PopMatters – 12 novembre 2004 : Manic Street Preachers – Lifeblood

Les Manic Street Preachers, avec Supergrass, sont peut-être les histoires sans succès les plus bizarres des 10 dernières années. Quand le prog Floydien de Radiohead a fait une percée inattendue en 1997, beaucoup prédisaient que les Manics (comme on les appelle) seraient le prochain groupe britannique à être embrassé par les charts américains. Même le groupe semblait convaincu et a sorti le This Is My Truth Tell Me Yours à l’épanchement panoramique – album étalé et grandiose bourré de thèmes politiquement chargés mais à l’universalité frappante. Comme Radiohead, les Manics étaient un groupe britannique qui ne semblait pas s’accrocher de manière réfléchie à son origine nationale, ce qui donnait à beaucoup l’espoir d’une renaissance musicale britannique imminente.

Mais le succès de Radiohead aux États-Unis se révélera être une anomalie, alors que le triomphe des Manics n’est jamais venu. Au lieu de cela, le groupe qui bourrait des stades chez eux remplissait à peine les clubs américains. Il y avait quelque chose de profondément triste dans la vision des Manics qui jouent leurs épiques balayés par les vents dans les confins repliés du Metro de Chicago sur leur tournée américaine pour promouvoir l’album. Leur label, Virgin, était apparemment d’accord avec cela, et a retiré tous les dollars de promotion pour le successeur, la spectaculaire gamelle artistique qu’était Know Your Enemy.

Les attentes ont été baissées de manière appropriée pour Lifeblood, pourtant l’enjeu était de taille. Les Manics ont risqué un manque d’à-propos complet avec une autre daube ainsi qu’une perspective de devenir le groupe britannique insulaire qu’ils n’ont jamais voulu être. Quelle ironie pour le groupe qui a une fois déclaré qu’ils splitteront après leur premier album qui se trouve aujourd’hui à deux pas du dad-rock.

Bien que loin d’un retour fracassant à l’égal de Everything Must Go (le niveau des hautes eaux de leur carrière), Lifeblood devrait rassurer le public sur le fait que les Manics ne sont pas encore en faillite artistique. Afin de réclamer une partie de leurs gloires du passé, les Manics fouillent dans le passé – sans le revivre pour autant. Les synthés aériens font une subtile allusion à ce que les paroles explicitent : Bradfield, Wire et Moore sont dans un état d’esprit années 1980. Certains les traiteront sans doute de revivalistes et de colporteurs effrontés de nostalgie. Des citations flagrantes de Morrissey et Marr ainsi que des chansons intitulées Glasnost et 1985 fournit certainement du fourrage pour les accusateurs.

Mais Lifeblood est plus une eulogie qu’un hommage. Il y a une tristesse accablante dans les opérations, comme si les Manics disaient au revoir à la décennie qui a vu naître leurs héros musicaux et a formé leur son. A Song For Departure et Empty Souls, avec leurs faibles lignes de piano et le gémissement mélancolique de Bradfield, montrent que les Manics peuvent toucher une note personnelle inhabituelle. À la différence de Truth, qui n’a jamais opté pour les gestes subtils lorsque les grands étaient possibles, Lifeblood préfère des ombres plus modestes et mineures. Le changement leur va bien. Bradfield, dont la voix n’a jamais été aussi assurée et honnête, complète sa nouvelle palette avec des guitares de plus en plus expressives. Cela est le mieux illustré sur To Repel Ghosts qui se classe facilement parmi les cinq meilleures morceaux post-Richey que le groupe ait sorti. (Pour ceux qui ne sont pas familiers, Richey James était le second guitariste du groupe avant sa brusque disparition avant l’enregistrement de Everything Must Go).

La mélancolie mélodique de Lifeblood, bien décrite par Wire comme “pop élégiaque”, fonctionne en majeure partie, cependant, leur son lourdement produit glisse parfois dans le larmoyant. Emily est un agresseur particulièrement fameux avec ses claviers new-age et ses paroles involontairement hilarante (“Emily, a simple word called liberty” – “Emily, un simple mot qu’on nomme liberté”). De même, il est difficile d’imaginer de la mélasse comme Cardiff Afterlife aller sur l’album sinon au nom de maintenir une humeur consistante. Malheureusement, les Manics confondent assourdissement et chagrin.

Néanmoins, ces petites erreurs éclipsent à peine les talents du groupe. Les Manics, tout en étant peut-être plus aussi essentiels qu’il y a dix ans, se taillent une nouvelle voie à une époque où la plupart des groupes ont entièrement abandonné le processus créatif. Richey peut être mort depuis longtemps, mais il y a toujours du sang chaud qui coule dans les veines des Manics. Ils sont réels – bien que peut-être pas de la manière dont l’histoire avait prévu.

Jon Garrett

Traduction – 5 janvier 2005

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