André Malraux

malrauxandreAndré Malraux, pour l’état civil Georges André Malraux, né le 3 novembre 1901 à Paris (18ème) et mort le 23 novembre 1976 à Créteil (Val-de-Marne), marié le 26 octobre 1921 à Clara Goldschmidt ; divorcé le 9 juillet 1947 ; remarié à Riquewihr (Haut Rhin) le 13 mars 1948 avec Marie-Madeleine Lioux, est un écrivain, aventurier, homme politique et intellectuel français.

Essentiellement autodidacte et tenté par l’aventure, André Malraux gagne l’Indochine où il participe à un journal anticolonialiste et est emprisonné en 1923-1924 pour trafic d’antiquités khmères. Revenu en France, il transpose cette aventure dans son roman La Voie royale publié en 1930 et gagne la célébrité avec la parution en 1933 de La Condition humaine, un roman d’aventure et d’engagement qui s’inspire des soubresauts révolutionnaires de la Chine et obtient le Prix Goncourt.

Militant antifasciste, André Malraux combat en 1936-1937 aux côtés des Républicains espagnols. Son engagement le conduit à écrire son roman L’Espoir, publié en décembre 1937, et à en tourner une adaptation filmée Espoir, sierra de Teruel en 1938. Il rejoint la Résistance en mars 1944 et participe aux combats lors de la Libération de la France. Après la guerre, il s’attache à la personne du général de Gaulle, joue un rôle politique au RPF, et devient, après le retour au pouvoir du général de Gaulle, ministre de la Culture de 1959 à 1969.

Il écrit alors de nombreux ouvrages sur l’art comme Le Musée imaginaire ou Les Voix du silence (1951) et prononce des oraisons funèbres mémorables comme lors du transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon le 19 décembre 1964. En 1996, pour le 20ème anniversaire de sa mort survenue le 23 novembre 1976, ce sont les cendres de Malraux qui sont à leur tour transférées au Panthéon.

André Malraux est le fils aîné de Fernand Georges Malraux (1875-1930), employé de commerce, originaire de Dunkerque, et de Berthe Félicie Lamy (1877-1932), originaire de la région parisienne. Il a un frère cadet, Raymond-Fernand (1902-1903), mort à trois mois. En 1905, les parents de Malraux se séparent, créant un choc dans sa vie. Son père aura d’un second mariage deux autres fils : Roland Malraux (1912-1945) et Claude Malraux (1920-1944). Il passe ainsi son enfance avec sa mère, sa grand-mère et une tante épicière au 16 rue de la Gare à Bondy dont il ne gardera pas de bons souvenirs. Il a 8 ans lorsque son grand-père Emile-Alphonse dit Alphonse (né le 14 juillet 1832) meurt, en 1909. Contrairement à ce que Malraux laissera souvent entendre, il semble qu’il ne s’agit pas d’un suicide. Dès l’enfance, André est atteint du syndrome de Gilles de la Tourette (tics), dont il souffrira toute sa vie.

À 14 ans, il entre à l’école supérieure de la rue Turbigo (le futur lycée Turgot), période durant laquelle il fréquente déjà assidûment les bouquinistes, les salles de cinéma, de théâtre, d’expositions, de concerts, etc. Ainsi commence sa passion pour la littérature contemporaine.

En 1918, il n’est pas admis au lycée Condorcet et abandonne ses études secondaires, il n’obtiendra jamais son baccalauréat, ce qui ne l’éloignera pas de la littérature.

Il travaille en 1919, pour le libraire-éditeur René Louis Doyon, c’est ainsi qu’il fait la connaissance de Max Jacob. Doyon fonde en 1920 sa revue : La Connaissance et ouvre ses colonnes à Malraux. Il fréquente les milieux artistiques de la capitale et publie ses premiers textes dès 1920 : petits essais de théorie littéraire, comptes rendus critiques et premières proses. Les œuvres de cette époque appartiennent au genre farfelu – c’est Malraux qui ressuscite le terme –, proses poétiques influencées par l’expressionnisme allemand et la poésie cubiste d’Apollinaire ou de Max Jacob. C’est aussi l’époque où il joue au Père Ubu et lit Alfred Jarry. Il s’en souviendra après 1948, en adhérant au Collège de Pataphysique.

Il devient directeur littéraire chez Simon Kra, en 1920. Il côtoie Jean Cocteau, Paul Morand, Raymond Radiguet, Pierre Reverdy, André Salmon, André Suarès, Derain, Léger, Vlaminck. Il livre des articles pour la revue Action, de Florent Fels. Simon Kra, libraire, lui confie la direction artistique des éditions du Sagittaire. Il y publie Le Livret de l’imagier de Rémy de Gourmont, Carnet intime de Laurent Tailhade, des textes de Baudelaire présentés comme inédits alors qu’ils ne le sont pas et des extraits de Sade donnés comme des ouvrages complets. Il peut maintenant voler de ses propres ailes et s’installe à Paris, rue Rachel à Montmartre en 1919, puis dans une chambre au Lutetia, 45 Boulevard Raspail en 1920.

Il fait la connaissance de sa future femme, Clara Goldschmidt, au cours d’un dîner organisé par Florent Fels. Ils partent ensemble en Italie, à Florence et Venise et rentrent dans l’urgence, n’ayant plus d’argent. Le couple se marie le 21 octobre 1921 et part en voyage de noces à Prague, puis à Vienne et passe les fêtes de fin d’année à Magdebourg, ville d’origine de la famille de Clara. Début 1922, le couple va à Berlin, puis en Tunisie et en Sicile. Malraux compte gérer l’argent et les actions de sa femme. (“Je ne vais tout de même pas travailler” dit-il à Clara. En 1936, lorsque leur couple sera délité, il lui lancera “Je ne vous ai épousée que pour votre argent”.) Max Jacob le présente au marchand de tableaux Daniel-Henry Kahnweiler, (1884-1979) qui l’engage comme éditeur à la galerie Simon.

À cette époque, il est présenté à Charles Maurras, dont il partagera quelque temps le nationalisme et l’aversion pour l’anarchie, et dont il préface élogieusement le livre Mademoiselle Monk. Il exprime son envie de le rencontrer.

En 1922, il réussit à faire ajourner son service militaire, alléguant ses tics et, selon Olivier Todd, quelques maux imaginaires.

En 1923, de mauvais placements de la fortune de son épouse dans des valeurs mexicaines qui s’effondrent ruinent le couple.

Pour se refaire, Malraux décide de partir avec Clara et son ami d’enfance Louis Chevasson en Indochine pour y voler des statues et les revendre, s’étant fait renseigner sur les prix et les débouchés par Paul Cassirer et Daniel-Henry Kahnweiler et ayant pris contact avant son départ avec de riches collectionneurs américains et allemands qui pourraient être intéressés par un “lot de statues khmères”. Pour obtenir une mission archéologique gratuite, il prétend faussement qu’il suit des cours à l’École des Langues orientales, fait miroiter la promesse d’un don financier important à l’École française d’Extrême-Orient (EFEO), s’engage à laisser la direction des fouilles à cette école et à ne prétendre à aucun droit de propriété personnelle sur les œuvres d’art découvertes, devant uniquement faire des moulages de statue pour le musée Guimet. La mission lui est accordée par une commission du ministère des colonies en septembre 1923. Il part de Marseille pour Hanoï où il y rencontre Léonard Auroussea, directeur par intérim de l’EFEO, qui émet des réserves, la région des fouilles étant insoumise, puis s’établit à Siem Reap à proximité du complexe archéologique d’Angkor le vendredi 13 octobre 1923. À la mi-décembre, Malraux et ses compagnons arrachent à la scie, au temple de Banteay Srei, une tonne de pierres sculptées et quatre grands morceaux de bas-reliefs qu’ils emballent et emportent pour les revendre à un collectionneur. Arrivés à Phnom-Penh, le 23 décembre 1923, ils sont arrêtés et assignés à résidence à l’l’hôtel Manolis dont ils ne pourront plus payer la note au bout de quatre mois. André Malraux est condamné, le 21 juillet 1924, à trois ans de prison ferme et son ami Louis à un an et demi. Clara, qui est censée n’avoir fait que suivre son mari, n’a pas été inculpée. Elle repart pour Paris en juillet 1924 et mobilise en faveur de son mari les intellectuels de l’époque comme Marcel Arland, Louis Aragon, André Breton, François Mauriac, André Gide et Max Jacob, qui signent une pétition réclamant un statut privilégié pour “ceux qui contribuent à augmenter le patrimoine intellectuel de notre pays”. En appel, le 28 octobre 1924, la peine de Malraux est réduite à un an et 8 mois avec sursis, sans interdiction de séjour, celle de son ami à huit mois, également avec sursis.

Cette affaire lui vaut quelques ennemis dont le rédacteur en chef du journal L’Impartial de Saïgon, M. Henry Chavigny de Lachevrotière, avec qui il a engagé une vive polémique dans la presse. De retour en France, Malraux se pourvoit en cassation dans l’espoir d’obtenir la restitution des bas-reliefs. L’arrêt d’appel sera annulé par la Cour de cassation en 1925 et un nouvel arrêt sera rendu le 11 mai 1926. Dans ses romans-documentaires, l’écrivain Roger Peyrefitte désignera régulièrement Malraux sous le nom de “voleur de Banteay Srei”. Cette affaire connaît un épilogue inattendu : alors qu’il était promis à la destruction, le temple de Banteay Srei, bénéficiant de la médiatisation du procès, est restauré.

Malraux rentre en France en novembre 1924 et demeure quelque temps au 39, boulevard Edgar-Quinet. Il fait ses débuts à la NRF et rencontre Picasso. Il décide cependant de regagner l’Indochine, dans l’intention d’y combattre les injustices du système colonial avec l’avocat progressiste Paul Monin, qui a déjà commencé ce combat sur place. Pour financer leur voyage, André et Clara Malraux vendent des tableaux, parmi lesquels de faux Picasso et de faux Derain. Ils partent en 1925. Malraux et Monin fondent le mouvement de libération Jeune Annam et un journal critique envers le système colonial : L’Indochine, qui paraîtra ensuite sous le titre L’Indochine enchaînée. Malraux revient en France à la fin de 1925 et cesse de s’occuper de l’Indochine. En fait, Malraux était moins révolutionnaire que Monin. En 1935, encore, dans la préface d’un livre d’Andrée Viollis, il distinguera entre “les nécessités d’une colonisation” et “les sottises qui se réclament d’elle”.

En 1926, le couple emménage au 122, boulevard Murat à Paris. Malraux se remet à l’édition des livres de luxe. Il publie ainsi un faux journal intime de Baudelaire, Années de Bruxelles, qui a été écrit par son ami Pascal Pia.

Toujours en 1926, il publie La Tentation de l’Occident, dialogue épistolaire entre un Français et un Chinois de fiction.

En 1927, il est alité pendant un trimestre entier suite à une crise de rhumatisme articulaire aigu. Il entre au comité de lecture des éditions Gallimard et y devient directeur artistique en 1929.

En 1928, il publie Les Conquérants, un roman qui met en scène, dans la Chine de 1925, des affrontements entre nationaliste du Kuomintang et communistes. À cette époque, Malraux raconte à qui veut le croire qu’il a joué un rôle important au Kuomintang (vice-commissaire à la propagande), ce qui est faux.

En 1930, il publie La Voie royale, un roman d’aventures largement inspiré par son expédition “archéologique” au Cambodge. Il édite Calligrammes de Guillaume Apollinaire. Le 20 décembre 1930, son père se suicide.

Au début de 1931, la Galerie de la NRF, nouvellement créée par Gaston Gallimard, expose des œuvres d’art gothico-bouddhique que Malraux a apportées d’Orient, où il a voyagé deux fois avec Clara (en 1929 et en 1930) dans l’intention de faire commerce d’objets d’art. Malraux prétend que les œuvres exposées proviennent du Pamir et qu’il les y a trouvées lui-même, mais en réalité, il n’est pas allé au Pamir. Il se montre avare d’explications aux universitaires et aux journalistes. Gaston Poulain, chroniqueur à Comœdia, publie une interview de Malraux qui incite au scepticisme sur l’authenticité des objets exposés. La Galerie de la NRF, dont Malraux est actionnaire, a pour objet le commerce des objets d’art et les opérations immobilières, mobilières et financières. Une grande partie de son stock, où sont représentés l’art gothico-bouddhique, l’art gréco-bouddhique, l’art indo-hellénistique ainsi que l’art des nomades de l’Asie centrale, est alimentée par les voyages de Malraux et Clara en Asie, qui se poursuivront en 1931 : Ispahan, Afghanistan, Inde, Birmanie, Malaisie, Singapour, Hong Kong, Chine, Japon. Malraux fait sortir les objets d’art de leur pays d’origine en contournant la douane, le cas échéant en corrompant le douanier. Pour écouler les pièces, la galerie utilise un procédé qui, à l’époque, n’est pas illégal : on place en salle de ventes une petite quantité d’objets dont on possède de nombreux analogues, on fait monter le prix des objets mis en vente et on les achète au prix élevé qu’ils ont atteint, ce prix servant ensuite d’argument pour demander cher de toutes les pièces semblables. Le commerce d’ œuvres d’art semble avoir mis Malraux très à l’aise financièrement.

Le 22 mars 1932, la mère de Malraux meurt. Il rencontre Josette Clotis, et s’installe avec Clara au 44 rue du Bac (Paris 7ème), où il écrit La Condition humaine, roman inspiré du massacre de Shanghai de 1927. Florence Malraux, fille d’André et de Clara, naît le 28 mars 1933.

Dès 1933, il milite contre le fascisme et le nazisme. Il prononce un discours lors de la première réunion de l’Association des écrivains et artistes révolutionnaires (A.E.A.R.), présidée par André Gide. Il participera à plusieurs activités de cette association, sans savoir qu’elle est noyautée par des agents de Moscou, notamment Willi Münzenberg. Au mois d’août, il rencontre Trotski à Saint-Palais-sur-Mer. Il a avec Louise de Vilmorin une courte liaison, qu’il rompt quand il apprend que sa maîtresse accorde simultanément ses faveurs au journaliste allemand Friedrich Sieburg.

En janvier 1934, il se rend en Allemagne avec André Gide pour prendre la défense de Dimitrov, accusé de complicité dans l’incendie du Reichstag, mais, contrairement à leur espoir, les deux écrivains ne sont reçus ni par Hitler ni par Goebbels.

En mars, Malraux se lance dans une nouvelle aventure : il va avec le capitaine Édouard Corniglion-Molinier reconnaître en avion le site de Marib, au Yémen, capitale légendaire du royaume de Saba, celui de la Reine de Saba. Malraux ne se laisse pas dissuader par l’archéologue historien Henri Munier, qui lui explique que la reine de Saba n’a aucune consistance historique. Le 7 mars, survolant les environs de Sanaa (Yémen), les deux explorateurs aperçoivent “une plage de galets colossaux” et décident que c’est la ville de la reine de Saba. Corniglion-Molinier télégraphie en ce sens à L’Intransigeant. Au retour, ils sont invités et reçus à Addis-Abeba par l’empereur Hailé Sélassié 1er, qui prétend descendre de Salomon et de la reine de Saba. En réalité, Malraux et Corniglion-Molinier ont survolé une oasis, quelques ruines et des groupes de maisons habitées : Asahil Rymen, Kharib et Duraib.

En mars 1934, Malraux adhère au Comité de vigilance des intellectuels antifascistes, qui vient d’être créé. Il fréquente le journaliste et écrivain Ilya Ehrenbourg, agent d’influence soviétique chargé de gagner des sympathisants parmi les intellectuels parisiens. De juin à septembre, André et Clara Malraux sont en URSS avec Ehrenbourg et sa femme. Malraux donne des entretiens à la Pravda et rencontre Boris Pasternak. Il semble n’avoir vu Staline que de loin, lors d’un défilé sportif, même s’il a évoqué plus tard “le Staline que j’ai connu”. En août, il assiste au Congrès des écrivains soviétiques, où Gorki l’étonne par son adhésion caricaturale aux doctrines officielles en matière de littérature. Malraux prononce un discours: L’art est une conquête, où il rend hommage à l’émancipation du prolétariat en U.R.S.S. mais exprime la crainte que les principes du réalisme socialiste n’étouffent la création littéraire.

En mai 1935, il publie Le Temps du mépris, nouvelle inspirée de récits que lui ont faits Manès Sperber, Bernard Groethuysen et Willy Bredel, un communiste allemand que les Allemands ont libéré après un an de camp.

En juin 1935, il est, avec Gide, le participant français le plus en vue du Congrès international des écrivains pour la défense de la culture, au Palais de la Mutualité. Dans l’esprit de son organisateur discret, Willi Münzenberg, ce congrès doit être une manifestation à la gloire de l’U.R.S.S., mais certains écrivains parviennent à protester contre l’emprisonnement des opposants à Staline. Selon des rapports des écrivains Victor Kine et Johannes Becher au Comité central du Parti communiste d’U.R.S.S., Malraux a aidé efficacement les Soviétiques à limiter l’action des protestataires.

En mars 1936, il refait un court séjour en URSS. Il s’entretient avec Eisenstein, qu’il a déjà rencontré à Paris en 1932 et qui envisage de travailler à une adaptation cinématographique de La Condition humaine. Malraux et Eisenstein font quelques projets, mais Eisenstein finit par renoncer, car La Condition humaine lui semble trop antistalinienne. Malraux a également une rencontre assez décevante avec Gorki, qui mourra peu après.

Quand la guerre civile éclate en Espagne, Pierre Cot, ministre français de l’Air, et son chef de cabinet Jean Moulin se mettent en liaison avec Malraux et lui demandent d’aller se renseigner sur place. Le 22 juillet 1936, Malraux s’envole sur un avion ministériel français à destination de Madrid. Revenu à Paris le 28, il projette d’aller se battre en Espagne, au service de ses idées progressistes mais aussi dans l’espoir, selon les termes d’Olivier Todd, d’“échapper à une Clara hystérique”. Il recrute des pilotes, dans le cadre d’une organisation discrète par laquelle les ministères français vendent indirectement au gouvernement espagnol des avions destinés officiellement à l’armée de l’air française. Promettant des avions et des pilotes, Malraux est bien accueilli par les républicains espagnols et le ministère espagnol de l’Aviation l’homologue au grade de lieutenant-colonel. Il monte de toutes pièces l’escadrille España avec une vingtaine de Potez 540 et en prend le commandement comme coronel (colonel), jusqu’en 1937. N’ayant jamais manié une arme ni piloté un avion, il a surtout un rôle de prestige. Il laisse le rôle de chef opérationnel à Abel Guidez, qui lui a été “proposé” par le cabinet de Pierre Cot. Il participe au bombardement à Medellin, lors de la campagne du Tage. Le 1er septembre 1936, son escadrille inflige des dégâts au champ d’aviation clandestin franquiste d’Olmedo. En février 1937, il participe à une mission sur Malaga.

Bien que Malraux ne pilote pas et tire mal, ses hommes prisent son courage et sont impressionnés par son savoir, même s’ils ne comprennent pas toujours ses propos. En revanche, les appréciations de ses supérieurs militaires ne lui sont pas favorables. Antonio Camacho Benitez, chef de l’aviation gouvernementale, écrit dans un rapport : “Après l’attitude et l’action de monsieur Malraux, il conviendrait de prendre trois mesures : le réduire à la discipline, l’expulser ou le fusiller”. D’après les mémoires d’Ignacio Hidalgo de Cisneros, qui, à la fin de la guerre civile, était général en chef de l’aviation républicaine, Malraux se déconsidéra en prétendant s’ériger en chef d’escadrille sans comprendre qu’il aurait fallu pour cela être aviateur, surtout en temps de guerre ; à trois ou quatre exceptions près, les aviateurs de Malraux n’étaient pas des antifascistes mais de simples mercenaires, attirés par une solde très élevée ; Malraux, étant ignorant de l’aviation, s’en remettait à eux mais ils n’ont rien fait d’utile et, au contraire, ont créé des difficultés ; Hidalgo de Cisneros a essayé à plusieurs reprises de les licencier, “mais le gouvernement s’y opposait, alléguant la mauvaise impression que produirait en France l’expulsion d’Espagne, pour inutilité et indélicatesse, des aviateurs qu’une fausse propagande avait convertis en héroïques défenseurs de la liberté”.

Malraux quitte l’Espagne en 1937. Il part le 24 février 1937 faire aux États-Unis et au Canada une tournée de conférences destinée à récolter des fonds en faveur des républicains espagnols. Dans sa propagande, il lui arrive de se livrer à des inventions, comme de prétendre que des membres de son escadrille ont été torturés par les franquistes. Pendant toute la durée de son engagement en faveur de l’Espagne républicaine, Malraux évite, malgré les procès de Moscou qui inquiètent alors partout les progressistes, de se montrer trop critique envers les communistes et l’U.R.S.S., qu’il considère comme seuls capables de faire régner la discipline nécessaire au salut de la république. Cette attitude diplomatique de Malraux envers les staliniens (qui n’a pas empêché André Marty de proposer sa liquidation), l’entraîne dans une aigre polémique de presse avec Trotski.

En juillet 1937, il participe à un congrès d’écrivains organisé par le gouvernement espagnol. Ensuite, il séjourne avec Josette Clotis dans les Pyrénées, où, s’inspirant de son combat en Espagne, il écrit le roman L’Espoir, qui sera publié en décembre 1937. Il passe l’hiver 1937-1938 à Paris, résidant à l’Hôtel Madison au 143, boulevard Saint-Germain ; Josette Clotis demeure à deux pas, à l’hôtel Royal-Condé. En 1938 il réalise le film Sierra de Teruel, dont le tournage démarre en juillet à Barcelone et se poursuit à Tarragone et dans la sierra de Montserrat. Malraux se détache de plus en plus de Clara, qui, elle, s’accroche et refuse le divorce. En janvier 1939, l’équipe du film doit évacuer Barcelone tombée aux mains des nationalistes et part terminer le film à Joinville et Villefranche-de-Rouergue1. Le film est projeté quelques fois en privé de juin à août. En septembre, sa sortie en salle est interdite à la suite d’une demande faite à Édouard Daladier par Philippe Pétain, ambassadeur auprès de Franco.

À la déclaration de guerre, Malraux, qui avait été ajourné en 1922 et réformé en 1929, est accepté comme deuxième classe à la suite d’une intervention et incorporé le 14 avril 1940 comme dragon au 41ème dépôt de cavalerie motorisée, près de Provins, où il reste jusqu’au 14 mai 1940. Il reçoit une instruction d’élève sous-officier et espère devenir “tankeur”, mais les événements ne lui en laissent pas le temps. Il décrira ainsi sa guerre : “Nos chars de Provins étaient hors d’état de nous porter hors du polygone d’entraînement. En mai, nous avons fait mouvement à pied, avec des antichars. Nous avons un peu tiraillé. J’ai été très légèrement blessé le 15 juin. Et le 16, nous étions faits prisonniers comme des fantassins, à mi-distance à peu près de Provins et de Sens, où on nous dirigea…”. Il semble qu’en fait, Malraux n’avait pas été blessé, mais que ses pieds étaient endoloris par des souliers trop étroits, ce pour quoi il a été soigné par des infirmiers de la Wehrmacht. Volontaire pour aider aux moissons, il est affecté à une ferme de Collemiers. Fin septembre, son demi-frère Roland l’avertit que, selon les radios (neutres) suisse et suédoise, les Allemands recherchent certains écrivains, notamment Malraux, pour les libérer. Vu ses engagements politiques, Malraux estime avoir peu de chances d’être libéré et, avec l’aide de Roland (fourniture de vêtements, chaussures et argent), il s’évade de la ferme, en compagnie du poète Jean Grosjean, Jean Beuret et de l’abbé Magnet, qui lui offre l’hospitalité chez lui, dans la Drôme. Cette évasion est facilitée par la discipline très souple que les officiers allemands appliquaient aux prisonniers de guerre français. Le même jour, Josette a mis au monde leur premier fils, nommé Pierre en hommage à Pierre Drieu La Rochelle, mais qu’on appellera Gauthier (1940-1961). Malraux, encore marié, ne peut reconnaître l’enfant. Pour que celui-ci porte le nom Malraux, Roland le reconnaît.

En janvier 1941, il s’installe avec Josette Clotis à Roquebrune-Cap-Martin, villa La Souco où il restera jusqu’à l’automne 1942, avec un séjour à la mi-1941 à la villa Les Camélias au Cap d’Ail. Il reprend contact avec des écrivains installés à la côte d’Azur : Gide, Martin du Gard etc. Il s’abstiendra toujours de publier dans La Nouvelle Revue française contrôlée par Drieu La Rochelle, devenu collaborateur de l’occupant, mais garde de bons rapports personnels avec Drieu.

Méfiant de l’influence des communistes sur la Résistance, il refuse de s’engager malgré les pressions d’Astier, Bourdet, Sartre et de Beauvoir. Il croit que les Anglais finiront par être vainqueurs, mais les résistants français, qui manquent d’argent, d’armes et de matériel, lui font l’effet de “jouer au petit soldat”.

En septembre, il fait un séjour dans l’Allier, puis il s’installe dans le Cantal, où Josette viendra le rejoindre avec leur fils.

En 1943, il s’installe avec Josette Clotis à St-Chamant, en Corrèze. Son second fils, Vincent (1943-1961), naît le 11 mars 1943.

Peu à peu, la Résistance, qui possède maintenant des armes et de l’argent, semble plus sérieuse à Malraux. Début septembre, il a ses premiers contacts avec elle, en l’occurrence avec Harry Peulevé, chef du réseau britannique AUTHOR du SOE. Il aide au recrutement de son demi-frère Roland dans le réseau. À l’automne 1943, toutefois, des efforts de Pierre Kaan et de Serge Ravanel pour faire entrer Malraux dans le Résistance active restent sans résultats.

Début 1944, Roland lui fait rencontrer George Hiller, chef du réseau FOOTMAN, autre réseau du SOE.

Fin mars 1944, ses deux demi-frères, Roland et Claude, agents du SOE, ayant été arrêtés par les Allemands, André passe à la Résistance : il quitte discrètement Saint-Chamant et gagne la vallée de la Dordogne, au château de Castelnaud près de Limeuil, puis au Château de la Vitrolle. Il se fait appeler colonel Berger. George Hiller le met en rapport avec les groupes Vény du Lot. Grâce à Jacques Poirier et George Hiller, il circule dans plusieurs départements (Corrèze, Lot, Dordogne et Tarn), y rencontre des chefs de la Résistance, et leur fait part de sa “mission”, en ayant assez d’habileté pour laisser croire à chacun des groupes se réclamant d’une des hiérarchies en présence qu’il appartient à une autre. Il parle volontiers de son “PC interallié”. Il n’est en fait qu’un membre du réseau Nestor-DIGGER du SOE, commandé par Jacques Poirier (alias “Jack”) et implanté en Dordogne. Durant tout son engagement dans le Sud-Ouest, son rôle sera en fait celui d’un témoin et d’un compagnon prestigieux, très peu celui d’un acteur et encore moins celui d’un commandant d’unité. Jacques Poirier, contrairement à beaucoup d’autres chefs de la Résistance, admirait Malraux, mais le trouvait plus utile par ce qu’il disait que par ce qu’il faisait.

Le “colonel Berger” est arrêté par les Allemands (le Kamfpgruppe Wilde, de la 11ème Panzer Division de la Wehrmacht, et non la division 2ème Panzer Division SS Das Reich comme Malraux l’écrit dans ses Antimémoires) à Gramat le 22 juillet 1944, lors de la fusillade de la voiture de George Hiller. Il subit des interrogatoires au cours desquels il aurait été l’objet d’un simulacre d’exécution, puis, au terme de divers transferts, est incarcéré à la prison Saint-Michel de Toulouse. Il se retrouve libre quand les Allemands quittent la ville, le 19 août.

Un peu auparavant, le 26 juillet 1944, l’attaque d’un wagon de la Banque de France dans la gare de Neuvic avait mis des masses financières immenses dans les mains des résistants. Des sommes importantes sont comptabilisées comme ayant été versées pour la libération de Malraux, ce qui, comme l’a noté Guy Penaud, pose un problème, puisque Malraux n’a été libéré qu’après le départ des troupes allemandes. Dans les premiers jours qui suivent sa libération, Malraux dit à une de ses proches : “Si vous avez des embêtements financiers…, n’hésitez pas. Momentanément, je suis riche”.

Fin août 1944, séjournant à Paris, il rencontre Ernest Hemingway. Les deux écrivains auraient échangé des propos peu amènes, si on en croit Hemingway, qui a raconté d’ailleurs la scène à plusieurs reprises en y embellissant chaque fois son propre rôle. Malraux, qui prétend faussement disposer d’un stock de munitions et savoir que les Britanniques vont parachuter 10 000 hommes en Dordogne, trouve des officiers pour avaliser sa propre nomination au grade de colonel et à la tête de la Brigade Alsace-Lorraine, nouvellement créée, qui réunit d’anciens maquisards alsaciens et lorrains réfugiés dans le sud-ouest. Le 17 septembre, il rencontre à Dijon, à l’Hôtel de La Cloche, le général de Lattre de Tassigny. À la tête de la brigade, Malraux participe dans les Vosges et en Alsace à la campagne de la première armée française, notamment à la prise de Dannemarie et de Colmar, ainsi qu’à la défense de Strasbourg. À l’aise dans la stratégie mondiale, il l’est moins sur le terrain militaire, où il délègue toute compétence à ses adjoints, le lieutenant-colonel Pierre Jacquot et le commandant Brandstetter. Le 12 novembre, Josette Clotis décède accidentellement. Le 15 mars 1945, la brigade est dissoute.

Après la Libération, Malraux se fait octroyer diverses distinctions (compagnon du Distinguished Service Order, compagnon de la Libération, croix de la Libération, médaille de la Résistance, croix de guerre) en grossissant ses états de service à la Résistance. Il prétend par exemple avoir pris le maquis dès 1940, alors que, comme vu plus haut, il ne l’a fait qu’en 1944.

Il s’installe avec Madeleine Malraux, la veuve de son demi-frère Roland mort sur le Cap Arcona, et avec son neveu Alain Malraux, fils de Madeleine et de Roland, au 18 bis, avenue Robert-Schuman, dans une villa construite par Louis Faure-Dujarric. Clara et leur fille Florence s’installent au 17,rue Berthollet à Paris.

Raymond Aron rapporte dans ses Mémoires que Malraux avait changé de façon stupéfiante en 1944 sur la question du communisme, auquel il voue désormais une hostilité presque haineuse. Dès 1945, il s’attache à la personne du général de Gaulle, dans le gouvernement duquel il est ministre de l’Information, de novembre 1945 à janvier 1946. Il prend Raymond Aron pour chef de cabinet. Il suit de Gaulle dans l’aventure du RPF, où il exerce les fonctions d’organisateur de la propagande de 1947 à 1953. En 1953, de Gaulle, après avoir constaté la déliquescence électorale du RPF, décide de le mettre en veilleuse et Malraux cesse d’y être actif.

Pendant la traversée du désert de de Gaulle (1953-1958), Malraux se tient à l’écart de la politique. En 1948, il épouse Madeleine et adopte son neveu Alain. Avec Madeleine, il voyage en Grèce, en Égypte et en Iran. Il collabore à la réalisation de l’ouvrage Malraux par lui-même de Gaëtan Picon et part l’été à Lucerne avec Madeleine. En janvier 1954, les époux Malraux sont invités à New York pour l’inauguration des nouvelles galeries du Metropolitan Museum147. Ils passent leurs vacances en Italie, où ils visitent la Toscane et l’Ombrie. L’année suivante, ils vont en Égypte. En 1956, ils voyagent avec Alain Malraux, à Rome et en Sicile.

Avec d’autres écrivains (Sartre, Martin du Gard, Mauriac), Malraux adresse en avril 1958 au Président de la République René Coty une lettre contre la torture en Algérie.

Le 1er juin 1958, Charles de Gaulle, revenu au pouvoir, nomme Malraux ministre délégué à la présidence du Conseil et le charge de l’Information. À cette mission s’ajoutent, en juillet 1958, l’expansion et le rayonnement de la Culture française. Dans une note non datée , Malraux explique à l’intention de son successeur au ministère de l’Information que ce ministère, tel qu’il l’a organisé, est un appareil destiné à lutter par la radio contre les journaux “ennemis” ; à cette fin, il est nécessaire qu’une “épuration politique” écarte de la radio tous les techniciens communistes et tous les journalistes qui se sont montrés hostiles à de Gaulle en mai-juin 1958.

Le 27 novembre 1958, venant de Perse, Malraux arrive à La Nouvelle-Dehli. Son intention est de faire en Inde une good will visit destinée à nouer entre la France et l’Inde des liens culturels propres à faciliter l’action diplomatique ou politique. Il est reçu par Nehru, qu’il interroge sur la spiritualité indienne mais qui répond qu’il doit, par priorité, s’occuper des problèmes matériels.

De Gaulle, devenu président de la République, remplace Malraux par Jacques Soustelle au ministère de l’Information et demande à ses conseillers de “trouver quelque chose” pour Malraux. Malraux est ainsi nommé le 8 janvier 1959 ministre d’État chargé des Affaires culturelles. Le 28 mai 1959, à l’occasion d’un spectacle “Son et Lumière” sur l’Acropole, il prononce un discours rendant hommage à Athènes. En août et septembre, il voyage en Amérique du Sud : Argentine, Brésil, Chili, Pérou, Uruguay. Le but de ce voyage est surtout de défendre la politique de la France en Algérie, politique dite d’autodétermination pour l’Algérie. En octobre, Malraux assiste avec le général de Gaulle à la première de Tête d’or, de Paul Claudel, créé par la compagnie Madeleine Renaud – Jean-Louis Barrault à l’Odéon.

Ministre, il mêle politique de prestige et œuvre sociale. Sans être un gaulliste de gauche déclaré, il ne renie nullement son passé de gauche, reprochant par exemple à François Mitterrand le 15 décembre 1965 de n’avoir “même pas [été] en Espagne”. Renouant avec l’esprit du Front populaire, il fait de la culture une affaire administrée par l’État. S’il n’est pas à l’origine des Maisons des jeunes et de la culture (issues de la République des Jeunes, créée à la Libération), il est bien, en revanche, le créateur des Maisons de la Culture, grandes machines gérées par le ministère du même nom le 4 août 1962.

En 1960, il prononce un discours à l’occasion de l’Indépendance des Colonies d’Afrique noire. Au ministère des Affaires étrangères, on voit Malraux d’un assez mauvais œil. On estime qu’il empiète sur le domaine des Affaires étrangères et on craint que, dans ses voyages à l’étranger, il ne fasse des promesses qui, pour motifs financiers ou autres, se révéleraient irréalisables. Par exemple, lors d’ un voyage au Mexique en 1960, il explique aux autorités que “la pluie artificielle est maintenant un procédé tout à fait au point” et que, contrairement à ce qui serait sûrement le cas des États-Unis, la France serait prête à mettre gratuitement cette technique en œuvre au Mexique. Au Quai d’Orsay, on note que la machine à faire la pluie n’existe pas et que le Mexique ne manque d’ailleurs pas de pluies. De Gaulle semble avoir laissé les mains libres à Malraux pour faire de belles promesses, tout en comptant sur les fonctionnaires pour refuser les dépenses excessives.

Toujours en 1960, Malraux participe au sauvetage des monuments de Nubie. En septembre 1960, il se fâche avec sa fille Florence parce qu’elle a signé le Manifeste des 121, favorable à l’insoumission des jeunes appelés pour l’Algérie. Cette brouille durera jusqu’en 1968. Le 23 mai 1961, ses deux fils meurent dans un accident de la route.

Le 7 février 1962, à son domicile de Boulogne-Billancourt, il est la cible d’un attentat de l’OAS. Il quitte les lieux pour s’installer jusqu’en 1969 au Pavillon de La Lanterne à Versailles, mis à sa disposition par le gouvernement.

En mai 1962, il est reçu par John Kennedy. Il crée le 4 août 1962 l’Inventaire général du patrimoine culturel. En 1963, il décide de faire fermer la Grotte de Lascaux ouverte au public depuis 1949, la trop grande fréquentation provoquant des modifications climatiques qui engendrèrent des maladies sur les parois, algues vertes, puis la formation de calcite (blanche). En 1964, il inaugure en compagnie du général de Gaulle la Maison de la Culture de Bourges. Le 19 décembre 1964, en présence du général de Gaulle, il prononce un de ses discours les plus célèbres : l’oraison funèbre de Jean Moulin, dont les cendres sont transférées au Panthéon.

En 1965, Malraux inquiète ceux qui le connaissent. Ivrogne, alternant mégalomanie et dépression, il est parfois épuisé, titubant et bredouillant en présence de ses collaborateurs, ce qui amène de Gaulle à conseiller un repos sous forme de voyage. Le 22 juin 1965, Malraux embarque sur Le Cambodge en compagnie d’Albert Beuret, pour se rendre en Extrême-Orient. Arrivé en Chine, il est invité officiellement le 17 juillet par les autorités chinoises, qui donnent ainsi suite à une lettre de de Gaulle. Après un délai dont la longueur incite l’ambassade de France à demander une nouvelle intervention à de Gaulle, Mao Tsé Toung reçoit Malraux le 3 août. Malraux se montre flagorneur, mais Mao ne répond à ses questions que par de brèves banalités et ne marque pas le moindre intérêt pour la France. Au retour, Malraux laissera entendre qu’il a proposé à Pékin une politique relative à la guerre du Viêt Nam, ce que le gouvernement chinois et Alain Peyrefitte démentiront. Le journal Le Monde notera “le vague” des déclarations de Malraux, “qui contraste avec leur solennité”. Malraux brodera beaucoup sur son entretien avec Mao dans ses Antimémoires (1967) et renchérira en 1972.

Pendant ce dernier voyage en Orient, Malraux fait une nouvelle visite en Inde. Comme en 1958, il s’intéresse à la spiritualité de l’Inde et non à son état économique et social.

Le 1er septembre 1965, il prononce une oraison funèbre à l’enterrement de Le Corbusier. Le Corbusier ayant construit une ville nouvelle en Inde, Malraux a demandé à l’ambassadeur de l’Inde en France d’être présent avec de l’eau du Gange, mais a laissé entendre tacitement que de l’eau ordinaire ferait très bien office d’eau du Gange.

En mars 1966, il inaugure la Maison de la Culture d’Amiens et en avril le premier festival mondial des arts nègres à Dakar avec Léopold Senghor, président du Sénégal; à l’automne, il organise la grande rétrospective de Picasso aux Grand et Petit-Palais. Il crée le 30 septembre 1966 la Direction des Recherches Archéologiques Sous-Marines : DRASM, délocalisée à Marseille et à Annecy, relevant de la Direction du patrimoine, (sous-direction de l’archéologie) du Ministère de la Culture, qui deviendra le DRASSM : Département des Recherches Archéologiques Subaquatiques et Sous-Marines, le 4 janvier 1966.

Au printemps 1966, Madeleine et André Malraux, après quelques ruptures et retours, se séparent définitivement, sans divorcer. Il rédige les Antimémoires, qui paraissent en septembre 1967 et sont très bien accueillis par la critique et le public. Il y trace un portrait de Mao en sublime héros de l’histoire, à travers une version très mythifiée de leur entretien. Il devient ainsi, selon les termes d’Olivier Todd, la caution “de droite” ou “gaullienne” de la “maolâtrie” qui transporte alors bon nombre de journalistes, d’écrivains et de cinéastes. Il envoie un exemplaire du livre à sa fille Florence, ce qui amène leur réconciliation.

Vers cette époque, il noue une seconde liaison avec Louise de Vilmorin. En 1968, il modifie très profondément le prix de Rome. En février 1968, il est attaqué par des cinéastes et des cinéphiles, relayés par François Mitterrand, parce qu’il a voulu retirer la direction administrative de la cinémathèque française, tout en lui laissant la direction artistique, à Henri Langlois, dont la gestion fait l’objet de rapports très défavorables. C’est l’Affaire Langlois, qui se terminera par une marche arrière de Malraux. En février 1969, il participe aux côtés du président nigérien Hamani Diori à la première conférence de Niamey, qui aboutira un an plus tard, lors de la deuxième conférence de Niamey (16 au 20 mars 1970), à la création de l’Agence de coopération culturelle et technique, ancêtre de l’actuelle Organisation internationale de la francophonie.

En 1969, le général de Gaulle abandonne le pouvoir et Malraux, qui ne tenait son poste de ministre que de de Gaulle, quitte la politique. À aucun moment il n’aura cessé d’être fidèle au général, même pendant les événements de Mai 68, véritable “crise de civilisation”, selon lui, qui l’inquiète par le “nihilisme” des étudiants. Ainsi l’a-t-on vu en tête de la manifestation de ceux qui réclamaient la restauration de l’ordre à l’Arc de Triomphe le 30 mai 1968. Cet ordre, Malraux n’a cessé de l’identifier à la personne et à l’œuvre du général de Gaulle. Il sera d’ailleurs une des rares personnes que ce dernier consentira à recevoir jusqu’à sa mort en 1970.

Louise de Vilmorin, avec qui il s’est installé au château de Vilmorin à Verrières-le-Buisson, meurt le 26 décembre 1969. Il continuera à habiter au château en compagnie de la nièce de Louise : Sophie de Vilmorin, (1931-2009), sa dernière compagne, qui s’occupera de lui jusqu’à sa mort.

En 1970, il préface les Poèmes de Louise de Vilmorin et rédige Les Chênes qu’on abat, suite au décès du général. En 1971, il devient le premier président de l’Institut Charles-de-Gaulle.

Renouant avec les engagements de sa jeunesse, il prend parti pour l’indépendance du Bangladesh en 1971. Peut-être pris au piège de propos qu’il a tenus sur l’inutilité d’un appui purement verbal, Malraux, âgé de 70 ans, annonce son intention d’aller se battre dans l’armée indienne, qui soutient les indépendantistes. Indira Gandhi, qu’il rencontre à l’ambassade de l’Inde en France, lui fait comprendre qu’on apprécie son appui moral mais que sa présence physique dans l’armée indienne n’est pas vraiment nécessaire.

En février 1972, Richard Nixon, qui compte se rendre en Chine, invite Malraux à Washington. Nixon croit en effet que Malraux a “connu Mao Tsé-toung et Zhou Enlai en Chine en 1930” et qu’il “a gardé avec eux des contacts intermittents au cours des années”. Les conseillers de Nixon ont des avis divergents sur la prestation de Malraux. Leonard Garment trouve Malraux “fascinant parce qu’il a une histoire fascinante”. John Scali, lui, déclare ne pas être impressionné par les “rêveries” de Malraux, embrouillées, contradictoires, truffées d’oublis ou d’illogismes ; Malraux est pour Scali “un vieil homme prétentieux tissant des idées obsolètes dans un cadre spécial pour le monde tel qu’il aurait voulu qu’il soit”. Henry Kissinger, dans ses souvenirs publiés en 1979, déplorera que les connaissance de Malraux sur la Chine soient très en retard et ses prédictions à court terme “outrageusement fausses”, mais reconnaîtra que son intuition lui permettait de voir parfois clair à long terme, comme sur l’inévitable rapprochement entre la Chine et les États-Unis.

Les neuf émissions télévisées de La Légende du siècle, réalisées par Françoise Verny et Claude Santelli et diffusées à partir d’avril 1972, rendent Malraux familier au grand public.

En novembre 1972, à l’initiative de son médecin-neuropsychiatre Louis Bertagna qui le traite depuis 1966, Malraux est hospitalisé à la Salpêtrière pour alcoolisme et dépression nerveuse. De ce séjour à l’hôpital, qui dure vingt-neuf jours, il tirera le livre Lazare.

Il témoigne, en octobre 1973, en faveur de Jean Kay, qui passe en justice pour le détournement du vol 711 et part avec Sophie de Vilmorin au Bangladesh.

Lors de l’élection présidentielle de 1974, il soutient le gaulliste Jacques Chaban-Delmas contre François Mitterrand et contre Valéry Giscard d’Estaing. Son apparition dans une émission télévisée où il est censé appuyer Chaban-Delmas se révèle désastreuse : il semble dire que la télévision rendra les enseignants inutiles, ce qui fait perdre à Chaban-Delmas les voix des enseignants gaullistes. Lors de cette campagne, il déclare : “Politiquement, l’unité de l’Europe est une utopie. Il faudrait un ennemi commun pour l’unité politique de l’Europe mais le seul ennemi commun qui pourrait exister serait l’Islam”.

Dans cette même année 1974, il présente au Japon une exposition de La Joconde.

En janvier 1975, il inaugure le Centre Culturel André Malraux à Verrières-le-Buisson, y prononce un discours sur le livre de poche et son avenir. Il prononce en mai à la cathédrale de Chartres, un discours pour le 30ème anniversaire de la Libération des camps de concentration. Fin décembre 1975, avec Sophie de Vilmorin, il fait à titre privé un voyage à Haïti, où il s’intéresse aux peintres spontanéistes de l’école de Saint-Soleil. Il assiste à une cérémonie vaudoue, mais s’en va très vite.

En novembre 1976, il est hospitalisé à l’hôpital Henri-Mondor de Créteil, officiellement pour une congestion pulmonaire, mais en réalité pour un cancer de la peau. Il meurt à l’hôpital le 23 novembre 1976. Il est inhumé le lendemain au cimetière de Verrières et non pas dans le parc du Château de Vilmorin, comme il l’aurait souhaité, aux côtés de Louise de Vilmorin. Un hommage national lui est rendu le 27 dans la cour carrée du Louvre.

Dans le cadre de la célébration du 20ème anniversaire de sa mort, et à l’instigation de Pierre Messmer, les cendres de Malraux ont été transférées du cimetière de Verrières-le-Buisson où il était enterré, au Panthéon en 1996.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s