Scotland On Sunday – 24 octobre 2004 : Les supporteurs de Nixon

Nicky Wire était autrefois le canon le plus contrariant, le plus grande gueule et le plus grossier du rock britannique. Moitié des jumeaux toxiques de la provocation glam-punk avec son ancien ami d’enfance Richey Edwards, le parolier et bassiste des Manic Street Preachers a passé la majeure partie des années 1990 à abattre les vaches sacrées des libéraux de classe moyenne dans des interviews conflictuelles.

Mais les Manics ont commencé à glisser dans un son plus grand public et mélodique après que Edwards ait disparu en janvier 1995, lissant leur rhétorique hérissée de pointes en hymnes de stade aigre-doux.

Aujourd’hui, à 35 ans et marié depuis plus de dix ans, Wire peut écrire ses paroles dans un “abri bien équipé” dans son jardin de Newport avec Test Match Special à la radio, mais le Gallois sardonique reste l’un des interviewés les plus vifs de la pop britannique. La différence, c’est que, là où avant il bouillonnait tel un révolutionnaire, aujourd’hui il sonne souvent comme un vieux ronchon réactionnaire.

“J’ai toujours été réac d’une certaine façon, explique Wire. Quand j’ai dit : Construisez un pont sur cet endroit de merde à Glastonbury, c’était une déclaration réactionnaire. On n’est plus beaucoup. Philip Larkin a toujours été une énorme influence et Morrissey. Les gens qui agitent, les gens qui mettent de la ruse dans certains de leurs points de vue. Mais si tut veux parler de réactionnaires, et les White Stripes ? Je les déteste. Leur album a été fait en trois jours ? Oui, c’est pourquoi il sonne comme s’il avait été enregistré dans une putain de boîte à biscuits”.

À peine dix minutes après le début de notre interview et Wire ne peut résister à l’envie d’éreinter les derniers chouchous médiatiques du rock. Quelqu’un qui est moins malmené par le vieux socialiste intransigeant est le sujet original du dernier singles des Manics, The Love Of Richard Nixon.

“J’ai toujours été fasciné par lui de toute façon à cause de sa haine aveugle des gens, dit Wire. Il était paranoïaque de tout. C’est purement une chanson d’amour. Bill Clinton a présidé sur le génocide au Rwanda et c’est pire que tout ce qu’a fait Nixon, et pourtant il peut manger avec U2 et tout le monde pense qu’il est génial. Certaines des choses que Nixon a fait, comme faire tomber les barrières avec la Chine… Il va toujours être entaché par le Watergate mais il a fait des choses décents. Je suppose que je ressens de l’empathie pour les mégalomaniaques paranoïaques”.

* * *

The Love Of Richard Nixon est suivi le mois prochain par le septième album studio des Manics, Lifeblood, festin de soft-rock, avec pleins de vagues de guitare fluide et d’arrangements de cordes douces. Les points de référence musicaux incluent des groupes classiques des années 1980 dont les garçons perdus du glam-pop d’Écosse, The Associates.

“C’est un album assez mélodieux, admet Wire. L’expression clé était : pop élégiaque. C’était ce qu’on essayait de créer. On ne se sentait liés à aucune obligation à part la nôtre, on a été inspirés par l’envie de New Order d’emmerder le monde. The Associates ont été une énorme influence. Empty Souls sur le nouvel album est beaucoup influencé par Sulk, qui est un disque absolument magnifique”.

Typiquement, les Manics sortent leur album le plus personnel et le moins polémique alors que le monde chancelle dans le précipice le plus chargé en politique depuis des décennies. Le changement peut refléter la mauvaise réception qui a accueilli le dernier album studio du trio gallois, Know Your Enemy de 2001, qui a été lancé lors d’une rencontre au sommet avec Fidel Castro à la Havane.

“C’est définitivement notre album le moins politique, dit Wire. Je ne sais pas si c’est une décision consciente mais nos albums ont tendance à être infusés de haine ou d’amour. Il arrivent juste comme ça.

“Je pense que c’est probablement à cause du fait que Know Your Enemy ait été si critiqué, si ridiculisé. Malgré tous ses défauts, il était en avance sur sont temps, je suppose, mais peut-être que c’était une réaction naturelle à ça. Il y a juste beaucoup d’amour sur cet album, ce qui est très étrange pour moi. C’est aussi le chose manicienne de faire le contraire de tout le monde. Je veux dire, quand Chris Martin de Coldplay commence à parler de politique, tu penses juste : Merde, à quoi bon ?

Martin est le dernier ajout à la longue liste des boucs émissaires de Wire, avec Radiohead, Blur, U2, REM et beaucoup d’autres. “Ce sont les systèmes politiques qui changent le monde, pas les œuvres de charité ou les causes individuelles, explique Wire. Je ne pourrais pas rester assis et prétendre que faire un concert pour le commerce équitable va rendre le monde bien meilleur. Tout ce que je dis sur ces gens, c’est pour rire, parce que je sais qu’ils essayent véritablement de bien faire, ils ne le font pas pour vendre des disques. Mais je ne pourrais pas avoir une conversation sur la philosophie de Antonio Gramsci avec aucun d’entre eux, non ?”

En tant que diplômé en politique qui a failli être recruté par le Ministère des affaires étrangères avant de rejoindre les Manics, la bonne expression et l’intellect de Wire le distingue de la plupart de ses pairs rock. Mais en conséquence, il donne parfois l’impression d’être un terrible snob.

“Je suis un snob intellectuel, oui, répond-t-il. Mais c’est aussi parce qu’on est de la racaille de la classe ouvrière que personne ne pensait qu’on pourrait avoir un putain de diplôme entre nous. Juste parce qu’un des gars de Radiohead a un diplôme de carillon de merde ou un truc dans le genre”.

Racaille ou pas, la politique de Wire est fondée de manière provocante dans la lutte des classes et le socialisme d’État providence. Il a grandi dans une “maison en bande normale” à Blackwood dans les Vallées galloises et son père était mineur, puis maçon. Il décrit son milieu familial comme “ouvrier classique, où tes parents voulaient que tu aies une meilleure vie qu’eux”.

“J’ai eu une excellent éducation, dit Wire. Je ne revendique pas la pauvreté, juste certaines valeurs que j’ai toujours gardées. Comme ne jamais être tape-à-l’œil. C’est ce que je veux dire par ouvrier classique, la génération d’après guerre qui a construit ses propres institutions et écoles. C’est le moule, un moule éteint. Un dodo”.

Alors que les Manics ont longtemps été célébrés par la presse musicale pour la rhétorique révolutionnaire et leurs poses rebelles rock, beaucoup ont trouvé que leur rencontre avec Castro était un pas contrariant de trop. Une chanson sur Know Your Enemy abordait le cas du bébé Elian Gonzalez, que Castro a exploité à des fins de propagande. Même les commentateurs de gauche ont déclaré l’exercice naïf et désastreux.

“Oui, mais c’est la gauche post-moderne, non ? demande Wire. Pas la vraie gauche. Je ne sais pas, tout le monde qui va à Cuba serre la main à Castro de toute façon. C’est un peu comme serrer la main de Nelson Mandela aujourd’hui – Naomi Campbell, Manic Street Preachers, Spice Girls. Ils serrent juste la main à tout le monde.

“Mais je ne me sens pas compromis. J’ai complètement conscience du côté propagande, mais je ne pense pas qu’on soit assez importants pour être utilisés pour de la vraie propagande. Et je pense que ça nous a fait plus de mal que de bien, on a été ridiculisés pour avoir serrer la main de Castro. Tu peux serrer la main de Bill Clinton alors que le Rwanda s’entre-tue, mais tu ne peux pas serrer la main de Castro. C’est ce que je ne pourrais jamais accepter”.

Malgré être si franc sur le plan politique et si motivé sur le plan idéologique, une carrière en politique ne va vraisemblablement pas remplacer son emploi actuel pour le moment.

“Le rock est bien plus attirant, explique-t-il. J’ai failli rejoindre le Ministère des affaires étrangères quand j’ai fini mes études, mais je n’avais pas le dévouement nécessaire pour suivre ce chemin. Mais s’impliquer activement dans une cause ne m’a jamais attiré puisque j’ai choisi la musique.

“On a fait beaucoup de trucs en privé, des trucs chiants, mais c’est pas grand chose. Comme Paul Heaton de The Beautiful South, il a probablement plus donné d’argent que la plupart des rock stars, mais il n’en fait pas tout un plat”.

The Love Of Richard Nixon est disponible chez Sony Music. Lifeblood sort le 1er novembre.

Stephen Dalton

Traduction – 5 novembre 2004

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