Sunday Herald – 31 octobre 2004 : Prêcher des convertis

Rock et pop : Manic Street Preachers – Lifeblood (Sony) 2/5

En musique – autant qu’en politique, avec l’honorable exception de l’homme du monde qui boit du thé, Anthony Wedgwood Benn – on devient toujours ce qu’on a commencé par détester. Grattez un hippie et vous trouverez du conservatisme mesquin plutôt que du libéralisme de libre pensée, laissez un punk parler assez longtemps et vous trouverez un Tory en habits égalitaires. (Le scandale qui a accueilli Paul Weller en 1979 quand il a dit qu’il voterait pour Thatcher était, vous devinez, motivé moins par le dégoût que par la rage de milliers de punks de la Little England qui ont vu voler leur couverture.)

Et c’est pareil avec les Manic Street Preachers. Moins révolutionnaires qu’ils étaient réactionnaires (bien que, d’ordinaire, ce n’est que le temps qui sépare les deux), ils sont apparus, en 1990, dans une brume de slogans politiques bêtes mais efficaces, d’eyeliner mal appliqué et de chemises peintes au pochoir. Ils ont déclaré qu’ils se mettraient le feu chez Top Of The Pops. Ils ont déclaré que leur premier album se vendrait à 30 millions d’exemplaires et qu’ils se sépareraient sur le champ. Ils ont fait des déclarations controversées dans la presse musicale, revendiquant qu’ils détestaient Slowdive, shoegazers oubliées depuis longtemps, plus qu’ils ne détestaient Hitler.

Néanmoins, ils semblaient toujours avoir quelque chose : malgré toutes les fanfaronnades et les phrases toutes faites délibérément controversées, ils étaient intelligents : leurs paroles remplies d’allusions littéraires, leurs pochettes de disques surchargées par des citations de philosophes, activistes, hommes politiques et écrivains.

Si vous auriez dit au fan moyen des Manics il y a dix ans qu’un jour ils écriraient une apologie de Richard Nixon, vous auriez été accueillis par un cri d’effroi – pourtant la voila, The Love Of Richard Nixon : tranche d’été de mélancolie pop qui déclare essentiellement que oui, vous savez, c’était un gars incompris.

Oubliez le Watergate, ses incursions meurtrières à lui et Henry Kissinger dans la politique américaine, le fait qu’il ait sabordé le traité qui aurait pu mettre fin à la guerre du Vietnam en 1968, purement pour le profit électoral. “Les gens oublient la Chine, et ta guerre au cancer”, chante James Dean Bradfield avec une telle banalité qu’il est difficile de prendre quoi que ce soit sur cet album au sérieux.

Peut-être que c’est une blague, une plaisanterie aux frais de tous ceux qui ont une fois pensé que les Manics croyaient en tout sauf en la superficialité (bien qu’il semblerait que cela ait été fait dans le plus grand des sérieux). Peut-être que c’est le vieil âge contrariant, les vrais sentiments d’un groupe dont le cœur politique a disparu quand le guitariste et parolier Richey Edwards a abandonné sa voiture près du Severn Bridge neuf ans auparavant, pour ne jamais réapparaître.

À part l’échec commercial et critique du dernier album, le punky Know Your Enemy (lancé à Cuba, avec le vieil ennemi de Nixon, Fidel Castro, dans le public), la dernière décennie des Manics a été remplie de : ventes d’albums, acclamation pour avoir traiter la disparition d’un ami avec dignité et une palette de son de plus en plus riche. Lifeblood, malgré ses couches de claviers et ses guitares chatoyantes, est un album curieusement mort, poli et adulte, oui, mais (à l’exception de l’excellent To Repel Ghosts) qui manque de tout ce qui se rapproche de la rage ou de l’émotion.

Le problème ici n’est pas que le groupe devrait préserver leur jeune personnalité dans l’aspic – qui, à part les fans de Limp Bizkit, veut écouter des adultes qui s’enragent comme des adolescents rebelles ? Le problèmes, c’est que dans des chansons comme 1985, I Live To Fall Asleep et Solitude Sometimes Is, ils sonnent comme un groupe qui a cessé depuis longtemps de s’intéresser à tout. Trop vieux pour l’ironie post-moderne, ils ont glissé dans le coma musical apathique. Il y a du répit. To Repel Ghosts contient un peu de gloire orchestrale qui caractérisait Everything Must Go et Cardiff Afterlife, qui referme l’album, est un doux hommage en ton mineur à Richey Edwards.

Cela, cependant, ne suffit pas à sauver Lifeblood de ce qu’il est. Là où il devrait voler, il s’effondre par terre, et quand il devrait être plein d’énergie, il est léthargique et anémique. Pour un groupe dont la meilleure musique était nourrie d’adrénaline, de rage justifiée et d’une croyance dans le pouvoir de la pensée, c’est un désolation : moins une admission de défaite qu’une déclaration que la bataille n’en valait pas la peine.

TÉLÉCHARGEMENT RECOMMANDÉ :
To Repel Ghosts

Leon McDermott

Traduction – 5 novembre 2004

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