The Western Mail – 28 mai 2004 : James Dean Bradfield, révolutionaire

Il le connait depuis l’enfance, bien avant qu’il ne devienne le célèbre chanteur des Manic Street Preachers. Le poète et dramaturge Patrick Jones a même un frère, Nicky Wire, dans ce groupe. Alors qui de mieux pour interroger James Dean Bradfield sur la musique, la célébrité, la politique, les héros gallois et la réalisation de leur nouvel album…

C’est étrange d’interviewer un ami et cinq minutes après le début de la conversation, nous explosons tous les deux de rire à cause du ton embarrassé de mes questions et le message plus que sincère des réponses de James.

Quant aux hommes politiques, je dois déclarer un intérêt investi puisque je connais James Dean Bradfield depuis près de 20 ans. Je l’ai rencontré la première fois chez le coiffeur du coin où il n’y avait qu’une coupe de cheveux de disponible, je l’ai écouté jouer de la guitare en haut d’une montagne, dans un abri réduit en cendres et l’ai harcelé pour qu’il m’apprenne les accords de Freebird de Lynnrd Skynnrd.

Ainsi j’ai vu de mes yeux lui et le groupe, les Manic Street Preachers, passer de rockeurs glam maussades à des poètes considérés de la condition humaine. Il y a donc beaucoup de temps à rattraper et à discuter avec ce sosie de Ryan Giggs trentenaire à la voix douce que je choisirais comme l’un de mes guitar héroes aux côtés de Alex Lifeson et Randy Rhoades.

Et c’est là où nous commençons — là où beaucoup de jeunes hommes célibataires commencent, avec des guitares et des héros.

“Je suppose que les deux personnes qui comptent le plus pour moi, qui m’ont inspiré, qui m’ont fait croire qu’il était possible de dire quelque chose avec une guitare ont été Billy Bragg et le Clash — ils m’ont donné le sentiment que je pouvais le faire”, me dit-il.

“Et, après avoir été le môme de l’école qui était le dernier choisi dans les équipes de foot, ça voulait dire beaucoup pour moi, j’ai commencé à chanter dans le rue, à écrire des chansons avec Nick (Wire) et à croire au groupe qu’on allait devenir.

“Tout groupe qui a quelque chose à dire artistiquement, spirituellement ou politiquement crée ses propres règles, utilise son propre langage pour exprimer ce qu’il veut dire”.

À une époque où George Bush lutte pour trouver ses armes de destruction massive, j’ose demander si la guitare, le stylo, le pinceau, la scène peuvent changer le monde, peuvent devenir des armes de destruction massive.

“Je pense que les cibles ont changé”, me répond-t-il.

“En 1988, les cibles étaient facilement définies — on détestait Thatcher, Major, tous les Tories en fait, la famille royale et les patrons d’entreprise et on écrivait des chansons qui abordaient ces questions et attaquaient nos cibles.

“J’ai toujours senti que c’était NOUS et EUX.

“Pourtant aujourd’hui, tout semble beaucoup plus gris, la limite beaucoup moins définie entre les bons et les mauvais.

“Peut-être que c’est l’âge et le fait d’être plus considérés ou, en réalité, les cibles, questions, etc. se sont confondues dans un vaste marécage”.

Alors je demande à James : “Où sont les grandes œuvres d’art aujourd’hui ? Tout ce qui est révolutionnaire est soit étouffé ou acheté par l’establishment.

“Où est Orwell, Camus, Picasso, Rothko, Ginsberg ?

“Tout ce qu’on a, c’est un interrupteur allumé ou éteint”.

Et il est d’accord sur ce point.

“Ouais, je sais. En tant que groupe, on voulait être révolutionnaire mais au fur et à mesure qu’on vieillit je pense que c’est plus ces moments de clarté, de révélations personnelles quand on est confronté à un livre, une pièce, une chanson ou un tableau”.

Maintenant je dois savoir quels ont été les moments récents de clarté que mon ami a eu.

“J’ai vu un film de Gus Van Sant intitulé Elephant qui est tiré du massacre de Columbine et j’ai pensé que c’était une excellente déclaration artistique.

“Il m’a touché, provoqué et m’a fait réfléchir d’une autre manière.

“Un autre film, c’était La Haine. Musicalement, je dirais que l’album de Public Enemy It Takes A Nation Of Millions To Hold Us Back a été la dernière chose qui m’a fait ça.

“Je suis si dégoûté de l’obsession de ces groupes américains pour la rage lycéenne et l’ennui. On a Slipknot et le reste qui sort : Le monde, c’est de la merde, merde, merde. Rien ne change, rien n’est remis en question. Il n’y a pas de vérité universelle dans la musique”.

James défend passionnément ces croyances alors que nous passons aux Manic Street Preachers et au développement de leur prochain album.

“Je pense qu’on s’est rendu compte qu’on aimait la mélodie et que les meilleures chansons qu’on n’ait jamais écrites et celles qu’on ait écoutées étaient tout simplement de grandes œuvres. Et ainsi avec cet album, on a embrassé ça et fait une sorte de disque de pop élégiaques. Bien sûr, les guitares sont toujours là. Il y a une chanson intitulée Solitude Sometimes Is qui possède ce magnifique flot libre et un autre morceau, 1985, qui évoque tant d’images des conséquences de la grève des mineurs, de souvenirs personnels et de luttes de société. Ce sont de grandes paroles de Nick et je pensais que je devais leur faire honneur avec la musique.

“Puis il y a The Love Of Richard Nixon qui a été en quelque sorte inspiré par This Is Not America de Bowie.

“Et Nick se développe toujours en tant qu’auteur et trouve de nouvelles images, de nouvelles manières de s’exprimer alors ça a été un moment excitant et j’ai vraiment apprécié être en studio à créer.

“Je suis juste inspiré par de la grande poésie, de grands mots et je dois refléter cette grandeur dans la musique.

“En tant que groupe, je pense qu’on semble plus à l’aise avec nous-mêmes, avec les uns les autres, avec la musique et aussi, avec Richey (Edwards) et comment on se rappelle de lui et ce qu’il signifiait pour nous.

“Et je pense qu’on le fait de la bonne manière humainement comme Nick le fait dans les paroles de Cardiff Afterlife.

« Elles disent : Et pourtant j’ai gardé le silence et les souvenirs m’appartiennent encore.

“Dans cette chanson on a senti la fracture de nos vies”.

James a tendance à être un bourreau de travail et quand il ne crée pas des riffs et des mélodies pour le groupe, il produit ou collaborant avec d’autres.

“Parfois ça marche, parfois non. J’ai adoré travaillé avec Kylie, avec Tom Jones, avec 808 State et produire un jeune groupe du nom de Northern Uproar.

“Encore une fois, j’adore créer et être en studio avec une guitare est tout simplement mon endroit idéal”.

J’ai fait pression sur James pour quelques collaborations et pour dire la vérité, ce n’est pas parce que c’est une rock star ou un pote — c’est parce que j’aime véritablement et je respecte son œuvre et j’ai toujours pensé que j’écrivais d’une manière similaire à son jeu de guitare.

“J’ai fait la musique de tes pièces The War Is Dead, Long Live The War et Unprotected Sex en quatre jours environ.

“J’ai en quelque sorte rebondi sur le script et certains mots guident les sons et l’atmosphère pour créer les sons.

“Mais j’apprécie faire des bandes originales puisque je n’ai pas à me soucier d’y mettre les paroles alors c’est un peu une liberté, sauf que je dois travailler avec toi”.

Rien que des badinages comme dirait David Brent — il m’aime vraiment !

En passant au sentiment d’appartenance et d’être à sa place, James passe beaucoup plus de temps au Pays de Galles ces derniers temps.

“Je pense que mon caractère gallois est personnel et a commencé avec un sentiment de conscience et d’avoir toujours été conscient que quelque chose se passait, quelque chose de politique, quelque chose de dangereux, quelque chose sur quoi on réfléchit je suppose.

“Comme j’ai dit, une sorte d’attitude de NOUS contre EUX qui a nourri mon esprit depuis tout petit.

“J’ai toujours été très engagé dans le paysage politique en environnemental du Pays de Galles et enfant, je rêvais de travailler aux Eaux et Forêts, d’être seul dans la forêt et de vieillir et de sentir qu’il y avait un vrai besoin de penser à la politique et comment c’était lié à ma vie”.

“Patriotique ?” je demande.

“Vraiment, comme avec le sport. Je suis très passionné en ce qui concerne le sport gallois, surtout le rugby, et je n’arrive pas à croire notre apathie envers notre sport national.

“Je n’arrive pas à croire comment les gens peuvent sourire avec conviction à la caméra après qu’on ait perdu.

“C’est parfois juste une excuse pour se soûler, mettre des chapeaux ridicules et se peindre la figure.

“En ce moment, on ne dirait pas que perdre nous aient frappé assez durement”.

Nous passons alors à ses héros gallois. Qui sont-ils ?

“RS Thomas, Carwyn James, Pete Ham du groupe Badfinger, Rachel Roberts l’actrice et John Cale (autre collaborateur sur le film Beautiful Mistake). J’admire comment il a fait ses propres trucs et comment il trouve encore de nouvelles directions pour sa musique. J’aime ça”.

Je termine par une sorte de question “Disques sur une île déserte” en demandant : “Si tu n’avais qu’une étagère qui resterait avec toi à jamais, que mettrais-tu dessus ?”

Après une pause réfléchie, il dit : “Ma biographie de Napoléon par Frank Mclynn, Lipstick Traces de Greil Marcus, Le Vagabond solitaire de Jack Kerouac, The Keys To My Neighbors’ House de Elizabeth Neuffer, une statue de l’Arms Park (de Cardiff) réalisée dans les débris de l’Arms Park, qui m’a été donnée par ma mère et mon père et une photo du mariage de mes parents. Ouais, voilà”.

Je le remercie du temps qu’il m’a accordé, lui rappelle de venir à Hay demain pour notre discussion et lui dis au-revoir.

Et je me rappelle que le jeune homme en colère qui jouait de la guitare dans l’abri de jardin de mon père est devenu un homme réfléchi, sensible et toujours en colère (bien que plus centré !!).

C’est un révolutionnaire, le genre d’homme que je choisirais dans mon équipe.

Patrick Jones

Traduction – 17 décembre 2004

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