Guardian – 15 février 2008 : Le Pays de Galles

Nicky Wire réfléchit sur la tradition musicale de son pays natal – le Pays de Galles.

Il existe un très joli mot gallois, cynefin, qui signifie “habitat”. C’est l’idée qu’il y a des facteurs dans notre environnement qui ont une influence sur nous sans bien même nous nous en rendons compte – notre art, notre langue, même notre religion. Les Manic Street Preachers ont été très influencés par notre environnement.

Il est difficile d’estimer le Pays de Galles en termes de musique. Nous sommes originaires du Sud du Pays de Galles, qui est rempli de mines et de vallées – c’est une région socialiste, et cela nous a beaucoup affecté, au contraire de l’Ouest du Pays de Galles pastoral, d’où viennent les Super Furry Animals. L’atmosphère du Sud du Pays de Galles quand nous grandissions était militante, hautement chargée et maladivement en colère – nous étions aigris et c’est toujours difficile de nous enlever cela. Mais une chose de notre domaine du Sud du Pays de Galles, c’est que tout le monde sait chanter. C’est notre identité nationale.

Tous les chanteurs rock gallois savent bien chanter – Cerys Matthews, Gruff Rhys des Super Furries, James Dean Bradfield, évidemment. Cela remonte à 200 ans, à quelque chose de spirituel, les églises et la ferveur baptiste. Cela semble être un cliché absolu, mais l’emphase sur le chant est quasiment un métier ici. La première participation des gens dans la musique n’était pas l’écriture de chansons ou être dans un groupe, c’était le chant. C’est pourquoi beaucoup de chanteurs ont atterri dans le showbiz, comme Tom Jones et Shirley Bassey. J’ai une cassette de Paul Robeson qui rend visite aux mineurs du Sud du Pays de Galles ; il chante merveilleusement bien et ils chantent merveilleusement bien, et il leur dit : “Vous êtes géniaux”.

Ainsi, les groupes gallois ont toujours été capables de faire cela, mais vous prenez un chanteur de n’importe quel groupe important de Manchester – Ian Brown ou n’importe qui – et il ne sait pas chanter ; avec eux, ce n’est que de l’attitude. Richey Edwards et moi étions absolument incapables de chanter, mais ce n’était pas grave, parce que nous avions James, qui avait été en chorale et qui était également un guitariste génial, et Sean, qui avait une formation classique dans les fanfares. Alors c’était bon que nous avions derrière nous.

Le seul groupe gallois à nous avoir influencé lorsque nous étions jeunes était Badfinger. C’était une opportunité manquée, un glorieux échec, un suicide, un désastre, une promesse non tenue – tous ces traits gallois. Ils ont influencé les Super Furries, aussi. Mais, en toute honnêteté, aucun groupe gallois nous a réellement influencés, en partie parce que lorsque nous grandissions, il n’y en avait pas. Il y avait une scène galloise à l’époque, qui a récemment été compilée sur un album intitulé Welsh Rare Beat, qui était beaucoup de poésie de protestation galloise et des trucs décalés et folk, mais cela ne s’appliquait pas à nous. S’il existe un groupe gallois quintessentiel, c’est les Super Furries, parce qu’ils sont bilingues, intelligents et magnifiques. Ils résument la totalité du Pays de Galles bien mieux que nous. Ils sont imprégnés de quelque chose – eh bien, je déteste dire “cosmique”, mais oui, ils sont cosmiques. Tandis que nous, nous avons toujours été cyniques et tristes – nous incarnons la chose ouvrière destructive, mélangeant l’extraordinaire intelligence avec de la destruction nihiliste.

Il y a une division Nord/Sud, bien que ce soit plus une division Nord-Ouest/Sud. Si on jette un œil sur nous, les Stereophonics et même Goldie Lookin Chain – les groupes du Sud – et puis au Nord et à l’Ouest, ce qui inclut Badfinger et les Gorky’s Zygotic Mynci, il y a bien plus de beauté et de satisfaction dans leurs chansons. Elles sont plus pastorales et parlent plus de la nature, parce qu’ils vivent dans un paysage si magnifique. Les vallées du Sud du Pays de Galles sont jolies aujourd’hui, mais durant notre enfance, quand ce n’était que des mines, c’était un endroit bizarre. La musique reflète les mines et l’industrie lourde que nous avions l’habitude d’avoir ici – c’est bien plus rock. C’est les Lostprophets, Bullet For My Valentine et Funeral For A Friend. Plus vous allez au Nord et à l’Ouest, plus ce sont des trucs folks et en gallois, et beaucoup de poches vers Liverpool sont orientées vers la dance.

Avant 1990, il était très difficile pour les groupes gallois d’aller autre part, parce qu’il n’y avait pas de grande histoire de succès. Nous avions de grands chanteurs et de grands showmen, mais rien ne se passait dans le rock. Je ne sais pas si nous sommes responsables de cela, mais depuis nous, il y a bien plus de groupes qui sortent du Pays de Galles, et j’en suis heureux. Depuis les Manics, les groupes gallois sont décrits en dehors du Pays de galles comme gallois, alors qu’avant ce n’était pas le cas. Quand nous sommes allés pour la première fois au Japon et aux États-Unis, les gens disaient : “Alors, ça fait quoi de vivre en Angleterre ?” Cela a changé aujourd’hui ; les gens savent d’où nous venons. Je ne suis pas nationaliste, mais je viens du Pays de Galles, et je veux que les gens ne se trompent pas.

Les Gallois ont beaucoup de mal à assimiler le succès. Quand notre moment “Oasis à Knebworth” est arrivé – à l’époque de This Is My Truth Tell Me Yours en 1998, quand nous remplissions le Millenium Stadium – nous ne l’avons pas apprécié comme nous l’aurions dû. Nous avons demandé : “Si on est si populaires, est-ce que ça veut dire qu’on est de la merde ?” Quelque chose dans le psyché gallois rejette le succès : il y a une tendance auto-destructive. La région est jonchée de personnes comme nous.

Mais même au Pays de Galles, nous étions tellement décalés quand nous avons commencé. Nous étions si différents de tout que c’était cool. La région est constituée de petits villages avec beaucoup d’hostilité entre nous, et cela a pris du temps pour convaincre les gens de combien nous étions bons, parce que nous étions ridicules au début. Beaucoup de groupes ont essayé d’obtenir des fans locaux, mais nous rejetions cela, parce que nous voulions être le plus grand groupe du monde, pas le plus gros du Pays de Galles. Il y avait une culture cul-de-sac à l’époque : les musiciens pensaient : “Si on peut le faire et survivre dans notre région, alors ça suffit”. Il y avait un manque d’ambition. Je suis content que nous venions d’ici, parce que cela nous a donné une telle éthique de travail, comme un désir de faire nos preuves.

Je ressens la fierté monter en moi quand un groupe gallois perce. C’est sain pour le pays, et c’est une manière facile de faire comprendre au reste du monde – sans leur rabattre les oreilles – que nous savons vraiment bien faire de la musique. John Cale, qui était un quart du Velvet Underground, l’un des groupes les plus influents de tous les temps, ne parlait jamais du fait qu’il est gallois, mais aujourd’hui, oui.

• Nicky Wire est le bassiste et le parolier des Manic Street Preachers

Caroline Sullivan

Traduction – 16 octobre 2008

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