NME – 8 janvier 2005 : Une conception de la quarantaine

Les Manic Street Preachers à Brighton
Salle : Brighton Centre Date : Samedi 4 décembre
Prestation d’adieu du visage acceptable du stadium rock

Ce qui s’est passé

Lauren a 16 ans. Ce soir, elle voit son groupe préféré pour la première fois. Elle est habillée, comme des milliers avant elle, en léopard et en eyeliner. Elle s’est intéressée à eux parce qu’“elle avait beaucoup de problèmes” et quand elle a découvert le groupe – qui usaient leur fond de culotte sur les bancs d’école ensemble au moment où elle a été conçue – ils l’ont “sauvée”. Quand Richey Edwards a pris congé, elle avait sept ans. Peut-être que les gens qui pensent que les Manic Street Preachers sont un groupe de récupérés lessivés devraient essayer d’expliquer cela à Lauren.

Il est rassurant, plus de dix ans plus tard, que les Manics soient toujours le groupe à la déconcertante illogique que nous ayons. Ce soir, ils ont deux postes à pourvoir –promouvoir leur nouvel album Lifeblood et célébrer la sortie spécial dixième anniversaire de leur chef-d’oeuvre The Holy Bible. Ils sont forcés à être deux groupes différents de deux époques différentes, dans les mêmes corps.

Comme c’est également un concert Holy Bible et comme tout le monde sait combien ils détestent cette chanson, des gens demandent Revol. À cela James bafouille : “Une chanson qui apparente des peccadilles sexuelles à l’abus de pouvoir ? Ça ne marcherait pas ce soir, on a besoin d’une atmosphère spéciale. On a besoin d’héroïne pour ça”. Et il a raison.

Bien sûr, il était incorrect que la brigade Ben Sherman réclame ce groupe comme le sien, mais que sont-ils sensés faire ? Racheter les disques ? Essayer maladroitement d’enflammer à nouveau le venin politique de leurs 20 ans ? En fait, cela, ils l’ont fait, c’était Know Your Enemy et cela a failli les détruire. Mais les Manic Street Preachers ont survécu à bien pire et sur Lifeblood, comme ce soir, on peut y sentir la confiance retrouvée. La vérité, c’est que tout cela aurait dû arriver après Everything Must Go. Un album avec une âme de la taille d’un stade semble être la bonne direction, et les versions irrésistibles de I Live To Fall Asleep et Solitude Sometimes Is font partir de leur oeuvre la plus émouvante.
Ils insistent toujours à jouer leurs deux pires singles, You Stole The Sun From My Heart et The Masses Against The Classes, plutôt que, disons, Roses In The Hospital ou Stay Beautiful. Mais nous avons quand même droit à Die In the Summertime, No Surface All Feeling, Yes et La Tristesse Durera, tandis que A Design For Life peut toujours dérouter des hommes mûrs. Comment un groupe qui joue autant de grandes chansons est-il devenu une telle proie facile pour les hordes du cool ? Probablement pour la même raison pour laquelle Carl Barât est l’ennemi public numéro un. S’il y a une pire chose qu’être détruit par la tragédie rock’n’roll, c’est y survivre.

Et puis on remarque que sans grande cérémonie, il y a un second guitariste sur scène. Par nécessité sonore plus qu’autre chose, il se tient à l’arrière. C’est la première fois qu’il y a eu un second guitariste sur scène depuis décembre 1994 à l’Astoria de Londres – le dernier concert de Richey. C’est un petit geste, mais un à propos duquel ils ont dû se tourmenter. Et c’est le signe le plus sûr que, après avoir lutté pendant dix ans pour se libérer du passé, les Manic Street Preachers pourraient finalement avoir un avenir.

Ce que cela signifie

Il est temps d’arrêter de frapper les Manics juste parce qu’ils sont la chose la plus proche de nous. Et il est temps de leur pardonner leur survie – si ce soir prouve quelque chose, c’est qu’ils ne vont nulle part. Ils pourraient bien être nos REM.

Dan Martin

*

Manic Street Preachers
Empty Souls Sony

On est moins critiqué si on défend Nick Griffin que si on défend Nicky Wire, ces jours-ci, mais les rapports bien trop pressés du décès des Manics ont été grandement exagérés. Les récents concerts étaient les meilleurs du groupe depuis dix ans, et le dernier album Lifeblood n’était pas trop mal du tout. Ce single est un morceau maussade baigné de néon qui exploite la même veine de mélancolie post-millénaire que l’avait fait Sofia Coppola avec succès pour Lost In Translation. Bon retour au pays des vivants, les gars.

Dan Silver

Traduction – 23 mars 2005

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