“The road has taken alot of the great ones. Hank Williams, Buddy Holly, Otis Redding, Janis, Jimi Hendrix, Elvis. It’s a god damn impossible way of life”

thelastwaltz(“La route a emporté beaucoup de grands de ce monde. Hank Williams, Buddy Holly, Otis Reading, Janice, Jimi Hendrix, Elvis. C’est une manière de vivre sacrément impossible”)
Robbie Robertson – Kimino Rock
[Extrait de la Dernière Valse, documentaire sur The Band]

La dernière valse (The Last Waltz) est le nom donné au “concert d’adieu” du groupe de rock canadien The Band, qui s’est déroulé le 25 novembre 1976 au Winterland Ballroom de San Francisco. Outre le Band, de nombreux invités se sont produit ce soir-là, dont Paul Butterfield, Eric Clapton, Neil Diamond, Bob Dylan, Ronnie Hawkins, Dr. John, Joni Mitchell, Van Morrison, Ringo Starr, Muddy Waters, Ron Wood et Neil Young.

Le concert a été filmé par le réalisateur Martin Scorcese, qui en a tiré un documentaire, sorti en 1978. Le film incluait des performances du concert, des scènes tournées dans un studio d’enregistrement et des interviews des membres du groupe par Scorcese. Un triple album reprenant la bande originale du film est sorti la même année. Le film est sorti en DVD en 2002, de même qu’un coffret de 4 CD incluant le concert et des enregistrements en studio liés.

La Dernière Valse est considéré comme l’un des meilleurs concerts jamais filmés. Cependant, le batteur du Band, Levon Helm, a été très critique envers ce film, considérant qu’il était trop centré sur Robbie Robertson, le guitariste, et pas assez sur les autres membres du groupe.

Commençant sur un panneau disant “This film should be played loud!” (“Ce film doit être écouté fort !”), en référence à la pochette intérieure de l’album Let It Bleed des Rolling Stones, le documentaire étudie les influences du Band et sa carrière. Le groupe, composé de Rick Danko (guitare basse, violon, chant), Levon Helm (batterie, mandoline, chant), Garth Hudson (claviers, saxophone), Richard Manuel (claviers, percussions, chant) et Robbie Robertson (guitare), a débuté sa carrière à la fin des années 1950, sous la forme d’un groupe de rock and roll mené par Ronnie Hawkins, le premier invité du concert. Le Band a joué pour Bob Dylan dans les années 1960, et Dylan joue avec eux vers la fin du concert.

De nombreux autres artistes jouent avec le Band : Muddy Waters, Paul Butterfield, Neil Young, Joni Mitchell, Van Morrison, Dr. John, Neil Diamond et Eric Clapton, jouant du blues, du rock and roll, du rythm and blues, de la pop, du folk et du rock. D’autres genres apparaissent dans les séquences filmées ultérieurement en studio, avec Emmylou Harris (country) et The Staple Singers (soul et gospel).

Le film s’ouvre sur le Band interprétant en rappel la dernière chanson de la soirée, une reprise du tube de Marvin Gaye Baby Don’t You Do It. Il revient ensuite sur le début du concert, qu’il suit plus ou moins chronologiquement. Le groupe interprète bon nombre de ses grands succès, dont Up on Cripple Creek, Stagefright et The Night They Drove Old Dixie Down.

Entre les extraits du concert sont intercalés les passages en studio et des interviews menées par le réalisateur Martin Scorcese, durant lesquelles les membres du Band reviennent sur l’histoire du groupe. Robertson évoque l’entrée de Hudson dans le groupe, qui s’est fait à la condition que les autres membres le paient dix dollars par semaines pour des cours de musique. Hudson, qui avait reçu une formation classique, pouvait donc dire à la ronde qu’il était professeur de musique, et pas un simple musicien de rock. Robertson décrit également l’expérience surréaliste consistant à jouer dans un night-club incendié appartenant à Jack Ruby.

Manuel se rappelle que parmi les premiers noms du Band, on comptait “the Honkies” et “the Crackers”. Comme Dylan et leurs amis et voisins de Woodstock les appelaient simplement “the band” (“le groupe”), ils ont décidé de s’appeler ainsi. On voit encore Danko faire visiter à Scorcese le studio du groupe, appelé Shangri-La, et lui jouer un enregistrement de Sip the Wine, une chanson de son futur album solo Rick Danko, sorti en 1977.

Un thème qui revient régulièrement dans les interviews de Robertson est que le concert marque la fin d’une ère pour le Band ; qu’après seize années passées sur les routes, il est temps de passer à autre chose. “C’est ce qu’est La Dernière Valse : seize ans sur la route. Les chiffres commencent à devenir effrayants, déclare Robertson à Scorcese. Je veux dire, je ne pourrais pas vivre avec vingt ans passées sur les routes. Je ne crois pas que je pourrais seulement en parler”. Ce sentiment est encore accentué par le choix des chansons filmées : par exemple, les paroles d’Up the Cripple Creek contiennent la phrase “this living on the road is getting pretty old” (“cette vie sur la route commence à se faire longue”).

L’idée d’un concert d’adieu est née au début de l’année 1976, après que Richard Manuel ait été grièvement blessé lors d’un accident de bateau. Robbie Robertson a alors commencé à penser à abandonner les concerts pour faire du Band un groupe exclusivement studio, de la même façon que les Beatles avaient décidé d’arrêter les tournées en 1966.

Bien que les autres membres du groupe étaient en désaccord avec la décision de Robertson, le concert a été fixé au Winterland Ballroom de Bill Graham, où le Band avait fait ses débuts en 1969. Le groupe devait à l’origine se produire seul, mais une fois l’idée d’inviter Ronnie Hawkins et Bob Dylan lancée, la liste d’invités a commencé à croître pour inclure d’autres artistes.

Promu et organisé par Bill Graham, associé de longue date au Band, le concert était très élaboré. Il a commencé à 17 heures, et les 5 000 spectateurs se sont vus servir un dîner à base de dinde. Il y a eu une séance de danse de salon sur une musique du Berkeley Promenade Orchestra, et les poètes Lawrence Ferlinghetti et Michael McClure ont fait des lectures.

Le Band a débuté le concert vers 21 heures, commençant avec Up on Cripple Creek, suivi de onze chansons parmi ses plus populaires, dont The Shape I’m In, This Wheel’s on Fire and The Night They Drove Old Dixie Down. Ils ont été rejoints par une succession d’invités, à commencer par Ronnie Hawkins. Sous le nom des Hawks, le Band avait été le groupe d’accompagnement de Hawkins au début des années 1960. Dr. John s’est installé au piano pour sa chanson la plus célèbre, Such a Night. Passant à la guitare, il a ensuite rejoint Bobby Charles sur Down South in New Orleans.

Le concert a ensuite pris une orientation blues avec le joueur d’harmonica Paul Butterfield, Muddy Waters, le pianiste Pinetop Perkins et Eric Clapton. Alors que Clapton interprétait son premier solo, sur Further on Up the Road, la sangle de sa guitare s’est détachée. Il s’est écrié “Attendez”, mais Robertson a repris le solo sans manquer une mesure.

A suivi Neil Young, qui a chanté Helpless avec Joni Mitchell, qui n’est apparu pas sur scène, aux chœurs. D’après le commentaire de Robertson sur le DVD du documentaire, c’était pour donner à son apparition ultérieure plus de poids. Elle est monté sur scène après Young et a chanté trois chansons, dont deux avec Dr. John aux congas.

Le suivant était Neil Diamond, qui a introduit sa chanson Dry Your Eyes en déclarant “Je ne vais jouer qu’une chanson, mais je vais bien la jouer”. Il avait été invité par Robertson, qui désirait que les auteurs de Tin Pan Alley soient représentés. Robertson avait également produit l’album Beautiful Noise de Diamond, sorti la même année, et co-écrit Dry Your Eyes, qu’il a acclamé comme une “grande chanson” durant le concert. L’apparition de Diamond n’a été guère populaire auprès des autres interprètes. Levon Helm s’est plaint de l’absence de lien musical avec le Band, tout comme Ron Wood, qui a déclaré dans une interview en 1980 : “Aucun de nous ne comprenait ce qu’il faisait là”. Apparemment, Bob Dylan le tenait également en piètre estime : la rumeur veut que lorsque Diamond sortit de scène, il ait dit à Dylan : “Il te faudra être bon pour passer derrière moi”, ce à quoi Dylan a répondu : “Qu’est-ce que je dois faire ? Monter sur scène et m’endormir ?”

Van Morrison a ensuite interprété deux chansons, un arrangement original de Tura Lura Lural (That’s an Irish Lullaby) en duo avec Richard Manuel, et le clou habituel de ses spectacles, Caravan.

Les Canadiens Young et Mitchell ont alors été invités à revenir sur scène pour interpréter Acadian Driftwood, une ode aux Acadiens, avec le Band, qui a ensuite interprété quelques chansons supplémentaires avant que Bob Dylan monte sur scène pour mener son ancien groupe d’accompagnement pour quatre chansons.

Avec tous ses invités, ainsi que Ringo Starr à la batterie et Ron Wood à la guitare, le Band a alors interprété I Shall Be Released comme finale. Le chant était partagé par Dylan, l’auteur de la chanson, et Manuel, dont la voix de fausset avait rendu la chanson célèbre sur Music from Big Pink. Cependant, on voit mal ce dernier dans le film, et il passe de sa voix de fausset à sa voix normale entre les couplets.

Deux jam sessions ont ensuite eu lieu. Jam #1 comprenait le Band, sauf Richard Manuel, avec Neil Young, Ron Wood et Eric Clapton à la guitare, Dr. John au piano, Paul Butterfield à l’harmonica et Ringo Starr à la batterie. Elle a été suivie par Jam #2, avec les mêmes, moins Robertson et Danko. Stephen Stills, qui est arrivé en retard, a interprété un solo de guitare et Carl Radle a pris la basse.

Le Band est alors revenu, vers 2h15 du matin, pour interpréter un rappel, Don’t Do It. C’était la dernière fois que le groupe ait joué avec son line-up classique. Il se reforma en 1983, sans Robertson.

Robertson voulait à l’origine enregistrer le concert en 16 mm. Il a embauché Martin Scorcese comme réalisateur, en se basant sur son usage de la musique dans Mean Streets. Avec Scorcese, le film a pris de l’ampleur et est devenu une véritable production, avec sept caméras de 35 mm.

Les caméras étaient dirigées par des chefs opérateurs parmi les plus respectés du métier, dont Michael Chapman (Raging Bull), Vilmos Zsigmond (Rencontres du troisième type) et László Kovács (Easy Rider). Les décors et l’éclairage ont été conçus par Boris Leven, qui avait travaillé sur les comédies musicales West Side Story et La Mélodie du bonheur. Grâce à Bill Graham, les décors de la production de La traviata par l’opéra de San Francisco ont été loués pour servir de toile de fond. Des chandeliers en cristal ont été également suspendus au-dessus de la scène.

Scorcese a méticuleusement planifié les chansons, réglant l’éclairage et les angles de prise de vue en accord avec les paroles des chansons. Mais en dépit de tous ses efforts, il y a eu des imprévus durant le tournage, et toutes les chansons n’ont pu être filmées. Ainsi, à un moment, toutes les caméras se sont arrêtées, sauf celle de László Kovács, alors que Muddy Waters s’apprêtait à jouer Mannish Boy. Kovács, agacé par les ordres constants de Scorcese, avait enlevé ses écouteurs auparavant et n’a pu entendre l’ordre d’arrêter de filmer. Alors que Scorcese tentait frénétiquement de relancer les autres caméras, Kovács tournait déjà, et il a pu enregistrer la fameuse chanson du bluesman. “C’était purement de la chance”, se rappelle Scorcese.

Si Bob Dylan avait accepté de jouer, il ne voulait pas être filmé, craignant que cela concurrence son propre projet de film, Renaldo and Clara. Warner Bros. avait accepté de financer le tournage de La Dernière Valse en supposant que Dylan serait présent dans le film et la bande originale. Des négociations ont eu lieu en coulisses, durant un entracte. Robertson a promis à Dylan que la sortie du film du concert serait reportée après la sortie de son film, et Dylan a cédé et a accepté d’être filmé. Le promoteur Bill Graham a également été impliqué dans les débats. “Quelqu’un travaillant avec Bob a dit On ne filmera pas ça. Et Bill a simplement dit Sortez d’ici ou je vous tuerai”, affirme Robertson dans le livret de la réédition de 2002 de l’album. “Ça a marché”.

D’après Scorcese, Dylan a stipulé que seulement deux de ses chansons pouvaient être filmées : Baby Let Me Follow You Down et Forever Young. “Quand Dylan est monté sur scène, le son était si fort, je ne savais pas quoi filmer, se rappelait Scorcese par la suite. Bill Graham était à côté de moi, il hurlait Filme-le ! Filme-le ! Il vient des mêmes rues que toi. Ne le laisse pas te bousculer. Heureusement, les angles de vue étaient bons et nous avons filmé les deux chansons utilisées dans le film”.

Après le concert, Scorcese a tourné pendant plusieurs jours dans un studio de la MGM, avec le Band, les Staple Singers et Emmylou Harris. Les interviews des membres du groupe ont été conduites par Scorcese au studio Shangri-La de Malibu, en Californie. En outre, Robertson a composé The Last Waltz Suite, dont des extraits ont servi de générique.

Scorcese devant travailler sur New York, New York, ainsi que sur un autre documentaire, American Boy: A Profile of Steven Prince, la sortie du film a été repoussée jusqu’en 1978.

Durant cette période, Scorcese et Robertson sont devenus amis. Ils ont collaboré sur d’autres projets par la suite : Robertson a été consultant et producteur de la musique des films Raging Bull, La Valse des pantins, La Couleur de l’argent, Casino, Gangs of New York et Les Infiltrés.

Scorcese a avoué avoir consommé de grandes quantités de cocaïne durant cette période. Beaucoup de drogue circulait pendant le concert. Dans les coulisses, une pièce était peinte en blanc et décorée de nez découpés de masques en plastique, avec des sons de reniflement diffusés en arrière-plan. Une goutte de cocaïne pendant au nez de Neil Young a été retirée durant la post-production grâce à la rotoscopie.

La critique a acclamé le film, considéré comme l’un des meilleurs concerts filmés. Michael Wilmington, critique au Chicago Tribune, le qualifie de “meilleur film de concert de rock jamais tourné, et peut-être le meilleur film de rock, point barre”. Dans le Detroit Free Press, Terry Lawson affirme qu’il s’agit de “l’une des plus grandes expériences cinématographiques”. Total Film le considère comme “le plus grand concert jamais filmé”. Sur Rotten Tomatoes, le film bénéficie d’une note de 97%, avec une seule critique négative sur 37 : celle de Janet Maslin, dans le The New York Times.

Le critique musical Robert Christgau a donné une note de B+ à la bande originale, affirmant que “le film s’améliore lorsqu’on ne peut pas le voir”. Il loue les titres de blues joués par Muddy Waters et Paul Butterfield, les cuivres d’Allen Toussaint, et le duo de guitare “cinglant, quoique désordonné” de Robertson et Eric Clapton.

Dans son autobiographie This Wheel’s on Fire, parue en 1993, Levon Helm émet de sérieux doutes sur le traitement du film par Scorcese, affirmant qu’il réduit le Band à un simple groupe d’accompagnement pour Robbie Robertson. Il affirme que Robertson chantait en fait dans un micro qui était éteint durant la plus grande partie du concert, et que la majeure partie de la bande originale a été overdubbée.

Il regrette la faible présence de Manuel et Hudson, notamment lorsque Manuel chante la dernière chanson, I Shall Be Released, complètement dissimulé par les nombreux invités. Cependant, on peut voir, durant cette scène, un cameraman tenter de filmer Manuel au piano, puis abandonner à cause de problèmes techniques ou de l’impossibilité de filmer.

En 2002, à l’occasion du vingt-cinquième anniversaire du concert, le film a été remasterisé et diffusé de façon limitée pour promouvoir la sortie du DVD et du coffret 4 CD de la bande originale du film. Il a débuté au Castro Theatre de San Francisco, et a ensuite été diffusé dans 15 salles.

Le DVD inclut des commentaires de Robertson et Scorcese, un mini-documentaire Revisiting The Last Waltz, et une galerie d’images du concert, du tournage et de la première du film. La Jam #2 est présente comme scène bonus, mais incomplète, l’équipe étant tombée à court de synchroniseurs sonores pour les caméras après dix heures de tournage en continu.

En 2006, La Dernière Valse est l’un des vingt premiers titres sortis au format Blu-Ray par Sony.

La première bande originale du film, un triple album, est sortie le 16 avril 1978 ; elle a depuis été rééditée sur deux CD. Elle contient de nombreuses chansons absentes du film, dont Down South in New Orleans avec Bobby Charles et Dr. John à la guitare, Tura Lura Lural (That’s an Irish Lullaby) par Van Morrison, Life Is a Carnival par le Band, et une chanson supplémentaire avec Bob Dylan.

Un coffret de quatre CD est paru en 2002, de même qu’une édition DVD-Audio. L’album a été produit par Robbie Robertson, qui a remasterisé toutes les chansons. Il contient 16 chansons jusqu’ici inédites, ainsi que des prises des répétitions. Parmi les ajouts, on compte Caldonia par Muddy Waters, la version concert de The Weight, l’intégralité des jams 1 et 2, et des performances complétées de Joni Mitchell et Bob Dylan.

Les bandes originales ont subi une production post-concert impliquant beaucoup d’overdubbing et de re-séquençage. Un bootleg du concert circulent, constituant un témoignage plus exact et plus complet de l’événement. Il contient des chansons absentes du film comme des albums officiels, dont Georgia on My Mind, King Harvest, Chest Fever complète, et la version live d’Evangeline.

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