The Independent – 28 mai 2006 : L’intérêt de faire une carrière solo, c’est… ?

James Dean Bradfield, Barfly, Londres
par Simon Price

“Quand est-ce que l’ordre de vous contenir va marcher ?” Il blague à moitié, après la dixième interpellation pour PCP, Sleepflower ou Born To End ou bien encore toute autre relique des Manic Street Preachers aimée des fans. “Ce pays a mal tourné…”

Être James Dean Bradfield, c’est venir avec des bagages. Au sens littéral, cela veut dire que la housse des toms de son batteur porte l’inscription “MSP”. Au sens figuré, cela veut dire qu’il n’échappera jamais à l’ombre de son propre groupe.

Chemise noire, Gibson rouge, accroche-cœur, sourire effacé : on dirait qu’il n’est jamais parti, et que les deux années sabbatiques des Manics (déclarées en avril 2005) n’ont jamais existé. En effet, le concert de ce soir dans un petit bouge de Camden a un côté très Manic. Des membres importants du personnel étendu des Manics sont présents – les noms de Eringa, Nasmyth et Davo auront écho chez les inconditionnels – et je tombe sur l’agent et le patron du label des Manics, alors que l’habituel DJ des tournées des Manics est aux platines.

Cette mini-tournée, à quelque chose près une apparition furtive, est la première fois où Bradfield a joué en dehors de l’identité Manics. (Son nouveau groupe est constitué de Wayne Murray à la guitare, James Chant à la basse; Sean Read au clavier et Nick Dewey à la batterie). Lui et le bassiste Nicky Wire sortent tous les deux des albums solo à peu près en même temps, alors que le batteur Sean Moore fait une pause.

Un énorme “Pourquoi ?” plane au-dessus de tout le projet. Les Manics ne se sont pas aigrement séparés. Ils sont aussi, il semble, en train de travailler sur un nouvel album des Manics. Plus au fait, ils n’ont pas profité de l’occasion pour charger dans de nouvelles directions musicales inexplorées. En effet, The Great Western de Bradfield et l’effort encore anonyme de Wire sonnent tous les deux comme du Preachers d’aujourd’hui.

Il y a une ou deux exceptions lors du concerts de ce soir. La dernière chanson Which Way To Kyffin (probablement nommée d’après le paysagiste gallois Kyffin Williams) commence avec un “ah-ah-ah” samplé qui rappelle O Superman de Laurie Anderson, et je suis très surpris d’entendre un saxophone, instrument très non-Manics. Mais la technique vocale de Bradfield – son truc de passer d’un mugissement de tempête héroïque à un fausset angélique – n’a pas changé.

La perception publique de Bradfield comme artisan doué qui suit les ordres de son entourage, bien que d’une injustice criante (il est l’égal intellectuel, esthétique et politique de n’importe qui du groupe), l’arrange peut-être : de cette manière, il peut échapper à l’attention démente que reçoit son sbire haut en couleurs, Wire. Il peut se sociabiliser sans crainte au bar, avant et après le concert.

Il semble également ressentir plus de liberté pour discuter qu’il ne l’aurait eu à un concert des Manics. L’atmosphère est agréablement familière : cela lui demande plusieurs tentatives pour donner à The Wrong Beginning le bon, bah, début, et à chaque fois il pique une crise de demi diva sifflante en crachant : “Ce n’est pas acceptable”.

Il est assez détendu pour faire plaisir aux inconditionnels avec deux morceaux des Manics : Ocean Spray (la chanson qu’il a écrite sur la mort de sa mère) et This Is Yesterday (interlude acoustique régulière dans les concerts des Manics).

Ce soir, même les cinglés sont d’humeur à rire. Au premier rang, un groupe de fans a érigé une corde à linge, avec cinq culottes épinglées dessus. Il y a écrit : “J-A-M-E-S”.

Traduction – 4 juin 2006

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