Jimi Hendrix

hendrixMentionné dans le sample de Kimini Rock :
“The road has taken alot of the great ones. Hank Williams, Buddy Holly, Otis Redding, Janis, Jimi Hendrix, Elvis. It’s a god damn impossible way of life”

James Marshall Hendrix, plus connu sous le nom de Jimi Hendrix (né Johnny Allen Hendrix le 27 novembre 1942 à Seattle et décédé le 18 septembre 1970 à Londres) était un guitariste, chanteur et compositeur américain. Il est considéré comme l’un des musiciens les plus novateurs du XXème siècle, notamment en raison de son approche révolutionnaire de la guitare électrique et des techniques d’enregistrement en studio. Jimi Hendrix avait la particularité d’être un guitariste gaucher. Il a été élu meilleur guitariste de tous les temps par le magazine américain Rolling Stone dans le classement des 100 Meilleurs guitaristes de tous les temps.

Improvisateur sortant des sentiers battus, il libère son instrument de ses contraintes en utilisant les ressources nées de l’amplification et donne à la guitare électrique moderne ses lettres de noblesse. Son influence dépasse largement le cadre de la musique rock : la plupart des styles musicaux qui se développèrent dans les années 1970 ont repris certains éléments de sa musique. Miles Davis a ainsi joué un jazz électrique très marqué par le guitariste.

James Marshall Hendrix naît le 27 novembre 1942 à Seattle (État de Washington). Il est le premier fils de Al Hendrix et de Lucille Hendrix, née Jeter. Al Hendrix ne rencontre son fils que trois ans plus tard car il doit faire face à ses obligations militaires. Incapable d’assumer l’éducation de son fils, sa mère ne s’en occupe pas. Démobilisé, Al Hendrix récupère Johnny Allen, qu’il rebaptise James Marshall (peut-être parce que l’amant de Lucille s’appelait John Williams) et propose à Lucille de s’installer ensemble. Lucille donne naissance à Leon Hendrix en 1948. Le couple s’entend très mal, ne cesse de se disputer et finit par divorcer le 17 décembre 1951.

Il est profondément affecté par les conditions de pauvreté et la négligence dans lesquelles il a grandi, mais aussi les troubles familiaux qu’il a vécus dans son enfance, le divorce de ses parents lorsqu’il avait 9 ans, et surtout le décès de sa mère, alcoolique, en février 1958. Hendrix est battu à maintes reprises par son père, Al Hendrix, qui souffrait lui aussi de graves problèmes d’alcool.

Le fait que James Marshall Hendrix ait vécu son enfance à Seattle explique peut-être la facilité avec laquelle il a réussi à transgresser les diverses barrières raciales ou culturelles. En effet, il a vécu dans un quartier où les échanges entre communautés étaient constants. Certes il y avait de la ségrégation, mais dans des proportions infiniment moindres que dans le Sud.

Son premier instrument de musique est un harmonica offert par son père pour ses 4 ans, mais il s’en lassera vite. Il acquiert alors sa première guitare à 15 ans (une acoustique d’occasion à 5 $), remplaçant avantageusement l’ukulélé à une seule corde que son père lui avait donné après l’avoir surpris en train de jouer avec un balai ! Dès lors, il apprend la guitare en autodidacte en y consacrant tout son temps libre. Ses résultats scolaires s’en ressentent rapidement, mais Hendrix a désormais une obsession : devenir musicien. Assez rapidement, le jeune Jimmy (pas encore Jimi) rejoint son premier groupe, The Velvetones. Il se procure sa première guitare électrique, une Supro Ozark 1560S, qu’il utilise avec son groupe suivant The Rocking Kings.

En 1961, mêlé à une histoire de voiture volée, Hendrix préfère s’enrôler dans l’armée américaine plutôt que de risquer la prison. En novembre 1962, il obtient le droit de porter l’écusson des Screaming Eagles, la 101ème division aéroportée. Affecté à Fort Campbell, Kentucky, Hendrix forme The King Casuals avec Billy Cox à la basse. Hendrix raconte par la suite qu’il a été réformé en raison d’une blessure consécutive à un saut en parachute, mais il y a controverse sur ce point.

Hendrix travaille comme guitariste sous le nom de Jimmy James dans divers groupes de rhythm and blues qui tournent dans ce qu’on appelle alors le Chitlin’ Circuit (le circuit des clubs fréquentés par les afro-américains). Il enregistre à l’occasion en tant que musicien de session.

Fin 1965, Hendrix a joué avec certains musiciens de renom tels que Sam Cooke, Ike & Tina Turner, les Isley Brothers et surtout Little Richard. Ce dernier estime que Jimmy se met trop en avant et décide de se passer de ses services.

En 1965, Hendrix rejoint Curtis Knight & The Squires, un groupe new-yorkais sans grande envergure. Le 15 octobre 1965, Hendrix signe un contrat d’enregistrement de trois ans avec un producteur nommé Ed Chalpin, pour seulement 1 $ et 1% de royalties des ventes des enregistrements effectués avec Curtis Knight. Sans incidence sur le coup, ce contrat a des conséquences désastreuses par la suite.

Installé à Greenwich Village, Hendrix décide de jouer sa propre musique et devient le leader de Jimmy James & The Blue Flames. Randy California, futur membre de Spirit, est guitariste au sein de ce groupe. Il n’existe aucun enregistrement amateur de ce groupe. Le témoignage de Mike Bloomfield permet toutefois de se faire une idée de la façon dont Hendrix joue en 1966 : “La première fois que j’ai vu Jimi jouer, c’était avec Jimmy James & The Blue Flames. Je jouais avec Paul Butterfield et je pensais être le meilleur guitariste du coin ! Je n’avais jamais entendu parler d’Hendrix. Alors quelqu’un m’a dit : Tu devrais aller écouter le guitariste de John Hammond. J’étais au Cafe au Go Go et il était au Nite Owl ou au Cafe Wha, j’ai traversé la rue et je l’ai vu. Hendrix savait qui j’étais, et ce jour là, en face de moi, il m’a désintégré. Des bombes H dégringolaient, des missiles téléguidés volaient dans tous les coins – je ne te raconte pas les sons qui sortaient de sa guitare. Tous les sons que je devais l’entendre reproduire plus tard, il les a faits, dans cette pièce, avec une Strat, un Twin, une Maestro Fuzz-Tone, et c’est tout – il jouait à un volume très poussé”.

Repéré au Cafe Wha par Chas Chandler, celui-ci propose à Hendrix de venir se faire connaître et d’enregistrer son premier single au Royaume-Uni, alors en pleine effervescence musicale avec des groupes comme les Beatles et les Rolling Stones. Jimi Hendrix aurait accepté à condition de rencontrer celui qui apparaît comme la référence britannique de l’époque à la guitare : Eric Clapton. Sur le chemin, il adopte alors définitivement le nom de Jimi Hendrix (au lieu de Jimmy) sur les conseils de son manager.

Il rencontre pour la première fois Clapton lors d’un concert de Cream (le trio qu’il venait de créer avec Ginger Baker et Jack Bruce) le premier octobre 1966 au Central London Polytechnic. Considéré comme le meilleur guitariste de blues anglais depuis son passage chez John Mayall, Eric Clapton accepte que Jimi Hendrix les rejoigne sur scène (malgré la réticence de Ginger Baker). Dans son autobiographie, Clapton raconte comment Jimi Hendrix a alors interprété le Killing Floor de Howlin’ Wolf : “Il a joué de la guitare avec les dents, derrière la tête, allongé par terre, en faisant le grand écart et d’autres figures. C’était stupéfiant et génial musicalement, pas uniquement un vrai feu d’artifice à contempler. (…) Je pris peur, car, juste au moment où on commençait à trouver notre vitesse de croisière, voilà qu’arrivait un vrai génie”.

Peu de temps après son arrivée à Londres, des auditions sont organisées pour trouver les musiciens qui l’accompagneraient. Il recrute dans un premier temps Noel Redding qui postulait pourtant comme guitariste – il ne jouait pas encore de basse alors – au sein des Animals, l’ancien groupe de Chas Chandler. Peut-être inspiré par Cream, Hendrix décide d’opter pour un trio et s’adjoint les services de Mitch Mitchell. Selon John Hiseman (le futur batteur de Colosseum), Mitchell était à ce stade inconnu du cercle des jazzmen de Londres. Amateur d’Elvin Jones & Max Roach, il officiait auparavant dans un groupe où il n’avait aucune liberté.

Impressionné par Hendrix qu’il rencontre dans un club londonien, Johnny Hallyday lui propose de roder son nouveau groupe en faisant sa première partie lors des 4 dates suivantes : le 13 octobre 1966 à Évreux, le 14 à Nancy, le 15 à Villerupt et surtout le 18 à l’Olympia (Paris). Cette dernière date est importante : Europe 1 proposait alors une émission appelée Musicorama dont l’équipe a enregistré professionnellement la courte performance du Jimi Hendrix Experience.

16 décembre 1966 : Hey Joe marque les débuts discographiques du Jimi Hendrix Experience. Le single entre dans les charts anglais le 5 janvier 1967, et monte même jusqu’à la 6ème place. La plupart des biographes s’accordent sur l’intérêt que Chas Chandler, le manager de l’Experience, manifestait pour ce titre avant même de découvrir Jimi Hendrix. C’est donc sans surprise que le choix s’est porté sur la composition de Billy Roberts, que Jimi jouait déjà au Cafe Wha avec les Blue Flames.

Le 26 décembre, Hendrix compose Purple Haze dans les coulisses d’un club, Chas Chandler comprend aussitôt que l’Experience tient là un tube en puissance. Et les faits lui donnent rapidement raison : publié le 17 mars 1967 en Angleterre, le titre rentre dans les charts dès le 23 mars et culmine même à la troisième place. Au-delà du succès commercial, Purple Haze est avant tout une réussite artistique majeure : Hendrix n’est pas seulement le meilleur instrumentiste de la musique rock, il est aussi un compositeur original dont les conceptions sont révolutionnaires. Hendrix n’a pourtant ni l’inventivité mélodique des Beatles, ni la maîtrise harmonique de John Coltrane, mais dès son deuxième single, il crée un univers musical dépassant ses influences, univers dont la singularité est renforcée par sa maîtrise du studio et des effets. Purple Haze ne ressemble à rien de ce qui a été fait auparavant : l’Experience peut véritablement commencer.

Le troisième single du Jimi Hendrix Experience, The Wind Cries Mary, a été enregistré le même jour que le basic track de Purple Haze. En seulement 20 minutes selon Chas Chandler : la réalité est sans doute un peu différente (enregistrer le basic track, le solo et le chant en aussi peu de temps relèverait de l’exploit…), mais il n’en demeure pas moins que ce single est typique de la production de Chas Chandler, et de son mode opératoire : travailler vite et bien. Musicalement, The Wind Cries Mary tranche singulièrement avec les deux premiers singles : c’est une ballade minimaliste, où se fondent les influences de Bob Dylan et de Curtis Mayfield.

Le premier album du groupe, Are You Experienced, sort le 5 mai 1967. Véritable pierre angulaire de la guitare électrique, il partage les instrumentistes entre anciens et modernes. Considéré comme l’un des meilleurs disques de rock par la critique, il constitue non seulement la base du répertoire de l’Experience, mais aussi du trio Hendrix/Cox/Mitchell. Une prise inédite de I Don’t Live Today montre que le guitariste se dirigeait vers une musique plus audacieuse encore, que la production de Chandler a sans doute limité, conscient que les plages trop libres étaient autrement moins vendeuses.

Le 4 juin 1967, Hendrix interprète au Saville Theatre de Londres une version du morceau titre de Sgt Pepper’s Lonely Hearts Club Band, le nouvel album des Beatles publié seulement trois jours auparavant. Paul McCartney et George Harrison, présents dans l’assistance, sont impressionnés par la performance, même si le reste du concert est entaché de problèmes d’ordre technique.

C’est sur les bons conseils de Paul McCartney que les organisateurs du Monterey International Pop Festival ont invité le Jimi Hendrix Experience, alors au sommet de sa popularité en Angleterre.

Leur performance du 18 juin 1967 est historique : de virtuellement inconnu aux États-Unis, le groupe est rapidement devenu culte dans les cercles rock, à défaut d’être véritablement connu du grand public. Immortalisée par le film de D. A. Pennebaker, la réputation de showman de Jimi Hendrix était faite pour les années à venir. Pour le meilleur et pour le pire. Car si Monterey est certainement l’un des meilleurs concerts de rock de tous les temps, Jimi Hendrix dégrade son image auprès des musiciens “sérieux” qui le prennent pour un frimeur (même si un Miles Davis ne s’arrête pas à ça), mais aussi vis-à-vis du public qui attend de lui plus souvent un show qu’une performance strictement musicale. Une image particulière reste dans les mémoires : le moment où il sacrifie sa Stratocaster en l’immolant par le feu avant de la fracasser sur le sol.

Le groupe enregistre ensuite The Burning Of The Midnight Lamp, son single suivant, avant d’assurer la première partie des Monkeys lors de sa tournée américaine de l’été 1967, suite à une très mauvaise appréciation des publics respectifs des deux groupes par Mike Jeffery, l’autre manager de l’Experience. Le groupe ne remplit toutefois pas ses obligations contractuelles et quitte la tournée avant son terme en prétextant la plainte des Daughters of the American Revolution, une ligue de morale, selon laquelle Hendrix serait trop érotique pour les jeunes fans des Monkeys.

Après une série de concerts, le groupe enregistre à Londres de nouvelles compositions qui donnent la matière du deuxième album du groupe, Axis: Bold as Love, publié en décembre 1967. C’est un album très différent de l’opus précédent : Hendrix se concentre ici sur ses talents de guitariste rythmique et d’auteur-compositeur. L’influence de la production de Chas Chandler est encore très présente; la plupart des titres ne dépassent pas les trois minutes.

Dans la foulée, Hendrix enregistre à Londres une reprise du All Along the Watchtower de Bob Dylan. Après une tournée américaine, Hendrix décide de continuer l’enregistrement de son troisième album au Record Plant, à New York. Hendrix tire profit au maximum des progrès technologiques de l’époque : Electric Ladyland est enregitré sur un 16 pistes, laissant à son créateur une liberté orchestrale alors inespérée.

Hendrix, peu conventionnel dans sa manière de travailler, convie qui veut bien venir en studio… où les ingénieurs du son doivent presque s’excuser de prendre leur place. Lors de l’enregistrement de Gypsy Eyes, Chas Chandler jette l’éponge : Hendrix est désormais son propre producteur. Cet enregistrement marque aussi une nette détérioration des rapports qu’il entretient avec Noel Redding, son bassiste. Ce dernier se plaint du peu de place que son leader lui laisse au sein du groupe, mais aussi de la tournure que prennent les sessions, où Hendrix ne semble jamais satisfait des prises qu’il enregistre. Noel Redding ne joue d’ailleurs que sur quelques titres du dernier album de l’Experience.

Hendrix ne se limite pas aux seuls membres de l’Experience et multiplie les rencontres avec des musiciens réputés (Steve Winwood, Chris Wood, Buddy Miles, Jack Casady et Al Kooper) qui se joignent à lui sur des compositions variées et d’une rare richesse : Voodoo Chile et 1983… (A Merman I Should Turn To Be) figurent parmi les œuvres les plus ambitieuses de sa carrière. Electric Ladyland est généralement considéré comme son chef d’œuvre.

Les concerts de l’Experience évoluent au fil des mois : centrés sur les chansons aux débuts du groupe, ils sont désormais le théâtre de longues improvisations dépassant souvent les 10 minutes. Les rapports au sein du groupe continuent de se détériorer et les sessions d’enregistrement suivantes ne donnent plus que de longues jams informelles plutôt que des compositions achevées publiables sur un disque de rock.

Le 3 mai 1969, le Jimi Hendrix Experience arrive à 9 heures et demi à l’aéroport international de Pearson à Toronto (Ontario). Les douanes canadiennes trouvent dans l’un des sacs du guitariste des substances illicites : il est aussitôt arrêté puis emmené au siège de la police dans le centre-ville de Toronto. Il est libéré contre une caution de 10 000 dollars en espèces et doit comparaître devant le tribunal de Toronto le 5 mai. Les conséquences de cet incident sont désastreuses : Hendrix vivra avec la crainte d’un emprisonnement jusqu’à la fin de l’année 1969.

Après une ultime tournée américaine au printemps 1969, le groupe se sépare après sa performance de Denver, le 29 juin 1969.

Début juillet 1969, Jimi Hendrix est invité à deux émissions importantes : le Dick Cavett Show puis le Tonight Show. Il est accompagné par Billy Cox lors de la seconde émission. En fait, cela fait déjà plusieurs semaines qu’il répète et enregistre avec son ancien ami de l’armée. Dans la perspective d’un nouvel album studio, Hendrix s’installe à la Shokan House, à l’écart de l’agitation rencontrée à New York, afin de se concentrer sur son nouveau projet : le Gypsy Sun & Rainbows. En plus de Billy Cox, il rassemble autour de lui Larry Lee à la guitare (qu’il connaît depuis 1963), Juma Sultan et Jerry Velez aux percussions. Hendrix était manifestement intéressé par l’idée de jouer avec des percussionnistes : les percussionnistes de Santana ont ainsi participé à la jam du Tinker Street Cinema début août 1969.

La musique produite par le groupe se démarque du rock psychédélique de l’Experience, notamment par les formes musicales plus libres que le groupe expérimente. Mitch Mitchell retrouve Hendrix durant l’été et devient le batteur du groupe.

Au mois d’août 1969, Jimi Hendrix est la tête d’affiche du Festival de Woodstock. C’est donc à lui qu’il revient en principe de le clôturer. Malgré le retard pris par le festival, le management de Jimi Hendrix refuse de changer l’ordre d’entrée en scène des groupes. Sans le film, la performance de Jimi Hendrix ne serait certainement pas devenue légendaire : le Gypsy Sun & Rainbows n’entre en scène que le matin du lundi 18 août 1969, ce qui explique un public clairsemé lorsqu’il se produit.

Il est primordial de souligner que les mixages des différentes versions audio et vidéo mettent quasiment systématiquement le trio Hendrix/Cox/Mitchell en avant. Larry Lee est légèrement audible. Quant aux deux percussionnistes, ils sont quasi inaudibles d’un bout à l’autre. Juma Sultan regrettera amèrement le mixage power trio du Gypsy Sun & Rainbows, trouvant dommage d’avoir supprimé le foisonnement de percussions qui accompagne Star Spangled Banner… Inversement, John McDermott défend que le jeu foisonnant de Mitch Mitchell ne se marie pas bien avec celui des deux percussionnistes. Larry Lee revenait alors du Viêt Nam, et n’était certainement pas prêt à un tel évènement : seul son chant opère convenablement. Les deux titres qu’il chante lors de ce concert n’ont toutefois jamais eu les honneurs d’une publication officielle.

Si les enregistrements pirates de la performance du Gypsy Sun & Rainbows montrent que le groupe n’était pas toujours en place, il n’empêche que la seconde partie du concert, portée à bout de bras par un Hendrix pourtant épuisé, reste l’un des plus grands moments d’improvisation de la musique rock. L’interprétation de l’hymne américain par le guitariste, véritable Guernica musical est le point d’orgue du festival. Plus proche ici du free jazz que de la musique rock, son approche de la guitare y est totalement révolutionnaire. Hendrix devient le premier sculpteur de l’histoire de la musique, taillant littéralement dans le bloc sonore. D’autres guitaristes avaient utilisé le vibrato ou le feedback (comme Jeff Beck au sein des Yardbirds) avant lui. Mais il est le premier à avoir construit un langage inédit reprenant toutes ces techniques comme vocabulaire. Le passage central montre une vision musicale allant largement au-delà de genres établis comme le blues ou le rock : cris, bombes, Hendrix plonge avec sa musique dans l’univers de ses contemporains. Sa maîtrise du feedback sur les ultimes notes montre sa capacité à travailler en temps réel sur le bloc sonore (diversité des choix et réactivité instantanée). Avec Star Spangled Banner, Hendrix cristallise toute l’ambiguïté de l’intervention militaire des États-Unis au Vietnam.

Le groupe se sépare après quelques séances en studio peu productives (aucun album ne sera tiré de ces séances) et deux autres concerts début septembre. Mitch Mitchell et Billy Cox s’accordent sur le fait que le groupe ne progressait pas musicalement.

Pour la Saint-Sylvestre 1969, au Fillmore East de New York, c’est avec une nouvelle formation que Jimi Hendrix se produit. Le Band of Gypsys est un trio entièrement afro-américain composé de Billy Cox et du batteur Buddy Miles. Jimi Hendrix y dévoile une sensibilité plus funk et, en l’espace de deux journées, (le 31 décembre 1969 et le 1er janvier 1970), livre quatre concerts. Un album Live, Band of Gypsys, en est tiré : ce sera le dernier publié de son vivant.

Peu d’albums ont fait l’objet d’autant de controverses que ce dernier. En effet, mis à part Machine Gun, unanimement saluée comme étant l’une des œuvres majeures du guitariste, le reste de l’album (et par extension les quatre concerts qui ont donné lieu à ce Live) continue de partager amateurs, critiques et musiciens.

La presse rock a été globalement déçue par une œuvre qui marquait, selon elle, un recul créatif vis-à-vis du troisième album de l’Experience (via un retour au rhythm and blues), et qui n’aurait pas dû sortir, de l’avis de Jimi Hendrix lui-même : “Je n’étais pas trop satisfait de l’album Band Of Gypsys. Si ça n’avait tenu qu’à moi, je ne l’aurais jamais sorti”.L’album est en effet né de problèmes juridiques et non de la volonté initiale du musicien.

Inversement, beaucoup voient dans le Band Of Gypsys un groupe fondateur jetant les bases de nombreux courants musicaux des années 1970 : rock funk (Parliament/Funkadelic), jazz rock (Miles Davis, Mahavishnu Orchestra de John McLaughlin) etc… Miles Davis note d’ailleurs dans son autobiobraphie que c’est le groupe de Jimi Hendrix qu’il préférait.

Le 28 janvier 1970, lors d’un concert donné au Madison Square Garden, dans le cadre du Winter Festival For Peace, le Band Of Gypsys doit se produire gratuitement, afin de soutenir des opposants à la guerre du Vietnam. Le groupe monte sur scène vers 3 heures du matin, dans ce qui s’avérera être leur dernière performance, et peut-être le plus gros fiasco de toute la carrière de Jimi Hendrix. Après avoir introduit les membres de son groupe, alors qu’une jeune femme réclame Foxy Lady, Hendrix lui répond que “Foxy Lady est assise par là, en sous-vêtement jaunes, sales et tachés de sang”. Le groupe se lance alors dans une version particulièrement peu inspirée de Who Knows. Selon tous les témoins présents ce soir-là, Hendrix n’était pas en état de monter sur scène. Johnny Winter confiera par la suite que, pour lui, “c’était comme s’il était déjà mort”. Manifestement, Hendrix n’est pas dans son état normal : sur Who Knows, contrairement à son habitude, il ne mélange pas guitare et chant. La version qui suit de Earth Blues est encore moins convaincante, Hendrix interpellant ainsi le public alors qu’il s’arrête de jouer : “ »C’est ce qui arrive lorsque la Terre baise avec l’Espace, n’oubliez jamais ça. Voilà ce qui arrive !” Buddy Miles a tenté de calmer le jeu, faisant face à la stupéfaction de l’audience en promettant un retour sur scène qui n’arrivera pas : Hendrix débranche sa Stratocaster et quitte définitivement la scène, laissant à Buddy Miles le soin de gérer la foule…

Aujourd’hui encore, la controverse historique reste entière sur ce qui s’est véritablement passé cette nuit-là au Madison Square Garden. Mike Jeffery a profité de l’occasion pour virer sur le champ Buddy Miles… ce dernier accusant le manager d’avoir donné à Hendrix une dose de LSD le rendant dans l’incapacité de jouer. D’autres mettent en cause Devon Wilson, une des petites amies de Hendrix. On ne saura probablement jamais le fin mot de l’histoire.

Lors de son interview du 4 février 1970, menée par John Burks pour Rolling Stone (à l’initiative de Mike Jeffery), Hendrix reviendra sur la performance du Madison Square Garden : “C’est comme la fin du commencement ou quelque chose comme ça, je pense que le Madison Square Garden est comme la fin d’un grand long conte de fées. Ce qui est grand. (…). En ce qui me concerne, le Band Of Gypsys était formidable. (…) J’étais très fatigué. (…)” Il a ensuite précisé qu’il avait affronté la plus grande guerre intérieure de toute sa vie, et que “ce n’était pas l’endroit pour le faire”.

Le concert donné le 25 avril 1970 au LA Forum marque le retour de Jimi Hendrix sur le devant de la scène : c’est la première de ce qui s’avérera son ultime tournée américaine (le Cry Of Love Tour). Première d’autant plus importante que c’est avec un nouveau groupe que Jimi Hendrix se présente : si Billy Cox est toujours à la basse, Mitch Mitchell est de retour derrière les fûts. Contrairement à ce que l’interview donnée en février 1970 à John Burks aurait pu faire croire, Hendrix n’a pas reformé l’Experience avec son line up original. Le nom de cette formation est d’ailleurs toujours sujet à caution : “Jimi Hendrix Experience” selon Billy Cox, “Cry Of Love Band” pour d’autres, Jimi Hendrix semble n’avoir jamais véritablement clarifié ce point.

Cette tournée marque aussi une reprise en main de sa carrière : Hendrix enregistre en semaine son nouvel album studio et se produit en concert le week end, afin de financer les travaux de construction de l’Electric Lady, son propre studio (à parts égales avec Mike Jeffery). Le rythme de cette tournée, autrement plus raisonnable que celui des tournée US précédentes, n’est pas étranger à la qualité tant des sessions studio que des concerts. Les critiques, biographes et journalistes tendent à décrire cette tournée dans des termes pour le moins mitigés… Pourtant, ainsi que John McDermott le souligne dans Setting The Record Straight, la tournée américaine de 1970 marque le retour d’une grande créativité.

Selon Billy Cox, Hendrix n’arrêtait pas de setlists précises : il se contentait de préciser uniquement les premiers titres qu’ils allaient jouer. Le répertoire du groupe est d’ailleurs nettement moins stéréotypé que celui de l’Experience.

Jimi Hendrix inaugure le 15 juin 1970 son propre studio d’enregistrement à New York, Electric Lady. Selon la plupart des témoignages, Hendrix aborde les séances avec plus de sérieux que par le passé, même si ses sautes d’humeur et sa relation avec Devon Wilson compliquaient parfois leur bon déroulement.

Après des mois de chaos personnel et de doutes artistiques, Hendrix retrouve son inspiration et progresse dans la création de son quatrième album studio. Les sessions comme celles du premier juillet 1970 montrent son renouveau artistique. Sa musique est nettement plus rythmique, plus composée. Hendrix l’architecte prend le pas sur Hendrix l’instrumentiste. La guitare sert le discours… et non l’inverse.

Hendrix n’aura toutefois pas le temps de terminer ce quatrième album, dont le matériel sera publié dans un premier temps sur The Cry Of Love, Rainbow Bridge – Original Motion Picture Sound Track (1971), War Heroes (1972) et Loose Ends (1973). Voodoo Soup (1995) et First Rays Of The New Rising Sun (1997) présenteront la vision que les producteurs ultérieurs de Hendrix avaient de cet ultime album.

Afin de financer le studio qu’il vient d’inaugurer officiellement, Hendrix accepte à contrecœur de se lancer dans ce qui s’avérera être son ultime tournée européenne. Son trio se produit notamment le 30 août au festival de l’île de Wight, au sud de l’Angleterre. “Pour être franc, c’était un mauvais concert. Je ne peux pas dire si le cœur de Jimi y était. Une chose est certaine, rétrospectivement, c’est que nous aurions vraiment dû répéter une fois. C’est étrange parce que le groupe jouait tellement bien, il était réglé comme une horloge. À ce stade, nous étions tous confiants vis-à-vis de nos jeux respectifs. Il n’y avait aucune raison que le concert soit peu réjouissant. Mais le feeling n’était pas au rendez-vous”, en dira Mitch Mitchell.

La performance du 2 septembre 1970 (Arhus) est pire encore : Hendrix quitte la scène après seulement quelques titres. Hendrix semble très déprimé, et consomme beaucoup de drogues. Il déclare dans un entretien que “Je ne suis pas sûr que j’atteindrai 28 ans. Je veux dire qu’au moment où musicalement, je sentirai que je n’ai plus rien à donner, je ne serai plus de ce monde”.

La tournée n’est toutefois pas aussi mauvaise que ces deux évènements pourraient le laisser penser : les concerts des premier (Gothenburg) et 3 septembre 1970 (Copenhague) sont en effet remarquables.

La santé de Billy Cox oblige toutefois le management du groupe à annuler le reste de la tournée : le concert donné à Fehmarn dans le cadre du Love And Peace Festival le 6 septembre 1970 sera le dernier du trio.

Hendrix regagne Londres, et donne son dernier entretien le 11 septembre 1970.

Le 16 septembre 1970, Hendrix rejoint War, le nouveau groupe d’Eric Burdon, au Ronnie Scott’s et joue sur deux titres, qui constituent les ultimes enregistrements amateurs du guitariste.

Le 18 septembre 1970, Hendrix est retrouvé mort au Samarkand Hotel (Londres). Les circonstances exactes de sa mort sont toujours l’objet de controverses, même si la thèse principale selon laquelle il serait mort étouffé par son propre vomi suite à un abus de barbiturique (Vesparax) lié à une prise d’alcool semble être la plus probable.

Il est enterré à Seattle, sa ville natale, le 1er octobre 1970.

Le blues constitue la base du vocabulaire guitaristique utilisé par Jimi Hendrix. Il reprend les techniques des grands bluesmen qui permettent de développer un jeu expressif, mais aussi leur langage harmonique où l’ambiguïté majeur/mineur joue un rôle important. Il est difficile d’établir une liste exhaustive des guitaristes de blues ayant influencé Hendrix. On peut toutefois se faire une idée assez précise de ses principales influences via les reprises qu’il jouait en concert ou en club, mais aussi des entretiens qu’il accordait : Albert King (Born Under A Bad Sign), B.B. King (Rock Me Baby), Elmore James (Bleeding Heart), Hubert Sumlin, le guitariste de Howlin’ Wolf (Killing Floor), Freddie King (San-Ho-Zay), Muddy Waters (Hoochie Koochie Man & Catfish Blues), Albert Collins (Drivin’ South), mais aussi Buddy Guy, John Lee Hooker ou Robert Johnson. Le 9 octobre 1967 (à l’Olympia), il interpelle ainsi le public : “Avez-vous entendu parler de Muddy Waters ? Et de John Lee Hooker ?”

Son style de guitare rythmique tel qu’on peut l’entendre sur Little Wing ou Bold As Love est inspiré, en plus complexe, du style développé par Curtis Mayfield, reconnu par Hendrix comme l’une de ses influences majeures.

Bob Dylan, dont il reprendra plusieurs morceaux (All Along The Watchtower, Like a Rolling Stone, Drifter’s Escape et Can You Please Crawl Out Your Window) influencera Hendrix en tant qu’auteur, mais aussi en tant que chanteur : la technique vocale limitée de ce dernier lui a donné confiance en ses propres moyens.

Hendrix est aussi influencé par le rock anglais. D’une part il a repris le Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band des Beatles à plusieurs reprises, mais il a poussé plus loin des idées développées sur l’album Revolver publié en 1966 : certaines bandes sont passée à l’envers sur Tomorrow Never Knows, dont Hendrix reprendra le thème en concert. Le titre Are You Experienced reprend ce type de procédé, de façon plus poussée encore. Hendrix a repris à plusieurs reprises Sunshine Of Your Love de Cream (citant régulièrement le solo de Clapton) et s’est peut-être inspiré du feedback tel que Jeff Beck l’utilisait au sein des Yardbirds. Il utilise d’ailleurs le riff du Rice Pudding du Jeff Beck Group pour conclure l’une de ses compositions (In From The Storm). Enfin, il n’est pas exclu que Jimi Hendrix ait été influencé par les prestations scéniques des Who, dont Pete Townshend, le guitariste, utilisait des amplis Marshall avant lui.

Enfin, les dernières années de sa vie, Hendrix s’intéresse de plus en plus au jazz, jouant avec Roland Kirk, enregistrant avec Larry Young, John McLaughlin et Dave Holland, qui ont participé aux premiers enregistrements électriques de Miles Davis, avec lequel Hendrix commençait à entretenir certains rapports. À la fin de sa vie, il avait prévu d’enregistrer avec Gil Evans. À l’écoute de sa version de l’hymne américain ou de Machine Gun, il est difficile de ne pas faire le lien avec le free jazz et sa volonté de libérer l’improvisateur des contraintes harmoniques et rythmiques.

Jimi Hendrix n’a publié de son vivant que quatre albums (trois albums studio et un Live) : Are You Experienced, Axis: Bold As Love, Electric Ladyland et le Band Of Gypsys. Ces quatre albums sont des classiques de la musique rock. Mais il laisse derrière lui des centaines d’heures d’enregistrements, de natures très diverses : compositions sur lesquelles il travaillait dans la perspective de publier son quatrième album studio, ébauches plus ou moins embryonnaires de compositions en devenir, démos personnelles enregistrées chez lui, jams en studio ou en concert, concerts enregistrés professionnellement ou par des amateurs.

La qualité de ces enregistrements, tant musicale que technique, est tout à fait variable. La discographie officielle de Jimi Hendrix est particulièrement complexe, et très inégale : certains albums ont été publiés en dépit de toute considération artistique.

Outre les albums publiés de son vivant, on peut recommander les albums suivants, salués majoritairement par la critique et les amateurs : The Cry Of Love (dont on retrouve l’intégralité du matériel sur First Rays Of The New Rising Sun), Rainbow Bridge – Original Motion Picture Sound Track et Jimi Hendrix: Blues pour les albums studio, Live At Monterey, les enregistrements consacrés au concert du Royal Albert Hall du 24 février 1969, Live at Woodstock et Live At Berkeley pour les albums en concert.

Hendrix a révolutionné l’approche de la guitare électrique, notamment par son utilisation des pédales d’effet et des ressources de l’amplification. Au début de l’Experience, il combine la saturation des amplificateurs à lampes (en jouant à un haut volume sonore) avec la Fuzz Face, une pédale de saturation. Cela lui permettait de générer du feedback (dû au larsen de ses amplificateurs) qu’il pouvait contrôler en temps réel grâce à son levier de vibrato ou sa technique de main droite. Roger Mayer construira pour lui l’Octavia (une pédale de distorsion jouant sur les fréquences) qu’il utilisera dès l’enregistrement de Purple Haze, puis avec le Band Of Gypsys. Hendrix est l’un des premiers à utiliser la pédale wah-wah (en 1967). Il est selon Larry Coryell “le premier à l’avoir abordée sérieusement et à y avoir passé des heures de pratique”. En concert, Hendrix n’utilisait toutefois qu’un nombre réduit d’effets, y compris en 1970 : une wah wah Vox, l’Octavia de Roger Mayer, la Fuzz Face Arbiter et l’Uni-Vibe. En studio, Hendrix élargira sa palette de timbres avec l’aide de son ingénieur du son habituel, le Britannique Eddie Kramer, qui a contribué à l’élaboration du phasing, mais aussi au fait de passer les bandes à l’envers.

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