Today FM – 7 octobre 2004 : Interview de James Dean Bradfield par Tom Dunne

Je viens juste de parler à Nicky de l’album et de lui dire que la chose qui m’a frappé quand je l’ai écouté, c’est qu’il y a presque un côté léger dessus, comme s’il avait été facile à faire, agréable à faire, sans difficulté.

J : Je pense tu sais, quand on a commencé le processus d’écriture, je pense qu’on a fait environ 21 chansons. Notre position n’était pas du tout sûre quand on a commencé à écrire, c’était probablement la partie la plus difficile de l’album vraiment, avec écrire à nouveau, mais dès qu’on est rentrés dans le flot, je pense qu’on a juste gardé une instruction. La seule instruction qu’on ait gardée, tu sais, entre nous, c’était que quoiqu’on ressente, on ne remettait pas en question ce qu’on ressentait. On a toujours eu des choses légèrement trop intellectualisées, mais aussi la manière de jouer, ou juste la musique qu’on fait et tout simplement les choses deviennent trop parfois. On a juste décidé même s’il y a quelque chose qui nous chagrine, ça vient de nous et on ne doit pas s’arrêter cette fois.

Alors il y a de petites choses sur une chanson comme Always/Never sur l’album, Nick a effectivement commencé à jouer de la slap bass qui aurait été une hérésie pour nous, tu sais, à l’âge de 15 ans, mais j’ai dit “non, continue, c’est vraiment bien”. Et je pouvais voir la bataille qui se déroulait dans sa tête, il pensait non ça sonne comme Cameo ou Level 42. Et je lui disais, non, ça sonne comme Ashes To Ashes de David Bowie. Si c’est cool, si on est cool, ça sera cool. Je pense qu’on était bien plus décontractés. Si on allait dans une direction sur une chanson et s’il les alarmes sonnaient dans nos têtes, on ne les écoutait pas cette fois. La manière dont la chanson sonnait est la manifestation de ce qu’on ressentait, on ne s’est pas arrêtés. Alors c’est peut-être pour cela qu’il sonne comme s’il y avait une touche de légèreté, parce qu’on était décontractés.

Était-ce quelque chose dont vous aviez besoin de parler entre vous ou était-ce quelque chose qui s’est passé très naturellement ?

J : C’est quelque chose qui s’est passé naturellement, comme dans des exemples comme celui-là ou même une chanson comme la dernière chanson de l’album, Cardiff Afterlife. J’ai sorti mon harmonica et j’ai commencé à jouer certaines parties de la chanson. Je pouvais voir tout de suite qu’ils pensaient “Oh mon Dieu, pas cette représentation bébête de quelque chose qui est sentimentale et vraie”, en termes de Bob Dylan ou n’importe, et je leur disais “Non, non, non, ça ne doit pas être comme ça, vous savez, ça peut-être comme Johnny Marr qui joue de l’harmonica avec Matt Johnson de The The”. Je ne cessais d’essayer d’utiliser toutes ces références pour justifier ça mais à la fin on a juste dit : “Regardez, quel est l’intérêt, vous savez, si ça vient de nous et qu’on a autant d’expérience, ne nous voilons pas la face, si ça vient de nous, on devrait y faire confiance”. C’est la première fois qu’on a été comme ça. C’est la première fois qu’on a supprimé l’intermédiaire conscient entre nous et la musique, alors que parfois il y aurait eu cette subtile auto-censure qui nous disait : “Non, on ne peut faire ça”. On a brisé nos règles.

Est-ce que Tony Visconti a été une grande aide, ou une influence ou bien même un catalyseur…

J : Pour moi, c’était, j’ai eu une conversation générale avec lui qui m’a aidé en quelque sorte. Je suis d’abord allé le rencontrer, juste pour parler de comment on allait travailler avec lui. Alors je suis allé à New York et euh je pense qu’il a tout de suite compris que j’étais assez nerveux — faute de meilleur terme — que j’étais assez nerveux sur là où on en était dans notre carrière à ce moment. Je me rappelle qu’il a dit :

Tony Visconti (paraphrasé par James) : “Regardez, j’ai écouté tous vos disques. Je connais tout de vous les mecs, ce que vous avez fait, vous avez fait des trucs comme Design For Life et If You Tolerate This et vous avez été aux deux bouts de l’échelle, vous savez. Vous avez été un petit groupe indé, une petite entreprise et une gigantesque entreprise. On vous a critiqués et on vous a glorifiés, vous avez été tout, et la seule chose dont vous devez vous rendre compte, c’est là où vous en êtes, vous devez être de meilleurs musiciens, j’ai écouté les démos — vous l’êtes manifestement — vous avez un grand talent pour arranger vous propres choses, vous avez un grand talent à produire vos propres choses. Reculez de quatre pas. Selon les conversations que j’ai eues avec vous jusqu’ici, vous y pensez trop. Vous devez reculer de quatre pas et vous déscolariser”.

Et c’est ce qu’il a fait avec nous, c’était bien plus simple. C’était presque un personnage à la David Carradine sentimental et zen, tu sais, la réponse est zéro, tu sais. Mais c’était vrai, la leçon qu’il nous a enseignée était si simple. Sa façon d’enregistrer, ses talents de production sont si simples, tu sais, au lieu d’utiliser 20 micros passés dans le couvercle d’une poubelle et dans le capot d’une Cadillac ou quelque chose, tu sais, pour obtenir un son de batterie, comme une sorte de nouveau génie. Il disait “Non, j’ai juste besoin de quatre micros et d’une batterie, ça va être facile, ça va être comme ??? et c’est cool”.

Et j’étais là en train de penser, “bien, j’en suis à la deuxième prise de guitare, tu sais. Encore dix”. Et il disait “Tu sais quoi ? C’est cool”. Je lui répondais “Non ! Que deux prises, s’il te plaît ! Tu ne peux pas me faire ça”. Mais les leçons qu’il nous a enseignées étaient simples. Ses talents étaient si artisanaux et simples et il nous demandait la même chose, faire confiance en ce qu’on fait, ne pas chercher la quatrième ou la troisième idée. Faire confiance à la première idée. Et les leçons qu’il nous a enseignées étaient si essentielles mais simples, il a fait que demandé.

L’arrangement original était de faire quatre morceaux et de voir comment ça se passait. Mais comme j’ai dit au moment où on est revenus et où on s’est rendu compte que ça s’était passé si bien avec lui, même si on a retravaillé les morceaux qu’on a fait avec lui, on s’est rendu compte que la quintessence de tout était si simple q’il avait fait plus que demandé. Et ça ne lui posait pas de problèmes, il était cool.

La biographie est fascinante parce qu’elle liste toutes les choses que vous faites en ce moment. Ce que vous écoutez, ce que vous lisez, ce que vous regardez, et d’une certaine façon, elle capture une vision kaleïdoscopique du monde dans lequel viennent les Manic Street Preachers en ce moment. Beaucoup de choses qu’on n’aurait jamais associées aux Manic Street Preachers. Qu’écoutez-vous — Abba Gold — allez !

J : Ouais je sais mais il y a un indice que personne n’a jamais détecté.

Dis moi…

J : D’accord, alors le riff de guitare de Motorcycle (James l’imite), ce sont les cordes qui précèdent le refrain de Dancing Queen.

Je n’arrive pas à y croire, c’est…

(James chante Dancing Queen dans le fond)

… c’est un grand moment de révélation pour moi.

J : Je pense qu’on a toujours été un peu, je ne dirais pas kitsch, on a toujours été un peu comme ça. On donnait des indices vers des trucs comme ça il y a un moment avec des trucs comme Raindrops Keep Falling On My Head et tout ça. Évidemment pas du même ordre de grandeur mais… je pense que si tu écoutes nos trucs à partir du premier album, il y a des trucs comme Motorcycle Emptiness dedans. Il y a des choses comme La Tristesse, tu sais, toutes ces choses sont trempées dans la mélodie, tu sais. On n’a jamais vraiment été un groupe punk qui… sauf à partir de Motown Junk, on n’a jamais été un groupe punk qui comptait plus sur l’attitude que sur n’importe quoi, manifestement on avait beaucoup d’attitude… J’étais un grand fan de Motown, c’était une de mes grandes choses quand j’étais jeune. Ces choses refont toujours surface. C’est revenu quand on a sorti Everything Must Go. Je pense que tous les groupes, à moins que ce soit quatre terroristes stéréotypés de l’Idaho ou un truc dans le genre, je pense que tous les groupes possèdent des influences disparates en lui.

Nicky disait aussi que les Manics vous prenaient tout votre temps. La vie, c’est être 24 heures sur 24 un Manic Street Preacher. Que veux-tu faire d’autre ou à quoi d’autre penses-tu, avec le groupe ?

J : Je ne sais pas, c’est étrange parce que les seules choses que j’ai faites en dehors du groupe ces dernières années, c’est de la musique pour les pièces de son frère, Patrick Jones, tu sais, j’ai fait de la musique d’accompagnement pour certaines de ses pièces ainsi que pour les téléfilms qu’il a faits. Tu sais, c’est étrange que le seul truc que j’ai fait en dehors du groupe ces quatre dernières années ait été avec le frère de Nick. Alors je pense réellement que le groupe nous prend tout notre temps et je ne pense jamais à ce que pourrait être la James Dean Bradfield Blues Experience, j’y penserais quand le moment sera venu.

Nous avons le nom cependant.

J : Ouais, j’ai le nom, ouais. Je n’y pense jamais parce qu’en fait, ça me déprime de penser que je ne ferais pas d’autre album des Manics. tu sais, pour tous les gens qui ont dit une fois, “Oh ils se séparent à nouveau” tu sais. C’est la manière dont je pense, tu sais, ça me déprime de penser que je ne ferais pas d’autre album avec Nick et Sean. Alors je ne pense jamais à quelque chose en dehors du groupe. Et il prend tout notre temps, je parle toujours à Nick au moins trois fois par jour au téléphone du lundi au vendredi. Puis le samedi et le dimanche, j’essaye…

De lui laisser du temps seul…

J : Je lui donne à lui et sa famille du temps. Alors je ne pense jamais à autre chose vraiment. Je ne veux pas que ça sonne comme une histoire mélodramatique parce que ce n’est pas le cas. On fait toujours une tournée de grandes salles ce Noël, on va toujours faire une tournée européenne, on va toujours jouer au Japon. C’est la meilleure réaction qu’on ait eu, cet album, sur le plan international, depuis This Is My Truth. La grande différence, c’est qu’on n’est pas aussi paranoïaques à propos d’adhérer à nos propres règles et je pense qu’un petit bout de ce genre commercial et effronté d’ambition est partie mais pas tout.

Très bien. James, j’attends avec impatience le concert de Dublin et j’adore l’album… Ça devrait être un très bon concert. Vous allez utiliser des bandes d’accompagnement m’a-t-on dit.

J : Ouais, on va le faire malgré ce que j’ai dit à Sean… mais en fait on en utilisées certaines sur la tournée du Best Of. Parce qu’on ne pouvait en aucune façon récréer une partie des cordes. C’est juste pour dire que je suis retombé amoureux de la section rythmique que forment Nick et Sean, Sean préfère juste jouer sur une bande ces derniers temps. Il demandait constamment à ce que ma guitare soit baissée.

C’est le début…

J : C’est le début d’une nouvelle ère, pas la fin. Aussi, une grande partie de ma guitare sur cet album, il y a beaucoup plus de toutes petites parties que je ne peux jouer en même temps. Pour être honnête, quand tu regardes la télé maintenant pratiquement tous les groupes jouent avec une bande, avec un triangle dans le fond. C’est une autre chose à laquelle on a succombé je pense vraiment.

C’est juste liste par liste, non ?

J : Pardon ?

C’est juste une chose après l’autre.

J : Non, je n’y pense pas en fait. On pense prendre un guitariste sur la route avec nous ce qui est une autre chose.

Il pourra se cacher derrière un rideau ou quelque chose.

J : En fait on l’a prévenu que s’il est prêt à accepter de nombreuses menaces de mort et des comparaisons à une icône alors il a le job.

James, merci beaucoup.

Traduction – 19 novembre 2004

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