Q – novembre 2007 : Des sous contre des questions – Manic Street Preachers

Seize ans après le début de leur carrière, les aimants à controverse de Blackwood n’ont rien perdu de leur vitriol. Armez-vous de courage, la famille royale, les Français et Snow Patrol.

Les Manic Street Preachers s’attendaient à un été paisible. Le batteur Sean Moore avait même réservé des vacances en famille à Ilfracombe. Puis, en mai, est venu l’album qui a ravivé leur carrière, Send Away The Tigers. Vient un appel de dernière minutes des organisateurs du Summer Sonic Festival du Japon leur demandant s’ils pouvaient venir à Osaka jouer, et on a hâtivement écourté ses vacances dans le Sud Ouest de l’Angleterre.

“Une partie de vous se demande toujours si vous avez porté une robé devant des Japonais hurlants pour la dernière fois”, dit le bassiste Nicky Wire avec un large sourire.

Aujourd’hui, Q rencontre le trio à Stir Studio, maison mitoyenne à l’apparence peu prometteuse située près de la garde de Cardiff Central. Un soir durant l’enregistrement du nouvel album, James Dean Bradfield a fait un saut dehors pour fumer une cigarette, seulement pour se confronter à un souteneur qui couchait avec ses filles. “Ça aide à se concentrer avoir une zone interdite juste devant la porte”, dit-il en souriant.

Peu de groupes ont une carrière aussi pleine d’événements que les Manics. Amis d’enfance de la ville galloise de Blackwood, leur crachat de slogans et penchant pour le mascara les a vus considérés comme une blague quand ils ont émergé en 1991. Seize ans plus tard, ils sont devenus un trésor national, bien qu’un dont le côté iconoclaste n’a pas complètement disparu. La période entre les deux n’a pas été sans traumatismes, entre autres la disparition du guitariste Richey Edwards, qui a quitté un hôtel londonien le 1er février 1995 et qui n’a pas été revu depuis.

Le projet d’aujourd’hui est d’enregistrer des faces B mais, comme le dit Bradfield, ils n’ont réussi qu’à manger un paquet de chips jusqu’alors. Tandis qu’ils se rassemblent sur un canapé, Wire s’inquiète qu’ils vont être maltraités par le courrier de Q.

“Merde, dit Bradfield en faisant la grimace. Quand des gens t’ont envoyé des couteaux, il n’y a rien à craindre d’une pile de lettres”.

Nous allons voir…

J’ai entendu que vous étiez devenus promoteurs immobilier et avez souffert de votre propre expérience désastreuse à la Haçienda ?
Jan Stevens, Cardiff
Nicky Wire : Oh oui, on s’est fait remercier en beauté. On a acheté une propriété à Cardiff comme investissement et puis notre manager a décidé de la transformer en club réservé aux membres – sans membre. Un désastre.
James Dean Bradfield : Il s’appelait Union/Undip. Il avait de beaux meubles, de l’ardoise de Cuba, de grandes critiques. Mais on a mérité tout ce qu’on a eu. Ça nous a appris qu’on ne pouvait faire que de la musique.

Nicky, félicitations pour la naissance de ton fils, Stanley. Comment réagiras-tu s’il rentre à la maison à 18 ans avec de l’eyeliner et une jupe ?
Gareth Jenkins, Blackwood
NW : Je serai ravi et je lui serrerai la main. Je serai plus inquiet s’il revenait d’un concert de Snow Patrol. Je serais très, très déçu. J’appellerais un psy tout de suite. Mais les vêtements de femme – ça montre l’imagination. Du moment que tu as une bonne âme et que tu ne blesses personne, peu importe ce que tu fais.

Sean, comment vont tes talents en kendo ?
Gill Taggart, Londres
SM : Eh bien, c’est en veilleuse à cause de la tournée. Ça m’intéresse depuis mes 8 ans, mais je m’y suis mis qu’il y a six mois. C’est un art martial de semi-contact et le premier avec l’égalité des sexes. Les hommes et les femmes se battent avec un grand bâton. Pour moi, c’est juste une extension de la batterie, sauf qu’on n’a qu’un grand bâton.
NW : Il pense à James et moi quand il le pratique.

Si Richey revenait aujourd’hui de manière complètement inattendue, que serait la première chose que chacun d’entre vous lui dirait ?
Jason Bradbury, Mansfield
NW : Comment va ton jeu de guitare, s’est-il amélioré ? Non, je suppose que je lui demanderais s’il va bien.
JDB : Je pense qu’on considère toujours cette possibilité de temps en temps. Pour moi, ce serait une joie mais également une peur. Je pense que je pleurerais toutes les putains de larmes de mon corps. Des larmes de joie en étant traumatisé.
NW : Quand tu as connu quelqu’un d’aussi avancé sur le plan intellectuel, on ne peut rejeter quoi que ce soit. On a fait plus d’albums sans lui maintenant qu’on a fait avec lui. On ne l’a pas encore revu. Mais tandis que j’écrivais ces paroles qui lui étaient adressées sur Your Love Alone… [single de 2007] quelque chose m’a touché à mon bureau quand j’ai écrit : “J’aurais pu te montrer comment pleurer”. C’était un moment de connexion cinétique et intellectuelle.
SM : Quand il a disparu, j’ai passé une semaine à faire le plancher de mon grenier. Ça a pris une semaine pour couper le bois, le poser et descendre les saletés deux étages plus bas. C’était ma thérapie. Dieu seul sait comment je me sentirais s’il revenait.

Nicky, pourrais-tu toujours jouer au football pour le Pays de Galles ?
Tom Carter, Cirencester
NW : Non. J’aimerais avoir joué au cricket pour le Glamorgan ou au foot pour le Pays de Galles. [Wire était le capitaine de l’équipe galloise des moins de 16 ans]. Ça me déprime de ne pas y être arrivé. Mais je pourrais être un manager. Je pourrais réinventé le management dans un style intellectuel. Je pourrais apporter des textes philosophiques pour motiver une équipe. s’ils voulaient de la musique pour les préparer mentalement alors d’accord. Mais tous ceux qui écoutent de la dance – sur la liste des transferts.

Si vous pouviez être une femme pendant 24 heures, que feriez-vous ?
Eleanor Watts, Sandhurst
NW : Ce serait merveilleux. J’irais dans les magasins de chaussures pour femmes – leurs chaussures sont tellement meilleures que celles des hommes. J’aimerais des Jimmy Choos.
SM : J’aimerais améliorer mes gémissements.

Fidel Castro est un dictateur homophobe marxiste. Pourquoi pensez-vous qu’il est si génial ?
Murray Keith, Chesterfield
NW : On voulait lancer un album et rendre ça excitant. [Know Your Enemy, de 2001, qu’ils ont lancé avec un concert à la Havane]. On avait gagné quatre Brit Awards. On était l’ultime groupe de l’industrie. On voulait quelque chose de différent et de non politiquement correct.
JDB : Dès que l’opportunité de la photo avec Castro s’est pointée, ce qui était une grosse surprise, je me suis rendu compte qu’on serait vus comme soutenant tout ce qu’il dit. Autant que je respecte la ligne impossible qu’ils doivent suivre [à Cuba], il n’est pas parfait. Ils ont une grande espérance de vie et ils sont pleins de fierté civile. Mais oui, ils aiment un peu trop les armes à mon goût.

Vous avez fait des compliments sur le nouveau premier ministre, disant qu’il travaille dur. Auriez-vous dit la même chose à 21 ans ?
B Cope, Cardiff
NW : Oui. Je déteste les jeunes qui disent : “Je ne me sens pas lié à Gordon, il n’est pas sur MySpace !” Mais qu’est-ce que ça a à voir avec, bordel ? Je veux un homme dont le cœur est au bon endroit, qui a un cerveau deux fois plus gros que le mien, qui se lève et lit Kant [le philosophe allemand, Emmanuel] et Kierkegaard [le théologien danois, Søren] et puis travaille 20 heures par jour et qui fait un travail excellent. C’est ce qu’on a.

Quand peut-on s’attendre à l’album solo de Sean Moore ?
Jonathan Oury, Hendon
SM : Jamais. Qu’est-ce que j’ajouterais au monde ?
JDB : Ça ne m’a pas arrêté ni Wire.

Nicky, Buckingham Palace t’appelle pour t’anoblir. Acceptes-tu ?
Paul Cash, Reading
NW : Non. Je suis complètement gêné par les enculés qui ressentent le besoin de faire ça. On nous a demandé de jouer lors de l’ouverture de l’Assemblée Galloise devant la Reine. On a refusé. Je n’ai aucune idée pour Bono qui voudrait se faire appeler Sir Bono. Il a moulé quelque chose de génial de son propre droit – comment une récompense de la famille royale s’ajoute à ça ?
JDB : Il n’y a aucune animosité là. Politiquement, on ne croit juste pas en eux.
NW : Oh non, je les déteste.

Quelle a été la chose la plus abaissante que vous ayiez faite en tant que groupe ?
Brian Harris, Minehead
NW : Vogue version italienne voulait qu’on s’habille en spermatozoïde géant. Mais j’ai surpassé en sortant ma queue pour le magazine Select. On pouvait voir mes poils mais ma queue était juste cachée. Une grosse erreur.
JDB : On a dû faire un bras de fer avec des marionnettes de moutons pour une émission jeunesse irlandaise. Même si on aurait vendu un million d’albums grâce à ça, ça n’aurait pas été digne de la dévaluation de notre dignité.

James, j’essaie de perdre quelques kilos. As-tu de bons conseils de régime ?
Frank Yates, Salford
JDB : Merci d’avoir remarqué. Oui, j’ai réussi à perdre quelques kilos pour cet album. J’ai banni les pâtes et les frites. J’ai recommencé à courir dans Cardiff Bay. Et j’ai commencé à diluer mon jus de fruits avec la moitié d’eau, ce qui est un conseil de Nick.
NW : Abandonner les frites, c’est plus dur que les clopes. Les frites et la télé. Ma vie serait assez vide sans elles. Un vieux paquet de frites est meilleur que les meilleures pâtes.

Pourquoi les groupes n’ont rien à dire aujourd’hui dans les interviews ?
James Houlston, Poole
NW : Durant les 10 dernières années, ne rien dire a été la route la plus rapide vers la célébrité. On a eu 10 ans de stabilité économique, les gens sont vaguement satisfaits et ainsi, ce que vous obtenez, c’est… Coldplay. S’il y a une récession, tu remarqueras, il y aura des salauds à grande gueule partout.

Crappergate. Vous voulez vous expliquer à ce propos ? [Au festival de Glastonbury de 1999, le groupe a réquisitionné un toilette portable avec un panneau : “Ces facilités sont réservées exclusivement aux Manic Street Preachers”.]
Jamie Christopherson, Burton-On-Trent
NW : C’était moi. Rien à voir avec le public. Je ne voulais pas partager des toilettes avec d’autres musiciens à Glastonbury. Je ne fume pas. Je ne me drogue pas. Je ne veux pas que quelqu’un prenne de la coco dans mes toilettes. Je ne vois rien de mal là-dedans. Est-ce l’essence de Glastonbury que tu dois partager des toilettes ?

Raconte nous une blague Sean.
Sarah Belton, Gloucester
SM : Non, va te faire foutre.

Allez James, quand tu as produit un album de Kylie Minogue au milieu des années 1990, as-tu pensé que tu avais une chance ?
Steve Gilmore, The Wirral
NW : Oh oui, bonne question !
JDB : Eh bien, je vais te raconter une histoire à propos de ça. J’étais là, assis à la console, à manger des frites, et ce Français qu’elle voyait à l’époque [le réalisateur de clips Stéphane Sednaoui] était toujours là. Il venait lui dire : [adopte un accent français comique] : “Bonjour, comment va ma petite princesses aujourd’hui ?” Et puis il me disait : “Ce soir, on mange sushi, le plat le plus sensuel”. En gros, il disait : “Va te faire foutre gros lard mangeur de frites, je suis français, je suis bien plus sexy que toi, t’as pas une chance”. Puis il est parti et il y avait une photo de lui dans un magazine avec une nouvelle coupe de cheveux – une sorte de pointe devant et le reste de sa tête était chauve. Kylie a dit : “Tu aimes la nouvelle coupe de Stéphane ?”. J’ai dit : “Je pense qu’il ressemble à un crétin, honnêtement”. Elle semblait déçue. Elle a dit : “C’est pas la peine de dire ça”. Je me sentais crétin. Toute me rage pour lui était remontée à la surface. Mais Kylie a été adorable jusqu’au bout. Et je portais des shorts khakis, des lunettes bon marché et avait la gueule de bois alors non, aucune chance.

Vous avez écrit des chansons sur l’anorexie, la guerre d’Espagne, la lutte des classes. Avez-vous déjà rejeté un sujet comme étant trop sérieux ?
Phil Cottee, Dundee
NW : Il y avait une chanson qui s’appelait War Forever, qui promouvait l’idée que la guerre était une bonne chose. Après réflexion, on a décidé qu’on luttait probablement à la recherche de sujet.
JDB : Il y avait aussi une chanson qui s’appelait Anniversary To No One. Elle parlait de la destruction gratuite et de la haine de tout. C’était une des rares fois où j’ai en fait été perturbé par l’écriture de quelqu’un.

Sean, quel a été le gadget le plus inutile que tu n’aies jamais acheté ?
Jonathan Townshend, Bath
SM : J’ai acheté une montre Breitling qui émet un signal lumineux d’urgence, de manière à ce que si tu te perds ou que ton avion s’écrase, les gens de Breitling puissent te retrouver. Le prix inclut un sauvetage partout dans le monde. Aussi, j’ai acheté un téléphone satellitaire que je n’ai jamais utilisé. Se retrouver en plan est un peu un thème.
NW : Un jour Sean va faire un vide-grenier, et ça sera le plus grand vide-grenier de tous les temps.

James, tu avais un poney nommé Beauty enfant. Puis des gitans l’ont volé et l’ont transformé en nourriture pour chien. Est-ce que c’est dont tu parles toujours ?
Colby Nelson, Maidenhead
JDB : Eh bien, Beauty était le poney de ma tante. Et oui, quand il a disparu, tout le monde a dit que c’était les gitans. J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps. Mais non, l’obscurité ne vient pas seulement de cet incident. Et je ne peux franchement pas dire qu’il a été étable que c’était les gitans.
NW : Notre angoisse vient de notre origine du Sud du Pays de Galles. C’est un désir encapsulé dans le mot gallois “hireath”. Les Irlandais peuvent habituellement voir le bon côté des choses, ils ont un sentiment d’émerveillement. Pas les Gallois. On pense que tout va mal tourner.

Richey Edwards : l’une des grandes icônes du rock. Discutez.
Kev McNeith, Carlisle
NW : Il était toujours inattendu. Si tu t’attendais de lui à ce qu’il soit cool, il ne l’était pas. Il est allé dîner chez l’écrivain Douglas Coupland et quand je lui ai demandé ce qu’il s’est passé, il a dit : “C’est un enfoiré de première. Je l’ai détesté. Je l’ai trouvé vide et complètement crétin”.
JDB : Tu n’as plus de personne comme lui dans le rock. Il n’était pas du tout intéressé par jouer de la guitare. Il ne savait pas jouer de la guitare. Et pourtant sa contribution était immense. C’était une rock star dans des termes complètement différents.

Traduction – 16 janvier 2010

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