Guitarist – décembre 2004 : Une re-conception de la vie

Face à un nouveau tournant pour les paroles de Nicky Wire, James Dean Bradfield a entrepris de redéfinir son jeu de guitare ainsi que son écriture pour le remarquable septième album des Manic Street Preachers, Lifeblood. Dans sa toute première interview sur les guitares, il dit tout à Guitarist sur son amour des accords bizarres, son immense collection de guitare ainsi que quelques influences surprenantes.

Assis à la table de conférence des bureaux londoniens de Sony, tripotant constamment et nerveusement une Marlboro Light, James Dean Bradfield fait la grimace : “J’avais juré de ne jamais faire ça, merde !” Mon Dieu, qu’a-t-il fait ? Voté Tory ? Acheté une Strat ? Arrêté de supporter Nottingham Forest au profit de Manchester United ? La vérité est bien plus choquante que tout cela. La raison pour laquelle Bradfield est aussi nerveux est qu’il a accepté de parler à Guitarist. Étant donné que Bradfield s’est révélé être l’un des meilleurs guitaristes britanniques de ces 15 dernières années, c’est une déclaration légèrement déconcertante, mais ses gestes d’embarras semblent véritables. Le bassiste/parolier des Manic Street Preachers Nicky Wire le harcèle depuis des lustres pour qu’il parle ouvertement de guitare, semble-t-il, son attaché de presse n’a certainement pas besoin d’être convaincu comme il fallait s’y attendre (“c’est un génie de la guitare !”) mais Bradfield lui-même – éloquent, mais occasionnellement timide face aux journalistes – n’a clairement jamais été enthousiaste pour parler de son jeu.

Peut-être que son changement d’avis est arrivé simplement parce que 2004 est une période de changement pour les Manic Street Preachers. Le septième album du groupe, Lifeblood, annonce un remaniement – non seulement dans le son d’ensemble du trio, mais dans la façon dont joue Bradfield. tout comme les slogans politiques sont largement partis, les gros riffs de rock ont fait de même. Le bassiste des Manics, Nicky Wire, a récemment remarqué comment le groupe avait “banni l’accord de quinte” pour Lifeblood, ce qui signifie que JDB a adopté une approche guitaristique plus abstraite et texturelle qui impliquait des accords différents, des lignes planantes de E-Bow, de l’acoustique jazz manouche et des arpèges rapides et prestes.

Ce qui pourrait rendre Lifeblood plutôt sobre. Ce n’est pas du tout le cas : avec des chansons telles que 1985, Empty Souls et Glasnost, Lifeblood peut être fier de posséder certaines des chansons les plus fortes du groupe depuis le zénith commercial Everything Must Go. D’après Bradfield, Lifeblood n’est pas le son d’un groupe qui se retient, c’est le son d’un qui se laisse aller…

“On a toujours été imprégnés par tant de petites règles et de petits règlements, pense-t-il, cachés derrière un manifeste qui avait été déclaré il y a tant d’années. C’est comme si on avait toujours eu honte de dire : on est allés en studio et on s’est plongés dans la musique. Parce que, d’une manière, je pense qu’on a toujours insinué que les paroles étaient bien plus importantes que la musique.

“Avec Lifeblood, je me suis rendu compte que les paroles étaient plus représentatives que confrontationnelles, moins politiques. Alors j’ai suggéré : Pourquoi on n’ignorerait pas nos sentiments, juste une fois dans nos vies ? Tu sais, se débarrasser de cette petite censure Manics dans nos têtes et juste apprécier jouer les chansons. Si la musique dépasse les paroles, on s’en tape ! Pourquoi on devrait d’ailleurs ?”

Lifeblood est toujours clairement un album des Manics, mais il y a quelques différences musicales définies, particulièrement au niveau de la guitare…

“C’était une approche très différente pour moi. Je suis dans ce groupe depuis que j’ai 15 ans [il en a 35 aujourd’hui] et je me rends compte qu’il faut jouer ce qui est le mieux pour les chansons. Ce n’est pas technique, c’est juste trouver la bonne ambiance. J’ai toujours été connu pour un certain style – les accords barrés cinglants de James Dean Bradfield qui remontent vers le micro rythmique (d’une Les Paul) pour ce solo de Motorcycle Emptiness. Mon jeu avait un peu de grandiloquence dans le passé, définitivement. Je ne dis pas qu’il n’y a rien de cela sur cet album, mais il y en a moins. Je me suis rendu compte que je devais reconcevoir mon jeu de guitare”.

Et qu’est-ce qui a particulièrement causé cette re-conception ?

“Écrire Empty Souls. Quand j’écris quelque chose, habituellement, tout est directement dans ma tête. Pour A Design For Life, j’ai eu la partie cordes immédiatement en tête. Pour If You Tolerate This Your Children Will Be Next, c’était la partie de synthé. Et avec Empty Souls, j’avais ce riff principal [il le chante] et on a répété avec moi qui le jouait à la guitare. Je me suis simplement rendu compte que ça allait être meilleur au piano. Et c’est arrivé pour une bonne partie des chansons de cet album. Brusquement, un autre musicien couvrait mon domaine naturel en tant que guitariste. Alors, ce qui est très différent pour moi, ma guitare a parfois été la dernière chose qui est allée sur un morceau. Pour Empty Souls, c’était la partie de E-Bow, jouée sur une Tele Custom, qui est jouée tout le long. Les chansons passées étaient différentes parce que j’avais toujours le riff principal sur guitare, mais sur Empty Souls, ma guitare devait désormais compléter le riff principal. C’était un peu étrange pour moi”.

En termes de style de guitare, comment as-tu réagi ?

“Pour l’inspiration, je suis revenu à mes guitaristes préférés quand j’étais adolescent. L’un d’entre eux était John McGeoch [de Magazine et de Public image Limited] – il a influencé beaucoup de ce que je joue sur cet album ; ainsi que The Comsat Angels, The Chameleons. Et Lindsey Buckingham [de Fleetwood Mac] a été une influence. J’ai toujours aimé la façon dont il entre et ressort d’une chanson, faisant un peu tournoyer une petite partie et puis la relâchant dans la chanson.

“Quand je me suis rendu compte que c’était ce que je devais faire, j’ai [voix étouffé] lâché un peu d’ego, mec. Sérieusement, ton ego est quelque chose qui reste caché jusqu’à ce qu’il soit mis à l’épreuve. Tu penses que tu n’as pas d’ego parce qu’on est tous amis et qu’on fait tous un effort pour faire un grand disque, jusqu’à ce que tu dois changer la manière dont tu joues. Puis tu découvres que tu as réellement un ego. C’est quelque chose du genre : Mais je suis là pour le gros solo de guitare !

À part Lindsey Buckingham, cette influence du son de guitare post-punk “froid” est très présente sur Lifeblood

“Ouais, j’ai toujours aimé les groupes qui sonnaient vraiment européens comme opposé à américains et c’est quelque chose qu’on n’a pas beaucoup fait. If You Tolerate This Your Children Will Be Next était comme ça. Mais le meilleur groupe a l’avoir jamais fait a été Simple Minds, sur leurs premiers albums comme Real to Real Cacophony et Empires And Dance. Charlie Burchill n’est jamais nommé parmi mes grands guitaristes. Quand tu dis Simple Minds, les gens pensent juste à Alive And Kicking. Mais sa guitare sur les premiers disques étaient géniales, comme une intrigue secondaire à la mélodie. Sweat In Bullet, The American… des disques étonnants”.

Tout cela pourrait surprendre beaucoup de fans, vu que ton influence principale semblait être…

“Guns N’Roses ! Quand Appetite For Destruction est sorti, j’ai fait : Oh putain ! J’ai passé un été à apprendre toutes les parties de guitare de cet album et ça a pris le pouvoir de ma vie. Tout ce que je jouais devenait plus fort, tout manifestait plus de dextérité, plus de grandiloquence, plus d’emphase et tout à coup, j’ai en quelque sorte oublié les joueurs que j’aimais à l’origine. Alors cet album m’a beaucoup fait revenir en arrière…”

* * *

Pour revenir encore plus en arrière, James a pris pour la première fois une guitare tardivement, à l’âge de 15 ans, lors de sa dernière année au collège de Blackwood au Pays de Galles, “quand j’ai formé le groupe”. Il se souvient de la guitare acoustique des cours d’art avec laquelle le professeur libéral laissait jouer les élèves. son ami de longue date et camarade Nick Jones (alias Wire) était un autre guitariste en herbe qui jouait des versions primitives de Crazy Little Thing Called Love de Queen. Rapidement, Bradfield a montré à Jones ce qu’était un hammer-on, pour ce riff de Brian May en ré/ré(sus)4, et il s’est acheté sa propre électrique : “Une copie Kay de Les Paul pour 22£ chez Matthew Horton – trois semaines de papier-monnaie.

“Quand j’étais môme, j’étais vraiment branché par la course de fond et j’étais bien musclé – je pouvais soulever des trucs lourds – mais à part ça, la guitare a été la seule chose pour laquelle j’ai montré une habileté naturelle. J’étais très moyen à l’école, mais la guitare a été la seule chose que je pouvais vraiment m’approprier”. Il se contrôle avec un calme sourire. “Nom de Dieu, je n’aurais jamais pensé que je dirais ça à quelqu’un…” Ah, les dangers des interviews…

“J’avais un livre d’accord. Mais je n’ai eu aucun cours. Les plus grandes leçons que j’ai eues a été de regarder les joueurs sur The Tube (émission télé musicale des années 1980), faisant inlassablement pause pour voir où allaient les doigts des guitaristes. Faire ça m’a montré mille choses, comme quand tu tires la corde de sol vers le haut en laissant sonner celles de mi et de si. Je suis sûr d’être comme tout le monde, à copier ceux que j’aimais”.

Rapidement, les Manics se sont envolés. Prenant leur nom de l’expression avec laquelle les clochards du coin décrivaient Bradfield qui jouait dans la rue – “le revoilà, le prêcheur maniaque de la rue” – James et Nicky se sont joints au cousin batteur de Bradfield, Sean Moore, et au parolier/guitariste rythmique Richey Edwards.

“On a toujours eu des rôles naturels dans le groupe, se souvient Bradfield. Sean, parce qu’il jouait de la trompette et aimait le jazz, était évidemment le batteur. Il était manifeste que Richey allait être le porte-parole, l’icône visuelle et un grand parolier – c’était juste lui. Nick était évidemment un musicien comme moi mais il était grand – il devait jouer de la basse. Et j’étais le seul qui pouvait vraiment jouer de la guitare et chanter, alors on s’est juste insérés dans nos rôles”.

Les Manic Street Preachers sont arrivés dans une rafale de eyeliner, slogans et de riffs quasi-GN’R en 1991, divisant les fans de rock en leur cœur. À part la politique et la rhétorique, les Manics étaient clairement de bons musiciens – en particulier Bradfield – bien que leur enthousiasme à établir leur propre ordre du jour signifiait, en pur style punk, qu’ils démontaient tous ceux qui pouvaient être en compétition.

“C’était une sorte de schtick, mais on était honnêtes, se souvient Bradfield. Quand on a percé, le NME ne parlait pas de paroles ni de musique de substance, il faisait que parler de drogues et de défonce. était un peu presbytériens sur ça, très pieux. On était de la classe ouvrière et croyait que les gens ne devaient pas faire ça : tu dois lutter, t’instruire, ne pas bousiller ton cerveau avec un putain de Joe Bloggs et une petite pilule ! Alors on a détourné l’attention loin de notre talent de musiciens, parce que la musique était un véhicule à cette époque. On s’est cachés derrière des trucs, j’admet. La musique est obsolète – on l’a dit (soupir) quelques fois…”

Depuis, la musicalité des Manics a prospéré. Leur premier album, Generation Terrorists, et son successeur, Gold Against The Soul, étaient de solides et cinglants débuts, tandis que The Holy Bible, leur troisième album de 1994 aujourd’hui ressorti sous forme de DVD pour son dixième anniversaire, reste une salve stupéfiante de paroles et de riffs complexes (voir encadré). Everything Must Go (1996) – premier album après la disparition de Richey Edwards en 1995 – a ajouté de la grandeur et une production éclatante, donnant naissance à des hits tels que A Design For Life, Kevin Carter et Australia. Ils ont sorti deux albums depuis, et ont eu deux numéro un – If You Tolerate This Your Children Will Be Next en 1998 et Masses Against The Classes en 2001. Ajoutez une compilation de hits bien méritée, Forever Delayed (2002), et vous avez une partie de la carrière d’un groupe qui avait promis de se séparer après un album.

* * *

Le fait que les musiciens déclarent toujours que leur nouvel album est le meilleur est un cliché. Mais quand Guitarist demande à James Dean Bradfield quel est, selon lui, son meilleur moment de guitare/d’écriture, il répond tout de suite : “The Holy Bible. On s’est fait saqués pour [le second album] Gold Against The Soul, comparé au premier album, et avec The Holy Bible, on a tout risqué, jusqu’à notre contrat d’enregistrement. Je me souviens d’enregistrer IfWhiteAmericaToldTheTruthForOneDayItsWorldWouldFallApart en pensant que personne ne faisait de la musique comme ça.

“Le meilleur moment d’après, c’était A Design For Life. C’était tout ce qu’on essayait d’écrire depuis longtemps, mais on était peut-être trop nerveux pour le distiller en trois parties succinctes. Si on avait essayer d’écrire ça à 18 ans, ça aurait été toute une page de trucs. À ce moment, je savais qu’on avait appris à s’éditer”.

C’est comme si tu avais “édité” ton jeu de guitare depuis, aussi. Il y a de jolis arpèges sur Lifeblood, plus particulièrement sur Glasnost. Est-ce que tu joues avec les doigts pour cela ?

“Non, je joue avec un mediator. Je ne joue pas du tout avec mes doigts, sauf en acoustique. Je pense que c’est une insuffisance que tous les guitaristes de rock essayent de surmonter. Surtout si tu as vu des gens qui savent vraiment le faire – je me souviens d’avoir vu Leonard Cohen jouer avec les doigts au Whistle Test et c’était tout simplement magnifique. Mais à chaque fois que j’ai essayé ça en studio, il manquait toujours quelque chose. Ce n’est pas quelque chose qui sonne convaincant venant de moi. Je pense que ce doit être ton style naturel, ou tu dois au moins étudier ça six mois. Quand je le fais, ça sonne comme un exercice technique – je ne m’exprime pas correctement comme ça”.

Mais depuis This Is My Truth Tell Me Yours, est-il juste d’émettre l’hypothèse que tu écris plus sur une guitare acoustique ?

“Ouais. C’était l’époque où j’ai commencé à bidouiller avec les accords aussi, qui sont toujours plus sympa en acoustique. Parce que je travaillais avec (le producteur) Mike Hedges depuis un moment à l’époque, et il dirigeait les disques à peu près toujours vers la voix. J’ai essayé de chanter un peu plus lentement et de considérer un peu plus le chant quand j’écrivais. Avant, je pense que j’ai souvent pensé que la voix était quelque chose que je pouvais régler plus tard. Mais après Everything Must Go et This Is My Truth Tell Me Yours, je me suis beaucoup plus concentré sur le chant et écrire sur acoustique semblait aider”.

Certains accords que tu utilises depuis sont uniques : d’où viennent-ils ?

“C’était les Stones à l’origine. Et puis juste les bidouiller, me tromper. Je ne veux pas être déloyal, mais quel est cet accord, c’est un la avec la note du milieu un ton en dessous ? Septième majeur ? D’accord, un jour – il y a seulement un an – j’ai mal accordé ma guitare et la corde de sol était un ton en dessous (Fa#). Mais je me suis rendu compte tout de suite que c’est un accord génial pour écrire. Une pure erreur.

“Et c’est comme ça que j’ai écrit Empty Souls, comment j’ai écrit I Live To Fall Asleep aussi. Sur une autre chanson, You’re Tender And You’re Tired [sur This Is My Truth Tell Me Yours], je voulais ces harmonies dans le refrain alors j’ai accordé ma guitare juste pour ça. Encore une fois, je me suis rendu compte que c’était génial pour écrire et j’ai sorti My Little Empire avec cet accord de fou (voir encadré matériel). Si tu essayes ça avec un accord standard, tu auras une crise cardiaque”.

As-tu déjà écrit un riff ou une progression puis trouvé qu’il était difficile de chanter dessus ?

“Oh que oui. Parfois, je ne voulais pas mettre des voix sur la musique aussi, surtout sur The Holy Bible. Et il y avait quelque chose sur Kevin Carter qui faisait que je ne voulais pas de voix dessus. Et dès que j’ai mis la voix dessus, je trouvais ça merdique”.

Tu es dans une position difficile cependant – tu chantes et tu écris la musique pour des paroles à la structure unique qui sont pratiquement toujours l’œuvre de quelqu’un d’autre du groupe…

“J’ai eu un petit complexe d’insécurité, de l’âge de 15 ans à il y a environ un an et demi. J’ai toujours ressenti le besoin d’analyser nos paroles, les interpréter, m’assurer que je comprenais tout, et si ce n’était pas le cas, alors j’éclaircissait le sens avec Nick ou Richey. Je passais une bonne journée avec trois paroles avant de tenter d’écrire de la musique.

“Mais alors j’ai pensé, je connais Nick depuis que j’ai quatre ans, j’écris des chansons avec lui depuis que j’ai 15 ans : il doit y avoir une sorte de compréhension tacite entre nous ? Alors sur cet album, j’ai juste lu les paroles une fois en entier, je me suis fait une première impression et j’ai commencé directement à écrire. Même si je ne comprenais pas tout, je commençais à écrire. C’est une grande différence pour moi”.

Avec le long délai depuis le dernier album studio (Know Your Enemy en 2001), est-ce que tu as repris là où tu t’étais arrêté ou trouves-tu que c’est de plus en plus difficile d’écrire de nouvelles chansons avec le temps ?

“Non. Mais après Forever Delayed, on savait qu’on devait faire une pause. On est passé par un processus naturel de famine : j’ai dit à Nick de ne pas me donner de paroles pendant deux ou trois mois. Mais je ne veux jamais arrêter d’écrire des chansons : la chose la plus excitante pour moi est de recevoir des paroles de Nick. Et le jour où j’arrêterais de vouloir ces paroles sera le jour où se finira le groupe, probablement”.

Est-ce que cet album va être l’un des plus difficiles à reproduire sur scène, du point de vue de la guitare ?

“On a répété et ça sonne bien. J’ai de bons talents d’endurance. La seule chose que je n’aime pas faire, c’est mes pédales. Je me souviens de quelqu’un d’un groupe qui restera anonyme qui m’a dit : Tu devrais avoir honte de toi, un homme doit s’occuper de ses pédales. Je lui ai sorti : Va te faire foutre ! Va faire ce que je fais : jouer deux parties de guitare, chanter tout, sauter – ce que tu ne fais pas, d’ailleurs – et être le leader. Connard ! Si je ne fais pas mes pédales, c’est que j’ai déjà assez à faire, merci…”

Penses-tu que les Manics sont assez reconnus pour vos performances live ?

“Bah, avant je ne digérais pas certains groupes considérés comme géniaux sur scène, parce qu’ils restent cloués sur place à regarder leur manche. Et moi je suis fou, Nick aussi, et qui reçoit la récompense du meilleur groupe live ? Mais avant, il y avait un truc chez nous sur scène qui ressemblait à l’art de l’effondrement. On n’essayait pas de recréer simplement les disques, on jouait trop rapidement, mais j’aimais ça. Mais je me suis un peu débarrassé de ça… J’apprécie le détail de la musique un peu plus, pour être honnête”.

* * *

Cinq jours plus tard, nous rencontrons à nouveau Bradfield aux studios Music Rank à Bermondsey, pour prendre des photos et pour que James détaille les guitares qu’il utilise en ce moment. Le seul problème ? Bradfield est, en cachette, un absolu maniaque de guitare qui possède “environ 80” instruments, la plupart est actuellement stockée ici jusqu’à ce que les répétitions commencent la semaine prochaine. Bradfield prend sur soi pour escalader prestement les piles de flight cases, descendant les guitares qu’il veut pour la session photo tout en se maudissant pour ne pas avoir choisi une SG, Junior ou Tele vintage particulièrement savoureuses. Il joue des versions de Kevin Carter, de My Little Empire et de Tsunami sur une Martin acoustique vintage (sa guitare “d’écriture”) pour montrer les accords de chaque chanson, tout en lustrant chaque instrument, pratiquement tous grandement convoitables, en les sortant de leurs cases. Comme il fallait s’y attendre, sa célèbre Les Paul Custom blanc crème – signée par Steve Jones des Sex Pistols au dos (“et je suis tellement con que je l’ai fait laminé immédiatement” dit-il en riant) – est la première sortie. Soyez assuré, JDB est toujours un fan de Gibson au fond de son cœur.

“Oh ouais, les Strats m’ont toujours semblé être des guitares de salope – trop faciles ! Elles se laissent jouer, ne te font rien découvrir. Je me sens si vieux aujourd’hui quand je vois des mômes prendre une Les Paul en disant : Argh, c’est très lourd… Je pense : Pédé ! On sent qu’on doit faire sortir la musique des Les Pauls.

“Si tu mets des cordes lourdes, c’est encore mieux. Tu dois la combattre, elles sont bien plus confrontationnelles pour le joueur, mais je pense que c’est bien. J’aime le fait qu’elles sont des lests sur scène et quand tu sautes, elles t’arrachent presque l’épaule. J’aime tout ça…”

Alors qu’il se fait prendre en photo, il discute du premier “solo” qu’il ait appris, la mélodie de Runaway de Del Shannon, montre sa chanson préférée pour la balance, Lonely Is The Night par le rockeur des années 1980 Billy Squier et puis il sort une excellente version unplugged du coda solo de guitare de I Am The Ressurection des Stone Roses. Combien, peut-on se demander, aurait-il dit s’il n’était pas aussi “peu enthousiaste” ? Alors que le taxi arrive pour nous ramener en ville, James Dean Bradfield – qui parle encore de vouloir tester une John 5 Telecaster – révèle la vraie raison de sa réticence.

“Même si c’était son idée”, il se tortille encore un peu, “Nick va se foutre de moi pour ça…”

*

LES CURIOSITÉS DE JDB

Sept chose que vous n’auriez (probablement) jamais sues sur James Dean Bradfield

• Il pratique devant la télé et sait jouer le thème de Frasier à la guitare
• La musique du single The Love Of Richard Nixon a été inspirée par le single de David Bowie et de Pat Metheny This Is Not America
• Il enregistre sa voix en deux ou trois prises. If You Tolerate This… en a demandé huit
• Même si toute la musique des Manics est créditée à lui et au batteur Sean Moore, Bradfield écrit la majeure partie. Les collaborateurs mémorables incluent Motorcycle Emptiness, You Love Us et All Surface All Feeling (couplets de Sean, refrains de James)
• Il est récemment allé voir Rush : “Alex Lifeson était excellent…”
• Il a eu l’idée d’installer un piezo sur le chevalet de sa LP après avoir vu le guitariste de Rod Stewart jouer la partie de mandoline de Maggie May sur une guitare électrique
• Les Manics ont commis “l’hérésie” et ont recruté un second guitariste – “un ami de Cardiff” – pour la tournée d’hiver à venir du groupe. “Mais il ne fera pas de putain de solo !”

*

THE HOLY BIBLE
Le meilleur moment de Bradfield en tant que joueur, dans ses propres termes…

• Ressorti sous forme de DVD pour son 10ème anniversaire ce mois-ci, le brutal troisième album est habituellement le préféré des fans hardcore et un où les paroles de Richey Edwards ont poussé les talents de jeu et d’écriture de Bradfield à l’extrême…

The Holy Bible a été la seule autre fois, avec Lifeblood, où j’ai dû re-concevoir ce que je fais. Mais à l’époque, il le fallait réellement. Parce que si tu entends une chanson comme Yes (extrait : “je vomis, je tremble, je sombre / je supporte encore les femmes âgées / je ne peux ni crier ni hurler / je me blesse pour faire sortir la douleur”) ou Faster (extrait : “je suis le centre de la drogue idiote / les vierges les déguenillés et les déchirés”), je me sentais un peu voyeur ou à la place d’un autre, à essayer de rentrer dans des paroles comme ça. Évidemment, Richey était sur une ligne de pensée brumeuse sur certaines de ces chansons. Parfois je pensais : Il y a bien trop de putains de mots là, comment ce taré veut que j’écrive une chanson ou une partie de guitare dessus ?! Taré dans un sens gentil. C’était la seule fois où j’ai considéré mon songwriting comme un défi technique en lui-même pour faire que la musique s’accorde aux paroles. En aucun cas je ne pouvais suivre une méthode, comme un method actor. Dire que ça ressemblait à un exercice académique le rend froid, mais j’ai aimé faire ça. Cet album m’a donné tant de confiance. Une fois que je l’ai fait, je savais – en termes de pure musicalité – écrire une chanson sur n’importe quels mots qu’on me donnait – je n’avais plus peur de rien”.

*

LE MATÉRIEL MANIAQUE
• À l’intérieur de la collection de plus de 80 guitares de JDB…

“J’ai un style de vie assez conservateur, fait remarquer Bradfield. Je n’ai pas de problèmes de voiture puissante – je ne sais pas conduire. Je n’ai jamais eu de problèmes de drogue. Mais j’ai effectivement un petit problème de guitare… J’en ai… beaucoup”. On voit le nombre dans le lieu de répétition des Manics, Music Bank, où une immense cage est littéralement remplie jusqu’au plafond de flight cases blasonnées MSP. La guitare “classique” de JDB est sa Les Paul Custom blanche modèle années 1970 – “la guitare Motorcycle Emptiness”, ajustée avec un micro acoustique piezo sous le chevalet. C’est cela qui, avec son Marshall JCM900 et ses pédales vintage Ibanez TS-808 Tube Screamer et Boss Hyper Fuzz, ce qui donne le son classique surmultiplié des Manics. « Le piezo est arrivé à cause de Tolerate jouée live à la télé ou à la radio, où je joue acoustique pendant la majeure partie de la chanson et puis fais le gros solo à la fin, explique-t-il. Je ne voulais pas m’emmerder avec une pédale de simulation ou deux guitares, alors j’ai installé ça”.

D’autres guitares régulièrement utilisées sont une Fender Telecaster naturelle de 1962, la Thinline Telecaster de Richey Edwards (utilisée pour Kevin Carter et jouée en sol ouvert, de bas en haut, en DGDGBD), une Telecaster rouge équipée d’un humbucker, avec également un chevalet Hipshot Trilogy TMB-2 pour transposer les accords (Archives Of Pain est en DGDGBE, Tsunami en DGDGBC), une Fender Jazzmaster sunburst de 1972 (pour My Little Empire, dans l’accord bizarre de EAEFAE) et une Gretsch G120 Chet Atkins orange, utilisée pour Enola/Alone et Everything Must Go. En studio – mais pas en live – il joue beaucoup sur ses Gibson ES-335 et ES-330 blanches avec sa Gibson préférée, la J45, pour pratiquement tous les morceaux acoustiques.

“Mais d’autres guitares moins vues aujourd’hui utilisées incluent – grande inspiration – une reluisante nouvelle Gibson Flying V blanche (pour les solos de The Love Of Richard Nixon et de Empty Souls), une guitare jazz manouche dans le genre Macaferri fabriquée par le luthier du Lincolnshire John Le Voi (sur Emily), une Gretsch White Falcon (idem), une Guild Black Star des années 1960 et une nouvelle Fender Strat (toutes deux sur Glasnost), une Jerry Donahue Telecaster (sur To Repel Ghosts) et une nouvelle Burns 12 cordes (sur la stridente ouverture de l’album 1985) : “Nick me l’a acheté juste avant l’enregistrement alors elle est devenue une sorte de talisman”.

L’installation d’ampli et d’effets de James a toujours été relativement simple. Sur Lifeblood, les amplis principaux étaient ses Fender DeVille 4 x 10, un Cornford Hurricane, et son vieux Marshall JCM900 branché dans un cab Orange. “Je l’aurais bien mis à la poubelle il y a longtemps parce qu’il possède cet horrible son metal des années 1980, mais je me suis rendu compte que le clean channel sonnait bien, surtout si tu mets une pédale de distortion BOSS dessus. Et j’ai utilisée pas mal Amp Farm (le logiciel de simulation d’ampli de Line 6) aussi. Parce que je jouais différemment, j’ébauchais des parties au fur et à mesure qu’on avançait et parfois, c’était tout simplement plus simple d’utiliser Amp Farm. C’était un peu une hérésie pour moi, mais avec un bon son de guitare, c’est bien. J’avais tendance à brancher mon ES6335 dedans et ça avait un très bon haut rendement et ça faisait toute la différence”.

Ses pédales principales sont une BOSS DD-6 Digital Delay, une BOSS FZ-3 Hyper Fuzz (“Géniale, mais ils ne les font plus”), une BOSS CE-3 Chorus et, de manière plus importante, une BOSS CS-3 compressor/sustainer (“Elle rend mon son un peu plus crystallin”). Il bidouille aussi avec un synthétiseur Electro-Harmonix Micro Bass pour les solos et les effets d’archet et manie un E-Bow sur Empty Souls et I Live To Fall Asleep.

Michael Leonard

Traduction – 3 mars 2005

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