Telegraph – 29 juin 2006 : Oh mon Dieu, qu’ai-je fait ?

Le nouvel album solo de James Dean Bradfield des Manic Street Preachers est aussi bon que tout ce qu’a fait le groupe. Mais, comme il le dit à Neil Cormick, il est assailli de doute de soi-même.

“La plupart des groupes les plus intéressants commencent comme une idée, dit James Dean Bradfield. Ce n’est pas à propos de la musique ; c’est de la science sombre. Compter sur quelque chose intangible peut être déconcertant, mais on en obtient beaucoup de force. Il y a un don de faire par hasard des découvertes heureuses d’impliqué, de la télépathie. C’est du vaudou”.

Bradfield est le chanteur guitariste des Manic Street Preachers, l’un des groupes les plus aimés de Grande Bretagne, un gang chatouilleux d’idéologues punks gallois qui se sont élevés durant le boom Britpop des années 1990 pour devenir des fabricants d’hymnes qui remplissent les stades.

Bradfield est de loin le musicien le plus accompli d’un groupe dont la moralité de gang et la personnalité cohésive en font plus la somme de leurs parties. Son amour intense pour ees Manics est évident dans tout ce qu’il dit sur eux. Pourtant, il vient d’enregistrer son premier album solo, The Great Western (qui sort chez Sony BMG le mois prochain), sujet sur lequel il semble, au contraire, curieusement ambivalent. “C’est très étrange de faire quelque chose en dehors du cercle”, admet-il.

Le comportement hésitant de remise en question de soi de Bradfield (“Je déteste vraiment la paralysie d’analyse ; c’est le moment où tout commence à s’éclaircir pour moi”) suggère qu’il n’est pas du tout certain d’avoir fait la bonne chose. “Je voulais que Sean [Moore, le batteur des Manics] joue pour le disque, dit-il, mais il est incroyablement loyal à un certain esprit Manics indéfinissable, peu importe ce que peut être cette lumière guide”.

Le bassiste et parolier Nicky Wire, pendant ce temps, a fait son propre album solo, auquel Bradfield a contribué, comme Wire a contribué à celui de Bradfield. Il sortira en septembre. Ce qui pousse la question : pourquoi faire un album solo quand tu as un groupe parfaitement bon à disposition ?

La réponse réside dans le caractère quasi doctrinal des Manics. C’est un groupe très penché sur les manifestes et les déclarations polémiques, se définissant par des règles souvent assez arbitraires.

“On pratiquait les rejets, dit Bradfield des premiers Manics. On croyait aux chaoses gardées au propre – pas de baggy, pas de fun, pas de sourires, pas de rire, pas d’amour”. Le groupe a été déçu par son septième album studio poppy, Lifeblood de 2004. “C’était comme si on n’aimait plus le rock”.

Mais, plutôt qu’aborder tranquillement leurs problèmes, ils ont annoncé une pause auto-imposée de deux ans. Elle s’est avérée trop longue pour Bradfield, qui était de retour en studio quelques mois après. “La musique était une démangeaison que je ne pouvais pas gratter. Alors c’était soit faire un disque solo ou rejoindre un groupe de bar”.

Dans ma colonne la semaine dernière, je demandais si quelqu’un avait déjà fait un album solo – tout en étant toujours dans un groupe – qui était aussi bon ou meilleur que l’œuvre du groupe. Énorme fan de musique (avec une fascination observatrice pour les marginaux rock), la question colle Bradfield. “Ça n’est pas de bon augure”, marmonne-t-il. Mais, malgré tout le doute de soi, il se pourrait qu’il l’ait effectivement fait.

Galette pop-rock savoureuse remplie de mélodies en cascade et d’harmonies qui s’entrecroisent, The Great Western est certainement une amélioration de la dernière excursion des Manics. Il sonne beaucoup comme les Manics, mais il y a une qualité d’allégresse qui peut surprendre.

“En termes de chœurs et de mélodies, une grande partie est assez fleuri, dit Bradfield. Il y a un certain allant qui serait presque moralement incorrect pour les Manics”.

C’est une interprétation intéressante du concept de la moralité mais elle suggère, malgré ses réserves, que Bradfield a été libéré du génie ascétique de son groupe. “Je pensais qu’on pouvait me pardonner les choses, ce qui est mignon, vraiment”.

Bradfield n’a jamais été parolier au sein des Manics, écrivant à la place des mélodies sur les paroles de Richey Edwards, polémiste en chef des Manics, qui a disparu en 1995) et Nicky Wire.

“En faisant l’album solo, j’ai reculé dans un coin. Pour être assez fidèle, je me demande effectivement si j’ai assez à dire”.

Curieusement, c’est dans les zones nuancées de l’incertitude que Bradfield a trouvé sa propre voix lyrique, écrivant un recueil de chansons émotionnelles hautement personnelles et littéraire centrées sur ses sentiments compliqués sur sa relation avec le Pays de Galles et l’Angleterre.

“Je me suis éloigné du Pays de Galles jeune homme, mais j’y suis revenu depuis toutes ces années. C’est assez horrible parfois, le sentiment intangible de quelque chose qui t’appelle, et ne pas savoir ce que c’est.

“Je buvais un coup dans un endroit dans les vallées y’a un moment et je me suis mis à parler à un gars plus vieux. Il a dit : N’oublie pas, les montagnes ne te laisseront jamais partir. Ce n’est pas quelque chose de nostalgique ; c’est vraiment vrai. Ça me fascine combien on peut changer en tant que personne, mais il peut y avoir quelque chose à l’intérieur de toi, une petit zone qu’on ne peut jamais éradiquer, ce qui peut être quelque chose d’aussi simple qu’un paysage, qui affecte la manière dont on pense et ressent les choses”.

Bradfield croit que les aventures solo de lui et Wire ajouteront de la “lumière et de la nuance” aux Manic Street Preachers, mais je ne m’attends pas à ce qu’il se batte pour y inclure ses paroles. L’expérience solo lui a plutôt uniquement fait conscience du confort et du soutien qu’il trouve dans l’appartenance à un groupe. Faire des concerts avec un groupe d’employés s’est avérée “un petit peu agaçant”.

“C’est la scène qui allait toujours être la partie la plus difficile, dit-il. J’ai dû faire plus de mille concerts avec les Manics. J’aimais ça quand Nicky et Richey, sans même se regarder, sautaient tous les deux en même temps. Ça te fait te sentir comme une force qu’on ne peut arrêter.

“Aujourd’hui, les gens me regardent et pensent : Okay, t’es un compositeur, hein ? Engage moi alors. Allez, montre moi ce que tu as. C’est dur”.

Traduction – 26 janvier 2008

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