Jacques Derrida

derridajacquesJacques Derrida, né Jackie Derrida le 15 juillet 1930 à El Biar (Algérie française), et mort le 8 octobre 2004 à Paris, est un philosophe français qui a créé puis développé la notion de déconstruction. À la suite de Heidegger, Derrida cherche à dépasser la métaphysique traditionnelle et ses résonances dans les autres disciplines.

Toute son œuvre consiste à interroger les couples d’oppositions telles que parole et écriture dans la linguistique, raison et folie dans la psychanalyse, sens propre et sens figuré dans la littérature, masculin et féminin dans la théorie des genres ; oppositions qui correspondent au couple ontologique premier. sensible et intelligible, et ses multiples déclinaisons : intérieur et extérieur, rationnel et irrationnel, sens et non-sens, fondateur et fondé.

L’origine de toutes ces différences conceptuelles, mais qui n’est pas véritablement une origine (sans quoi on retrouverait l’opposition origine et dérivation, tributaire des couples d’oppositions citées précédemment), est la différance avec un a, concept sur lequel Derrida s’explique dans une conférence introductive au recueil d’articles Marges – de la philosophie (1972). La différance est le jeu qui produit les différences particulières.

En 2007, Derrida était considéré par The Times Higher Education Guide comme le troisième auteur le plus cité dans les ouvrages de sciences humaines de l’année.

Jacques Derrida est le troisième fils d’Aimé Derrida d’origine sarde et de Georgette Sultana Esther Safar, une famille juive d’Algérie dont les aïeux établis depuis des siècles en Algérie avaient reçu la nationalité française lors de la promulgation du décret Crémieux en 1870.

Il grandit en Algérie et subit les lois de Vichy en 1940 lorsque sa famille est déchue pendant deux ans de la nationalité française. De 1935 à 1941, il va à l’école maternelle et primaire d’El-Biar. Les enfants sont obligés de manifester leur attachement au Maréchal de multiples manières. Derrida en qualité de juif doit laisser au deuxième de la classe sa place pour le lever de drapeau. Son frère et sa sœur ont été exclus de l’école pour la même raison. En 1941, il est lui-même exclu du lycée Ben Aknoun et il est inscrit jusqu’en 1943 au lycée Émile-Maupas, mais il ne supporte pas l’atmosphère communautaire. Il retourne au lycée Ben Aknoun en 1944.

Derrida connaît ainsi, durant sa jeunesse, une scolarité mouvementée. Il voit les métropolitains comme oppresseurs et normatifs, normalisateurs et moralisateurs. Sportif, il participe à de nombreuses compétitions sportives et rêve de devenir footballeur professionnel. Mais c’est aussi à cette époque qu’il découvre et lit des philosophes et écrivains comme Jean-Jacques Rousseau, Friedrich Nietzsche, André Gide et Albert Camus. Il commence à écrire un “journal intime”. En 1947-1948, en classe de philosophie au lycée Gauthier d’Alger, il lit Bergson et Sartre. En 1948, inscrit en lettres supérieures au lycée Bugeaud, il est marqué par la lecture de Kierkegaard et Heidegger.

En 1949, il vient en France pour étudier en classe de première supérieure au lycée Louis-le-Grand à Paris, où il se lie d’amitié avec Pierre Bourdieu, Michel Deguy ou Louis Marin. Son professeur de philosophie Etienne Borne trouve que ses dissertations sont “plotiniennes”. Il entre — après deux échecs — à l’École normale supérieure en 1952. Il y fait la rencontre de Louis Althusser, qui exerce comme “caïman”. Derrida milite dans des groupes d’extrême gauche non communiste.

Après sa licence ès lettres à l’université de Paris, il part aux Archives Husserl de Louvain en 1953-1954. Il obtient le diplôme d’études supérieures en philosophie avec un mémoire concernant Le Problème de la genèse dans la philosophie de Husserl, influencé par les travaux de Jean Hyppolite, et Jean Cavaillès. Il suit les cours de Michel Foucault.

Reçu au concours d’agrégation de philosophie de 1956, après un échec en 1955, il part à l’université Harvard comme special auditor. Il commence la traduction et l’introduction de L’Origine de la géométrie de Husserl. Il se marie en juin 1957 avec Marguerite Aucouturier, une psychanalyste qu’il a rencontrée en 1953 par l’intermédiaire de son frère qui étudiait avec lui à l’École normale.

Il effectue son service militaire de 1957 à 1959 (en pleine guerre d’Algérie) comme enseignant dans une école d’enfants de troupe près d’Alger. Leur premier fils naît six ans plus tard. Il rencontre souvent Pierre Bourdieu à Alger. Il condamne la politique coloniale de la France et espère une forme d’indépendance pour l’Algérie où pourraient coexister les Algériens et les Français d’Algérie.

En 1959, Derrida est affecté au lycée Montesquieu du Mans en classe de lettres supérieures et est invité à la première décade de Cerisy-la-Salle (cycle de conférences auquel il sera invité quatre fois). Il fait son premier voyage à Prague pour rendre visite à la famille de son épouse.

L’année suivante il devient assistant à la faculté des lettres de l’université de Paris. Il enseigne à la Sorbonne jusqu’en 1964 (“philosophie générale et logique”). Il publie à cette époque dans les revues Critique et Tel Quel et se lie d’amitié avec Philippe Sollers. Il fréquente également Robert Antelme, Pierre Boulez, Jean Genet, Pierre Klossowski, Francis Ponge et Nathalie Sarraute.

En 1961, il obtient le prix Jean-Cavaillès (prix d’épistémologie) pour son introduction à l’Origine de la géométrie d’Edmund Husserl.

En 1963 naît son premier fils avec Marguerite Aucouturier, Pierre.

En 1963, il donne une conférence au Collège philosophique sur Michel Foucault en sa présence et critique sa thèse sur la folie à propos de Descartes.

En 1964 il est nommé maître-assistant d’histoire de la philosophie à l’École normale supérieure sur recommandation d’Althusser et Jean Hyppolite. Il conserve ce poste pendant vingt ans.

Sa participation au colloque de Baltimore à l’université Johns Hopkins marque le début de ses fréquents voyages aux États-Unis et de l’introduction de la nouvelle pensée française sur le continent américain. La polémique débute en Amérique entre les partisans et les adversaires de la “déconstruction”. Derrida rencontre à cette occasion Jacques Lacan et Paul de Man.

En 1967, ses trois premiers livres sont publiés (c’est aussi l’année de la naissance de son deuxième fils Jean). Il prononce une conférence à la Société française de philosophie sur “La différance” et publie ses trois grands livres : De la grammatologieL’écriture et la différenceLa voix et le phénomène. Il côtoie régulièrement Edmond Jabès, Gabriel Bounoure ou Maurice Blanchot et s’associe progressivement à Jean-Luc Nancy, Philippe Lacoue-Labarthe et Sarah Kofman. Les éditions Galilée sont fondées à cette époque et deviennent la “voix” de la déconstruction.

En 1967 naît son second fils avec Marguerite Aucouturier, Jean.

Derrida participe aux défilés de Mai 1968 et organise la première assemblée générale à l’École normale supérieure.

Il est accueilli avec une grande hospitalité aux États-Unis, il enseigne dans des dizaines d’universités tandis que son travail se heurte en France à une opposition massive.

En 1970 meurt son père Aimé d’un cancer à l’âge de 74 ans.

En 1971, il revient en Algérie après neuf ans d’absence. Il y donne cours et conférence.

En 1974, il met en place un Groupe de recherches sur l’enseignement supérieur philosophique (GREPH) et s’engage contre la Loi Haby de 1975.

En 1975, il devient professeur invité à l’université Yale puis à l’université Cornell comme A. D. White Professor-at-large.

En 1978, Jacques Derrida prend l’initiative de lancer les États généraux de la philosophie à la Sorbonne. Il s’implique de plus en plus dans des actions politiques, domaine qu’il avait apparemment écarté de sa vie professionnelle (il est resté en retrait par rapport aux évènements de mai 1968). Ainsi, il soutient toute sa vie la cause démocratique en Afrique du Sud, ce qu’il nomme “l’admiration” de Nelson Mandela ; un de ses ultimes textes, in articulo mortis, est consacré au sujet de la réconciliation (Commission de la vérité et de la réconciliation).

En 1980, en vue de poser sa candidature au poste de professeur laissé vacant par Paul Ricoeur à l’université Paris-X, Derrida soutient à l’université Paris-I une thèse pour le doctorat d’État sur la base d’un ensemble d’anciens travaux des années 1967 et 1972. Le poste à Paris-X fut cependant supprimé par la ministre Alice Saunier-Séïté.

En 1981, il fonde l’association Jean-Hus avec Jean-Pierre Vernant qui aide les intellectuels tchèques dissidents. Il sera arrêté et brièvement emprisonné à Prague (des agents des services tchèques ont dissimulé de la drogue dans ses bagages) à la suite d’un séminaire clandestin. C’est François Mitterrand qui le fera libérer.

Il fonde le Collège international de philosophie en 1983 avec François Chatelet, Jean Pierre Faye et Dominique Lecourt. L’une des traces les plus visibles dans son travail de ce que certains ont considéré comme sa “politisation” aura été la publication en 1993 de Spectres de Marx.

En 1984, alors toujours maître-assistant, il devient directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales.

En 1984 naît son troisième fils de sa relation hors mariage avec Sylviane Agacinski. Jacques Derrida aura eu trois enfants, trois fils.

Il est Distinguished Professor en philosophie, français et littérature comparée à l’Université de Californie à Irvine aux États-Unis à partir de 1986.

Le 5 décembre 1991 meurt sa mère Georgette. Ses derniers mois de vie ont suscité chez Derrida la rédaction d’un texte autobiographique mêlé de réminiscences augustiniennes, Circonfession.

En 1995, Jacques Derrida est membre du comité de soutien à Lionel Jospin. Mais il refuse de l’être en 2002, en raison notamment du jugement qu’il porte sur la politique du gouvernement socialiste sur l’immigration. Sylviane Agacinski, qui a été la compagne de Derrida dont elle a eu un fils, écrit dans son Journal interrompu, publié après la défaite de Jospin : “Je lis le 23 mai dans Libération que Jacques Derrida n’a pas voté au premier tour par mauvaise humeur contre tous les candidats”.

À partir de 2003, Jacques Derrida souffre d’un cancer du pancréas et réduit considérablement ses conférences et ses déplacements. Il meurt le 8 octobre 2004 dans un hôpital parisien, à l’âge de 74 ans.

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