“When a man is young, he is usually a revolutionary of some kind. So here I am, speaking of my revolution”

lewiswyndham(“Lorsqu’un homme est jeune, c’est habituellement une sorte de révolutionnaire. Alors me voici, à parler de ma révolution”)
Wyndham Lewis – Pochette de Send Away The Tigers

Percy Wyndham Lewis (18 novembre 1882 – 7 mars 1957) était un peintre et auteur britannique né au Canada (il a abandonné le nom “Percy”, qu’il détestait). C’était le co-fondateur du mouvement artistique Vorticiste, et il a été le rédacteur en chef du journal des Vorticistes, BLAST (deux numéros, 1914-1915). Ses romans incluent son roman d’avant première guerre mondiale Tarr (situé à Paris) et The Human Age, trilogie comprise de The Childermass (1928), Monstre Gai et Malign Fiesta (tous deux 1955), situé dans l’au-delà. Un quatrième volume de The Human Age, The Trial Of Man, a été commencé par Lewis mais laissé dans un été fragmentaire au moment de sa mort. Il a également écrit deux volumes autobiographiques, Blasting And Bombardiering (1937) et Rude Assignment: A Narrative Of My Career Up-To-Date (1950).

Lewis est né sur le yacht de son père non loin de la Nouvelle Écosse, province canadienne. Sa mère britannique et son père américain se sont séparés vers 1893. Sa mère est par la suite retournée en Angleterre, où Lewis a reçu son éducation, d’abord à la Rugby School, puis à la Slade Schoold Of Art à Londres, avant de passer la majeure partie des années 1900 à voyager en Europe et à étudier l’art à Paris.

Résidant principalement en Angleterre dès 1908, Lewis a publié sa première œuvre (récits de ses voyages en Bretagne) dans The English Review de Ford Madox Ford en 1909. C’était un membre fondateur improbable du Camden Town Group en 1911. L’année suivante en 1912, il a exposé ses illustrations cubo-futuristes de Timon d’Athènes (plus tard sorti en portfolio, la proposition de l’édition de la pièce de Shakespeare ne s’est jamais matérialisée) et trois peintures à l’huile majeures lors de la seconde exposition post-impressionniste. Cela l’a mis en proche contact du Bloomsbury Group, en particulier Roger Fry et Clive Bell, avec lequel il s’est rapidement brouillé.

En 1912, on lui a commandé une peinture murale décorative, une toile de fond et d’autres dessin pour The Cave Of Golden Calf, cabaret avant-garde et nightclub sur la Heddon Street de Londres.

C’était durant les années 1913-15 qu’il a trouvé le style d’abstraction géométrique pour lequel il est connu aujourd’hui, un style que son ami Ezra Pound a nommé “Vorticisme”. Lewis trouvait la forte structure de la peinture cubiste attirante, mais disait qu’elle ne semblait pas “vivante” comparée à l’art futuriste, qui, inversement, manquait de structure. Le vorticisme combinait les deux mouvement dans une critique de la modernité remarquablement dramatique.

Dans ses premières œuvres, en particulier les versions de la vie villageoise en Bretagne montrant des danseurs (vers 1910-12), Lewis a pu être influencé par la philosophie du procès de Henri Bergson, dont il a assisté à des conférences à Paris. Même s’il a plus tard sauvagement critiqué Bergson, il a admis dans une lettre à Theodore Weiss (19 avril 1949) qu’il “commençait à embrasser son système évolutionnaire”. Nietzsche a été une influence tout aussi importante.

Après une brève période aux Omega Workshops, Lewis s’est éloigné de son fondateur, Roger Fry, et est parti avec plusieurs artistes d’Omega pour monter un atelier concurrent nommé le Rebel Art Centre. Le Centre n’a fonctionné que quatre mois, mais il a donné naissance au groupe vortiscisme et à la publication BLAST. Dans BLAST, Lewis a écrit le manifeste du groupe, tout en contribuant de l’art et en écrivant des articles et un drame moderniste, Enemy Of The Stars. Le magazine incluait également des reproductions d’œuvres désormais perdues de Lewis et d’autres.

Après l’unique exposition vorticiste de 1915, le mouvement a cessé, essentiellement en conséquence de la première guerre mondiale. Lewis a été affecté au front occidental et a servi en tant que second lieutenant dans l’artillerie royale. Après la bataille d’Ypres en 1917, il a été nommé artiste de guerre officiel à la fois pour le gouvernement canadien et britannique, commençant à travailler en décembre 1917.

Pour les Canadiens, il a peint Une position d’artillerie canadienne (1918, National Gallery of Canada, Ottawa) à partir de croquis fait à la crête de Vimy. Pour les Britanniques, il a peint l’une de ses œuvres les plus connues, Une batterie bombardée (1919, Imperial War Museum), tirant de sa propre expérience de sa responsabilité d’un obusier de 15 cm à Passchendaele. Lewis a exposé ses dessins de guerre et d’autres tableaux de la guerre lors de l’exposition “Guns” de 1918.

Son premier roman, Tarr, a aussi été publié sous forme de livre en 1918, ayant été publié en feuilleton dans The Egoist durant les années 1916-17. Il est considéré par beaucoup comme l’un des textes modernistes clés. Lewis a plus tard documenté ses expériences et opinions de cette période de sa vie dans l’autobiographique Blasting and Bombardiering (1937) qui couvrait aussi son art d’après guerre.

Après la guerre, Lewis a repris sa carrière de peintre, avec une grande exposition, Tyros and Portraits, aux Leicester Galleries en 1921. Les “Tyros” étaient les figures caricaturales satiriques projetées par Lewis pour commenter la culture de la « nouvelle époque” qui a succédé à la première guerre mondiale. A Reading of Ovid et Mr Wyndham Lewis as a Tyro sont les seules peintures à l’huile qu’il reste de cette série. Dans le cadre du même projet, Lewis a également lancé son second magazine, The Tyro, dont il n’y a eu que deux numéros. Le second (1922) contenait une importante déclaration de l’esthétique visuelle de Lewis : “An Essay on the Objective of Plastic Art in our Time” (“Un essai sur l’objectif des arts plastiques à notre époque0). C’était durant le début des années 1920 qu’il a parfait son coup de crayon acéré.

À la fin des années 1920, il ne peignait presque plus, mais se concentrait à la place sur l’écriture. Il a lancé un autre magazine, The Enemy (trois numéros, 1927-29), écrit en grande partie par lui-même et déclarant sa position critique belligérante dans son titre. Le magazine, et les œuvres théoriques et critiques qu’il a publiées en 1926 et 1929, marquent sa séparation délibérée de l’avant-garde et de ses précédents associés. Leur œuvre, croyait-il, n’avait pas réussi à montrer assez de conscience critique de ces idéologies qui travaillaient contre le changement réellement révolutionnaire en Occident. En conséquence, leur œuvre est devenue un véhicule pour ces idéologies pernicieuses. Sa majeure déclaration théorique et culturelle de cette période est The Art of Being Ruled (1926). Time and Western Man (1927) est une discussion culturelle et philosophique qui inclut des critiques pénétrantes de James Joyce, Gertrude Stein et Ezra Pount qui sont toujours lues. Philosophiquement, Lewis a attaqué la philosophie du temps (c’est à dire la philosophie du procès) de Bergson, Samuel Alexander, Alfred North Whitehead et d’autres.

Dans The Apes of God (1930), il a écrit une attaque satirique mordante de la scène littéraire londonienne, dont un long chapitre caricaturant la famille Sitwell, ce qui n’a pas contribué à ce qu’il soit bien vu dans le monde littéraire. Son livre Hitler (1931), qui présentait Adolf Hitler comme un “homme de paix” dont les membres du parti étaient menacés de violence de rue communiste, a confirmé sa non-popularité au sein des libéraux et des anti-fascistes, surtout après la montée au pouvoir d’Hitler en 1933. Il a plus tard écrit The Hitler Cult (1939), livre qui est fermement revenu sur sa volonté précédente de divertir Hitler, mais sur le plan politique, Lewis demeurait un personnage isolé dans les années 1930. Dans Letter to Lord Byron, Auden l’a traité de “vieux volcan solitaire de la Droite”. Lewis pensait qu’il y avait ce qu’il appelait une “orthodoxie gauchiste” en Grande Bretagne dans les années 1930. Il croyait que ce n’était pas l’intérêt de la Grande Bretagne de s’allier à la Russie soviétique,  “dont les journaux que la plupart d’entre nous lisent nous racontent qu’elle a massacré sommairement, il n’y a que quelques années, des millions de ces meilleurs citoyens, ainsi que toute la famille impériale”. (Time and Tide, 2 mars 1935, p. 306).

Les romans de Lewis sont connus au sein de certains critiques pour leur portraits satiriques et hostiles de juifs, homosexuels, lesbiennes et autres minorités. Le roman de 1918, Tarr, a été révisé et republié en 1928. Dans un incident développé, on donne à un nouveau personnage juif un rôle clé pour s’assurer qu’il se batte en duel. Cela a été interprété comme une représentation allégorique d’un soi-disant complot sioniste contre l’Occident. The Apes of God (1930) a été interprété de la même manière, parce qu’une grande partie de ses personnages satirisés sont juifs, dont l’auteur et éditeur moderniste Julius Ratner, portrait qui mélange le stéréotype antisémite avec des personnages littéraires historiques (John Rodker et James Joyce, même si l’élément Joyce consiste seulement en l’utilisation du mot “épiphanie” dans la parodie de Rodker). Un trait clé de ces interprétations est qu’on considère que Lewis a conservé ses théories de complot cachées et marginalisées. Depuis la publication de T.S. Eliot, Anti-Semitism et Literary Form de Anthony Julius, dans lesquels l’antisémitisme de Lewis est décrit comme “essentiellement banal”, cette perspective n’est plus prise au sérieux.

Durant les années 1934-37, Lewis a écrit The Revenge for Love (1937) situé dans la période qui a précédé la Guerre d’Espagne, considéré par beaucoup comme son meilleur roman. Il critique fortement l’activité communiste en Espagne, et présente les sympathisants intellectuels anglais comme induits en erreur.

L’écriture de Lewis est par moments sans aucun doute offensive envers les minorités, mais elle est également offensive envers les majorités. Quand il a reconnu quelque peu tardivement la réalité du traitement nazi des juifs après une visite à Berlin en 1937, il a écrit une attaque contre l’anti-sémitisme : The Jews, Are They Human? (publié au début de l’année 1939, le titre est modelé sur un bestseller contemporain, The English, Are They Human?). Le livre a reçu une chronique favorable dans The Jewish Chronicle.

Les intérêts et activités de Lewis dans les années 1930 n’étaient nullement exclusivement politiques. Malgré une maladie grave nécessitant plusieurs opérations, il a été très productif en tant que critique et peintre, et a produit un livre de poèmes, One-Way Song, en 1933. Il a également produit une version révisée de Enemy of the Stars, publié tout d’abord dans Blast en 1914 comme exemple pour ses collègues littéraires de la manière dont la littérature vorticiste devait être écrite. C’est un drame expressionniste proto-absurde, et certains critiques l’ont identifié comme précurseur des pièces de Samuel Beckett. Un important livre d’essais critiques appartient également à cette période : Men without Art (1934). Il est devenu une défense de la propre pratique satirique de Lewis dans The Apes of God, et avance une théorie de satire “non-morale”, ou métaphysique. Mais on se souvient plus du livre comme l’un des premiers commentaires sur Faulkner, et un célèbre essai sur Hemingway.

Après être devenu plus connu pour ses écrits que pour sa peinture dans les années 1920 et au début des années 1930, il est revenu à un travail plus concentré sur l’art visuel, et les tableaux des années 1930 et 1940 constituent une partie de son œuvre la plus connue. The Surrender Of Barcelona (1936-37) fait une importante déclaration sur la Guerre d’Espagne. Il a été inclus dans une exposition aux Leicester Galleries en 1937 dont Lewis a espéré qu’elle rétablirait sa réputation de peintre. Après la publication dans The Times d’une lettre de soutien à l’exposition, demandant à ce que quelque chose de l’exposition soit acheté pour la collection nationale, la Tate Gallery a acheté le tableau Red Scene. Comme d’autres tableaux de l’exposition, il montre une influence du surréalisme et de la peinture métaphysique de De Chirico. Lewis critiquait grandement l’idéologie du surréalisme, mais admirait les qualités visuelles d’une partie de l’art surréaliste.

Lewis a alors produit une grande partie des portraits pour lesquels il est connu, dont des images de Edith Sitwell (1923-36), T.S. Eliot (1938 et à nouveau en 1949) et Ezra Pound (1939). Le rejet du portrait d’Eliot de 1938 par le comité de sélection de la Royal Academy pour leur exposition annuelle a causé un scandale, avec des gros titres à la une de la presse provoqués par la démission de Augustus John en signe de protestation.

Lewis a passé la seconde guerre mondiale aux États-Unis et au Canada. Sur le plan artistique, la période est principalement importante pour la série de fantaisies sur aquarelle autour du thème de la création qu’il a produite à Toronto en 1941-42. Il est retourné en Angleterre en 1945. En 1951, il était complètement aveugle. En 1950, il a publié l’autobiographique Rude Assignment, en 1952, un livre d’essais sur des écrivains tels que Orwell, Sartre et Malraux, intitulé The Writer and the Absolute. Il a été suivi par la roman semi-autobiographique Condamné par lui-même (1954), majeure déclaration tardive.

La BBC lui a désormais commandé la suite de The Childermass de 1928, afin qu’elle soit diffusée dans une dramatisation de D.G. Bridson dans le Third Programme et a été publié sous la titre de The Human Age. Le volume de 1928 a été situé dans l’au-delà, “aux portes du paradis” et dramatisait dans une forme fantastique la critique culturelle que Lewis avait développée dans ses œuvres polémiques de l’époque. Les continuations emmènent le protagoniste, James Pullman (un écrivain), vers un purgatoire moderne avant d’arriver en Enfer, où des punitions dantesques sont infligées aux pêcheurs au moyen de techniques industrielles modernes. Pullman devient le bras droit de Satan (connu ici sous le nom de Sammael) dans son complot d’ébranler le Divin et d’instituer un “âge humain”. L’œuvre a été lue comme la suite de l’auto-évaluation commencée par Lewis dans Condamné par lui-même. Mais Pullman n’est pas purement autobiographique ; le personnage est un intellectuel composite, conçu pour avoir une signification représentative plus large.

En 1956, la Tate Gallery a consacré une exposition majeure à son œuvre : “Wyndham Lewis et le Vorticisme”. Il est mort en 1957. Toujours intéressé par le Catholiscisme, il ne s’est néanmoins jamais converti.

D’autres œuvres incluent Mrs. Duke’s Millions (écrit aux alentours de 1908-09 mais pas publié avant 1977), Snooty Baronet (satire sur le behaviorisme, 1932), The Red Priest (son dernier roman, 1956), Rotting Hill (nouvelles décrivant la vie anglaise durant la période d’après guerre “d’austérité”) et The Demon of Progress in the Arts (sur l’extrémisme dans les arts visuels, 1954).

Récemment, il y a eu un renouveau d’intérêt critique et biographique pour Lewis et son œuvre, et il est désormais considéré comme un artiste et écrivain britannique majeur du XXème siècle. Une expositions de ses livres, magazines, tableaux et dessins a été tenu à la Rugby School en novembre 207 pour commémorer le 50ème anniversaire de sa mort. La National Portrait Gallery a récemment tenu une majeure rétrospective de ses portraits jusqu’au 19 octobre. Oxford World Classics projete de ressortir le texte de 1928 de Tarr en 2010.

VOIR AUSSI :

  • Vorticists [Expressions]
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