lui ont passé les années 1930 à 1932 à Paris. Les premiers mois ont pourtant été difficiles, ses toiles se vendaient mal et le couple vivait de peu. Mais le peintre s’est fait connaître à Paris où il fréquentait autant les dîners mondains que les cercles surréalistes. En 1930, ne pouvant s’installer à Cadaqués en raison de l’hostilité paternelle, Dalí et Gala ont acheté une minuscule maison de pêcheur à quelques centaines de mètres de Cadaqués, au bord de la mer, dans la petite crique de Portlligat. Au fil des ans, la fortune aidant, il a transformé sa propriété en une fastueuse villa aujourd’hui convertie en musée. Le paysage sur la petite crique est devenu une référence picturale permanente dans l’œuvre du peintre qui a affirmé : “Je ne suis chez moi qu’ici, partout ailleurs, je ne suis que de passage”. Gala et Dalí se sont mariés civilement en 1934, avant de se marier religieusement en 1958.

En 1931, Dalí a peint l’une de ses toiles les plus célèbres, La Persistance de la mémoire, également connue sous le nom des Montres molles qui, selon certaines théories, illustre son refus du temps comme entité rigide ou déterministe. Dalí, “dans un pathétique désir d’éternité fait du temps de la montre, c’est-à-dire du temps mécanique de la civilisation, une matière molle, ductile qui peut aussi être mangée à la manière d’un camembert coulant”. Cette idée est développée par d’autres figures de l’œuvre, comme l’ample paysage ou bien certaines montres à gousset, dévorées par des insectes. D’autre part, les insectes feraient partie de l’imaginaire dalinien comme entité destructrice naturelle et, comme le peintre l’explique dans ses mémoires, seraient des réminiscences de son enfance.


Dalí continuait d’exposer régulièrement et a rejoint officiellement le groupe des surréalistes dans le quartier parisien de Montparnasse. Durant les deux années suivantes, son travail a influencé fortement le cercle des surréalistes, qui l’a acclamé en tant que créateur de la méthode paranoïaque-critique, qui, selon ce qui s’en disait, permettait d’accéder au subconscient, libérant les énergies artistiques créatrices. C’est, d’après le peintre, une “méthode spontanée de connaissance irrationnelle basée sur l’objectivation critique et systématique des associations et interprétations délirantes”. Breton a rendu hommage à cette découverte qui venait de doter :

“[…] le surréalisme d’un instrument de tout premier ordre en l’espèce la méthode paranoïaque critique qu’il s’est montré d’emblée capable d’appliquer à la peinture, à la poésie, au cinéma, à la construction d’objets surréalistes typiques, à la mode, à la sculpture, à l’histoire de l’art et même le cas échéant, à toute espèce d’exégèse”.
– André Breton

À cette époque, Dalí a délaissé temporairement ses travaux autour des images à double sens, telles que L’Homme invisible, tandis que les figures de Guillaume Tell, Lénine, les paysages et figures anthropomorphes, L’Angélus de Millet, Vermeer et Hitler sont apparus systématiquement dans ses toiles. Une activité marquante de cette époque a été la réalisation avec le sculpteur Giacometti d’objets surréalistes. Selon Dalí, ils sont dotés d’un “minimum de fonctionnement mécanique, [et] sont basés sur les fantasmes et les représentations susceptibles d’être provoqués par la réalisation d’actes inconscients”. Il restait hermétique aux problèmes des surréalistes avec la politique, une “anecdote de l’histoire” selon lui. Il agaçait le groupe en étudiant systématiquement Hitler et “la croix gammée vieille comme le soleil chinois, [qui] réclame l’honneur de l’objet”.

Si les divergences politiques éloignaient peu à peu André Breton et Louis Aragon, celles provoquées par Dalí ont été sans commune mesure. Pour André Thirion, Dalí “n’était pas marxiste et s’en foutait”, mais entre les rêveries érotiques de Dalí envers des fillettes de 12 ans qui ont fait réagir jusqu’au Comité central du parti communiste, et son obsession pour la figure d’Hitler durant deux années, le peintre a été convoqué en janvier 1934 chez Breton où il s’est présenté vêtu en malade, avec un chandail et un thermomètre dans la bouche. Une fois l’accusation de Breton terminée, il a lu sa plaidoirie en faisant un strip-tease, affirmant en langage fleuri, qu’il ne faisait que retranscrire ses rêves – particuliers – et que, en conséquence de ses rêves, Breton et lui feraient bientôt l’objet d’une représentation homosexuelle. Il a été exclu à l’issue de cette réunion. Dalí a continué cependant à travailler avec le groupe, qui avait besoin de lui, notamment en tant qu’agent publicitaire, à Londres en 1936 en tenue de scaphandrier, à Paris en février 1938, où il montrait son Taxi pluvieux, dans lequel deux mannequins de vitrine recevaient la pluie entre des salades et des escargots de Bourgogne.

Fin 1933, leur marchand d’art Julien Levy a exposé 25 œuvres de Dalí à New York. Dalí mourait d’envie d’aller voir les États-Unis. Les œuvres de Picasso y étaient déjà exposées contrairement aux musées français. Il s’est laissé facilement convaincre par Caresse Crosby, une riche Américaine, d’entreprendre le voyage. Dalí et Gala se sont rendus pour la première fois à New York en 1934 ; Picasso a avancé l’argent pour leurs billets. Les Américains ont été subjugués par l’excentricité du personnage et les audaces d’un surréalisme qu’ils ne connaissaient alors presque pas. Au grand désespoir de Breton, Dalí était considéré comme le seul surréaliste authentique, ce que le peintre, triomphant et ivre de mégalomanie, s’est empressé de confirmer le 14 novembre à New York : “Les critiques distinguent déjà le surréalisme avant ou après Dalí”. L’exposition à la Galerie Julien Levy a eu un franc succès et Dalí a compris que sa réussite passait par les États-Unis. Sa peinture commençait à être appréciée. Edward James – filleul du roi Édouard VII – est devenu son mécène et lui a racheté toute sa production, de 1935 à 1936. La Métamorphose de Narcisse et Cannibalisme de l’automne font partie des plus célèbres toiles de cette période.


De retour en Catalogne, Dalí et Gala ont quitté Portlligat en 1936 pour fuir la guerre civile espagnole et ont voyagé en Europe. Ils ont vécu un temps en Italie fasciste, où il s’est inspiré des œuvres romaines et florentines de la Renaissance, notamment pour réaliser des images doubles telles que Espagne. Ses toiles Construction molle aux haricots bouillis (également connue sous le nom de Prémonition de la guerre civile) et La Girafe en feu ont été les plus représentatives de cette période, qui a vu l’invention de ces monstres. Ceux-ci reflètent sa vision de la guerre, mais non son attitude politique. Il a représenté la guerre civile comme un phénomène d’histoire naturelle, une catastrophe naturelle, et non un événement politique, comme Picasso avait pu le faire avec Guernica. C’était à Londres qu’il a appris le meurtre de son ami Federico García Lorca, le 19 août 1936, à Grenade par un franquiste, le faisant tomber dans une profonde dépression.

Durant son deuxième voyage aux États-Unis, la presse et le public ont fait un accueil triomphal à “Mr Surrealism”. Le portrait de Dalí par le photographe Man Ray a fait la une, en décembre 1936, du magazine Time. En février 1937, Dalí a rencontré à Hollywood les Marx Brothers et a fait un portrait de Harpo Marx, agrémenté de cuillères, de harpes et de fils de fer barbelés. Le film qu’ils projetaient de faire n’a pas vu le jour. En 1938, par l’intermédiaire d’Edward James ainsi que celle de son ami Stefan Zweig, Dalí a rencontré à Londres Sigmund Freud, qu’il admirait depuis longtemps et dont les travaux avaient inspiré ses propres recherches picturales sur les rêves et l’inconscient.

D’après le récit qu’en a fait Conroy Maddox, Freud âgé a confié à Zweig en cette occasion à propos de Dalí :

“Je n’ai jamais vu un spécimen d’Espagnol plus parfait ; quel fanatique !”
– Conroy Maddox.

Dalí a publié en 1939 une Déclaration d’indépendance de l’imagination et des droits de l’homme à sa propre folie. Ses pérégrinations européennes l’ont emmené en exil pendant cinq mois, à partir de septembre 1938, dans la villa de Coco Chanel, La Pausa, où il a préparé l’exposition de New York à la galerie Julien Levy. Il a détruit à cette occasion, en 1939, une œuvre qu’il avait créée et qui avait été modifiée sans son accord dans un magasin de la Cinquième Avenue.


Lors de l’entrée en guerre de la France en 1939, Dalí et Gala étaient à Paris qu’ils ont quitté pour Arcachon. Peu avant l’invasion allemande, ils sont partis en Espagne puis au Portugal. Dalí, qui avait fait un détour par Figueras pour voir sa famille, a rejoint Gala à Lisbonne d’où ils ont embarqué pour New York. Ils y ont résidé durant huit ans. Dalí s’est intégré parfaitement à la haute société new-yorkaise, a peint de nombreux portraits de riches Américains – Helena Rubinstein – a participé activement à la vie théâtrale avec de grandes peintures murales, a réalisé ses premiers bijoux, et s’est intéressé au cinéma, en particulier aux Marx Brothers, à Walt Disney, à Alfred Hitchcock. Après ce déménagement, il a cherché également la foi catholique et à rapprocher sa peinture du classicisme ce qu’il n’a fait effectivement qu’à partir de 1945.

En 1941, Dalí a envoyé un script de cinéma à Jean Gabin, Moontide (La Péniche de l’amour). À la fin de cette année, la première rétrospective de Dalí a été exposée par le Museum of Modern Art. Ces soixante œuvres – 43 huiles et 17 dessins – ont parcouru les États-Unis durant les deux années suivantes. Les huit plus grandes villes ont accueilli l’exposition, assurant la notoriété du peintre et bientôt, les propositions commerciales se sont multipliées. S’il n’en a accepté que certaines, elles lui ont permis d’amasser une solide fortune, qui a inspiré à Breton l’anagramme féroce “Salvador Dalí – Avida Dollars”. Robert et Nicolas Descharnes expliquent que “durant cette période Dalí n’arrêta jamais d’écrire”.

En 1942, il a publié son autobiographie, La Vie secrète de Salvador Dalí. Il a écrit régulièrement pour les catalogues de ses expositions, comme celle organisée par Knoedler Gallery en 1943. Il y exposait que “le surréalisme aura servi au moins pour donner des preuves expérimentales de la totale stérilité des essais pour automatiser [l’art. Ceux-ci] sont allés trop loin et ont généré un système totalitaire […]. La paresse contemporaine et le manque de technique ont atteint leurs paroxysmes dans la signification psychologique de l’utilisation actuelle de l’institution universitaire”. Il a écrit également un roman publié en 1944, sur un salon de mode pour automobiles, qui a inspiré une caricature d’Erdwin Cox pour The Miami Herald, où Dalí porte une automobile comme costume de fête. Durant ces années, Dalí a réalisé des illustrations pour des éditions anglophones de classiques tels que Don Quichotte, l’autobiographie de Benvenuto Cellini et les Essais de Michel de Montaigne. Il a fait également les décors pour le film Spellbound, d’Alfred Hitchcock et a entrepris, avec Walt Disney, la réalisation du dessin animé Destin, inachevé et qui a été monté en 2003, longtemps après la mort de ses auteurs.

Cela a été une époque des plus prolifiques de sa vie, mais qui est discutée par certains critiques, pour qui Dalí troublait la frontière entre art et biens de consommation, en délaissant la peinture pour se consacrer au design et aux articles commerciaux. Les peintures de cette période ont été inspirées par les souvenirs de la Catalogne par leurs couleurs et leurs espaces, dans lesquels le peintre a représenté des sujets d’Amérique. À ce titre, la toile Poésie d’Amérique, a été visionnaire. Elle réunit en une œuvre la ségrégation noire, la passion américaine pour le rugby, et l’irruption d’une marque dans une œuvre d’art : Coca-Cola. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, il n’est pas revenu immédiatement en Europe. Il a effectué son virage vers le classicisme en 1945, sans se couper du reste du monde. Les bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki lui ont inspiré Idylle atomique et uranique mélancolique et Trois sphinx en bikini. L’abandon du “Dalí de la psychanalyse” pour le “Dalí de la physique nucléaire” ne lui a pas permis d’effectuer immédiatement son rapprochement vers le catholicisme. La peinture de cette époque empruntait aux classiques les rapports géométriques – le nombre d’or ou divine proportion. C’était notamment le cas avec Leda atomica.


À partir de 1949, les Dalí sont revenus vivre en Catalogne sous la dictature franquiste et ont passé leurs hivers à Paris, dans une suite de l’hôtel Meurice. Il a décuplé sa virtuosité technique, intensifié son intérêt pour les effets optiques mais, surtout, réalisé son retour à la foi catholique. Il a été reçu en audience privée le 23 novembre 1949 par le pape Pie XII. Ses recherches sur les proportions classiques l’ont mené à “sublimer toutes les expériences révolutionnaires de [son] adolescence dans la grande tradition mystique et réaliste de l’Espagne. Cette conversion a pris notamment la forme de deux toiles, La Madone de Port Lligat (1949) et le Christ de saint Jean de la Croix (1951), qui ont été complétées d’illustrations pour La Divine Comédie (1952, aquarelles). Il avait alors déjà publié son Manifeste mystique, où il expliquait les tenants et les aboutissants de son mysticisme nucléaire et signé ses premières toiles corpusculaires dont la toile Galatée aux sphères est une représentante. Il a lié catholicisme et physique des particules en expliquant les Élévations – de la Vierge, de Jésus – par la “force des anges”, dont les protons et les neutrons seraient des vecteurs, des éléments angéliques. Il a lié la corne de rhinocéros à la chasteté, à la Vierge Marie et à La Dentellière de Vermeer, dans un raisonnement mêlant la géométrie “divine” de la spirale logarithmique, la corne l’animal et la construction corpusculaire “de la plus violente rigueur” de la toile du maître hollandais. Il a peint de nombreux sujets composés de cet appendice.

Le 17 décembre 1955, il a exposé ces idées à la Sorbonne, lors de sa conférence “Aspects phénoménologiques de la méthode paranoïaque-critique”. Il s’est rendu à l’université dans une Rolls-Royce jaune et noire, remplie de choux-fleurs qu’il a distribué en guise d’autographes. Opposant dans sa présentation la France et l’Espagne, le premier étant selon lui le pays le plus rationnel au monde et le second le plus irrationnel, il a démontré au cours de cette conférence l’unicité de l’arrière-train du pachyderme avec un tournesol, l’ensemble étant lié à la célèbre Dentellière et aux corpuscules de la physique atomique.

En 1959, André Breton a organisé une exposition nommée “Hommage au surréalisme”, pour célébrer le quarantième anniversaire de ce mouvement. Cette exposition a rassemblé des œuvres de Dalí, Joan Miró, Enrique Tábara et Eugenio Granell. Breton s’est opposé fermement à l’inclusion de la Madone Sixtine de Dalí, à l’exposition surréaliste internationale de New York, l’année suivante. Selon Robert Descharnes, le comportement de Dalí à cette époque a été une réaction à sa célébrité pour protéger sa créativité. Si Picasso, pour les mêmes raisons, s’était réfugié dans le château de Vauvenargues, Dalí, incapable de se taire, commentait les phénomènes, découvertes et événements de son époque et le mélange en résultant n’était pas toujours du meilleur goût. Semant la confusion chez les critiques, il laissait aux médias grand public le soin d’analyser ses moustaches et de se concentrer sur quelques-unes de ses toiles, telles le Christ de saint Jean de la Croix. Cette attitude a fait dire à l’expert du surréalisme de Sotheby’s, Andrew Strauss :

“Dalí a travaillé à la construction de sa popularité à l’échelle mondiale. Il a précédé Andy Warhol dans cette stratégie du culte de l’artiste star”.

Dalí s’est intéressé aux nouvelles découvertes scientifiques de son époque. Il s’est fasciné pour l’ADN et le tesseract, un hypercube en quatre dimensions. Son tableau, Corpus hypercubus (1954), représente Jésus-Christ crucifié sur le patron d’une telle hyperfigure, où il a cherché à créer une synthèse de l’iconographie chrétienne et d’images de désintégrations inspirées par la physique nucléaire. Artiste expérimenté, Dalí ne se confinait pas à la peinture. Il est resté très attentif à toutes les évolutions de la peinture post-surréaliste, y compris les formes qui en étaient totalement détachées. Il a expérimenté de nombreux médias et procédés nouveaux ou innovants, telles que les peintures par projection ou l’holographie, technique dont il a été l’un des pionniers. Nombre de ses œuvres incorporaient des illusions d’optique, des calembours visuels, des trompe-l’œil. Il a expérimenté aussi le pointillisme, le halftoning (réseau de points semblables à ceux utilisés dans l’impression) et les images stéréoscopiques. Il a été un des premiers à utiliser l’holographie dans l’art. De jeunes artistes, comme Andy Warhol, ont proclamé que Dalí avait une influence importante sur le pop art. Découverte en gare de Perpignan, la stéréoscopie a passionné Dalí qui a produit à la fin de sa carrière des images sur deux tableaux (œil droit et œil gauche) difficilement accessibles à la reproduction. Nombre d’entre elles sont exposées au musée Dalí de Figueras (Athènes brûle !).

Dalí avait un sol en verre dans une pièce, près de son atelier. Il s’en est servi beaucoup pour étudier le raccourci, vu d’en bas comme d’en haut, pour incorporer des personnages et des objets très expressifs dans ses peintures. Il aimait aussi s’en servir pour amuser ses amis et ses invités.

Les revenus de Dalí et de Gala leur permettaient de mener une vie de luxe. Dès 1960, ils ont embauché le gestionnaire John Peter Moore. Son successeur, Enrique Sabater, expliquait que “Dalí gagnait plus que le président des États-Unis. À cette époque, Salvador Dalí et Gala ont commencé à se séparer. En 1965, Dalí a fait la connaissance d’Amanda Lear, qui a alors été présentée comme un transsexuel. Amanda Lear a pris des cours de peinture auprès de Dalí, lui a servi de modèle et est devenue son égérie. En 1969, Gala Dalí a acquis le vieux château à Púbol, près de Figueras, qu’elle a restauré et qui abrite la Fondation Gala-Salvador Dalí.


Les peintures de petit format des années précédentes ont fait place, à partir de 1958, à des œuvres monumentales sur des sujets historiques, comme La Bataille de Tétouan (1962, 308 × 406 cm). Le tableau représente la conquête espagnole de Tétouan au Maroc, en 1860. Dalí a peint une peinture de grand format chaque année, telle que La Découverte des Amériques par Christophe Colomb (1959). Les derniers chefs-d’œuvre de cette période ont été La Gare de Perpignan (1965), Le Torero hallucinogène (1968-1970) et La Pêche au thon (1966-1967). De 1966 à 1973, Dalí a travaillé sur une commande pour une édition de luxe d’Alice au pays des merveilles.

Il s’est intéressé à améliorer la représentation de la troisième dimension au-delà de la perspective classique. Selon le peintre, le 17 novembre 1964 a eu lieu le moment le plus rassurant de toute l’histoire de la peinture, lorsque le peintre a découvert, au centre de la gare de Perpignan, la possibilité de peindre à l’huile la “véritable” troisième dimension en faisant appel à la stéréoscopie. La découverte de l’holographie lui a permis d’aborder la quatrième dimension (le temps), technique qu’il a utilisé à partir des années 1970, afin d’obtenir l’“immortalité des images enregistrées holographiquement grâce à la lumière du provisoire laser”. En 1969, il a peint ses premiers plafonds et il s’est concentré, à partir de l’année suivante, sur des images stéréoscopiques. Ses toiles holographiques les plus connues datent de 1972. Les premiers hologrammes ont été présentés à la galerie Knoedler à New York en avril 1972.


En 1960, Dalí a commencé à travailler sur son théâtre-musée, dans sa ville de Figueras. C’était son plus grand projet. Il y a consacré la plus grande partie de son énergie jusqu’en 1974. Il a continué à le développer jusqu’au milieu des années 1980. Avec l’accord du maire, Ramon Guardiola, il a choisi les ruines du théâtre de Figueras incendié lors de la guerre civile espagnole, où il avait réalisé sa première exposition en 1914. Les fonds pour la rénovation ont été avancés par l’état espagnol en 1970. Le dôme de verre de forme byzantine a été conçu par l’architecte Emilio Pérez Piñero à la demande de Dalí, qui rêvait d’un dôme vitré dans le style de l’architecte américain Buckminster Fuller. Dalí a conçu lui-même une grande partie du musée, depuis les œufs monumentaux qui ornent les murs jusqu’à la hauteur des toilettes. L’architecte Joaquim Ros de Ramis a travaillé à la rénovation, toujours en accord avec les directives du maître. La construction a commencé le 13 octobre 1970 et, un an plus tard, le peintre a commencé à travailler aux peintures des plafonds du théâtre-musée. En 1971, il reçoit la Médaille d’or du mérite des beaux-arts par le ministère de l’Éducation, de la Culture et des Sports.


En 1979, le Centre Georges Pompidou a réalisé une grande rétrospective Dalí, exposant 169 peintures et 219 dessins, gravures et objets de l’artiste. Une des particularités de l’exposition se trouvait au sous-sol. Une Citroën était suspendue au plafond avec une botifarra (saucisse catalane), une cuillère de 32 m de long et de l’eau coulait dans le radiateur de la voiture.

L’année suivante, la santé de Dalí s’est dégradé fortement. À 76 ans, Dalí présentait les symptômes de la maladie de Parkinson et a perdu définitivement ses capacités artistiques. Il a reçu en 1982, le titre de Marqués de Dalí de Púbol (marquis de Dalí de Púbol), de la main du roi d’Espagne, Juan Carlos. Dalí a réalisé pour le souverain son dernier dessin intitulé Cœur de l’Europe.

Gala est morte le 10 juin 1982, à 87 ans. Dalí a déménagé de Figueras pour le château de Púbol où en 1984, un incendie a éclaté dans sa chambre à coucher, dont la cause n’a jamais été éclaircie. Dalí a été sauvé et est retourné vivre à Figueras dans son théâtre-musée. En novembre 1988, Dalí est entré à l’hôpital après un malaise cardiaque. Il a reçu une ultime visite du roi d’Espagne, le 5 décembre 1988. Le peintre est mort le 23 janvier 1989 à Figueras, à l’âge de 84 ans. Il a été inhumé dans la crypte de son théâtre-musée. Sa fortune a été pillée à sa mort.


christdesaintjeandelacroixLe Christ de saint Jean de la Croix est une des plus célèbres toiles du peintre. C’est une huile sur toile réalisée en 1951 de 205 cm x116 cm qui est conservée au musée Kelvingrove, à Glasgow.

L’originalité de la perspective et l’habileté technique ont rendu la toile très célèbre, au point que dans les années cinquante, un fanatique a tenté avec peu de succès de la vandaliser. Durant les années cinquante, l’artiste a représenté plusieurs fois la scène de la crucifixion, comme dans Corpus hypercubus peint en 1945. Pour réaliser cette toile, Dalí s’est basé sur ce les théories du Discours sur la forme cubique de Juan de Herrera, responsable du monastère de San Lorenzo de l’Escorial au XVIème siècle.


Dalí s’est inspiré d’un dessin mystique de saint Jean de la Croix conservé au Monastère de l’Incarnation d’Ávila, et d’une image qu’il dit avoir rêvé d’un cercle dans un triangle. Cette figure qui d’après lui était comme le noyau d’un atome, était similaire au dessin du monastère et il a décidé de l’utiliser pour sa toile.

Dali s’explique “Premièrement, en 1950, j’ai eu un rêve cosmique dans lequel je vis en couleur cette image qui, dans mon rêve, représentait le noyau de l’atome. Ce noyau prit par la suite un sens métaphysique, je le considère l’unité de l’univers, le Christ ! Deuxièmement, grâce aux indications du père Bruno, carme, je vis le Christ dessiné par saint Jean de la Croix, je résolus géométriquement un triangle et un cercle, qui esthétiquement résument toutes mes expériences antérieures et inscrivis mon Christ dans ce triangle”.

Le paysage calme s’inspire de Portlligat. Les pêcheurs sont inspirés d’une peinture de Le Nain et d’un dessin de Velázquez pour La Reddition de Breda.


Le tableau est exposé début 1952 dans une galerie de Londres où le Docteur Tom J. Honeyman, directeur des Musées de Glasgow, le découvre : il juge opportun, pour donner une image plus culturelle à sa ville en pleine période de déclin économique avec une désindustrialisation rapide conduisant à un chômage élevé, d’acheter la peinture et les droits de propriété intellectuelle qui s’y rattachent, afin de pouvoir réaliser des reproductions, des cartes postales, pour la somme de 8 200 £, prix jugé exorbitant par certains bien qu’il ait été réduit, le catalogue des œuvres de Dali la proposant initialement à 12 000 £. Une pétition contre cet achat a été présentée au conseil municipal de Glasgow par les étudiants de la Glasgow School of Art qui considèrent que cet argent aurait dû servir à promouvoir les artistes locaux. Cette polémique sera à l’origine de l’amitié entre Honeyman et Dali qui ont engagé un échange épistolaire pendant de nombreuses années.

Le tableau est exposé au Kelvingrove Art Gallery and Museum la première fois le 23 juin 1952 et durant seulement les six premiers mois plus de 50 000 visiteurs viennent assurer le succès de cette judicieuse acquisition. En 1961, un visiteur attaque la peinture avec une pierre et déchire la toile avec ses mains. Elle est restaurée avec succès pendant plusieurs mois. En 1993, la peinture est transférée au St Mungo Museum of Religious Life and Art puis revient à Kelvingrove pour sa réouverture en juillet 2006.

En 2005, avec 29 % des voix, la peinture remporte le sondage organisé par The Herald sur la peinture écossaise la plus populaire.


La peinture montre Jésus crucifié, pris en perceptive plongeante et vu d’au-dessus de la tête. Cette dernière regarde vers le bas et est le point central de l’œuvre. La partie inférieure du tableau représente un paysage impassible, formé par la baie de Port Lligat. En bas à droite, deux pêcheurs s’affairent près d’une barque. Ils sont inspirés d’un dessin de Velázquez pour La Reddition de Breda et d’une peinture de Le Nain. Entre le Crucifié et la baie s’intercalent des nuages aux tons mystiques et mystérieux, illuminés par la clarté qui émane du corps de Jésus. Le puissant clair-obscur qui sert à rehausser la figure de jésus provoque un effet dramatique.

Le Christ est représenté de façon humaine et simple. Il a les cheveux courts – au contraire des représentations classiques – et est dans une position relaxée. L’écriteau de la partie supérieure de la croix est une feuille de papier doublée aux initiales INRI.  À la différence des représentations classiques, le Christ n’est pas blessé, n’est pas cloué sur la croix, n’a pas d’entaille, très peu de sang et ne possède aucun des attributs classiques de la crucifixion – clous, couronne d’épines, etc. Il semble flotter accolé à la croix. Dalí s’est justifié en expliquant qu’au cours d’un rêve il a changé son projet initial de mettre des fleurs, œillets et jasmins, dans les blessures du Christpeut-être à cause d’un proverbe espagnol qui dit A mal Cristo, demasiada sangre”. Certains commentateurs affirment qu’il s’agit de l’œuvre la plus humaine et humble sur le thème de la Crucifixion.

Dali a utilisé un cascadeur d’Hollywood, Russel Sanders, comme modèle pour peindre le Christ.


Avec Pablo Picasso, Salvador Dalí a été l’un des deux artistes pour qui deux musées exclusivement dévoués à son œuvre ont été créés de leurs vivant. Le premier à ouvrir a été fondé par les collectionneurs A. Reynolds Morse et Eleanor Morse et inauguré par Salvador Dalí en personne. Le couple avait réuni au fils des années une vaste collection dans un bâtiment proche de leur résidence de Cleveland. À la fin des années 1980, il ont légué leurs œuvres à la ville de Floride de Saint-Petersbourg, qui a ouvert un nouveau Salvador Dali Museum en 1982. 96 toiles de Dalí y sont réunies au côtés de plus de 100 aquarelles et dessins, de plus de 1300 photographies, sculptures, bijoux, ainsi que de nombreuses archives. Un nouveau bâtiment capable de résister aux ouragans a ouvert en 2011.

Le second musée à ouvrir a été le Théâtre-musée Dalí. Situé dans sa ville natale de Figueres en Catalogne il a été construit dans les ruines d’un ancien théâtre ravagé par les flammes de la guerre civile espagnole. Il a été transformé dans les années 1970 en musée par le peintre et donner à la ville un nouveau lieu touristique. Il a ouvert en 1974.

Au milieu des années 1990, deux autres musées ont ouvert en Espagne. Le premier est le Château de Púbol, qui a été la résidence de son épouse Gala. À sa mort 1982, le château a servi de résidence à Salvador Dalí pendant deux ans jusqu’à ce qu’un incendie s’est déclaré dans la chambre 1984. De même, sa maison de Port Lligat dans le port de Cadaqués a été transformé en musée public. En France, l’Espace Dalí présente la collection comprenant plus d’une quinzaine de sculptures originales conférant à cette exposition son statut de plus importante collection de France. En Allemagne, le Musée Dalí sur la Place Leipzig à Berlin réunit plus de 400 œuvres de l’artiste espagnol.


Les rapports de Dalí avec le cinéma ont fait l’objet en 2004 d’un film documentaire intitulé Cinéma Dalí, d’une rétrospective par la Tate Modern de Londres en 2007. 2009 : Little Ashes, de Paul Morrison, avec Robert Pattinson dans le rôle de Salvador Dalí.

En 2011, une comédie réalisée par Woody Allen, Minuit à Paris, raconte le parcours de deux jeunes Américains dans le milieu des artistes du Paris des années 1920. Ils rencontrent notamment Salvador Dalí, interprété par Adrien Brody. Le film reçoit l’Oscar du meilleur scénario original en 2012.


Le personnage reste controversé parmi les critiques d’arts et les historiens. Lors du centième anniversaire de la naissance de Dalí, le critique littéraire Peter Bürger soulignait dans Die Zeit que les classifications des artistes modernes mises en place à partir de 1955 n’incluent généralement pas Dalí, au contraire d’autres peintres surréalistes tels André Masson, Joan Miró et Max Ernst.

À partir des années 1940 aux États-Unis, Dalí a été la cible de critiques à cause de ses travaux pour la haute couture, les bijoux, et plus généralement le design. Il était accusé de troubler la frontière entre art et consommation. Cette attitude de la critique n’a pris fin qu’avec l’avènement du pop art qui assumait complètement cette confusion. Son obsession pour Hitler était également polémique.

L’historien de l’art Michael Peppiatt écrivait à ce propos que “Dalí est passé de la brillance subversive de sa jeunesse à une vacuité grandissante et à un exhibitionnisme rémunérateur”, s’opposant à Jean Dutourd, de l’Académie française :

“Salvador Dalí, qui était très intelligent, avait compris plusieurs choses qui, généralement échappent aux artistes, la première étant que le talent (ou le génie) est une baraque foraine. Pour attirer les clients, il faut bonimenter, avoir la langue bien pendue, faire des pitreries et des cabrioles sur une estrade. Ce en quoi Dalí, dès ses débuts, excella. Il considérait qu’il était le plus grand peintre du XXème siècle, c’est-à-dire un artiste classique ayant eu la malchance de tomber dans une basse époque de son art. Les Trissotin de l’intelligentsia occidentale et les bourgeois à leur suite faisaient la loi, c’est-à-dire l’opinion”.

“Il y a deux façons de se concilier ces gens-là, dont dépendent les réputations ; la première est d’être aussi grave qu’eux, aussi imbu de sa dignité. Ils reconnaissent aussitôt un membre de la tribu et savent le lui montrer. L’inconvénient est que pour réussir une telle attitude il faut être soi-même un peu un imbécile, (…). Il ne lui restait que l’autre issue qui est la provocation, c’est-à-dire les extravagances et l’imprévu en pensée autant qu’en paroles, la sincérité brutale, le goût de la facétie, l’iconoclastie à l’égard de tout ce qui est à la mode et de ce fait est intouchable”.

Cependant, Dalí utilisait l’académisme et la peinture de salon du XIXème siècle d’une façon complètement inattendue, ce qui a obligé plus récemment certains critiques à reconsidérer leur jugement sur son art. C’était notamment le cas après les rétrospectives sur le surréalisme daliniens à Paris et Düsseldorf.

“Dalí, qui est décédé en 1989 n’a pas encore trouvé sa place dans l’art du XXème siècle”.
— Peter Bürger

En préface au Journal d’un génieMichel Déon résume l’originalité du peintre :

“(…) ce qui est le plus aimable, en Dalí, ce sont ses racines et ses antennes. Racines plongées profondément sous terre où elles vont à la recherche de tout ce que l’homme a pu produire de succulent (selon un de ses trois mots favoris) en quarante siècles de peinture, d’architecture et de sculpture. Antennes dirigées vers l’avenir qu’elles hument, prévoient et comprennent avec une foudroyante rapidité. Il ne sera jamais assez dit que Dalí est un esprit d’une curiosité insatiable”.

Thérèse Lacroix, l’épouse et collaboratrice de Marc Lacroix qui durant dix ans a rendu de nombreuses visite à Salvador et à Gala, observe que Dali “était impressionnant par son regard et son port de tête. Il était altier mais amusant, ne se prenait pas au sérieux”.


Les rapports de Dalí avec la politique ont souvent été équivoques et mal compris. Il ont joué cependant un rôle notable dans sa carrière artistique. Adolescent, Dalí “penchait vers l’anarcho-syndicalisme radical”, a suivi avec passion la révolution russe et la progression de l’armée rouge de Trotsky et s’est défini à l’époque lui-même comme socialiste. Il a été arrêté et emprisonné pendant quelques semaines à Gérone pour agitation révolutionnaire. Mais sa vision politique a évolué progressivement vers un “anarchisme violemment antisocial” puis un apolitisme provocateur. Son individualisme viscéral ne pouvait sans doute pas s’accommoder à long terme d’un mouvement populaire. Il a provoqué en 1934 la colère des surréalistes en représentant Guillaume Tell sous les traits de Lénine ce que André Breton a considéré comme un “acte anti-révolutionnaire”. La rupture a été complète quand Dalí a concentré ses travaux sur Hitler envers qui il portait des propos ambigus à la fin des années 1930 jusqu’à ce que Breton ait exclu définitivement le peintre. Dalí fuit juste à temps l’Espagne au moment de l’embrasement de la guerre civile.

Pour Robert Descharnes et Gilles Néret, Dali a vécu cette guerre d’Espagne avec incompréhension. Ils relèvent les paroles du peintre “je n’avais pas l’âme et la fibre historique. Plus les évènements allaient, plus je me sentais apolitique et ennemis de l’histoire”. Il est resté abasourdi devant “l’ignominie” de l’assassinat de son ami Lorca, “le peintre par excellence le plus apolitique de la terre”. Poussé à choisir entre Hitler et Staline “par la hyène de l’opinion publique”, il a choisi d’être de rester lui-même. Il a eu la même attitude durant la seconde guerre mondiale, fuyant la France en guerre, et en a été très critiqué, par exemple par George Orwell : “À l’approche de la guerre en Europe, il n’eut qu’une préoccupation : trouver un endroit qui ait une bonne cuisine et d’où il puisse rapidement partir en cas de danger”, ajoutant dans sa biographie que Dalí était un dessinateur exceptionnel et un bonhomme dégoûtant.

Après son retour à Cadaqués en 1948, Dalí a affiché un monarchisme presque mystique. Celui-ci a été interprété soit comme un rapprochement avec le Franquisme — notamment par André Breton — soit comme un moyen de ne pas soutenir directement ce régime, qui s’est servi néanmoins de certaines des déclarations du peintre et lui a décerné la Grand-croix de l’ordre d’Isabelle la Catholique en 1964. Son attitude restait ambiguë. Outre les considérations surréalistes, si d’un côté Dalí ne pardonnait pas la mort de Lorca par les milices franquistes et a dénoncé jusqu’au bout la censure de l’œuvre de son ami poète, il a rencontré personnellement Franco en 1953 et a réalisé un portrait de sa petite-fille en 1974.

Pour Robert Descharnes, Dalí se rapprochait avant tout de la tradition monarchiste espagnole qui complétait d’autres aspect de son virage traditionalistes vers le catholicisme romain et la peinture de la renaissance. Dalí a revendiqué son ralliement à la monarchie dont il a fait l’apologie comme une trahison à la bourgeoisie, sa classe sociale d’origine. Commencé à l’extrême-gauche, son parcours politique a basculé à droite. En France, Dalí était surtout soutenu dans les années 1950 et 60 par les intellectuels de droite, tels que Louis Pauwels ou Michel Déon.

Selon Vicente Navarro, Dalí a félicité en 1975 le vieux général Franco peu avant sa mort, pour ses actions visant à “éclaircir l’Espagne des forces destructrices” après la signature d’ordres d’exécution de quatre prisonniers d’ETA. Si pour beaucoup Dalí jouait là son rôle de “bouffon de la cour” de Franco, d’autres, comme l’architecte Oscar Tusquet dans son livre Dali y otros amigos, ont souligné que l’extrême exagération de ces félicitations envers un dictateur aux portes de la mort devraient être interprétées de façon ironique ; les provocations permanentes du peintre visant à construire un personnage public surréaliste.


Les peintures de Salvador Dalí sont des œuvres très recherchées par les collectionneurs d’art.

  • L’huile sur bois Ma femme nue regardant son propre corps devenir marches, trois vertèbres d’une colonne de 1945 a été vendue chez Sotheby’s à Londres le 4 décembre 2000 pour2 600 000 £ soient 4 274 140 euros.
  • L’huile sur toile Écho nostalgique de dimensions 96,5 cm x 96,5 cm a été vendue chez Sotheby’s à Londres le 2 novembre 2005 pour 2 368 000 $ soient 2 028 665 euros.

Une rumeur affirme que Dali avait été forcé, par son entourage, de signer des toiles vierges afin qu’elles puissent être peintes par d’autres et vendues après sa mort, comme des originaux, nourrissant la suspicion et dévaluant en conséquence les œuvres tardive du maître.

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