The Independent – 01 mai 2009 : Manic Street Preachers – De retour sur les rails, pour de vrai

Le nouvel album des Manic Street Preachers se fait la vitrine de l’inoubliable Richey Edwards, écrit Elisa Bray.

Les Manic Street Preachers ont longtemps gardé les paroles écrites par leur quatrième membre disparu, Richey Edwards. Aujourd’hui, 14 ans après que le jeune homme de 27 ans ait disparu de l’Embassy Hotel dans le quartier londonien de Bayswater la veille de partir aux États-Unis avec le chanteur et guitariste James Dean Bradfield pour une visite de promotion, ils sortent un nouvel album constitué entièrement de ses paroles, intitulé Journal For Plague Lovers.

La décision de publier les paroles perdues de Edwards a dû être difficile. Mais le moment est approprié : il y a six mois, leur parolier et guitariste rythmique a été officiellement déclaré mort, enterrant finalement l’un des mystères les plus persistants du rock. Bien que sa Vauxhall Cavalier a été retrouvée abandonnée près du Severn Bridge quinze jours après sa disparition, et son passeport laissé dans son appartement de Cardiff, Edwards n’a pas été vu depuis et aucune recherche n’a découvert ses restes.

Durant les semaines qui ont précédé sa disparition en février 1995, Edwards a donné des objets personnels à ses collègues. À son co-parolier sur les premiers albums du groupe, le bassiste Nicky Wire, il a donné une poignée de cahiers contenant ses paroles. Là où les mots étaient en prose, les membres du groupe les ont édités en paroles pour les utiliser sur le nouvel album.

Les vers perdus sont imprégnés d’angoisse existentielle et de l’intellect d’Edwards. La violence envers soi, qui se manifestait dans l’automutilation par coupures et brûlures de cigarettes et l’anorexie d’Edwards, pleure de l’imagerie souvent violente et sanglante des paroles de Journal For Plague Lovers. She Bathed Herself In A Bath Of Bleach, continuant dans le format poétique qu’Edwards avait développé durant l’écriture du chef d’œuvre du groupe, The Holy Bible, commence par : “Elle a marché sur du verre brisé par amour / Elle pensait que la peau brûlée ferait plaisir à son amant”. This Joke Sport Severed est imprégné d’images d’“os” et de “peau” en trois couplets de rimes internes finement réalisées. Facing Pace: Top Left se réfère à des visites d’hôpital et à la médication (Edwards s’est fait interner à The Priory peu après la sortie de The Holy Bible en 1994) : “Clinique privée. Dorer la pilule. Les critiques de la guérison. / Le parfum mon escort d’aucune signification. Cette beauté-ci, de la néophobie qui s’incline”. Bien que toujours sombre, les vers perdus sont émaillés d’humour, aussi : “Les Levi’s ont toujours été plus costauds que l’Uzi” (Peeled Apples).

Nicky Wire a dit de la décision du groupe d’utiliser les paroles d’Edwards après tout ce temps : “L’excellence et l’intelligence des paroles ont dicté le fait qu’on a dû finalement les utiliser. L’utilisation de la langue est renversante et les sujets incluent la Grande Odalisque d’Ingres, Marlon Brando, Giant Haystacks, la célébrité, la consommation et la dysmorphophobie, réitérant tous le génie et l’intellect de Richard James Edwards”.

Aux côtés de Wire, Edwards a créé et représenté l’image visuelle du groupe : leur utilisation libre et frappante de l’eyeliner et des vêtements peints à la bombe, rappelant les groupes punks The Clash et les New York Dolls. C’était ce look qui attire ouvertement l’attention qui a mené le journaliste Steve Lamacq à remettre en question leur engagement à leur art dans une interview pour le NME. En réponse, Edwards a sorti brusquement une lame de rasoir et a célèbrement gravé les mots “4Real” (“Pour 2 Vrai”) sur son bras. L’image gore subséquente du sang coulant à flots de l’avant-bras d’Edwards des profondes coupures, qui ont nécessité 17 points de sutures, est devenue l’unes des images les plus iconiques du rock’n’roll. Les premiers fans du groupe qui ont acheté leur single Suicide Is Painless, version du thème de la série télé M*A*S*H, ont été mis dans le secret de la discussion si oui ou non le NME devait publier l’image – l’enregistrement de la conversation a terminé sur la face B du single.

Bien sûr, l’intérêt généré par cette démonstration publique d’auto-mutilation a rehaussé leur carrière. Mais c’était après la mystérieuse disparition d’Edwards que les Manic Street Preachers ont vu leurs plus grands succès commerciaux – leur album de 1996, Everything Must Go, avec ses cinq chansons co-écrites par Edwards, a atteint la deuxième place des charts, et leur suivant, This Is My Truth Tell Me Yours, a été leur premier album à se hisser au sommet des charts. Bien qu’ils aient aussi accru leur productivité, créant cinq albums depuis, l’esprit d’Edwards est toujours resté à leurs côtés. Jamais oublié, lors des concerts aujourd’hui, ils évoquent toujours sa mémoire, dédiant des chansons en hommage à la légende.

Les plus poignantes d’entre toutes sont les paroles de la treizième et dernière chanson du nouvel album, William’s Last Words : “Les rêves, ils partent et meurent” ; “Parce que je suis vraiment fatigué / J’aimerais aller dormir / Et me réveiller heureux”. Couplées à de douces guitares, c’est un triste et émotif adieu. C’est la note de suicide que Richey Edwards n’a jamais laissée derrière lui.

Journal For Plague Lovers sort le 18 mai chez Columbia Records

Traduction – 16 mai 2009

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