Motor.de – 18 novembre 2004 : Tout s’en va

Beaucoup de coups du destin ont marqué le trio gallois. Tout commence dès leur enfance, quand les mines ont été fermées et que Blackwood, dans le Gwent, voyait un triste avenir devant elle. James Dean Bradfield (chant/guitare), Nicky Wire (né jones, basse), Sean Moore (batterie) et Richey James Edwards (guitare) ont tout grandi dans les années soixante-dix et ont depuis 1989 à l’aide de paroles intellectuelle et de mélodies accrocheuses ouvert la voie pour faire rentrer le socialisme dans le salon de la Grande Bretagne. Quand Richey a disparu en 1995 sans laisser de traces, le reste des Manics ont décidé – après une courte pause – de continuer quand même. Richey n’a toujours pas été retrouvé. Aujourd’hui sort le septième album des Manics, Lifeblood, et le contenu politique n’en est pas devenu plus faible.

James : “Il y a toujours eu des moments dans notre passé, surtout quand nous sortons des affirmations politiques, où les gens – en particulier ceux de notre public – ont pensé : Mais pourquoi ne fermez-vous pas votre clapet !? Pourquoi devez-vous tout remettre sur le tapis ? Mais il y a des thèmes qui sont importants à nos yeux car on a grandi avec et on a été marqués par eux. Bien sûr, il y a des gens qui ont grandi à la même époque en Grande Bretagne et qui n’ont pas vécu tout cela parce que l’industrie de l’acier et du charbon n’ont pas été établies dans leur région. Ces gens veulent qu’on joue des chansons comme You Love Us (1992) et A Design For Life (1996) et ils se demandent pourquoi on fait une tournée dans des grandes salles et quand ce gars (Nicky Wire) va enfin retirer cette jupe. Je pense aussi que la plupart viennent pour passer un très bon moment”.

A Design For Life est devenu en quelque sorte un hymne de la classe ouvrière. Comment expliques-tu qu’il y ait encore aujourd’hui en Europe un système de classes ?

James : “En Grande Bretagne, tout cela résulte d’un provincialisme ou aussi d’une antipathie envers le gouvernement central de Londres. Comment lie-t-on l’attitude des Londoniens avec celle des Mancuniens et des Glaswegiens ? Il y a de si grandes différences entre les régions de Grande Bretagne, même si je suis sûr que ces différences existent aussi en Allemagne. Berlin est si différente de Münich, mais le système de classe ne fonctionne plus ici. Je pense qu’il est réduit au fait que notre système de parti soit si polarisé. Quand on mentionne le mot Socialisme en Allemagne, il a une tout autre signification qu’en Grande Bretagne. Si on se déclare socialiste après l’Europe de l’Est, les gens se demandent comment on ne peut être qu’un simple socialiste en Grande Bretagne. Le parti travailliste a toujours dit qu’il était un parti socialiste et la Grande Bretagne n’est pas un pays communiste mais on ne doit pas non plus croire au communiste et on peut quand même vivre dans un système de concurrence : les travaillistes contre les conservateurs. Chacun croit à la liberté d’expression et à la démocratie, mais ce sont tout simplement les idéologies radicalement différentes dans ce pays qui entretiennent le système de classes. Mais je dois dire que les frontières entre la gauche et la droite se confondent tellement aujourd’hui que la classification n’est pas un si grand thème. Naturellement, pas en entier, mais on peut prévoir la tendance”.

Lorsqu’on se rend compte que le capitalisme a gagné et qu’il fonctionne sur divers plans en Europe, alors on doit tout simplement dire qu’il est ce que nous méritons.

“Certains disent que la démocratie a disparu parce qu’il y a de plus en plus de gens qui ne vont pas voter, etc., mais elle fonctionne. Le parti travailliste, malgré tout le mal qu’il a fait, nous a donné une décentralisation. On doit aussi admettre qu’on y a tous contribué. Quand j’étais jeune, la classe ouvrière, cela voulait dire qu’on pouvait à peine se permettre d’avoir une voiture et qu’on ne pouvait pas partir en vacances. Aujourd’hui, les gens sont plus riches qu’avant et je ne pourrais dire s’ils appartiennent encore à la classe ouvrière”.

Votre dernier album Know Your Enemy (2001) était également dirigé contre vous-mêmes, après que son prédécesseur This Is My Truth Tell Me Yours (1998) ait été liquidé.

James : “Know Your Enemy était une réaction au fait que nous pouvions nous accrocher aussi longtemps. Il y a un fils entre Everything Must Go (1996) et This Is My Truth Tell Me Yours. Après la disparition de Richey, on a essayé de nous cacher derrière la musique et on a honnêtement fait du travail relativement meilleur. La rage était encore présente dans nos paroles, mais elle devait se manifester dans la musique. Tout s’est passé de manière subconsciente. La comparaison clache certes un peu, mais c’est pareil quand tu fais un régime. À la fin, tu te gaves à nouveau de fast food. D’accord, si tu étais moi, tu le ferais en tout cas. Quand tu as mis une pondération sur la production de deux albums, il était normal de vouloir tout simplement aller en studio et s’occuper de quelque chose de plus sain. On voulait tout simplement faire confiance à notre instinct”.

Est-ce que le single Masses Against The Classes, qui est paru en 2000, n’était-il pas une réponse aux reproches auxquels vous étiez confrontés ?

James : “Non, pas vraiment. On voulait quitter le millénaire avec une grande chanson et cela a marché”.

Lifeblood est beaucoup plus pop que Know Your Enemy, mais vous abordez bien sûr des thèmes politiques, comme par exemple dans la chanson Emily.

James : “Emily est la chanson la plus politique. On a aujourd’hui une culture si étrange à la télé, avec des émissions comme Les 10 meilleurs films d’horreur de tous les temps ou des trucs dans le même genre. Et sur la BBC, il y a ce truc, où on peut voter pour le Britannique le plus important de tous les temps. Et il y a aussi la version féminine et tu peux deviner qui a gagné. On est a des kilomètres de Emily Pankhurst”.

Lady Di ?

James : “Tout à fait ! Je suis en faveur de la république. Je l’ai toujours été depuis mes 15 ans. Je ne dirais pas que ce qui s’est passé n’est pas mal. C’est vraiment tragique de perdre sa mère. J’ai dû passer par là aussi. Ce n’est pas de cela dont je parle. Ce dont je parle, c’est que je me demande, quels sacrifices elle a fait pour la société. D’accord, elle a soutenu beaucoup d’organisations d’utilité publique, mais elle pouvait toujours aller faire du shopping, a-t-elle donné tout son argent aux gens ? Emily Pankhurst s’est sacrifiée pour les droits des femmes. Et elle n’est même pas mentionnée une fois dans ces émissions. On a complètement réduit la signification de l’héroïsme et on est sur un chemin très dangereux. La chanson ne dit pas : Va-te-faire vois Diana !, mais veut mettre en évidence le problème fondamental”.

Pour toi, où se trouve le problème pour que les gens ne sachent plus reconnaître ce qui est important pour changer leur vie ?

James : “C’est la réduction des mots. Quand tu regardes le NME, il y a plus de photos que de mots. La quantité de mots qu’ils doivent écrire s’est réduite. Cela se voit déjà dans les courtes biographies qu’ils utilisent pour présenter toute l’évolution d’un groupe. Notre concentration se réduit peu à peu. Quand on regarde comment les journalistes font leurs recherches. Ils vont sur Google et c’est tout. J’ai déjà lu tant de conneries sur nous et on n’est qu’un groupe. Le gouvernement n’a pu une seule fois bien rechercher, au lieu de cela, il regarde sur Google quand il recherche les justifications du conflit en Irak. C’est vraiment triste. Ce n’est pas une antipathie envers les journalistes. Je compte quelques journalistes parmi mes amis qui doivent se consacrer en même temps à des thèmes complètement différents. Avant, un journaliste avait le temps de faire de bonnes recherches”.

Ines Nurkovic

Traduction – 10 janvier 2005

Poster un commentaire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :