Elektrolurch – 18 novembre 2004 : Spécial Manic Street Preachers

Le septième album tant attendu des Manics, Lifeblood, sort enfin maintenant. Mais James Dean Bradfield, Nicky Wire et Sean Moore n’ont pas chômé ces deux dernières années.

C’est en 2002 qu’est sorti le best of Forever Delayed et l’année dernière la compilation de faces B et de raretés Lipstick Traces – A Secret History Of Manic Street Preachers.

Le dernier album studio du groupe Know Your Enemy date de 2001 et a atteint avec sa treizième place dans les charts allemands le meilleur placement des Manics dans ce pays. Pour le nouvel album, Nicky Wire et James Dean Bradfield se remettent en question.

1. D’où vient le titre de l’album Lifeblood ?

Nicky : L’idée est venue quand j’étais en novembre de l’année dernière à New York. Le nom symbolise notre joie de l’unité retrouvée du groupe. Il représente ce que signifie le groupe pour nous. C’est notre nerf vital. Une notion appropriée qui s’est finalement imposée comme titre de l’album.

2. Qu’est-ce que tu veux dire par “unité retrouvée du groupe” ?

Nicky : Je ne sais pas. D’un coup, on s’est sentis à nouveau ensemble. On avait le sentiment que ces chansons reflétaient notre état présent : comment on pense, où on est, notre âge et ce qu’on a vécu. Tout s’est déroulé très naturellement. Après le best of, on a eu la possibilité de commencer quelque chose de nouveau. Voilà ce que je veux dire.

3. Vous êtes-vous senti consommés ?

Nicky : Un peu. avant tout, on avait le sentiment qu’il y avait un tas de jeunes groupes qui jouent de la musique à guitare forte et qui sont beaux contre lesquels on ne pouvait rivaliser. Cet album est calme. Normalement, on attend des Manics des déclarations profondes et saisissantes. C’est un album qu’on aimera avec le temps. C’était notre but. Bien sûr, on aime toujours les grandes déclarations. Mais cette fois, on s’est intéressés à la mélodie et à la beauté des chansons.

4. Quel rôle a joué la pression de l’attente après vos deux derniers albums à succès ?

Nicky : Oui, il y a eu de la pression. Je mentirais en affirmant qu’il n’y a pas eu de pression. On s’est nous-mêmes mis sous pression et d’autres facteurs sont rentrés en jeu. On a dû s’en séparer et nous libérer pour tout recommencer, oublier la maison de disques et les fans pour faire un album qui pouvait plaire à tout le monde, peu importe l’âge. C’est notre disque le plus pop qu’on n’ait jamais fait. Je ne parle pas de pop au mauvais sens, mais comme élan expérimental.

5. Combien de temps avec-vous travaillé sur Lifeblood ?

Nicky : La première chanson est née il y a 18 mois. C’était Fragments. Puis est venue Solitude Sometimes Is. Au bout du compte, on a travaillé sur l’album pendant environ dix-huit mois. Après l’album best of, on a d’abord pris une pause pour mettre les idées au clair.

6. Pourtant, il y a des chansons que l’on peut qualifier de politique, comme le premier single The Love Of Richard Nixon. Quelle idée se cache derrière cette chansons ?

Nicky : La chanson est une métaphore de comment la gloire et l’éclat sont souillés. On reste dans l’esprit de la plupart des gens pour des trucs précis. Nixon reste toujours dans la mémoire à cause du Watergate, non pas pour ses bonnes actions, comme le fait qu’il ait été le premier président américain à reprendre des contacts avec la Chine, à enrayer la course aux armements, et à lutter contre le cancer. Il restera toujours dans la mémoire à cause du Watergate. C’est valable pour tout le monde. On ne va peut-être rester dans la mémoire qu’à cause de la disparition de Richie, et non pas pour nos chansons. Cette chanson est une sorte de chanson d’amour ou de complainte sur combien les Manics sont mal compris. Je ne la qualifierais pas directement de politique. Elle n’est pas dirigée contre Nixon ou les États-unis. Elle parle de comment c’est quand on reste dans la mémoire pour les mauvais trucs.

7. “Death without assassination” (“mort sans être assassiné”) – est-ce que ce vers de The Love Of Richard Nixon se rapporte au fait qu’il ait été le premier président américain à avoir démissionner ?

Nicky : Oui, et à la réflexion que s’il avait été assassiné, il serait vraisemblablement resté dans la mémoire autrement. Par exemple, Kennedy était un plus mauvais président. Il a été le premier à envoyer des troupes au Vietnam, à approuver l’action dans la baie des cochons et il a eu tout un tas d’aventures. Mais on se rappelle de lui en bien, pas vrai ? C’est la contradiction sur laquelle la chanson attire l’attention.

8. Pourquoi n’avez-vous pas écrit de chanson sur l’actuel président américain George W. Bush ?

Nicky : Ce n’était pas une nécessité pour nous. Cela pourrait sembler étrange parce qu’on a toujours été très politiques. Mais je crois qu’on a dit tout ce qui était important sur Know Your Enemy. La chanson Freedom Of Speech Won’t Feed My Children dit véritablement tout sur la politique étrangère américaine. Quand on l’a écrite, ce n’était pas à la mode, pour dire la vérité. On a été critiqués pour cela. Aujourd’hui, après la guerre en Irak, il est naturel que tout le monde écrive une chanson anti-Bush. Je pense qu’on l’a déjà faite. Toute notre critique de la politique étrangère américaine se trouve sur ce disque [Know Your Enemy, 2001].

9. La chanson Emily, votre hommage à la Suffragette britannique Emily Pankhurst, n’est-elle pas une chanson politique ?

Nicky : Oui, s’il y a une chanson vraiment politisée sur l’album, alors ce serait celle là. L’idée qui se cache derrière elle, c’est de ne pas oublier comment les femmes ont obtenu le droit de vote, comment les Suffragettes se sont battues pour l’avoir, comment on s’en moque aujourd’hui. C’est arrivé il y a 80 ou 90 ans. Ces personnes nous fascinent. On voulait écrire une chanson vraiment belle dessus. Une sorte d’hommage à quelqu’un qui n’est pas oublié. Aujourd’hui, c’est plutôt quelqu’un comme la Princesse Diana qui est considérée comme une féministe, pas Emily Pankhurst. C’est très, très triste. Juste parce qu’elle a serré quelques mains.

10. “Replaced by charity” (“Remplacée par la charité”) – qu’est-ce qui est dit dans ce vers extrait de Emily ?

Nicky : Tout est réduit. La charité remplace les vraies idées politiques, comme par exemple être ambassadeur de l’UNICEF. C’est sûrement une mission importante, qu’on ne me méprenne pas. Mais c’est quelque chose de tout à fait différent des vraies idées. L’idée de cette chanson était de montrer comment les gens qui ne le méritent pas vraiment sont mis sur un piédestal.

11. On présume que Glasnost est une chanson politique. En est-elle une ?

Nicky : Pour nous, c’est une pure métaphore. Glasnost était l’ouverture économique de la Russie. Pour nous, cela signifie qu’on s’est ouverts en tant que groupe. Il y a un vers qui dit : “Si nous pouvons encore tomber amoureux, alors viens avec nous – faisons notre propre Glasnost”. Pour la première fois sur cet album, il y a plus d’amour que de haine. Normalement, nos albums sont pleins de haine. Pourtant, en ce moment, c’est différent, on a changé. Ce qui ne veut pas dire qu’on est extrêmement heureux. Aujourd’hui, on est tout simplement au même niveau et on pense de la même manière. C’est de cela il s’agit dans Glasnost : si on peut changer, on espère que d’autres le fassent. Car cet album va déconcerter une partie de nos fans. Celui qui aime The Holy Bible ne comprendra pas entièrement ce disque. Il est complètement différent. J’essaye d’expliquer cela.

12. Les Manic Street Preachers ne sont-ils plus les jeunes hommes en colère que nous connaissions ?

Nicky : Une partie est encore là. Mais en même temps, on ne veut plus être les jeunes hommes en colère. Cela ne nous correspond plus. Ma tête est toujours furieuse, mais on essaye de se diriger dans d’autres voies. Cet album est caractérisé par plus de clarté et d’immédiateté, sur les plans musical et lyrique. Cela a ouvert pour James de nouvelles possibilités de chanter. Il avait tant à dire. Je voulais tout simplement lui donner l’opportunité de chanter.

13. James, de quoi parle exactement Nicky ?

James : Je pense que Nick avait encore des trucs politiques à dire, seulement cette fois il n’a pas trouvé les bons mots pour les exprimer. On ne peut pas forcer les gens. C’est pour cela qu’il a écrit sur des thèmes humains.Des thèmes qui ne peuvent pas être jugés. C’est aussi une question d’âge. Être jeune ne signifie pas qu’avoir de bons os et plus de cheveux. Tu te sens avant tout invulnérable. Cela ne me correspond plus. Quand tu es jeune, tu ne te sens pas en erreur, tu crois que ton opinion est bonne. Tu te sens inattaquable.

C’est comme un gilet pare-balles au sens figuré. Quand je regarde avec le recul certaines de nos premiers textes, je ne les trouver certes pas faux, mais souvent un peu exagéré. Une fois qu’on constate qu’on n’est plus invulnérable alors on parle des choses de manière plus humaine. Mais honnêtement, cela vaut pour tous les groupes qui ont fait plus de sept albums. Des contradictions au sein de ce qu’on a dit à cette époque ne pouvaient manquer d’arriver. Cela vaut pour tous les groupes. On constate ici qu’on n’a pas toujours dit entièrement la vérité, mais fait des erreurs. C’est pour cela que cet album montre, je pense, plus d’ouverture et humanité. Et moins d’arrogance.

14. Les Manic Street Preachers ne sont-ils plus les “prédicateurs en colère”, James ?

James : Je pense qu’on l’est encore sur scène. Et je le suis encore en tout cas, avant tout en studio. Je pourrais parfois tuer les ingénieurs et les producteurs avec qui on travaille. Cela jaillit toujours en moi. On est peut-être maintenant les Rôdeurs Street Preachers.

15. Avec Greg Haver, vous avez pour la première fois avec Lifeblood choisi un producteur pour presque tout l’album. Pourquoi ?

James : J’ai failli tuer Greg à quatre reprises, mais au fond je l’aime bien. Il est excellent. On travaille avec lui depuis 1996. Il a fait une grande partie de nos démos et a été en tournée avec nous, il jouait des percussions. Et il a produit une grande partie de nos faces B. Il y a deux ans, il a commencé à produire d’autres choses, beaucoup d’indé. On s’est brusquement rendu compte combien il était devenu important pour nous. Cela ne nous avait pas frappé.

Tout à coup, cela aurait presque été une insulte de lui confier la production d’une face B. Et c’était un bon contraste au travail de Tony Visconti, avec lequel on a fait quatre morceaux. Trois d’entres eux ont terminé sur l’album. Le meilleur du travail avec Tony a été qu’il nous a montré que les meilleures choses ne devaient pas nécessairement être les plus compliquées. Il nous a convaincu de reculer de quelques pas et d’être plus décontractés pour continuer. Moins sur la production que réfléchir sur la musique. Comme on l’avait fait avant.

On a pu transposer tout ce qu’on avait appris de Tony à notre retour de New York avec Greg. Avec Greg, on avait quelqu’un qui nous connaissait et à qui on faisait confiance. Tony a fait du bon travail car il nous a fait comprendre que cela dépendait des choses simples qu’on avait déjà oubliées. Après les quatre morceaux avec lui, on a constaté qu’on n’avait plus besoin de lui. Mais c’était une bonne expérience qu’il nous ait encouragés de nous faire à nouveau confiance.

16. Pourquoi avez-vous travaillé avec Tony Visconti ?

James : Parce qu’on aime son travail. J’aime ce qu’il a fait avec les Stranglers, la plupart de ce qu’il a fait avec Bowie, il n’y a que T.Rex dont je ne suis pas un grand fan. Mais aussi ses enregistrements avec les Iveys sont bien, c’est un groupe gallois qui deviendra plus tard Badfinger. Avant tout les albums qu’il a produits, mes préférés sont Low et Scary Monsters. On dirait qu’ils sont difficiles, mais en réalité, ce sont quatre à cinq musiciens qui jouent des choses différentes. Et qui communiquent entre eux. Parfait ! À l’époque, il voulait produire notre deuxième album, mais on a refusé surtout parce qu’on avait déjà quelqu’un d’autre. C’est pourquoi c’était vient de se rappeler de cela.

Peut-être est-on aujourd’hui plus réceptif à l’autorité de son âge. Comme Mike Hedges qui mesure plus de deux mètres, a les cheveux roux et ressemble à un monstre. Il rayonne d’autorité. C’est là qu’entre son âge. Mike a produit tant d’albums que j’admire. En tant que musicien, on sait comment ces gens étaient biens. Toujours est-il qu’avant ils n’avaient pas la technologie d’aujourd’hui à disposition. Ils disposaient tout simplement d’une faculté de juger sûre, d’un bon goût et étaient de magnifiques techniciens. Avec cette sagesse, on est bien clairs. Mieux qu’avec un jeune producteur qui expérimente le son avec beaucoup d’argent. Mike place quelques micros et c’est bien. Ce savoir artisanal m’impressionne plus qu’un tas de trucs.

17. Vous citez des écrivains et des poètes comme Carolann Duffy, Elizabeth Jennings et Louis McNiece comme source d’inspiration de vos paroles. Que pouvez-vous dire dessus ?

Nicky : Ses poèmes [de Carolann Duffy], en particulier le recueil The Feminine Gospels, sont excellents. C’est pratiquement l’histoire des icônes féminines. On doit les lire. Cela nous a beaucoup inspirés. Ainsi que Emily Pankhurst. C’est comme s’ils abordaient un côté féminin et sensible qui se trouve en nous et qu’on avait perdu. Je lis beaucoup Elizabeth Junnings. C’est cette idée que les gens qui aiment vraiment ne perdent pas beaucoup de salive à propos de cela, tandis que ceux qui en parlent beaucoup se séparent fréquemment.

Le fait qu’on se comprenne depuis longtemps doit signifier quelque chose. Elizabeth Jennings nous a influencés. Ainsi que le poète Louis McNiece avec son idée de solitude. Être seul en tant que quelque chose de positif – c’est le thème central de l’album. Tout comme on a passé sa jeunesse à écouter de la musique, à promener le chien – cela marque son attitude. Quand on veut aujourd’hui être seul, on est presque un marginal, un cinglé. C’est bien d’être seul, je pense. J’ai passé seul une partie des meilleurs moments de ma vie. Je pense qu’on ne devrait pas craindre d’être seul.

18. Quels écrivains gallois vous ont marqués ?

James : R.S. Thomas a été un de nos grands héros. Au Pays de Galles, il y a depuis longtemps des tensions entre ceux qui parlent gallois et ceux qui ne font plus rien. Il s’agit de l’identité du Gallois qu’il soit ou Gallois du Sud, qui ne parle plus gallois et qui sont de vrais Gallois. R.S. Thomas a toujours essayé de combler ce fossé. Pour lui, il n’y avait rien de pire qu’une nation divisée, qui se bat entre elle. Un excellent poète qui écrivait dans sa deuxième langue, énorme concession avec le but de tout atteindre : il a écrit en anglais.

19. Y’a-t-il aussi des musiciens gallois qui vous ont inspirés ?

James : Aucun, pour dire la vérité. À l’exception de Tom Jones qui est très estimé même quand il a fait dans le comique. Les musiciens gallois l’ont toujours respecté car Elvis l’admirait. Elvis venait chercher ses conseils pour la voix et l’enregistrement. Nous, c’est plutôt la littérature galloise qui nous a inspirés. Des livres de R.S. Thomas, de Dylan Thomas. Et des gens comme Richard Burton.

Il n’était pas parfait, ce que j’aime, c’est qu’il était auto-destructeur. Il a donné sa réputation de meilleur acteur à Laurence Olivier pour beaucoup d’argent, juste pour pouvoir acheter à Elizabeth Taylor le plus gros diamant du monde. Il avait un côté autodestructeur et mélancolique. Au commencement, on était des gens amers et confus, ce que j’aime bien chez nous. Je crois qu’on a beaucoup en commun avec les Scandinaves. Ce sombre côté mélancolique. Nick nommerait plus d’auteurs que moi, mais en tout cas, ils nous ont plus marqués que les musiciens.

20. Ton Top 5 albums de tous les temps ?

James : Dans tous les cas, Scary Monsters. Real Life de Magazine. 1-2-4 de Wire. J’aimerais y ajouter le Clash, mais je ne peux plus entendre leurs albums. J’aime Rattlersnakes de Lloyd Cole & The Commotions. Et 15 Seconds de The Cure, c’était un album révolutionnaire.

21. Pas de groupe gallois ? Pourquoi ?

James : Non, il n’y a pas beaucoup de groupes gallois de toute façon. Le seul qui ressort, c’est Fuzzy Logic, le premier album de Super Furry Animals. Et Badfinger, que j’avais oublié. Mais sinon, il n’y a pas beaucoup de groupes gallois, à part Budgy, un groupe de métal, Man…

22. On sait peu de choses de votre vie privée. Qu’est-ce qui rend votre relation entre vous trois particulière ?

Nicky : Je sépare très nettement ma vie privée avec ma femme et mon enfant de celle du groupe. Je suis marié depuis onze ans. Mais je n’en parle pas. C’est grandiose, blah blah, ma fille est merveilleuse. Cependant, je ne dois pas écrire de chanson dessus. Je me sens plus sûr dans mes pensées. Je crois qu’on est tous les trois pareils et qu’on laisse ces choses en dehors et qu’on se concentre sur le groupe. Surtout qu’on a trouvé ces deux dernières années un dénominateur commun pour nos chansons.

Et on ne doit pas se faire de soucis à cause de la grande apparition à Cuba ou de la conférence de presse, mais on a essayé de faire autre chose. Ce qui rend notre relation entre nous trois si particulière, c’est qu’on se connait depuis qu’on a cinq ans. On est allées ensemble à l’école. On a d’abord été amis, puis musiciens. Cela nous a beaucoup aidés.

23. Qu’est-ce qui vous lie exactement ?

James : Je ne sais pas si tu as encore des amis d’enfance. On vient d’une région peut-être pas isolée mais rurale avec beaucoup d’industrie. Là-bas, on vit en petites communautés très fermées. Ce qui nous rendu amis, c’est la circonstance qu’on était différents du reste. On s’isolait. Cela nous a sondé à jamais, quand on est sur la même longueur d’onde, mais qui est complètement contraire au reste. Avant tout, quand on fonde un groupe, le sentiment de gang s’y rajoute. Sans trop gonfler cela, c’était quelque chose de particulier, notre rencontre. On a tant en commun.

Avant, le lieu où on vivait nous rendait malheureux. Et chacun de nous essayait de la même manière de s’en éloigner. Avec des groupes comme le Clash et les livres de Jack Kerouac et de Jean-Paul Sartre qu’on a lus quand on était jeunes. Bien sûr beaucoup de films comme Rumble Fish de Coppola. C’était un de ces moments durant lesquels quatre jeunes qui ont besoin de chacun se sont trouvés. Il s’agit de choses esthétiques, comme les livres, les films, la musique ou le café commun. On s’est fertilisés et c’est de là qu’est venu le goût qui avait déjà à voir avec se sentir différent du reste, comme les grands fous. Quand on a eu du succès en tant que groupe, cela a renforcé le sentiment d’être faits les uns pour les autres. Aussi quand les choses vont de travers, on était encore liés. Comme une sorte de mariage.

24. C’est n’est pas inhabituel. Ce qui est singulier, c’est que vingt ans plus tard, vous soyez encore ensemble. La plupart du temps, on s’éloigne au fil des années quand on fonde une famille et que le centre de gravité de la vie change.

James : Cela ne se passera pas pour nous, même si le groupe se sépare. Nick et moi discutons plusieurs fois par jour, parfois juste des choses qu’on a vues à la télé ou lues dans le journal. La plupart du temps de sport. C’est tout autre que glamour. On a toujours été fans de sport, cela nous liait dès le début.

S’il n’y avait plus de groupe demain, je parlerais avec Nick de l’équipe galloise de rugby, du football ou de la boxe, du criquer ou d’un autre sport. Et Sean est mon cousin, on vit ensemble depuis qu’on a onze ans. Même si on était plus ensemble dans le groupe, on serait quand même ensemble. Je me demande toujours pourquoi les gens vont aux rencontres scolaires. Car je n’ai jamais perdu le contact avec mes anciens amis. Pourquoi revenir dans le passé pour rencontrer des gens qui ne se sont jamais donné la peine de prendre contact avec toi durant toutes ces années ? En admettant que ce soit arrogant parce que je suis dans l’heureuse situation d’être toujours avec mes amis d’avant. Et d’avoir un travail que j’aime.

25. On a d’abord fait l’éloge de vos textes politiques. Plus tard, on vous a reproché qu’ils soient un calcul commercial. Qu’en pensez-vous ?

Nicky : Prends par exemple If You Tolerate That. La chanson parle de la guerre d’Espagne. Ce n’est pas vraiment un thème commercial qui puisse en aider un économiquement. Je ne trouve pas cela juste. Manic Street Preachers, This Is My Truth, Tell Me Yours, If You Tolerate This, The Your Children Will Be Next, ce ne sont pas des singles pop typiques. Quand Tolerate est devenu numéro un, c’était avec le recul un des meilleurs moments du groupe. Le sentiment d’avoir atteint quelque chose.

J’étais vraiment fier. Car la guerre d’Espagne était, je veux dire, cette chanson est effectivement presqu’une chanson pro-guerre. Il n’y a pas beaucoup de groupes qui écrivent des chansons pro-guerre. Je suis ouvert à toutes les accusations en ce qui concerne cette trahison. Quand tu fais cela depuis douze ans, tu es obligé de faire des trucs presque bizarres. Quand on a fait cela alors c’est devenu un album sur Richie qui a disparu et c’est pour lui qu’on pleure toutes les larmes de nos corps. Mais on n’est pas comme cela.

26. Parlez-vous encore de Richie dans les interviews ?

Nicky : Comme on a dit, cela remonte à dix ans. Dans trois mois, cela fera dix ans. Sur l’album, il y a la chanson Cardiff Afterlife qui parle un peu de lui. Un peu dans le vers : “Je garde le silence / Tes souvenirs m’appartiennent encore”. On ne veut pas que les médias influencent les souvenirs qu’on a de lui. Ils doivent rester purs. Car la plupart sont bons, il y a que dix pour-cents au grand maximum qui sont fous. Il y a naturellement un côté sombre. Mais aussi un autre, dans lequel on a joué au foot et au rugby pendant dix ans. C’est de cet équilibre dont il s’agit.

27. Des projets pour l’avenir ?

Nicky : Une grande tournée anglaise se profile et on espère tourner en Europe en février et mars. Cet album va grandir, je pense. Cette fois, il ne s’agit pas de déclarations pesantes. Je pense que les gens vont l’aimer avec le temps. J’espère qu’il nous emmènera partout.

Traduction – 20 janvier 2005

Poster un commentaire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :