The Guardian – 27 novembre 2008 : Les paroles des Manics étaient quelque chose de spécial

Après la déclaration officielle de sa mort et la nécrologie, le fan des Manics Paul Owen célèbre la vie et les paroles de Richey Edwards.

La nécrologie de Richey Edwards dans le Guardian, le guitariste et co-parolier des Manic Street Preachers, a évidemment réveillé des souvenirs pour un nombre surprenant de personnes quand elle a été publiée hier. À midi, c’était l’histoire la plus lue du jour sur le site du Guardian.

Edwards – qui jouait sous le nom de Richey James – a disparu en 1995, mais sa famille l’a officiellement déclaré mort aujourd’hui, poussant le mémorial d’hier. Il est clair vu le nombre de personnes qui ont lu et commenté l’article que, 13 ans depuis sa disparition, James veut toujours dire quelque chose pour beaucoup, même si beaucoup ont lu l’article parce qu’ils assumaient que son corps avait finalement été retrouvé.

J’étais un grand fan des Manics durant les années 1990, quand j’étais à la fin de mon adolescence et au début de la vingtaine. J’aimais leur combinaison effrontée d’intellectualisme, de nihilisme, de glamour et de pose politique. Tout était emprunté – des écrivains que le groupe admirait et citait libéralement, d’autres groupes tels que les New York Dolls et le Clash et des rappeurs militants Public Enemy, respectivement – mais la combinaison était nouvelle, ou semblait l’être à mes yeux.

La musique des Manics a varié en qualité durant son moment dans le groupe, culminant avec le féroce et angulaire Holy Bible en 1994, mais c’était les paroles – écrites par James et Nicky Wire, le bassiste – qui m’attiraient vraiment. Des références à Albert Camus ou l’invasion de la Grenade m’ont envoyé – et de nombreux autres fans, j’en suis sûr – courir à la bibliothèque pour en savoir plus (il n’y avait pas d’internet à l’époque).

Mais lire la nécrologie m’a fait me demander combien ces paroles tenaient bon aujourd’hui. J’étais adolescent quand James a disparu et j’ai petit à petit perdu intérêt pour le groupe durant ma vingtaine. Est-ce que les paroles des Manics voulaient dire beaucoup pour moi parce qu’ils étaient adolescents et moi aussi ? Ou y avait-il quelque chose qui durait plus longtemps, quelque chose qui mettrait James et Wire là-haut avec les héros qu’ils déclaraient usurper dans la chanson Faster : “Je suis plus fort que Mensa, Miller et Mailer / Je crache du Plath et du Pinter”.

Une partie des fans des Manics qui ont commenté l’article hier semblaient penser ainsi. Red Zebra a nommé James “un parolier étonnant, un poète”. Lonelywreckage a dit : “Je le considère comme l’un des paroliers les plus énigmatiques et stimulants que la Grande Bretagne n’ait jamais produit”. D’autres citaient simplement leurs lignes préférées.

Garth Cartwright, qui a écrit la nécrologie, a été critiqué par un commentateur pour avoir cité seulement une parole des Manics pour illustrer le talent de James : “J’ai ri quand Lennon s’est fait buter”. Pourtant cette ligne – extraite du single des débuts Motown Junk – reflète une partie important de leur charme : leur insistance à exprimer des idées outrageuses qui brisent des tabous. Wire aurait étendu cette opinion de Lennon en disant à un public de New York “La seule chose que cette ville ait fait a été de buter ce putain de John Lennon”. Similaire, sinon moins iconoclaste, était un vœu plus tardif (dans You Love Us) de “jeter de l’acide au visage de la Joconde”.

Le reste de Motown Junk est moins mémorable, et ses paroles sont typiques du premier album qui a suivi, Generation Terrorists, plein de slogans vagues tels que “Tout ce que tu ne m’as jamais donné, c’est l’ennui dans lequel je suffoque” et “Nous vivons dans l’enfer urbain, nous détruisons le rock’n’roll”. Son refrain fait allusion à de plus grandes choses à venir, cependant, comparant les contrastes des artistes de la Motown et les esclaves que leurs ancêtres auraient pu être. Loin de se battre contre cet état, les compositeurs s’associent à la place pour créer des chansons qui “arrêtent ton cerveau de penser pendant 168 secondes”, engourdissant, ou asservissant, les esprits des auditeurs, aussi. Mais c’est si vaguement écrit que cette interprétation pourrait être loin de la réalité.

Generation Terrorists est tout aussi frustrant. Le livret est gonflé de slogans mémorables, évocateurs et nihilistes tels que “Il n’y a rien que je veux voir / Il n’y a nulle part où je veux aller” et “La lumière du jour a produit le rayon de soleil en moi”, mais quelque chansons se tenaient de manière individuelle – des lignes pouvaient facilement être transposées d’une à l’autre sans perte de signification. Des références maladroites à la méthadone et à l’héroïne n’ont pas bien vieilli, non plus.

Une exception est Little Baby Nothing, enregistré avec la star du porno Traci Lords. La chanson est un regard raisonnablement cohérent sur la relation amour et haine entre ceux qui utilisent et performent la pornographie, ou peut-être entre les clients et les prostituées, raconté des deux perspectives des hommes et des femmes. Une partie des lignes sont maladroites, et le coda revient au défaut des Manics de “la culture, l’aliénation, l’ennui et le désespoir”, mais la chanson parle d’un sujet compliqué avec une perspicacité.

Le second album du groupe, Gold Against the Soul, a été critiqué pour son son FM, que le groupe post-Richey a finalement adopté de manière plus ou moins permanente. Les paroles de la chanson sont moins interchangeables que celles de Generation Terrorists et certaines ne sonnent pas fausses. From Despair To Where, par exemple, décrit un protagoniste qui accepte la dépression et évite grandement les slogans flashants pour une imagerie plus poétique : “Dehors, les foules aux bouches bées / Se passent les uns devant les autres comme s’ils étaient drogués”.

La Tristesse Durera est également intéressante. Ici, James et Wire regardent le traitement des vétéran de guerre, “sorti une fois par an, un souvenir de cénotaphe”, et suit la progression pathétique d’une médaille de guerre d’un ancien soldat : “Elle se vend sur les marchés / Est paradée sur les podiums de Milan”. Même les slogans étaient devenus plus tristes et plus poétiques : le titre Life Becoming A Landslide (“La vie s’éboule”), par exemple, ou le refrain répété de “toujours décalé” dans Roses In The Hospital.

James a écrit le gros des paroles du prochain disque du groupe, The Holy Bible, et elles montrent une progression marquée. L’un des meilleurs morceaux de l’album est Ifwhiteamericatoldthetruthforonedayitsworldwouldfallapart, liste dense et furieuse de méfaits américains qui se compare à Harold Pinter, bien que c’est moins un poème, plus une litanie de preuves pour la prosécution : “Statistiques vitales – combien leur peau était blanche / Sans importance – juste un autre drive-by en banlieue”.

Le refrain de la chanson corrompt de manière audacieuse l’insulte raciale “il n’y a pas de noir sur l’Union Jack” et cela a dû en demander du courage pour le chanter sur scène. Elle se termine en disputant contre le Brady Handgun Prevention Act de 1993, probablement à cause du besoin opprimé d’armes s’ils arrêtent d’être opprimés.

Presqu’aussi bon est Faster, qui, dès ses lignes d’ouverture – “Je suis un architecte, ils me traitent de boucher” – rappelle la poésie confessionnelle de Sharon Olds et de Sylvia Plath. Ici James affine le message immanquablement nihiliste du groupe en quelque chose de plus provoquant, presque fier – “Je sais que je ne crois en rien, mais c’est mon rien” (d’où je crois vient la ligne “Je suis Miller et Mailer”).

4st 7lbs est similaire, description hantante et horrible de l’anorexie, écrite d’une perspective féminine. Elle se termine sur une rare note d’humour noir : “Je suis finalement arrivé à comprendre la vie / En fixant sans comprendre mon nombril”.

Des chansons attaquant le politiquement correct (PCP, qui cite des exemples exagérés qui feraient rougir David Cameron) et soutenant la peine de mort (Archives Of Pain) prouvent que la politique de James reflétait plus que la gauche. Pendant ce temps, dans le morceau d’ouverture, Yes, il revient au sujet de Little Baby Nothing, son imagerie désormais plus saisissante et originale : “Dans ces rues infestées de pitié, on peut acheter n’importe quoi / Pour 200$, n’importe qui peut concevoir un Dieu sur vidéo”.

Richey était parti au moment où le groupe a gagné leur succès commercial le plus grand avec Everything Must Go en 1996, mais plusieurs chansons sur cet album comprennent ses paroles. De celles-ci, seule Small Black Flowers That Grow In The Sky, description probablement symbolique d’un animal en cage, semble être plus qu’un sketch.

Les Manics ont récemment annoncé que les paroles de leur prochain album seraient constituées entièrement de paroles “laissées à nous” par James. “Finalement, il semblait être le bon moment de les utiliser… C’est un disque qui célèbre le génie de ses paroles, pleines d’amour, de rage, d’intelligence et de respect”.

James n’était pas un “poète étonnant” quand le groupe a commencé – loin de là – mais il y a eu une claire progression et une maturité grandissante dans son œuvre. Les paroles de The Holy Bible – qu’elles soient ou pas assimilées à de la poésie – se démarquent dans la musique populaire comme inhabituellement stimulantes et distinctives. Si ces nouvelles chansons des Manics améliorent ou ternissent sa réputation reste à voir.

Traduction – 27 septembre 2009

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