The Scotsman – 22 octobre 2004 : Sucer le sang de vie du rock

CD DE LA SEMAINE
MANIC STREET PREACHERS : LIFEBLOOD 2/5

En 1991, quand les Manic Street Preachers étaient les derniers jeunes dandy controversés à défier le NME, une des pierres angulaires de leur séduisant manifeste était qu’ils se séparent après avoir sorti un album. À ce moment, leur œuvre serait réalisée, parce que le dit album les aurait propulsés vers le statut du plus grand groupe du monde. Cela n’a pas été le cas, et ils ne se sont pas séparés. Heureusement, ils ont justifié leur décision de poursuivre de la manière la plus convaincante, en sortant deux albums puissants, The Holy Bible et Everything Must Go. Le premier a posé le canevas du succès, le deuxième l’a scellé. Puis ils ont commencé à avancer sans problème et ils vont à la dérive depuis.

Aujourd’hui, avec le septième album, les Manics s’éloignent encore plus de leur directive éclair originale. Le bassiste Nicky wire a décrit Lifeblood à la fois comme “The Holy Bible pour trentenaires” et comme une élégiaque lamentation pop sur le monde. Il peut avoir raison sur le deuxième point, mais l’implication que les fans d’un certain millésime se contenteraient d’une version pantouflarde de leur chef-d’œuvre inadapté met à rude épreuve la crédibilité au nom d’une phrase toute faite.

Le groupe a travaillé sur certains morceaux avec le producteur légendaire Tony Visconti, qui, loin de revigorer le groupe comme il l’a récemment fait avec David Bowie, a simplement poli une collection de chansons peu remarquables. De façon intéressante, ses compliments sur le trio se concentrent sur leur habileté technique – on est loin de l’époque où le groupe estimait la vitalité plutôt que la virtuosité.

Le chanteur James Dean Bradfield braille toujours avec autant de passion, mais il est de plus en plus difficile d’entendre à propos de quoi il est si passionné. Après un bref frisson des reins sur Know Your Enemy, les Manics sont revenus au calme neutre de This Is My Truth Tell Me Yours.

Comme avec If You Tolerate This, leur tube sur la Guerre d’Espagne, l’actuel single The Love Of Richard Nixon est un autre noble mais faible effort des Manics pour glisser furtivement une certaine forme de commentaire politique sophistiqué dans les charts sous l’apparence d’une pop song adulte. La mélodie est vaguement insidieuse mais c’est à peine une vitrine musicalement excitante pour son message révisionniste sur le président le plus terni publiquement des États-Unis.

Une grande partie de l’album suit le même modèle. Emily rend un terne hommage à la suffragette Emmeline Pankhurst, alors que Glasnost sonne comme quelque chose que U2 aurait pu rejeter de The Joshua Tree comme trop banal. Visconti et l’autre producteur de l’album, Greg Haver, font ce qu’ils peuvent pour créer l’illusion d’un grand son, mais il n’y a pas de chat à fouetter.

Le morceau d’ouverture 1985 est l’une des chansons les plus remarquables. Étant donné son titre, la chanson ne peut qu’être infusée de nostalgie. Une référence à Nietzsche revient à l’intellectualisme du début des Manics et il y a un tendre aperçu des racines du groupe dans les vers : “in 1985 / my words they came alive / friends were made for life / Morrissey and Marr gave me choice / in 1985” – “en 1985 / mes mots ont pris vie / des amis faits pour la vie / Morrissey et Marr m’ont donné le choix / en 1985”. Pour placer son hommage encore plus dans l’époque, l’arrangement de la chanson sonne comme un New Order au rabais.

Les fantômes hantent l’album. Un fantôme qui ne partira jamais est l’ancien guitariste des Manics Richie Edwards, dont la disparition inexpliquée il y a dix ans a marqué un moment décisif dans la vie et l’œuvre du groupe. Avec Edwards dans le groupe, c’était un gang de desperados incompris et éloquents avec un fervent attrait culte. Avec le recul, ils se sont émoussés quand ils ont perdu ce jeune homme intense, perturbé et énormément intelligent mais, alors qu’ils se libèrent de leur son punk brut, ils ont fini par récolter le succès qu’ils avaient prédit dans leurs jours grande gueule incompris.

Cardiff Afterlife est leur élégie à Edwards. C’est l’un des meilleurs morceaux de l’album, bien que, étant donné le contexte, ce ne soit pas un grand compliment. “I kept my silence / your memory is still mine / I will not share them” – “J’ai gardé le silence / tes souvenirs m’appartiennent encore / Je ne les partagerais pas”, chante Bradfield vers un refrain qui enfle. Un harmonica joue mélancoliquement, puis le morceau se conclut aussi brusquement que le temps de Edwards avec le groupe.

Les fans voudront examiner les paroles à la recherche d’indices de leurs sentiments sur leur ami absent. Alternativement, ils préféreront revenir à The Holy Bible (une édition spéciale dixième anniversaire avec un DVD est prévue) pour une expérience plus viscérale, que vous ayez trente ans ou pas.

Traduction – 6 décembre 2004

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