T.S. Eliot

eliottsT. S. Eliot, de son nom complet Thomas Stearns Eliot (26 septembre 1888 – 4 janvier 1965) est un poète, dramaturge, et critique littéraire américain naturalisé britannique. Il a reçu le prix Nobel de littérature en 1948.

T. S. Eliot est né dans une famille aisée de Saint-Louis dans le Missouri. Son père, Henry Ware Eliot, était un homme d’affaires influent et sa mère, Charlotte Champe Stearns, a été enseignante avant d’écrire de la poésie. Thomas était leur dernier enfant ; ses parents avaient 44 ans quand il est venu au monde et ses sœurs étaient plus âgées de 11 à 18 ans alors que son frère en avait 8 de plus.

Son grand-père, William Greenleaf Eliot, était un pasteur unitarien qui s’est installé à Saint-Louis quand elle n’était encore qu’une ville-frontière et qui a participé à l’établissement de plusieurs des institutions municipales, dont l’université Washington à Saint-Louis. L’un de ses lointains cousins était Charles William Eliot, Président de l’université Harvard de 1869 à 1909, alors qu’un autre, Tom Eliot, était chancelier de l’université de Washington.

De 1898 à 1905, Eliot est externe à la Smith Academy de St Louis, une classe préparatoire à l’Université Washington, il y étudie les lettres, le latin, le grec, le français et l’allemand. Il fait un an à la Milton Academy dans le Massachusetts, près de Boston, où il fait la connaissance de Scofield Thayer qui publie plus tard son poème The Waste Land. Il étudie à Harvard de 1906 à 1909, où il publie ses premiers poèmes dans la revue The Harvard Advocate et où il se lie d’amitié avec Conrad Aiken. En 1910, il obtient son Master, puis continue ses études à la Sorbonne à Paris (1910-1911), où il suit notamment les cours de Henri Bergson et d’Alain-Fournier. Il se lie alors d’amitié avec un jeune Français étudiant en médecine, féru comme lui de littérature et de poésie, Jean-Jules Verdenal (né en 1890 à Pau, mort en 1915 dans les Dardanelles) avec lequel il correspond lors de son retour aux États-Unis. Il part en effet pour Harvard et il y poursuit des études de philosophie. Il achève brillamment une thèse sur le philosophe hégélien Bradley. Il se passionne pour la philologie indo-aryenne et le bouddhisme.

En 1914, il obtient une bourse pour étudier au Merton College d’Oxford. Il visite l’Allemagne et prévoit de faire un trimestre de philosophie à l’université de Marbourg pendant l’été, mais la Première Guerre mondiale éclate et il se rend au Royaume-Uni. Il n’est pas heureux au Merton College et décline une bourse de seconde année.

Il travaille sur sa thèse qu’il envoie à Harvard et qui est acceptée. En revanche n’étant pas présent pour sa soutenance, il n’obtient pas son PhD.

Durant ses années estudiantines, il a côtoyé George Santayana, Irving Babbitt, Henri Bergson, C.R. Lanman, Josiah Royce, Bertrand Russell et Harold Joachim.

Dans une lettre à Conrad Aiken en décembre 1914, Eliot se plaint d’être toujours vierge, ajoutant “je suis dépendant des femmes. Je veux dire de la compagnie des femmes”. Quatre mois plus tard, il est présenté à Vivienne Haigh-Wood et ils se marient le 26 juin 1915. En 1960, Eliot a écrit “Je me suis convaincu être amoureux de Vivienne simplement parce que je voulais rester en Angleterre et me forcer à rester en Angleterre. Et elle s’est convaincue (sous l’influence de Pound) qu’elle pourrait sauver un poète en le forçant à rester en Angleterre. Le mariage ne lui a apporté aucun bonheur… À moi, il m’a mis dans un état d’esprit qui aboutira à The Waste Land”.

Admirateur de Charles Maurras, il a été déçu par sa condamnation par Pie XI en 1926 ; elle l’a détourné du catholicisme comme nombre de partisans de la High Church. En 1927, T.S. Eliot devient citoyen britannique et se convertit à la religion anglicane.

Eliot se sépare de sa femme en 1933. Elle le poursuit, adhère même à l’Union britannique des Fascistes dans l’espoir de gagner les faveurs de son époux qui avait exprimé son admiration pour Mussolini et assiste à ses lectures publiques pour lui demander de revenir à la maison. Elle a été internée dans un asile psychiatrique pendant les neuf dernières années de sa vie sans qu’Eliot vienne lui rendre visite.

Son second mariage, bien que presque aussi court, a été heureux. Il épouse Esmé Valerie Fletcher, sa secrétaire depuis aout 1949 et qui est de 38 ans sa cadette, le 10 janvier 1957. Valerie a passé ses années de veuvage à préserver l’œuvre de son mari ; elle édite et annote les Lettres de T.S. Eliot ainsi que le facsimilé de The Waste Land.

Eliot meurt d’un emphysème à Londres, le 4 janvier 1965. Ses cendres sont déposées en l’église de St Michael dans le village de East Coker d’où les ancêtres d’Eliot étaient originaires avant d’émigrer aux États-Unis. Au deuxième anniversaire de sa disparition, une plaque commémorative est apposée au Coin des poètes dans l’abbaye de Westminster.

T.S. Eliot a passé sa vie au Royaume-Uni à partir de 1914. Auparavant, en 1910, il a séjourné à Paris dans le quartier du Montparnasse, où il a rencontré d’autres artistes éminents de son temps. Man Ray fera son portrait. Il s’absorbe dans l’étude du sanskrit et des religions orientales. Il est alors étudiant de Georges Gurdjieff.

En 1915, Ezra Pound, alors éditeur international du magazine Poetry, recommande à Harriet Monroe la publication de The Love Song of J. Alfred Prufrock, où le jeune poète de 22 ans a parfaitement réussi à capturer les états d’âme d’un homme dans la quarantaine.

En octobre 1922, Eliot publie The Waste Land (La Terre vaine) dans la revue qu’il a fondée, The Criterion (1922-1939). Ce poème, écrit au moment où Eliot souffre au niveau personnel et familial (son mariage va à vau-l’eau) entre en résonance avec les peines de l’époque et de la génération perdue qui revient de la Première Guerre mondiale ; il devient l’un des modèles de la nouvelle poésie britannique. Avant même sa publication en livre (décembre 1922), T.S. Eliot prend ses distances avec le ton du poème qu’il juge par trop sombre : “en ce qui concerne The Waste Land, c’est une chose du passé et je me sens tourné vers l’avenir et vers une nouvelle forme et un nouveau style” écrit-il à Richard Aldington en novembre de la même année.

En dépit de la forme complexe du poème, des changements brusques de narrateur, de temps, de lieux, en dépit des références nombreuses et élégiaques à d’autres cultures et d’autres religions, The Waste Land est devenu un phare de la littérature moderne dont certaines phrases sont entrées dans l’anglais courant : April is the cruellest month – “Avril est le mois le plus cruel” ; I will show you fear in a handful of dust – “je vais vous montrer la peur en une poignée de cendre” ou Shantih shantih shantih.

La période qui suit sa conversion est, assez naturellement, religieuse, mais s’attache aussi à l’héritage britannique et à ses valeurs. En 1928, T.S. Eliot résume son sentiment dans la préface de son livre For Lancelot Andrewes “le point de vue général peut être décrit comme classique dans sa forme, royaliste dans ses idées et anglo-catholique (sic) dans ses convictions”. Cette période voit la publication du Mercredi des cendres – Ash WednesdayLe Voyage des mages – The Journey of the Magi et Quatre quatuors – Four Quartets qu’Eliot considérait comme son chef d’œuvre et qui est basé sur les quatre éléments et quatre aspects du temps : théologique, historique, physique et humain. Les Quatre quatuors, écrits de 1935 à 1944, le souligneront pour le Prix Nobel qui lui sera décerné en 1948.

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