XFM – 1er novembre 2004 : Manic Street Preachers – Lifeblood

Quels effrontés ces Manics ! Comment osent-ils faire quelque chose d’aussi conformiste que vieillir ? Et – oh regardez – ils étaient rebelles, portaient du maquillage et transformaient leurs corps en slogans vivants de cicatrices, mais aujourd’hui ils s’habillent comme des trentenaires ! Inconcevable ! Les Manic Street Preachers, vous comprenez, n’ont jamais manqué de neurones et peut-être – juste peut-être – ont-ils compris que des adultes au double menton ne pouvaient enlever l’eyeliner ?

Lifeblood, leur premier album studio depuis le très long mais bon en partie Know Your Enemy paru en 2001, annonce un changement de direction pour les Manics. Ils n’ont jamais, mais alors jamais, été connus pour leur délicatesse, mais sur Lifeblood, ils excellent dans un genre calme de rage quand ils évitent leur bile. En effet, on n’y trouve pas de chansons ouvertement grossières du genre “REGARDEZ MOI, JE SUIS POLITIQUE !”, et quand ils citent des noms célèbres, comme sur le single de retour très Depeche Modien, The Love Of Richard Nixon, c’est pour agir comme un voile pour l’une de leurs chansons les plus personnelles. Car quand James Dean Bradfield, qui officie désormais en tons bas au lieu de ses braillements plus familiers, chante “L’amour de Richard Nixon / La mort sans assassinat”, est-ce que cela ne pourrait être une métaphore plus appropriée pour un groupe qui vieillit avec grâce alors qu’ils avaient promis de tout abandonner quand leurs pommettes étaient aussi coupantes qu’un rasoir ?

1985 est une grande ouverture, le son des Manics devenant New Order là où avant ils étaient Joy Division, l’âme swinguante de Empty Souls ressemble à une reprise de Phil Spector en 2035, To Repel Ghosts avance tambour battant vers un refrain descendant d’opéra qui montre Bradfield toujours à son meilleur quand on lui donne de petits mantras bouillonnants à répéter encore et encore. Bien sûr, il y a quelques points faibles ; Emily et Glasnost sonnent toutes deux comme si elles avaient été écrites pour Texas, mais quand ils reviennent sur les rails, comme avec l’électro-pop spectrale de Always/Never, ils compensent largement. Solitude Sometimes Is est peut-être la meilleure chanson pop qu’ils aient écrite, leur mélancolie traditionnelle enterrée profondément dans des dynamiques réjouissantes qui se construisent lentement.

“La solitude parfois, c’est quand il n’y a plus rien à donner”, chante Bradfield. À l’évidence, les Manics ont encore beaucoup à donner. Ils devraient être merdiques, mais ce n’est pas le cas. Du tout. Si ce n’est pas la dernière bastion de rébellion, alors nous ne savons pas ce que c’est.

Niall Doherty

Manic Street Preachers, Lifeblood (Sony) sort le 1er novembre 2004

Traduction – 7 novembre 2004

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