The Age – 12 novembre 2004 : Manic Street Preachers – Lifeblood 3/5

Le concept du vieillissement est un anathème en musique pop. Personne ne veut admettre que cela arrive, encore moins en discuter – cela va d’artistes qui craignent la Faucheuse créative à des publics qui ne veulent pas que leurs perceptions soient remises en question. Au mieux, si un groupe tient assez longtemps, il gagne le droit d’être décrit comme “expérimenté”, ce qui est l’équivalent musical de la montre en or et du compliment après 20 ans dans l’atelier. Mais sur le nouvel album du trio gallois Manic Street Preachers, leur septième disque en 12 ans, on entend un groupe qui a bien vieillit (ils sont dans la deuxième moitié de leur trentaine), et c’est inattendu.

Les meilleures chansons de Lifeblood ont un sentiment d’empathie et d’émotion partagée. Là où avant ils bouillonnaient de rage à peine maîtrisée et grondaient férocement des slogans agitprop, les Manic Street Preachers ont trouvé une manière de conserver leur passion en la rendant inclusive. Ce n’est pas aussi palpitant que leurs premiers disques, et ce n’est pas toujours exact, mais quand cela marche, c’est profondément affectif.

Les chansons de Lifeblood virent vers le son que le groupe rejetait lorsqu’il s’est formé en 1986 : le stadium rock. Il y a bien plus qu’un soupçon de Simple Minds et de The Alarm dans le retentissant solo de guitare qui sort de Glasnost ou dans le piano qui domine Empty Souls, mais en tant qu’arrangeurs, le chanteur-guitariste James Dean Bradfield et le batteur Sean Moore refusent de se donner dans la grandiloquence.

Ils sont aussi en harmonie avec les paroles du bassiste Nicky Wire, qui a trouvé une certaine clarté dans sa verbosité. Chacun porte l’autre lorsqu’il est nécessaire : les mots de Wire sur 1985 qui ouvre cet album flirte avec la nostalgie (perche facile pour les groupes “expérimentés”), mais le sombre et résigné crescendo du refrain vous garde dans la chanson lorsqu’elle menaçait de partir à la dérive. Il y a des morceaux où la combinaison a des ratés, comme le morne Always/Never ou l’ampoulé Emily, mais le meilleur compense le moindre et le single The Love Of Richard Nixon est un grand moment de leur carrière.

Poussé par un soupçon des premiers Depeche Mode et la même fascination inquiétante que REM a donné à World Leader Pretend, il ne rend pas de jugement sur l’ancien président américain, mais mélange la tragédie et la réussite. La chanson nous dit qu’on ne peut facilement catégoriser ou mettre une croix sur une vie et, à la fin, Lifeblood fait de même pour les Manic Street Preachers.

Craig Mathieson

Traduction -7 janvier 2005

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