The Scotsman – 30 octobre 2004 : Juste un autre jour fou

Quand Nicky Wire était à l’école, dès que quelqu’un qu’il détestait s’intéressait à son groupe préféré, il ne l’aimait plus. Quand “les hooligans et ceux qui étaient coiffés en brosse” ont découvert les Smiths, Wire les a laissé tomber. Pareil avec Echo and the Bunnymen quand ils ont été défendus par les fans de U2. Une minute il était obsédé, l’autre il était indifférent. Et il pense toujours pareil maintenant que c’est un père marié de 35 ans. Seulement aujourd’hui, ce n’est pas des groupes qu’il abandonne mais la politique.

Know Your Enemy était l’un des albums les plus politicisés de tous les temps”, dit Wire en se référant au dernier album des Manic Street Preachers. “Malheureusement, c’était quatre ans avant que tous les cons s’intéressent à la politique. Il a fallu une guerre. Où étaient les gens ces quatre dernières années ? Ces quarante dernières années ? La politique étrangère américaine n’a jamais changé. Il y a un morceau intitulé Freedom Of Speech Won’t Feed My Children sur Know Your Enemy, à propos de l’imposition de la liberté à des société qui dit tout ce qu’on avait à dire. Ainsi il n’y a à peine pas de politique sur le nouvel album. Je ne me sentais pas à l’aise pour rejoindre un débat qui inclut Green Day, Chris Martin et Fran Healy”.

Une chose que Wire ne va pas abandonner de ci-tôt, c’est son amour pour les citations acérées, prononcées avec un large sourire entendu. Green Day est “mon idée de ce que le punk n’était pas. Tu retires le talent artistique du punk et voilà ce qu’il te reste”. À propos de REM : “Ils disent que leur album est politique, mais c’est la politique la plus oblique et la plus vague que je n’ai rencontrée”. Quant au leader de Travis : “Fran est un grand songwriter, mais comment peut-il écrire des chansons comme Flowers In The Window quand il y a la guerre en Afghanistan ?” Wire dit que son programme télé préféré est Newsnight, et on l’imagine très bien calé dans son fauteuil tous les soirs, criant après la télévision avec jubilation.

Au lieu de rejoindre le “mouvement”, les Manics sont revenus avec The Love Of Richard Nixon, single qui défend apparemment le président américain déshonoré. “C’est une métaphore du fait qu’on se souvient souvent de toi pour une chose. On va toujours se souvenir de Nixon pour le Watergate et pour avoir été un escroc. Mais c’était un excellent homme politique. Ce n’était pas George Bush. Ce n’était pas un putain d’idiot. Il a été le premier président américain à aller en Chine, ce qui a été étonnant. Kennedy a envoyé les premières troupes au Vietnam, Kennedy a envahi Cuba dans la Baie des Cochons. Mais tout le monde se souvient de lui en bien. Et la plupart des gens nous associent avec la disparition de Richey [Edwards]. Même ta famille t’associe parfois avec une ou deux choses auxquelles tu ne peux échapper. Alors l’idée de la chanson est de creuser un peu plus”.

Typiquement pour un songwriter qui a passé sa carrière à se poser des questions, Wire dit qu’il est intéressé par le pragmatisme de la politique. Alors qu’il dit que Bush est “un putain de désastre”, il nuance ses propos avec “Mais tous les présidents américains sont pareils. L’idée que Bill Clinton est un mec génial, il sort avec Bono, il a fait ci, il a fait ça. Et le Rwanda ? 750 000 morts en trois mois et il n’a pas bougé le petit doigt. Ni l’ONU, ni la France, ni l’Allemagne. Peut-être que Bush aurait dû y aller sauver des vies”. Tony Blair obtient aussi une approbation prudente. “Si tu ne comptes pas l’Irak, ce gouvernement travailliste est excellent. Tu ne pas pas avoir autant de croissance économique et une petite redistribution de richesse et ne pas y ajouter foi. Mais l’Irak va noircir le mandat de Blair”.

Même si Wire déclare que parler de politique le “fait chier”, il y a une chanson sur le nouvel album, Lifeblood, qui est directement politique : Emily, à propos de Emily Pankhurst. “Elle parle de l’idée de la Princesse Diana qui reprend le rôle de l’icône féminine. Quelqu’un d’aussi acide que la Princesse Diana étant une icône féminine est tout simplement incroyable. L’idée que les suffragettes se jetaient sous les chevaux pour obtenir le droit de vote semble être un très vieux souvenir”.

Encore une fois, cette chanson est une métaphore, cette fois marquant la mort de temps plus simples, possiblement plus dramatiques. Au début des Manics, “on pouvait mélanger sa politique avec un abandon glamour. Le vie était tout simplement plus facile. Ce n’est pas comme ça maintenant. On vit dans un monde désireux”. Quand il était plus jeune, Wire avait encore de l’idéalisme. Emily admet que le monde sérieux a détruit cela.

“Elle parle de perdre espoir en la politique, approuve Wire. J’ai accepté le fait que le communisme ne marche pas. Il y a une ligne dans 1985 : “En 1985, j’ai fait un pari et j’ai menti”. C’est l’idée de te convaincre que les systèmes politiques ne peuvent pas réellement changer le monde. Et tu ne peux nier que la démocratie occidentale capitaliste ait été dominante. C’est triste. La théorie est morte. Tout parle de causes aujourd’hui. Des causes dignes, mais réalisées dans un cadre capitaliste”.

Know Your Enemy s’est mal vendu, admet Wire. C’était, dit-il, “une folie très imparfaite et très agréable”. Alors, même si Wire blague sur le fait que le type des Manics est “l’album politique raide”, ils sont revenus au rock de stade poli de This Is My Truth Tell Me Yours. Pour quelqu’un de l’extérieur, on dirait que le groupe s’avoue finalement vaincu. Cela ne semble pas perturber Wire. “On s’est donnés la liberté d’échouer avec un sourire cette fois. Je suis définitivement moins amer. On a toujours été amers sur tout. Cyniques et amers. C’est ce qui nous a fait. Nos albums ont toujours été pleins de haine. Pour la première fois, je pense qu’il y a un peu d’amour sur cet album”.

Il y a aussi un fantôme très évident : le théoricien des Manics, Richey Edwards – un “génie indompté” croit Wire – qui a disparu en 1995. “Les thèmes principaux sont la mort, la solitude et les fantômes, explique Wire. Être hanté par l’histoire et être hanté par ton propre passé”. Edwards est le cœur de Cardiff Afterlife, l’ombre inexprimée derrière Fall Asleep, chanson sur le suicide et le soulagement. “Le sommeil, pour moi, c’est magnifique. Je déteste rêver parce que ça ruine dix heures de bonheur suprême. J’ai fait beaucoup de mauvais rêves quand Richey a disparu. Pas d’horribles rêves, mais des choses harcelantes. Jusqu’à ce qu’on écrive Design For Life, c’était six mois de souffrances”. Lifeblood ne cherche pas à exorciser le fantôme d’Edwards, cependant, il admet simplement “qu’il n’y a pas de réponses”.

Wire trouve le bonheur aujourd’hui en s’isolant. “Je pense que la solitude est une chose vraiment positive. Je chéris immensément la solitude. Dans la société d’aujourd’hui, il y a tant de pressions mise sur communiquer, aller au restaurant, être amis avec les gens.

“Pourquoi ne peut-on pas lire seul ? Pourquoi doit-on aller dans un club littéraire ? Je méprise faire la bise pour dire bonjour. Pourquoi ne peut-on pas serrer la main et se barrer ? Nous quatre avec Richey chérissions ce moment où on regardait la télé, pensait, écrivait, n’importe. C’est beau”.

Wire a beaucoup écrit récemment, à la fois des chansons et des “tirades et rodomontades amères, cyniques et politiquement incorrectes” qu’il projette de publier dans un livre intitulé The Unwritten Diaries. Ce dernier est une soupape de sécurité, “toutes les choses que j’essaye d’éliminer de ma tête sans m’attirer de problèmes quand je fais des interviews. Si tu est honnête, tu fais beaucoup d’erreurs”. Repense-t-il aux choses qu’il a dites et estime-t-il qu’il est allé trop loin ? “Oh, j’ai été un gros con. Je ne crois pas les gens qui disent qu’ils ne regrettent rien. Je regrette des tas de trucs”. Comme dire : “J’espère que Michael Stipe va bientôt rejoindre Freddie Mercury” ? “C’était vraiment mauvais. C’était une idiotie. Le pire, c’était que “les voyageurs devraient être rassemblés et mis sur une île”. C’était stupide. Ça m’a fait paraître bête”.

Tout cela élude la question, quel est l’intérêt des Manic Street Preachers en 2004 ? Les nouveaux venus, ils ne sont probablement pas pertinents, ce que Wire admet joyeusement. “Je ne sais pas si on est pertinents pour ceux qui aiment Franz Ferdinand et les Libertines. J’en suis pas sûr. On pourrait être pertinents pour les fans de Dido. Je m’en fous un peu”.

Pour ceux d’entre nous qui ont grandi avec les Manics, cependant, les regarder aborder leurs histoires alors qu’ils changent en s’approchant de l’âge mûr est toujours une occupation fascinante. “Je pense que notre pertinence réside dans ce que les gens attendent de nous”, approuve Wire.

Si Lifeblood était le dernier album des Manics, comment se sentirait Wire ? “Je me sentirais bien, il hausse les épaules. Je pourrais regarder James [Dean Bradfield], Sean [Moore] et Richey s’il réapparaît, droit dans les yeux et je saurais qu’on aurait bien fait. Ce que je n’aurais probablement pas pu faire avec Know Your Enemy”.

Que ferait-il ? “Je ne ferais rien”, dit-il avec un large sourire. “La fin du groupe ne me pose aucun problème. La joie de juste penser. J’aurais toute la journée à moi pour regarder la télé, bricoler dans mon abri et peut-être écrire un peu.

“L’ennui ne me pose pas de problème. On a été submergés par la culture saut à l’élastique. On doit rechercher l’excitation. On doit faire du rafting, de l’escalade, de l’exploration. Mais on s’en tape ! Quel est l’intérêt d’escalader une montagne ? En fait, je pense que les grimpeurs sont plus égoïstes que toutes les rock stars. Les explorateurs sont les connards le plus vaniteux de la Terre.

“Les navigatrices ! Mais qu’est-ce qu’elles sont vaniteuses bordel !” Et il continue encore et encore. On dirait que nous ne sommes pas prêts à être débarrassés de Nicky Wire.

Lifeblood sort le 1er novembre.

Ian Watson

Traduction – 10 novembre 2004

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