Jacques Brel

breljacquesRepris par James Dean Bradfield

Jacques Brel, né le 8 avril 1929 à Schaerbeek (Région de Bruxelles-Capitale, Belgique), et mort le 9 octobre 1978 à Bobigny (France), est un auteur-compositeur-interprète, poète, acteur et réalisateur belge francophone. Dans les pays francophones, Brel devient un acteur populaire ayant tourné dans une dizaine de films. Il réalise également deux films dont l’un d’entre eux, Le Far West, est nommé pour la Palme d’Or au Festival de Cannes en 1973. Avec plus de 25 millions d’exemplaires vendus à l’international, Brel devient le quatrième meilleur artiste belge de tous les temps. Brel a été l’époux de Thérèse “Miche” Michielsen en 1950, avec qui il devient père de trois enfants. Il a également eu une relation avec l’actrice et danseuse Maddly Bamy entre 1972 et 1978.

Bien que ses chansons soient enregistrées en français et en néerlandais, Brel devient, à son époque, une inspiration pour bon nombre d’auteurs-interprètes anglophones comme David Bowie, Alex Harvey, Leonard Cohen, Marc Almond et Rod McKuen. Plusieurs de ses chansons sont également traduites en anglais aux États-Unis, et notamment chantées par Ray Charles, Judy Collins, John Denver, le Kingston Trio, Nina Simone, Frank Sinatra, Scott Walker, et Andy Williams.

Jacques Romain Georges Brel est issu d’une famille catholique flamande d’industriels ; son père, Romain Brel (1883-1964), né à Zandvoorde, est francophone de souche flamande, et sa mère Lisette Van Adorp (1896-1964) est bruxelloise. Enfant, il est peu intéressé par l’école, excepté par les cours de français. Avec son frère, Pierre (1923-2001), de 6 ans son aîné, Jacques connaît une éducation entre collège catholique et scoutisme. Il écrit à 15 ans de longs poèmes et des nouvelles après avoir lu Jules Verne et Jack London. À 16 ans, il crée une troupe de théâtre avec quelques copains et écrit lui-même des pièces qu’il joue en amateur au sein de la Franche Cordée (mouvement de jeunesse catholique). Son père le fait entrer dans la cartonnerie familiale “Vanneste & Brel” où il est affecté de 1947 à 1953 au service commercial, travail pour lequel il n’a aucun goût (“Mon père m’a encartonné” dit-il). Il songe très sérieusement à une reconversion, soit en tant qu’éleveur de poules, soit en tant que cordonnier, soit comme chanteur. Il choisit cette dernière voie et écrit n’importe où, n’importe quand. Amateur de musique classique (principalement de Maurice Ravel et de Franz Schubert), il compose ses premières mélodies sur le piano familial et sur sa guitare sans jamais avoir pratiqué la musique auparavant.

Le 1er juin 1950, il épouse Thérèse Michielsen, dite “Miche”, secrétaire dans une entreprise d’électricité, qu’il a rencontrée trois ans plus tôt dans la Franche Cordée. Le 6 décembre 1951 naît sa fille Chantal (morte en 1999). Cette année est aussi celle où il commence à chanter. À partir de 1952, il écrit et compose ses premières chansons qu’il chante dans le cadre familial, et à diverses soirées dans des cabarets bruxellois regroupés dans le quartier de l’“îlot sacré”. Il fait déjà preuve de cette puissance lyrique (tant dans les textes que dans son interprétation encore trop teintée de scoutisme) qui rebute sa famille. Elle tente, en vain, de le dissuader de continuer dans cette voie. Lui persévère.

En 1953, il réalise un disque maquette, 78 tours qu’il envoie en France à Jacques Canetti, découvreur de talents, directeur artistique de Philips et propriétaire du théâtre parisien “Les Trois Baudets”. Séduit par les chansons qu’il vient d’entendre, le 1er juin 1953, Jacques Canetti, l’appelle dans la nuit pour le rencontrer immédiatement. Brel quitte la capitale belge pour se rendre seul à Paris. Sa famille ne lui coupe pas les vivres, mais le laisse se débrouiller seul en lui gardant une place dans l’entreprise familiale de cartonnerie. Son émigration est à l’origine du prénom de sa deuxième fille France, née le 12 juillet 1953. Il se retrouve dans une petite chambre inconfortable de l’hôtel Stevens à Pigalle. Jacques Canetti le soutient contre vents et marées de 1953 à 1962. Il le fait débuter aux Trois Baudets en septembre 1953 dans la première partie du spectacle de Mouloudji. Puis en 1954 dans le spectacle Ciné Massacre, ou débutent également Boris Vian et Jean Yanne, et qui voit le triomphe de l’humoriste Fernand Raynaud. Aux Trois Baudets, dans les tournées de Canetti, qu’il ait ou non du succès, Jacques Brel est assuré de chanter tous les soirs, de tester ses chansons et de gagner sa vie.

Il participe au festival de Knokke-le-Zoute : il s’y classe avant-dernier. Puis pour gagner un peu d’argent, il enseigne la guitare au danseur-acrobate Francesco “Cocky” Frediani, un artiste italien à l’affiche du cabaret La Nouvelle Ève. Ce dernier, témoin des premiers pas du débutant, l’accompagne d’ailleurs, lors de son premier passage à l’Olympia en “lever de rideau” (moment où les spectateurs entrent dans la salle et s’installent à leur place). Les conditions de travail sont difficiles pour Jacques : il n’a pas de loge et doit se changer derrière le bar de l’Olympia. Après une représentation, Bruno Coquatrix le remarque, le félicite de sa prestation et l’invite à lui rendre visite pour discuter d’un prochain passage mais Brel n’est pas encore prêt pour affronter une grande salle. Pour Brel, les difficultés continuent, encombré qu’il est de ses longs bras, de son grand corps maladroit. En 1954 lors d’une tournée de Jacques Hélian à Bruxelles, il rencontre celui-ci et lui fait écouter l’une de ses premières chansons, Il peut pleuvoir. Celle-ci est mise au répertoire de l’orchestre, ne se doutant pas que, derrière son sourire crispé, se cachait un grand talent. La France va ainsi entendre parler pour la première fois du Grand Jacques…

En janvier 1955, Brel fait ses débuts à l’Ancienne Belgique, célèbre salle de concert bruxelloise, dans l’avant-programme de Bobbejaan Schoepen et Jacques Canetti continue de l’envoyer dans des tournées où il se produit notamment en vedette américaine de Philippe Clay, Dario Moreno et Catherine Sauvage qui devient sa maîtresse. En 1955, il fait venir son épouse et ses deux fillettes en France, et la famille s’installe à Montreuil. C’est l’année de son premier 33 tours. Aux Trois Baudets, il va rencontrer Georges Pasquier, qui deviendra son régisseur et son meilleur ami et auquel, en 1978, il dédiera la chanson Jojo (album Les Marquises). Imprégné encore de l’influence du scoutisme et de son éducation catholique, il chante pour des organisations chrétiennes. C’est à cette époque que Georges Brassens le surnomme “l’abbé Brel”.

De 1954 à 1965, Canetti organise des tournées en France et à l’étranger dans lesquelles Brel est souvent programmé en compagnie d’artistes tels que Sidney Bechet, Catherine Sauvage, Philippe Clay, etc. avant d’être lui-même la vedette.

En 1956, il rencontre le pianiste François Rauber, qui devient son arrangeur musical, puis sera l’orchestre qui l’accompagnera durant toute sa carrière de chanteur. Cette même année paraît son premier grand succès public, Quand on n’a que l’amour. En 1957, pressé d’achever ses études musicales au conservatoire, François Rauber renonce aux tournées à travers le pays. Il est alors remplacé par un autre étudiant du conservatoire, Gérard Jouannest, qui composera pour Brel les musiques de 35 de ses chansons. Jouannest est son accompagnateur exclusif sur scène, tandis que Rauber, revenu vers Brel une fois son diplôme obtenu, est son principal orchestrateur. Les deux musiciens resteront fidèles à Brel et à son œuvre, au-delà même de sa mort, luttant vainement contre la publication de cinq inédits en 2008 que Brel lui-même jugeait inaboutis, pour finir par céder devant le fait accompli, ces titres étant déjà diffusés sur les ondes en Belgique.

Petit à petit, Brel trouve son style et son public, et connaît enfin le succès lors de ses galas. Entre autres particularités, il ne cède jamais à la tradition du rappel, qu’il juge démagogique. En 1957, son second 33 tours reçoit le grand prix de l’académie Charles-Cros et, fin 1958, année de naissance de sa troisième fille, Isabelle, c’est le succès à l’Olympia en première partie. L’année suivante, il est tête d’affiche à Bobino, où il crée Ne me quitte pas, écrite pour l’actrice Suzanne Gabriello et La Valse à mille temps. Dès lors, les tournées s’enchaînent à un rythme infernal, Brel donnant parfois plus de concerts qu’il n’y a de jours dans l’année. En 1960, il achète, entre Monaco et le Cap Martin, sur la plage de Cabbé au Golfe bleu, une maison qu’il occupe jusqu’en 1970. Ses amis y viennent en visite, notamment Leny Escudero ou Serge Gainsbourg. C’est là qu’il composera La Fanette et Amsterdam. Après sa mort, en hommage, la mairie de Roquebrune-Cap-Martina fait placer dans le village un buste en bronze dû au sculpteur Cyril de La Patellière.

Il est berné par Paul Touvier, en 1967, qu’il “autorise à utiliser un de ses thèmes musicaux” pour les besoins d’un disque éducatif L’Amour et la vie, produit par Touvier et distribué chez Philips. En mars 1962, il quitte la maison de disques Philips pour Barclay (avec qui il signera un contrat exceptionnel de trente ans en 1972). Le 6 mars 1962, il enregistre Le Plat Pays, hommage à la Flandre. En octobre 1962, il crée sa maison d’éditions musicales Arlequin, qui devient six mois plus tard les éditions Pouchenel (Polichinelle en bruxellois). Son épouse en est la directrice. En 1963, il interprète Les Vieux en référence à ses parents. La mort de son père, suivie de très près par celle de sa mère, amène Brel à évoluer vers des chansons de plus en plus dramatiques, telles que La Fanette, Au suivant ou encore en 1964 Amsterdam. En 1966, au sommet de son art, Jacques Brel sort Ces gens-là, un nouvel album qui, outre la chanson homonyme, compte plusieurs titres qui deviennent des classiques incontournables de son œuvre : Ces gens-là, Jef, La Chanson de Jacky, Le Tango funèbre, Fernand, Mathilde… Cette même année, à 37 ans, Jacques Brel décide d’abandonner la scène. Pour autant, il honore ses contrats pendant encore plus d’un an et fait ses adieux à l’Olympia en octobre 1966. Le 16 mai 1967, il donne son dernier récital à Roubaix.

S’il délaisse les prestations scéniques, Brel ne reste pas inactif pour autant : durant l’été 1967, il joue dans son premier long métrage, Les Risques du métier du réalisateur André Cayatte ; le film est un succès public. Puis, sur son voilier il commence à naviguer. Deux albums paraissent : Jacques Brel 67, où figurent La Chanson des vieux amants et quelques titres créés sur scène l’année de ses adieux dont Mon enfance et Le Cheval… En 1968, parait l’album J’arrive dont certaines chansons sont filmées en studio ou sur plateaux de télévision : Vesoul, L’Éclusier, Je suis un soir d’été, Regarde bien petit. Ce dernier titre annonce la thématique de son prochain spectacle consacré à don Quichotte tout en reprenant le thème du Désert des Tartares de Dino Buzzati que Brel a déjà utilisé dans Zangra et dont La ville s’endormait sera un nouvel écho en 1977.

En octobre 1968, à Bruxelles, au théâtre royal de l’opéra, la Monnaie, il crée la version francophone de L’Homme de la Mancha, interprétant le rôle de don Quichotte au côté de Dario Moreno dans celui de Sancho Pança. Le spectacle doit être repris à Paris en décembre, mais Moreno meurt le 1er décembre 1968 à 47 ans d’une hémorragie cérébrale à l’aéroport d’Istanbul, avant le décollage de son avion. Robert Manuel reprend le rôle pour le spectacle présenté en décembre à Paris. Au début de l’été 1969, Brel est Mon oncle Benjamin, dans le film d’Édouard Molinaro, dont il compose la musique avec François Rauber. Claude Jade, qui a 20 ans à cette époque, racontera : “Ma rencontre avec Jacques Brel a lieu à Vézelay. […] Il se montre d’emblée d’une grande sympathie. […] Il sort des longues et fatigantes représentations de L’Homme de la Mancha qui a été un beau succès et il a gardé pour le film les cheveux longs de don Quichotte. […] Il est cordial, sympathique, ouvert et attentionné aux autres, et l’atmosphère gaie et chaleureuse du tournage lui doit beaucoup. […] Jacques est passionné d’aviation, […] à l’aérodrome de Toussus-le-Noble, le dernier jour […] il était heureux à l’idée de s’envoler vers le Midi et nous a parlé de cette passion, des ciels, des paysages, des voyages…”. En 1969, il tourne un court métrage de sensibilisation à l’épilepsie chez les enfants, dans les locaux et avec des enfants de cinquième primaire du complexe scolaire Le Paradis des Enfants à Etterbeek.

Il tourne encore plusieurs autres films et en réalise lui-même deux : Franz en 1971, partageant l’affiche avec Barbara. En 1973, sort sur les écrans Le Far West, qui est un échec. À l’occasion de cette sortie, Brel, à Cannes, participe à l’émission radiophonique de Jacques Chancel, Radioscopie. Pour son dernier rôle au cinéma, il campe le dépressif François Pignon, le personnage récurrent de Francis Veber, face au tueur à gages Monsieur Milan, joué par Lino Ventura, dans L’Emmerdeur, à nouveau réalisé par Édouard Molinaro.

Le succès l’attend aux États-Unis d’Amérique et au Royaume-Uni. Des traductions en anglais de ses chansons sont accueillies avec succès et enregistrées par David Bowie (Amsterdam), Scott Walker (Amsterdam, Mathilde), Marc Almond (AmsterdamJacky), le groupe Goodbye Mr. Mackenzie (Amsterdam), Terry Jacks (Le Moribond) et Alex Harvey. Jacques Brel is alive and well and living in Paris est une comédie musicale américaine qui est jouée dans le monde entier pendant plusieurs années. Elle comprend des traductions à rimes, assemblées en 1968 par Mort Shuman, ami de Brel. En 1974, le spectacle est adapté au cinéma.

En 1974, grand fumeur, apprenant qu’il est atteint d’un cancer, il abandonne le spectacle et part avec sa fille France et Maddly Bamy, rencontrée lors du tournage de L’aventure c’est l’aventure de Claude Lelouch, à bord de l’Askoy, un voilier qu’il vient d’acheter. Mais il est déjà malade. On l’opère d’un cancer au poumon. Il décide de se retirer aux îles Marquises. En 1976, il revend l’Askoy a un couple de jeunes Américains, et Maddly Bamy lui achète le 30 novembre 1976, un bimoteur Beechcraft Twin-Bonanza immatriculé F-ODBU et baptisé Jojo, en souvenir de son vieil ami, disparu en 1974, Georges Pasquier. Pilote privé depuis le 28 juin 1965 (brevet TT 16060), il y fait l’avion-taxi pour rendre service aux habitants en les transportant entre l’île marquisienne de Hiva-Oa où il réside et Tahiti sur un trajet maritime de 1 430 kilomètres, soit un vol d’environ cinq heures.

En 1977, malgré la maladie, il revient à Paris pour enregistrer son dernier 33 tours, Les Marquises, qui paraît le 17 novembre, avec un record d’un million de précommandes. Il s’en écoule trois cent mille dans l’heure qui suit la mise en vente. La chanson homonyme Les Marquises, qui clôt l’album, s’achève sur ces paroles “Veux-tu que je te dise / Gémir n’est pas de mise / Aux Marquises”. Il retourne aux Marquises après cet enregistrement.

À partir de juillet 1978, son cancer du poumon s’aggravant, Brel est ramené en France métropolitaine où il meurt d’une embolie pulmonaire le 9 octobre 1978 à l’hôpital Avicenne deBobigny à l’âge de 49 ans.

Jacques Brel repose au cimetière d’Atuona, commune d’Hiva Oa, aux îles Marquises, non loin de la tombe de Paul Gauguin. Sa plaque funéraire est à l’origine d’un différend entre la famille Brel et Maddly Bamy en 1999. Sa dernière compagne gagne le procès en justice et obtient le droit de mettre sur la pierre tombale l’effigie de leurs deux visages tournés vers le soleil couchant.

En 1981, sa fille France crée à Bruxelles la fondation Jacques-Brel, destinée à faire connaître l’œuvre de l’artiste mais aussi à soutenir la recherche contre le cancer et l’aide à l’enfance hospitalisée.

En décembre 2005, Jacques Brel est élu au rang du “plus grand Belge” par le public de la RTBF. En 2008, les cinq inédits de 1977 paraissent finalement.

Selon Le Figaro.fr du 9 octobre 2008, “Le souvenir de Jacques Brel reste aujourd’hui beaucoup plus ancré chez les femmes que chez les hommes. Pas du tout pour les mêmes raisons que son illustre voisin de cimetière, le peintre Paul Gauguin, que sa conduite vis-à-vis des vahinés mineures emmènerait aujourd’hui aux assises. Anticlérical militant (Les Bigotes, La Dame patronnesse) Brel condamne les institutions, pas les hommes. Aussi entretient-il d’excellentes relations avec les sœurs de l’école Sainte-Anne. […] Toutes les écolières pouvaient assister ou jouer lors des représentations de théâtre qu’organisait L’homme de la Mancha à l’école Sainte-Anne”.

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