I could have seen for miles and miles

icanseeformilesCité dans Your Love Alone Is Not Enough :
I could have seen for miles and miles
I could have made you feel alive
I could have placed us in exile
I could have written all your lies
I could have shown you how to cry”

Référence à la chanson I Can See For Miles des Who.

I Can See for Miles est une chanson écrite par Pete Townshend, guitariste et auteur du groupe britannique The Who. Elle apparaît sur l’album The Who Sell Out (1967). Ce titre est le seul single tiré de l’album. Paru le 14 octobre 1967, il s’est classé n°10 en Grande-Bretagne et n°9 aux États-Unis.

La chanson est une des plus agressives et survoltées du répertoire des Who. La structure musicale en est également très complexe. On remarque plusieurs pistes de guitare, toutes distordues, une basse répétitive, et les roulements de batterie de Keith Moon. Les lignes vocales sont assez évoluées et compliquées, notamment lors du refrain. Ce titre était si difficile à rejouer que les Who ne l’ont intégré à leur répertoire scénique que durant quelques mois (fin 1967-début 1968)1. Notamment, le groupe avait besoin de deux guitares pour reprendre l’effet obtenu sur le disque, ce qui n’était guère possible sur scène, Pete Townshend étant le seul à jouer de l’instrument à six cordes. De plus, les mélodies des chœurs étaient fort difficiles à recréer.

Les paroles sont à l’image de la musique : excitées et violentes. On peut dire entre autres interprétations qu’il s’agit d’un homme qui vient de se rendre compte de l’infidélité de sa compagne, criant son amertume et sa lucidité retrouvée. Pete Townshend, l’auteur de la chanson, décrit son enregistrement et son thème en ces termes :

“Le vrai chef d’œuvre de la coalition Who/Lambert fut, bien sûr, I Can See For Miles. La version ici n’est pas la mono, mais la stéréo, ce qui est dommage parce que la mono fait ressembler la stéréo à The Carpenters. Nous avons coupé la piste aux studios CBS de Londres et avons apporté les pistes aux studios Gold Star de Hollywood pour le mixage. Gold Star avait le meilleur son d’écho au monde. Et il y a juste un peu de cela sur la mono. Plus une touche de compresseur artisanal présent à Gold Star. J’ai défailli lorsque j’ai entendu le son. Les paroles, que les sénateurs ont désignée comme étant “orientées drogue” concernent un homme jaloux avec une vue exceptionnellement bonne. Honnête”.

L’enregistrement de I Can See for Miles a été révolutionnaire pour la fin des années 1960. Il a été non seulement enregistré en différentes sessions, mais celles-ci étaient séparées par plusieurs milliers de kilomètres. La piste de fond a été enregistrée à Londres, les voix et l’overdubbing à New York, aux Talentmasters Studios, et enfin le mastering à Los Angeles, aux Gold Star Studios.

I Can See for Miles a inspiré le Beatle Paul McCartney pour sa chanson Helter Skelter de l’album blanc. McCartney a écrit Helter Skelter dans l’idée d’écrire un titre plus heavy que I Can See for Miles, après une interview de Townshend qui désignait cette dernière comme la plus heavy des chansons qu’il n’ait jamais créées.

L’auteur plaçait de grands espoirs en ce titre, croyant avoir écrit un disque pouvant atteindre les premières places des classements britanniques. Mais le single n’a atteint que la dixième place en Angleterre, se plaçant comme leur pire performance en termes de classements dans les charts avec Anyway, Anyhow, Anywhere. Townshend a perdu confiance en lui-même pour ce qui était d’écrire des singles et des tubes, et s’est engagé dans le projet d’un opéra complet.

thewhoThe Who est un groupe de rock britannique créé à Londres en 1964. Dans sa forme la plus connue et la plus durable, il est composé du chanteur Roger Daltrey, du guitariste Pete Townshend, du bassiste John Entwistle et du batteur Keith Moon.

Pratiquant au départ un rock ‘n’ roll explosif, désigné sous le terme de “maximum R&B” et précurseur (après les Kinks de la première période) du mouvement punk, le groupe a connu de nombreux autres styles conformément à l’air du temps : concept album (The Who Sell Out), psychédélique aux paroles décalées (A Quick One, While He’s Away), opéra rock (TommyQuadrophenia), boucles de synthétiseurs (Who’s Next). Devenus l’un des symboles des années 1960, les Who ont influencé la musique rock dans son ensemble ; on leur doit des chansons mythiques comme My GenerationSubstituteBehind Blue EyesBaba O’Riley et Won’t Get Fooled Again et de nombreux albums consacrés par le public. C’est l’un des groupes de rock britannique des années 1960 les plus importants avec The Beatles, The Rolling Stones, Led Zeppelin, The Kinks, The Yardbirds, The Animals et Cream.

Durant les douze premières années de leur carrière discographique – de 1965 à 1978 –, ils ont publié neuf albums et près d’une quinzaine de singles originaux, jusqu’à la mort du batteur Keith Moon. Après le décès de Moon, le groupe publie encore deux albums avec le batteur Kenney Jones avant de se séparer en 1983. Les Who se réunissent de temps à autre à la fin des années 1980, puis en 1996 pour ne plus se séparer, malgré la mort du bassiste John Entwistle en 2002. Dès lors, Pete Townshend et Roger Daltrey continuent en duo, accompagnés de musiciens comme Pino Palladino (basse) et Zak Starkey (batterie).

La Préhistoire des Who commence en 1961, lorsque Pete Townshend entre au collège d’art d’Ealing, où il crée avec son ami John Entwistle un groupe de jazz dixieland, The Confederates. Pete y tient le banjo, dont il joue, en plus de la guitare, depuis l’âge de douze ans, tandis que John, plus éduqué musicalement, joue du cor d’harmonie. Ils jouent tous les deux par la suite dans The Aristocrats et dans The Scorpions. John Entwistle qui est à l’époque en train de se fabriquer une basse, est approché par un ancien camarade de classe Roger Daltrey, étudiant et ouvrier métallurgiste, qui l’invite à rejoindre son groupe de skiffle, The Detours, dont il est le guitariste solo. Alors que le groupe cherche un guitariste rythmique, Entwistle propose son ami Pete Townshend qui est engagé. Le groupe compte trois autres membres : Gabby Connolly, chanteur occasionnel de country ; Colin Dawson, vocaliste dans la veine de Cliff Richard ; et Doug Sandom, batteur.

Un soir, le jeune groupe fait la première partie de Johnny Kidd and the Pirates. Ce dernier combo est formé d’un power trio associé à un chanteur. The Detours prend le parti d’opter pour la même formation. Daltrey devient seul chanteur après l’éviction de Connolly et de Dawson. Pour compenser l’absence d’une guitare, Entwistle commence à jouer certaines parties de guitare solo sur sa basse. Pete Townshend commence déjà à l’époque à expérimenter certaines techniques à la guitare notamment le larsen. Au bout d’un certain temps, Doug Sandom quitte le groupe à son tour (il est âgé de trente-cinq ans alors que ses acolytes n’ont pas encore atteint la vingtaine).

Alors que la musique pop est en pleine ébullition en Angleterre avec la Beatlemania, le groupe décide de changer de nom. La raison de ce changement de nom provient du fait que John Enstwisle avait entendu parler d’un groupe américain appelé The Detours et qui venait de sortir un disque. Alors que Pete Townshend pense à The Hair, c’est finalement The Who, trouvé par Richard Barnes, un ami de Pete, qui est retenu. Les futurs Who se consacrent au rhythm and blues. Ils sont ensuite rejoints en avril 1964 par le batteur Keith Moon, qui est alors âgé de 17 ans. Pete Townshend a raconté la façon dont Keith Moon a rejoint les Who :

“Il est venu à un de nos concerts, et a dit : Je peux jouer mieux que votre batteur ! Il s’installa alors derrière la batterie et la détruisit presque complètement. Nous nous sommes tout de suite dit : C’est l’homme qu’il nous faut !

Il semblerait cependant que cette histoire soit une légende et que plus “sagement”, Keith Moon, à l’époque batteur du groupe The Beachcombers, aurait simplement auditionné pour le groupe qui était à la recherche d’un batteur après une mauvaise prestation lors d’une audition. L’arrivée de Keith Moon, véritable showman à la batterie par son jeu très expansif, pousse les autres membres du groupe, particulièrement Pete et Roger à adopter un jeu de scène plus théâtral afin de ne pas se faire voler la vedette. Dès leurs débuts, les Who s’illustrent comme le groupe qui joue le plus fort et qui est l’un des plus excitants sur scène. Vers avril 1964, le groupe se rebaptise The High Numbers sous l’influence du manager Peter Meaden qui a eu l’idée de les associer au mouvement Mods (High Numbers signifie approximativement “classieux” ou “stylé” dans l’argot mod). On y trouvait Pete Townshend à la guitare, Roger Daltrey au chant, John Entwistle à la basse, et enfin Keith Moon à la batterie.

Peter Meaden leur fait enregistrer leur premier 45 tours, I’m The Face / Zoot suit. Les chansons ont été écrites par Peter Meaden lui-même et les paroles caricaturales, parlent de certains thèmes chers aux mods. Inspirés de deux titres du label American Soul records (Zoot Suit est copié de Misery de The Dynamics et I’m The Face de Got Love If You Want It de Slim Harpo), Ces deux chansons sont assez éloignées de ce que vont faire les Who plus tard et le riff jazzy de Zoot Suit a peu à voir avec le style de Pete Townshend, ce qui laisse penser que ces titres ont été probablement enregistrés avec l’aide de musiciens de studio. Le 45 tours n’arrive cependant pas à percer dans les charts.

Vers octobre 1964, deux cinéastes, Kit Lambert et Chris Stamp qui faisaient la tournée des bars où se produisaient de petits groupes pour pouvoir les inclure dans le film qu’ils voulaient réaliser, voient les High Numbers au cours d’un de leur concert au Railway Hotel. Ils voulaient faire un film sur un groupe en difficulté et n’arrivant pas à s’en sortir et ont commencé à tourner le soir même. Rapidement, Lambert et Stamp remplacent Peter Meaden au poste de manager et le groupe reprend le nom de The Who. C’est à peu près à cette époque vers septembre 1964, lors d’un de ces concerts au Railway Hotel, que Pete Townshend brise pour la première fois sa guitare sur scène. Il s’agissait à l’origine d’un accident : la guitare s’était cassée contre le plafond très bas de la pièce et énervé, Pete aurait achevé de la détruire. Ce geste loin de provoquer la colère du public, a provoqué une certaine excitation et lors d’un prochain concert dans le même lieu, la foule voulait que Pete brise de nouveau sa guitare. La destruction de guitares deviendra bientôt un rituel sur scène, encouragé par Lambert et Stamp et peu à peu, Keith Moon imitera Townshend dans le jeu en démolissant sa batterie.

Conscients que le manque de compositions originales les bloquent lors des auditions, Lambert et Stamp poussent Pete Townshend (étudiant en art et qui avait déjà écrit deux chansons à l’époque des Detours) à composer des chansons pour le groupe. C’est à partir de là que Pete commence à réaliser des démos qu’il enregistre seul chez lui, jouant de tous les instruments et soumettant ensuite le résultat au groupe. Pete compose alors Call Me Lightning et I Can’t Explain.

I Can’t Explain est proposé au producteur des Kinks, Shel Talmy parce qu’il est proche musicalement de You Really Got Me des Kinks, numéro 1 en Angleterre en août 19642. En novembre de la même année, le titre est enregistré au studio IBC (ou peut-être au Pye Studio selon Shel Talmy). À partir de là, le groupe entame une série de concerts au Marquee Club afin de promouvoir leur single. C’est à cette époque que Richard Barnes réalise les affiches promotionnelles des Who, avec l’image en noir et blanc de Pete Townshend faisant un “windmill” avec sa guitare et l’inscription “Maximum R&B”.

En 1965, les Who décrochent leur premier hit avec I Can’t Explain, une chanson à propos de la difficulté de communiquer de Townshend. Le guitariste a écrit cette chanson, dans un style proche des compositions qu’enregistrent les Kinks, dans l’espoir de convaincre leur producteur, Shel Talmy. Le titre plaît à Talmy, qui les fait signer avec sa maison de production. Sorti en janvier 1965, le disque ne marche pas jusqu’à ce que le groupe fasse une apparition dans le show télévisé Ready Steady Go!, émission qui aide à lancer les Who ; ils lui rendent hommage en 1966 à travers leur EP Ready Steady Who!. En avril 1965, I Can’t Explain atteint la 8ème place des charts anglais. Après ce premier succès, les Who sortent en mai 1965 Anyway, Anyhow, Anywhere, morceau qui est le seul du répertoire des Who à avoir été composé par Daltrey et Townshend et qui se classe à la 10ème place des charts. Le morceau attire l’attention par le fait que le solo est joué avec un effet larsen. Si ce n’est pas le première chanson contenant un larsen (I Feel Fine des Beatles l’a précédé de quelques mois), il s’agit du premier solo réalisé de cette façon.

En octobre 1965, les Who sortent My Generation qui a tout de suite un fort impact commercial et culturel et qui deviendra l’un des morceaux les plus importants du groupe. La chanson fera figure d’hymne de la rébellion adolescente et de la jeunesse anglaise notamment avec le couplet “Hope I die ‘fore I get old” (“J’espère mourir avant d’être vieux”). Par son nihilisme et son orchestration, certains le considèrent comme l’une des premières chansons punk. La chanson attire aussi l’attention par certaines particularités comme l’utilisation du stutter (forme de chant basé sur le bégaiement), le recours au feedback (déjà présent sur le single précédent) et surtout des solos de basse d’une grande virtuosité, qui sont parmi les premiers enregistrés à l’époque dans un album de rock. Deux mois plus tard, sort produit par Shel Talmy, My Generation, le premier album du groupe qui contient de nombreux singles, dont le morceau éponyme.

Malgré le succès des productions de Shel Talmy (I Can’t ExplainAnyway, Anyhow, Anywhere et My Generation), les managers du groupe, Kit Lambert et Chris Stamp, jugent que le contrat liant les Who à Talmy est trop peu avantageux et ne parvient pas à les faire connaître aux États-Unis. Ils s’en délient et signent chez Reaction Records, une branche du groupe Polydor en janvier 1966. Après un procès engagé et gagné par Talmy, le groupe lui versera des royalties jusqu’à la sortie de Tommy en 1969.

Les titres tous composés par Pete Townshend, lui donnent un rôle central dans le groupe. La plume de Pete Townshend détonne à une époque ou beaucoup de groupes ne chantent que des chansons d’amour parce qu’elle est plus introspective et traitent des préoccupations des adolescents et de sujets complexes comme la crise identitaire (Substitute), l’homosexualité (I’m a Boy), la masturbation (Pictures of Lily) ou la difficulté de communiquer (I Can’t Explain). Entre 1965 et 1968, il compose de nombreux singles qui se classent bien dans les charts tels que SubstituteThe Kids Are AlrightI’m a BoyHappy Jack en 1966 et Pictures of Lily en 1967. Parfois, certains morceaux sont censurés comme Substitute qui est censuré à la radio à cause de passages comme “I look all white but my dad was black” (“j’ai l’air tout blanc mais mon père était noir”. Aux États-Unis, Townshend doit remplacer ce vers par “I try to move forward but my feet back” (“j’essaye d’avancer mais mes pieds reculent”).

En parallèle, les Who tournent beaucoup. À part quelques dates au Danemark et en Suède, le groupe tourne surtout en Grande-Bretagne en 1965 et 1966. En 1967, les Who commencent à jouer partout en Europe et font leur première tournée aux États-Unis. Ils participent notamment au Festival international de musique pop de Monterey le 18 juin 1967, s’illustrant notamment en détruisant tout leur matériel sur scène. Leur prestation va leur permettre d’asseoir leur réputation outre-Atlantique. Quelques mois plus tard, ils se font remarquer lors de l’émission télévisée américaine The Smothers Brothers en faisant exploser leur batterie et en détruisant une guitare. C’est à l’occasion de cette tournée que le groupe s’illustre en saccageant les hôtels où ils sont logés, explosant les toilettes à la dynamite et coulant même une limousine dans la piscine d’un hôtel Holiday Inn ce qui leur vaudra d’y être bannis à vie.

Malgré tous les succès, en interne, il existe de nombreux problèmes au sein des Who. La destruction de guitares ainsi que les frasques dans les hôtels coûtent chers au groupe qui perd de l’argent aussi vite qu’il en gagne. De plus, les tensions sont nombreuses entre les membres du groupe, particulièrement entre Pete et Roger dont les caractères sont très opposés. Roger Daltrey sera même un court instant, viré du groupe en raison de sa propension à jouer des poings en cas de désaccord avec lui. Lors d’une tournée au Danemark, en septembre 1965, excédé par la propension du groupe à abuser des drogues, il jette aux toilettes les amphétamines de Keith Moon après l’avoir frappé d’un coup de poing. Daltrey reviendra assez rapidement dans le groupe non sans avoir accepté de ravaler sa fierté et d’éviter de jouer du poing trop facilement.

En 1967 sort le single I Can See for Miles sur lequel Pete Townshend nourrit beaucoup d’ambitions et voit le probable numéro 1 qu’ils n’ont toujours pas réussi à décrocher. Le single n’obtiendra que la 10ème place des charts anglais et la 9ème place des charts américains (leur meilleure classement à l’époque), ce qui fera perdre au guitariste sa confiance en ses capacités à écrire des singles. C’est à partir de cette époque, qu’il décide d’écrire un opéra-rock. Le single sera introduit dans le troisième album des Who, The Who Sell Out. Néanmoins, ce ne sera pas le dernier single des Who : en 1968 sort le très populaire Magic Bussingle écrit deux ans plus tôt.

Cela fait quelques années que Townshend veut aller plus loin. À l’image des Beatles, il veut expérimenter davantage dans sa musique tout en cherchant à assurer aux albums une certaine forme de cohérence interne. En 1966, le groupe avait sorti l’album A Quick One dont la chanson éponyme comportait plusieurs parties distinctes, dans une manière qui annonçait déjà le style “mini-opéra rock”. Paul McCartney en sera influencé pour Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band (The Who par Christophe Delbrouck). La chanson sera interprété au Festival international de musique pop de Monterey en 1967 et au Rock and Roll Circus. En 1967, les Who avaient aussi enregistré un concept-album, The Who Sell Out (“Les Who se vendent”) qui se présentait sous la forme d’une émission de radio, avec jingles et publicités parodiques composées et interprétées par le groupe.

En septembre 1968, Pete Townshend donne une interview au magazine Rolling Stone, annonçant son intention de sortir un véritable opéra-rock. Il tient parole l’année suivante avec Tommy, qui, s’il n’est pas le premier – cet honneur revient aux Pretty Things avec S.F. Sorrow –, reste l’opéra-rock le plus célèbre à ce jour. Métaphore des difficultés de l’enfance de Townshend, Tommy raconte l’histoire d’un jeune enfant sourd, muet et aveugle à cause d’un secret qu’il ne doit avouer à personne et qui multiplie les expériences pour retrouver ses sens. Il devient champion de flipper et puis, une sorte de Messie une fois ses sens retrouvés. Bourrés d’allégories et de métaphores parfois obscures, l’histoire en elle-même est assez confuse et l’intrigue manque de certains détails d’explication. John Entwistle lui-même, avouera plus tard, n’avoir rien compris de l’histoire avant le film de Ken Russell en 1975 (et encore, le film présentait une version différente de l’album). À sa sortie, en mai 1969, les critiques sont partagées entre ceux qui voient en l’album un chef-d’œuvre majeur et ceux qui trouvent l’histoire malsaine. L’album, du fait de certaines références sexuelles malsaines (l’oncle qui abuse de Tommy), sera banni un temps sur la BBC et sur certaines stations radio. Néanmoins, grâce à ses hits comme Pinball Wizard ou Amazing Journey ou See Me, Feel Me, l’album-concept connaît un énorme succès à travers le monde et change le statut du groupe qui passe de “groupe à singles” à celui de “groupe d’albums” Pendant deux ans, les Who vont présenter leur chef-d’œuvre sur scène. Parmi les concerts où Tommy est joué, il y a le festival de Woodstock en 1969 et ceux de l’Ile de Wight en 1969 et 1970. Ces performances scéniques poussent les Who à graver sur vinyle leur intensité sur scène et c’est ainsi qu’ils enregistrent Live at Leeds en 1970 et considéré à l’un des meilleurs albums live de l’histoire du rock. En avril 1970, les Who présentent Tommy dans sa totalité sur scène au New York Metropolitan Opera House. La version théâtrale de l’œuvre, lancée par Lou Reizner, est jouée en décembre 1971 au Rainbow Theatre de Londres. Une version légèrement différente de ces concerts enregistrée avec la participation de Ringo Starr, Peter Sellers et l’orchestre symphonique de Londres, sort chez Ode Records en 1972. Le succès de Tommy pousse désormais Pete Townshend vers des projets plus ambitieux.

C’est dans cette perspective que Pete Townshend écrit et compose la chanson Pure and Easy, qui doit être le “pivot central” du nouveau projet des Who : Lifehouse, un concept assez obscur d’“album-concert-show radiophonique” basé sur une collaboration active entre les Who et leur public. L’histoire est située dans un avenir où seul le rock peut sauver le monde. Mais le concept est trop ambitieux et échoue à mi-chemin. Les Who ont néanmoins enregistré suffisamment de morceaux pour sortir un album, Who’s Next, qui remporte un énorme succès. Fondé en grande partie sur l’utilisation de la dernière invention en date en matière d’instruments de musique, le synthétiseur, Who’s Next est le premier album rock à contenir des pistes électroniques préprogrammées qui, contre toute attente, s’intègrent parfaitement bien à la musique des Who. On y retrouve les tubes Baba O’RileyBehind Blue Eyes et Won’t Get Fooled Again. Cet album surpasse Tommy en succès et, de l’avis de la critique, en richesse et inventivité.

Entre 1971 et 1973, les Who ralentissent un peu leur nombre de productions et de prestations. Pour la première depuis 1967, ils ne font pas de tournée aux États-Unis en 1972. Les membres du groupe en profitent pour réaliser leurs projets solo. John Entwistle sort deux albums solo en 1971 et 1972 tandis que Pete Townshend et Roger Daltrey sortent chacun le leur, respectivement en 1972 et 1973.

En 1973, le groupe se retrouve pour réaliser Quadrophenia, un nouvel opéra-rock. Ce double album raconte les tribulations d’un jeune Mod, Jimmy, souffrant d’un quadruplement de personnalité (d’où le titre). Chacune de ses personnalités correspond à un membre du groupe et à un thème musical. L’histoire de Jimmy s’inscrit dans le cadre des tensions entre mods et rockers dans l’Angleterre du début des années 1960. L’album, si son succès commercial est inférieur à celui de Tommy, est pourtant plus riche musicalement, avec des claviers et des guitares qui s’interpénètrent parfaitement, selon la critique rock.

La même année, des mésententes sérieuses entre Pete Townshend, Kit Lambert et Chris Stamp entraînent le remplacement des deux managers par leur assistant, Bill Curbishley.

À partir de 1973, les Who connaissent de nombreux problèmes dans leur vie privée et professionnelle. La parution de Quadrophenia a provoqué de vives tensions entre Roger Daltrey et Pete Townshend (qui s’est traduit notamment par un KO infligé par le chanteur sur le guitariste). La tournée de 1973 est perturbée par des problèmes techniques et les boucles de synthétiseur enregistrées pour la scène se dérèglent souvent. De plus, Keith Moon qui vient de se séparer de sa femme après plusieurs années de mariage tumultueux, sombre de plus en plus dans un rythme de vie chaotique où se mêlent alcool et drogues. Lors d’un concert au Cow Palace à Daly City lors de la première date de la tournée américaine en septembre 1973, Moon s’écroule même sur scène après avoir pris du PCP et le groupe est contraint de demander à une personne du public (un certain Scot Halpin) de le remplacer pour le reste du show. Mais la situation n’est guère mieux pour John Entwistle et Pete Townshend qui eux-aussi souffrent de gros problèmes d’alcoolisme.

Après Odds and Sods sorti en 1974, une compilation de faces B choisies par John Enstwisle, comme indiqué par lui-même dans la pochette de l’album, les Who travaillent avec Ken Russell sur l’adaptation filmée de Tommy qui sort en 1975 avec entre autres Roger Daltrey, Elton John, Tina Turner et Eric Clapton. Les Who enregistrent en 1975 un nouvel album, The Who by Numbers. Sans le moindre synthétiseur, ce disque est considéré comme le plus “sombre” et le plus personnel de Pete Townshend. Selon les mots d’un journaliste, Townshend, alors en pleine dépression, malmené par sa consommation de drogues et d’alcool, livre avec ce disque une véritable “lettre de suicide”. Peu apprécié de la critique, il se classe tout de même 7ème dans les meilleures ventes d’albums au Royaume-Uni. La sortie de l’album est l’occasion d’une grande tournée qui commence le 4 octobre 1975 et finit le 21 octobre 1976 à Toronto, ce sera le dernier concert public des Who avec Keith Moon.

En 1977, alors que la vague punk déferle sur l’Angleterre, les Who tentent de revenir sur le devant de la scène. Un concert filmé est organisé à Kilburn et aux studios Shepperton pour être intégré dans un documentaire intitulé The Kids Are Alright. Keith Moon qui vit une vie de dépravé en Californie où il s’est exilé pour raisons fiscales, a considérablement pris du poids et a des difficultés à tenir son rôle de batteur. La performance à Kilburn n’est dès lors pas très bonne et le groupe est contraint de rejouer aux studios Shepperton. Malgré l’échec de The Who by Numbers, les Who rejoignent le studio en 1978 pour enregistrer Who Are You, album plutôt expérimental comprenant autant de claviers que de guitares. Mais les Who sont coupés net dans leur élan par la mort subite de Keith Moon, le 7 septembre 1978, d’une surdose du médicament qu’il prenait pour traiter son alcoolisme.

Vingt-quatre heures après la mort de Keith Moon, Pete Townshend annonce cependant que les Who continueront avec un nouveau batteur. En 1979, les Who repartent en tournée avec l’ex-batteur des faces, Kenney Jones ainsi qu’un clavier John Bundrick et une section cuivres, destinées notamment à alléger le volume sonore des concerts habituels des Who, devenus trop forts pour les oreilles de Pete Townshend, malmenées par des années de performances à plein volume. Cette tournée est marqué par la mort de 11 personnes, écrasés et asphyxiés après l’ouverture des portes d’un concert à Cincinnati. En 1979 sort un documentaire sur eux, The Kids Are Alright, dont la bande sonore est plus tard disponible sur disque, et ils produisent la même année une version filmée de Quadrophenia, dans laquelle figure notamment le chanteur Sting. Contrairement à Tommy où les acteurs chantent, et où les musiciens eux-mêmes jouent certains morceaux, ce film utilise des dialogues traditionnels, et reprend l’album pour sa bande originale (avec quelques titres inédits).

En 1981 sort Face Dances, suivi l’année suivante par It’s Hard. Ces deux albums au son très pop sont bien accueillis par la presse et par MTV, mais moins par le public qui les boude. Townshend qui se sent de plus en plus mal à l’aise au sein du groupe, qui prend de plus en plus de drogues et qui s’est séparé de sa femme finit par craquer et dissoudre les Who en 1982. Le groupe fait une dernière tournée avant de partir chacun de leur côté.

Pendant près de vingt-cinq ans, les Who ne sortent aucun album studio. Chacun se consacre d’abord à sa carrière solo, dont celle de Pete Townshend se révèle la plus ambitieuse. Le leader guitariste est ainsi le seul à reprendre sur scène avec le groupe quelques titres issus de ses propres disques.

En 2002, John Entwistle meurt suite à une surdose de cocaïne.

En 2006 et bien que Pete Townshend ait annoncé qu’“il n’y a pas une chance sur un million que les Who refassent un album studio”, un nouvel album studio est enregistré, baptisé Endless Wire. Il comprend entre autres un mini-opéra de onze minutes. Il est largement salué par la critique. Bien que plus introspectif et apaisé que leurs œuvres passées, ce disque très attendu motive avant même sa sortie une gigantesque tournée saluée comme le retour au son des années Who’s Next.

L’actualité du groupe est également cinématographique. Roger Daltrey développe actuellement avec Donald Margulies un long métrage (prévu pour 2012) qui raconte la vie de Keith Moon. Ce film devrait s’intituler See Me Feel Me: Keith Moon Naked For Your Pleasure. Mike Myers est pressenti dans le rôle du batteur, et Nicolas Cage, fan de longue date, ou Tim Roth pourraient bien incarner Pete Townshend.

Pete Townshend était d’un naturel timide et colérique. Il a été le porte-parole de la jeunesse révoltée du milieu des années 1960. Keith Moon a déclaré :

“Être en colère dans le monde des adultes n’est pas donné à tout le monde. Pas à moi, ni à John [Entwistle]. Seulement à moitié pour Roger [Daltrey] mais entièrement pour Pete [Townshend]”.

Le guru de Townshend, Meher Baba, se fait de plus en plus influent sur lui à partir de Tommy, à qui il est dédié. Townshend est alors en quête de spiritualité. Il n’est d’ailleurs pas rare, à cette époque, de retrouver Pete Townshend dans des émissions religieuses à la télévision. En 1970, dans le magazine Rolling Stone, il écrit même un article sur son mentor, In Love With Meher Baba.

Meher Baba est, avec Inayat Khan, mystique soufi musicien, une des sources d’inspiration du projet Lifehouse.

Roger Daltrey a expliqué que sur scène était né un concours entre les musiciens ; gagnerait celui qui se ferait le plus remarquer, d’où leur énergie et leur jeu de scène exceptionnel. Le chanteur, avec sa voix puissante, est souvent vêtu lors des concerts (surtout vers 1970) d’une veste à franges ouverte laissant apparaître son torse musclé. Son jeu consiste à lancer son microphone en l’air et à le faire tournoyer pour le rattraper au dernier moment.

Pete Townshend, pourtant très timide hors de la scène, rentre dans ses concerts dans ce qu’il décrit lui-même comme un état second, bondissant avec sa guitare à travers le plateau, fracassant sa guitare au sol et sur les amplis à la fin des concerts et n’hésitant pas à agresser à coups d’instrument tout imprudent qui tenterait d’interrompre le spectacle (Abbie Hoffman en fait les frais lors du festival de Woodstock). Townshend se fait connaître pour son style scénique excentrique, introduisant souvent dans les morceaux joués des solos assourdissants, balançant sa guitare dans la foule et faisant de grands moulinets de son bras droit (technique dite du “windmill”, en français le “moulin à vent”). On ne sait pas vraiment qui a inventé cette technique de jeu des accords. En 1963, alors que The Detours font la première partie des Rolling Stones, Pete dit avoir alors vu Keith Richards balancer son bras au-dessus de la guitare. S’en inspirant, il développe et adopte le “windmill”. Le jeu de Pete Townshend n’est pas réellement d’une haute technicité, notamment dans les solos où il reste en dessous de certains guitaristes de l’époque comme Jimi Hendrix ou Jimmy Page, par contre son utilisation très personnelle du jeu en power chords qu’il alterne souvent à un jeu en arpège en fait un guitariste très intéressant au point de vue rythmique, faisant preuve d’une énergie et d’une puissance peu commune.

Le son des Who en concert est particulièrement puissant : en 1976, un concert au Charlton Athletic Football Ground est homologué par le livre Guinness des records comme le plus “fort” concert de tous les temps (126 décibels SPL, soit 6 décibels de plus que le seuil de la douleur pour l’oreille humaine et autant de bruit qu’un avion au décollage à 300 mètres). Le groupe conserve ce titre pendant près de dix ans.

Le jeu du batteur Keith Moon est également peu conventionnel. En tapant violemment sur ses fûts, en multipliant les breaks, ses batteries survivent rarement à un concert, et doivent souvent être arrimées au sol pour ne pas se déplacer sous ses coups. Sur la plupart des morceaux des Who de la grande époque, Keith Moon semble faire un solo constant. Pour une émission de télévision, il installe dans sa batterie des explosifs qu’il a fait exploser à la fin de My Generation, ce qui, selon la légende, laisse à son partenaire Pete Townshend un trouble auditif permanent. Son attitude sur scène lui vaut le surnom de “Moon the Loon” (traduction approximative : “Moon le barjot”).

Par contraste, John Entwistle développe un jeu de doigts très rapide (on le surnomme à ce titre “Thunderfingers”) et reste absolument immobile et impassible sur scène. Il ne se contente pas de doubler à l’octave le jeu du guitariste, mais sa ligne de basse totalement libre pouvait s’apparenter au jeu d’un deuxième guitariste tant il joue solo. Par ailleurs, le mur de son qu’il crée permettait de faire tenir debout tout le groupe en concert, tout l’édifice musical, lorsque Keith Moon ou Pete Towshend, ensemble ou séparément, partent littéralement “en vrille”. Il est le contre-point parfait de Pete Townshend, jouant même en lead quand le guitariste est en accords. John Entwistle a énormément fait évoluer le rôle du bassiste dans un groupe de rock. Il est aujourd’hui l’influence de beaucoup de bassistes rock et est considéré comme le plus grand bassiste de tous les temps dans son domaine. Il a par ailleurs été élu “bassiste du millénaire”.

Chacun des membres du groupe a eu un ou plusieurs groupes avant de jouer au sein des Who. Pete Townshend et John Entwistle ont d’abord joué dans The Confederates, dans The Aristocrats et The Scorpions. Roger Daltrey, quant à lui, était le guitariste de The Detours.

The Who prend sa forme définitive en 1964, avec Roger Daltrey au chant, Pete Townshend à la guitare, John Entwistle à la basse et Keith Moon à la batterie. Le groupe, très orienté Rhythm and Blues, impressionne déjà sur scène par une très bonne maîtrise technique. Le style très personnel qu’avait Keith Moon de jouer et les moulinets de bras de Pete Townshend contribuent au succès des premiers concerts.

Dès les débuts du groupe, les concerts revêtent une importance essentielle pour le groupe : les Who jouent de manière très énergique, à un volume sonore jamais vu à l’époque, et Pete Townshend détruit systématiquement sa guitare et une partie du matériel à la fin du concert (ce qui n’est pas sans entraîner quelques problèmes d’argent). Townshend racontera par la suite que cette propension à détruire ses guitares, était à l’origine accidentelle. Lors d’un concert du groupe, à leurs débuts dans une salle au plafond particulièrement bas, Pete Townshend à force de gesticuler, heurte le plafond et casse le manche de sa guitare. Ne sachant plus quoi faire et énervé, il brise ce qui lui reste de la guitare. Il est stupéfait de constater qu’au lieu de se moquer de sa mésaventure et de le huer, le public l’applaudit et en redemande. Chris Stamp et Kit Lambert, voyant l’effet du public, vont le pousser dès lors à rééditer un maximum de fois la performance sur scène.

Cette énergie les fera rapidement connaître en tant que groupe de scène dans une Angleterre dont les groupes de rock sont encore assez propres sur eux, au moins en apparence.

À la fin des années 1960, les Who livrent des prestations littéralement explosives. Les destructions d’instruments sur scènes se font très fréquentes, et Townshend s’amuse à martyriser ses guitares et les oreilles des spectateurs, notamment en jouant sur le larsen. Leur passage au Festival international de musique pop de Monterey en juin 1967, dans lequel s’est également produit Jimi Hendrix, marque les esprits. On retiendra notamment une très bonne interprétation de My Generation.

L’album Tommy, grand succès de 196929, est par la suite souvent joué sur scène dans sa quasi-intégralité, notamment au festival de Woodstock (où Townshend a agressé à coups de guitare Abbie Hoffman, activiste politique qui tentait d’interrompre la performance pour prononcer un discours). Leur performance, diffusée dans Woodstock, 3 Days of Peace & Music, finit de les propulser au rang de superstars aux États-Unis.

Les Who participent en 1969 et en 1970 au Festival de l’île de Wight, devant un parterre estimé à 600 000 personnes.

Après cette tournée mondiale de promotion de l’album Tommy, les Who rentrent en Angleterre à la fin de l’année 1969, avec le désir de commercialiser un des lives filmés de la tournée. La très grande quantité des enregistrements et donc les heures d’écoutes qui s’annoncent rebutent le groupe. Ils décident donc de brûler les enregistrements (pour éviter les bootlegs) et programment deux concerts en 1970 : l’un à l’université de Leeds le 14 février et l’autre le jour suivant à Hull (Yorkshire de l’Est), dans le but de les publier. Des problèmes techniques avec la guitare basse évincent le concert de Hull. Le live à l’Université de Leeds (Live at Leeds) paru la même année est souvent considéré comme un des meilleurs albums live de tous les temps. Le groupe y interprète des singles, des reprises, des morceaux tirés des albums et la quasi-totalité de Tommy.

La seconde tournée de promotion de Quadrophenia est loin de se passer aussi bien : en 1974, le groupe ne parvient pas à jouer par-dessus les bandes d’effets sonores et de sons électroniques enregistrés, qui se désynchronisent en permanence. Seule la ville de Paris entendra l’intégralité du show conçu par Pete Townshend. Furieux, ce dernier détruit tout le matériel de la tournée au cours d’un concert, et revient à un spectacle plus simple avec les extraits les moins compliqués de l’album. Une anecdote est restée célèbre : le soir d’un concert de la tournée Quadrophenia, au Cow Palace de San Francisco, le 20 novembre 1973, un fan qui parlait avec Keith Moon lui propose “une nouvelle drogue” géniale quand on en prend un demi-cachet avec un verre de cognac, ce à quoi Keith Moon a répondu “Attends, tu sais qui je suis ? Je suis Keith Moon ! Je prends pas un demi-cachet, j’en prends un entier, moi !”, puis s’est exécuté. Le concert a été filmé. On peut voir Keith Moon s’écrouler sur sa caisse claire en plein milieu d’un morceau : K.O. La “nouvelle drogue” était en fait un somnifère pour chevaux : Keith Moon, hors d’état de jouer, a été remplacé par un spectateur de la foule. Le batteur a mis deux jours à s’en remettre, durant lesquels, transporté en chaise roulante et incapable de parler, il a dû subir les sarcasmes de Pete Townshend.

Le groupe s’éloigne un peu des scènes, préférant travailler sur la version cinéma de Tommy.

Brisé par la mort de Keith Moon en 1978, le groupe décide malgré tout de continuer et embarque le batteur Kenney Jones pour une tournée mondiale qui vise à prouver que les Who sont toujours vivants. Mais le sort s’acharne sur eux : le 3 décembre 1979, à Cincinnati (Ohio), une bousculade juste avant un de leurs concerts fait onze morts parmi les spectateurs. Le groupe est horrifié : Daltrey s’effondre en larmes dans les coulisses. Rien ne sera plus comme avant pour le groupe. 1982 marque la suspension du groupe, sur l’initiative de Pete Townshend. Suit une triomphale tournée d’adieu qui bat des records d’audience, mais le cœur n’y est plus depuis longtemps.

Les Who se reforment tout de même à de nombreuses reprises, notamment pour le Live Aid de 1985. En 1989, le vingtième anniversaire de l’opéra-rock Tommy motive une tournée événement aux États-Unis avec Simon Phillips derrière la batterie.

Six ans plus tard, c’est la réédition de Quadrophenia qui les voit tourner en Amérique et en Europe avec de nombreux invités ; Zak Starkey (fils de Ringo Starr et filleul / élève de Keith Moon) s’installant désormais derrière la batterie. Plusieurs tournées visitent encore les pays anglophones (les Who seront d’ailleurs “victimes” en 1999 d’une célèbre escroquerie liée à Internet, la société Pixelon.com prétendant retransmettre sur les écrans du monde entier l’un de leurs concerts à Las Vegas).

Quelques disques live émergent aussi de leurs archives – dont le Live at the Isle of Wight Festival 1970, du festival du même nom. Le 27 juin 2002, à la veille d’une nouvelle tournée, John Entwistle est trouvé mort dans une chambre d’hôtel de Las Vegas, victime d’une crise cardiaque. Il aurait apparemment décidé de fêter le retour de son groupe en prenant de la cocaïne, ce que n’a pas supporté son cœur déjà usé par des années d’excès.

Malgré la mort d’Entwistle, les Who reprennent la route en 200252 et confirment leur forme retrouvée, Roger Daltrey assumant une voix plus “rocailleuse” mais toujours puissante. Si Pete Townshend a un peu perdu de ses acrobaties scéniques, il compense en ponctuant son jeu de solos improvisés plus longs et compliqués que dans le passé. Pino Palladino remplace John Entwistle dans la quasi-totalité des concerts. Le groupe est convié, le 2 juillet 2005, au Live 8 de Londres : il y joue Who Are You et Won’t Get Fooled Again, avec à la batterie Steve White (batteur de Paul Weller et frère d’Alan White, ex-membre d’Oasis) et Damon Minchella à la basse (Pino Palladino étant retenu en Amérique du Sud en tant que bassiste de Jeff Beck).

En novembre 2006, le groupe propose à Zak Starkey de devenir membre à part entière du groupe, mais celui-ci décline l’invitation.

Depuis sa dernière reformation en 2002, le groupe continue de se produire en tournées internationales (notamment en Amérique du Nord). Un concert à Bercy (Paris) a lieu le 6 juin 2007. Sylvain Siclier, dans son compte-rendu du concert paru dans le journal Le Monde, écrit :

“Il n’y a pas si longtemps, le groupe était qualifié de dinosaure du rock. À Bercy, il avait fière allure”.

Le 7 février 2010, ils animent le spectacle de mi-temps du Super Bowl XLIV à Miami. En avril, Pete Towshend annonce sur son blog qu’il écrit un nouvel opéra-rock nommé Floss, prévu pour 2011.

Le 12 août 2012, le groupe termine la cérémonie de clôture des jeux olympiques de Londres par une reprise de leurs plus célèbres tubes.

Une tournée mondiale, Quadrophenia and More Tour, débute en novembre 2012, prévue pour durer jusqu’au 8 juillet 2013, avec un concert au POPB de Paris, le 3 juillet. Sous la direction musicale de Frank Simes aux claviers, plusieurs musiciens accompagnent les deux membres originaux restants, notamment Zak Starkey, le fils de Ringo Starr, à la batterie, Simon, le plus jeune frère de Pete Townshend, aux guitares et à la mandoline, et Pino Palladino à la basse.

The Who ont été l’un des groupes de rock les plus populaires et les plus influents de leur époque. Emblématique de la démarche des musiciens britanniques des années 1960, le groupe illustre comment, en s’inspirant du rock and roll, du blues et du rhythm and blues américains, ils ont progressivement créé un nouveau genre musical qui leur est propre, et dont l’influence s’est étendue au monde entier. Bien qu’aujourd’hui le nom des Who soit moins familier pour le grand public que celui des Beatles ou des Rolling Stones, ils ont laissé une empreinte indélébile et de nombreuses chansons sont encore souvent reprises.

Le style musical des Who, empruntant à la fois au rhythm and blues et rock ‘n’ roll pur et dur, est précurseur, voire pionnier, du hard rock, à l’instar de groupes comme Led Zeppelin (les deux groupes s’entendaient très bien et il est très facile d’établir un parallèle entre leurs histoires), Deep Purple, AC/DC (cf. la plupart des autres groupes fondés au début des années 1970).

Surnommés “The Godfathers of Punk” (“les Parrains du Punk”), dans de nombreuses biographies comme dans le film de Spike Lee Summer of Sam, le groupe est connu pour être une des sources du mouvement punk, notamment pour son agressivité sur scène, son arrogance et sa violence. Après un premier album très énervé pour l’époque, les Who ont signé plusieurs opéras rock, qui deviendront à la fin des années 1970 le symbole de ce que ces mêmes punks voudront détruire.

Le groupe sera ensuite l’un des précurseurs de l’usage du synthétiseur dans le rock, en enregistrant, avec Who Are You et Who’s Next, deux albums basés en grande partie sur cet instrument. Cette volonté permanente de faire progresser leur musique, aussi bien dans l’esprit que dans la technique – on peut par exemple mentionner Doctor, Doctor ou une version single de Mary-Anne with the Shaky Hand qui est chantée dans un vibrato, ou même l’utilisation répétée du Cor d’harmonie par John Entwistle – explique pour beaucoup l’influence que les Who continuent d’avoir de nos jours sur l’ensemble de la scène rock.

The Who faisaient par ailleurs partie des groupes les plus spectaculaires de leur temps sur scène, et ont contribué à redéfinir le principe du concert de rock. Cette débauche d’énergie et de puissance sonore – les Who ont longtemps été le groupe le plus bruyant du monde, toutes catégories confondues – contraste avec les thèmes profonds abordés par le groupe.

Cette volonté de mettre l’expérimentation, aussi bien sonore que littéraire, à la portée du plus grand nombre, mais sans pour autant faire de concession, est sans doute l’un des points qui réunissent quelques-uns des plus grands artistes rock de cette époque, tels que les Beatles ou Bob Dylan. Une volonté qui a permis au rock and roll de cette époque de devenir le mouvement musical le plus influent du XXème siècle, aussi bien sur le plan artistique que social ou politique.

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