Musicomh.com – 6 mai 2007 : Manic Street Preachers – Send Away The Tigers (Columbia)

4.5/5
Les indices sont présents avant même que vous ne glissiez le CD dans le lecteur. La police de caractère qui imite le cyrillique qui orne la pochette renvoie à The Holy Bible, le dernier album du groupe sur lequel apparaissait Richey Edwards.

Puis il y a une citation de Wyndam Lewis : “Quand un homme est jeune, c’est habituellement un révolutionnaire en quelque sorte. Alors me voici à parler de ma révolution” qui raconte tout ce que vous avez besoin sur cet album. Send Away The Tigers trouve les Manic Street Preachers qui redécouvrent comment ils fonctionnent en tant que groupe et qui parlent de leur révolution.

Les dix dernières années ont vu le groupe errer vers la cinquantaine avec une série d’albums de plus en plus ternes, dont le point d’orgue était l’album Lifeblood descendu par la critique.

Quand James Dean Bradfield et Nicky Wire ont sorti tous les deux des albums solo, beaucoup ont vu cela comme un signe que les Manics n’avaient plus d’influence, mais alors beaucoup ont vu le groupe se désintégrer après la disparition de Richey Edwards et le groupe est revenu avec Everything Must Go : un album qui s’élève comme l’une des meilleures réussites du groupe.

Send Away The Tigers ne sonne pas le glas du groupe : plutôt, il montre un groupe rempli de vigueur et d’enthousiasme accrus. Ils se souviennent ce que cela veut dire d’être les Manic Street Preachers.

Ce n’est pas plus évident que sur le titre phare. Chanson prête pour les stades qui montre que les Manics se sont enfin souvenu comment faire du rock – ce ne pouvait être une déclaration d’intention plus magnifiquement écrite.

Creusez les paroles et vous trouverez des références à la guerre en Irak, à l’alcoolisme et à la perte de Richey (une paraphrase de la lettre de suicide de Tony Hancock apparaît dans le premier couplet – quelque chose qu’Edwards clamait être une des plus belles choses qu’il n’ait jamais lues). C’est typiquement indirect et plein de grandiloquence. Ce bruit que vous pouvez entendre est un soupir de soulagement. Finalement, les Manic Street Preachers sonnent à nouveau vitaux.

Underdogs est un remerciement à tous les fans restés fidèles au groupe depuis toutes les années, ce qui, au vu des derniers albums, est le moindre qu’ils méritent. Introduite par une guitare légèrement grinçante qui semble être tombée des sessions In Utero, les choses se construisent rapidement grâce à une batterie de Sean Moore qui envahit progressivement l’espace. Cela résume parfaitement le chic des rejetés et rappelle ces jours heureux du coca comme gel pour les cheveux et l’eyeliner qui s’accumule à côté du manifeste communiste.

Your Love Alone Is Not Enough est un duo pop parfait avec Nina Persson des Cardigans aux côtés de James Dean Bradfield. Entraînant d’une manière flagrante, pratiquement écrit dans le style d’une vieille mélodie de Tin Pan Alley, il se démarque des autres chansons, ce qui pourrait attirer la critique qu’il a été inclus pour boucher les trous des singles. Mais avec des interprétations parfaites de la part de Persson et de Bradfield, et des cordes qui reviennent à la période Everything Must Go, on dirait un groupe qui aime à nouveau faire de la musique.

Imperial Bodybags et Rendition retrouvent le groupe en territoire politique familier. Quand on en venait à la politique, les Manics ont toujours été brusques. Imperial Bodybags n’est pas différente avec ses images “d’enfants enveloppés dans des drapeaux faits maison” marié à un riff rock’n’roll impossiblement joyeux qui est tout aussi influencé par le Clash et Holiday In Cambodia des Dead Kennedys. Il est bon de revoir le groupe en forme sur ce front aussi.

Le grand moment de l’album est peut-être Autumnsong. Elle démonte avec insolence le riff de Sweet Child O’Mine, avant de se retrouver à un pont qui est du pur Queen. Avec une orchestration magnifiquement détaillée, une production parfaite, des paroles sincères et un gros solo de guitare, elle est à moitié ballade, à moitié rock de stade. C’est toutes les choses à laquelle les Manics aspiraient quand ils étaient des esclaves des Guns N’Roses, voulaient vendre 6 millions d’albums et se séparer après leur premier album à l’époque où ils ont enregistré Generation Terrorists.

Si Send Away The Tigers doit être le chant du cygne des Manics, ils n’auraient pas pu mettre fin aux choses d’une meilleure manière. C’est une album qui rétablit tout ce qui était génial chez le groupe. De grandes chansons rock, des paroles déconcertantes par occasions imprégnées de références, et la polémique politique, tout est là.

La chose importante, c’est que le groupe semble s’être à nouveau amusé à créer de la musique – c’est comme s’ils avaient passé en revue leurs vies et découvert l’intérêt de tout cela. Si Everything Must Go était l’album avec lequel les Manic Street Preachers ont passé l’éponge et mis le feu au passé, alors Send Away The Tigers est la madeleine de Proust avec laquelle ils célèbrent leur histoire. C’est quelque chose qu’on attendait depuis longtemps – un très grand album des Manics.

Sam Shepherd

Traduction – 13 mai 2005

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