Spiegel – 18 novembre 2004 : “Tony Blair se prend pour le Messie”

Paroles punk et de gauche : les Manic Street Preachers se nommaient “Generation Terrorists” au début des années 1990. Aujourd’hui, la rébellion du groupe gallois à succès s’est adoucit en polit-pop à hymnes. Le chanteur James Dean Bradfield, 35 ans, a parlé avec le Spiegel Online à propos des anciens et nouveaux idéaux et a critiqué Tony Blair.

Spiegel Online : Monsieur Bradfield, les Manic Street Preachers étaient depuis leur création en 1991 un groupe qui criait haut et fort leur esprit combatif et leur rébellion contre les conditions politiques en Angleterre. Contre qui protestiez-vous quand vous étiez jeunes ?

Bradfield : Contre les mauvaises lois. Nous nous battions par exemple pour le droit à la libre réunion pour exprimer un désir dans d’extrêmes situations. Je parle là de la grève des mineurs en Grande Bretagne en 1984. avant, une loi interdisait les ouvriers de protester devant la porte des briseurs de grève. La liberté de réunion était réduite.

Spiegel Online : Quelle est la loi que vous considérez mauvaise et que d’autres trouvent correcte ?

Bradfield : L’autre côté existe toujours, c’est vrai. Un bon exemple : récemment, il y a eu des protestations à Londres contre l’interdiction de la chasse au renard. Personnellement, je ne comprends pas ce que les gens trouvent de bien à pourchasser un animal avec des manteaux rouges et une cornemuse. En théorie, ces hommes poursuivent le même but que nous avant. Ils veulent renverser une loi parce qu’ils se sentent privés de leurs droits.

Spiegel Online : Est-ce que le parti travailliste au pouvoir s’est-il fait des ennemis avec l’interdiction de la chasse au renard ?

Bradfield : Eh bien, ceux qui sont pour affirment que la démocratie est fourvoyée. Bien sûr que non. Manifestement, c’est le parti travailliste qui a interdit la chasse aux renards. Mais on vote pour le parti travailliste dans l’Angleterre moyenne. quand les gens votent pour un parti, ils doivent au préalable lire son programme. Cela m’agace quand les gens ne choisissent que de petits exemples et qu’ils expliquent à l’aide d’eux comment la démocratie fonctionne mal. Elle fonctionne mal parce qu’aujourd’hui il n’y a que 60% qui vont voter.

Spiegel Online : Que doit-on faire contre cela ?

Bradfield : On devrait rendre le vote obligatoire pour tous. Mais cela ne serait malheureusement pas démocratique. L’hypocrisie de beaucoup me dérange : ils ne vont pas voter et puis ils reprochent au gouvernement de ne pas faire son travail.

Spiegel Online : Est-ce que votre pays a besoin d’un nouveau système électoral ?

Bradfield : Non, je crois au droit de vote à la majorité. Il a fonctionné pour les Tories – et maintenant il fonctionne pour nous.

Spiegel Online : Quand vous dites “nous”, vous parlez du parti travailliste ?

Bradfield : Je ne devrais pas dire cela, hein ? La prochaine fois, je voterais pour les libéraux-démocrates. Promis.

Spiegel Online : Êtes-vous contre Tony Blair ?

Bradfield : Je suis sceptique vis-à-vis de lui, mais je pense que le ministre des finances Gordon Brown aurait fait un fantastique premier ministre.

Spiegel Online : Pourquoi lui exactement ?

Bradfield : Il réfléchit à de nombreux problèmes à fond. Brown est un homme de contradictions : d’un côté, il vient d’une famille socialiste écossaise et d’un autre, il vit aux États-Unis. Il provient de conditions traditionnelles et s’adapte aux thèmes modernes. C’est un intellectuel. Je peux l’admirer. Nous avons besoin d’hommes qui font leurs affaires mieux qu’on ne le puisse faire.

Spiegel Online : Blair n’est donc plus le bon homme ?

Bradfield : Non, il se prend pour le Messie.

Spiegel Online : Pardon ?

Bradfield : Il a tenu depuis des années un discours le jour du parti travailliste dans lequel il disait mot pour mot qu’il exterminera la famine,la sécheresse et le sida. À ce moment là, je savais que c’était passé. Mais je trouve quand même que Blair a fait beaucoup de choses dont personne ne parle à Londres.

Spiegel Online : Par exemple ?

Bradfield : La décentralisation. Pensez au parlement en Écosse. C’est fantastique. Au Pays de Galles, nous sommes aussi sur le bon chemin. En Irlande du Nord, il s’est investi pour la continuité du processus de paix. Il n’a pas peur de faire des concessions.

Spiegel Online : Il serait incongru alors de ne le juger que par la décision de la guerre en Irak ?

Bradfield : Il est incorrect de mesurer tout son mandat sur cela. Parlons une fois d’un des thèmes les moins glamours : l’économie. Avec Blair, nous avons un long essor persistant. L’économie est stable comme rarement auparavant. Actuellement, il n’y a pas d’alternance de montée et de baisse. Je ne crois pas au capitalisme, mais il fonctionne.

Spiegel Online : Avez-vous des sentiments partagés lorsque vous pensez au capitalisme ?

Bradfield : Oui. Un des principes fondamentaux du socialisme était l’autogestion de nos ressources minérales – le charbon, le pétrole, l’eau. Je trouve cela incorrect qu’elles peuvent appartenir aujourd’hui à un conglomérat du Canada ou d’Allemagne. Elles nous appartiennent.

Spiegel Online : Est-ce que le capitalisme possède aussi de bons côtés ?

Bradfield : Le fossé entre les classes sociales s’est légèrement refermé. Je viens de la classe ouvrière. Quand j’étais jeune, on se battait financièrement pour avoir une voiture. On ne savait pas si on pouvait payer la note de téléphone. Aujourd’hui, on se bat pour entretenir deux voitures, on part en vacances, tout le monde a un téléphone portable. Les gens peuvent appartenir à la classe ouvrière mais en même temps avoir beaucoup d’argent.

Spiegel Online : Est-ce que vous en tant que popstar qui gagne bien sa vie appartenez encore à la classe ouvrière ?

Bradfield : Plus maintenant, non. Affirmer cela serait absurde de ma part. Je défend quand même la déclaration aux impôts. Quand l’argent change les racines, on doit rendre quelque chose. Mais croyez-moi : c’est une revendication non populaire qui ne trouve pas de grand consensus.

Ulf Lippitz

Traduction – 9 janvier 2005

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