Heinrich Himmler

himmlerheinrichMentionné dans les paroles originales de Peeled Apples laissées par Richey Edwards :
“In SB’s Sistine Chapel inabilities wither
Boy smoking cigarette in front of Himmler’s painted ether

O’Brian’s 10th dictionary destroying history
Nutrition is neuroses for a maelstrom of inadequacy”

Heinrich Luitpold Himmler (7 octobre 1900, Munich – 23 mai 1945, Lunebourg) a été l’un des plus hauts dignitaires du Troisième Reich. Il était le maître absolu de la SS (Reichsführer-SS), chef de la police allemande (Chef der Deutschen Polizei), dont la Gestapo et, à partir de 1943, ministre de l’Intérieur du Reich, commandant en chef de l’armée de réserve de la Wehrmacht, (Befehlshaber des Ersatzheeres der Deutschen Wehrmacht). Criminel de guerre, il est considéré comme le Jahrhundertmörder (“meurtrier du siècle”) par certains auteurs allemands. Il s’est suicidé le 23 mai 1945 pour échapper à tout jugement ultérieur.

Himmler a porté la responsabilité la plus lourde dans la liquidation de l’opposition en Allemagne nazie et dans le régime de terreur qui a règné dans les pays occupés. Les camps de concentration et les camps d’extermination dépendaient directement de son autorité, et il a mis en œuvre la Shoah.

Né à Munich le 7 octobre 1900, Heinrich Himmler est le deuxième fils d’Anna Maria Heyderde et de Joseph Gebhard Himmler. Son père, professeur au lycée de Landshut et du réputé Wilhelmsgymnasium, est un homme cultivé, nationaliste et conservateur sans être antisémite. La famille est issue de la moyenne bourgeoisie catholique bavaroise et, le père, en nationaliste convaincu, enseigne à ses fils Gebhard Ludwig (né en 1898), Heinrich et Ernst Hermann (1905-1945) le respect de la patrie allemande. Gebhard et Ernst entreront également dans la SS, mais sans y tenir un rôle particulier. Le père d’Himmler est également le précepteur du prince héritier de Bavière, Heinrich de Wittelsbach, qui accepte d’être le parrain de Heinrich.

Himmler effectue sa scolarité dans un établissement réputé de Landshut, près de Munich. C’est un élève modèle. Petit, peu sportif et myope, il se révèle faible en gymnastique et ses fréquentes absences scolaires dénotent une santé fragile. De 1911 à 1924, il tient un journal intime ; on y voit le portrait d’un jeune homme bien intégré à son milieu et à la société, capable de gentillesse et de générosité. Pendant les vacances de Noël (date inconnue), il fait la lecture à un aveugle ; il organise une manifestation de bienfaisance pour les orphelins et regrette les mauvais traitements infligés aux prisonniers français auxquels il a assisté en 1914.

En août 1914, Heinrich Himmler est enthousiaste à l’éclatement de la Première Guerre mondiale : comme son frère, Gebhard, il souhaite s’engager dans la Reichsmarine, où il n’est pas accepté à cause de sa myopie et de son jeune âge.

Dans son journal, il décrit l’ambiance à Landshut lorsque la guerre est déclarée :

“Les craintifs petits bourgeois de Landshut baissent la tête et ont peur d’être massacrés par les cosaques. Il n’y a d’ailleurs, en Basse-Bavière, pas beaucoup d’enthousiasme dans ceux qui sont restés. On dit que quand fut connu l’ordre de mobilisation générale dans la vieille ville tout le monde pleurnichait ; or je ne m’attendais pas à ça des gens de Basse-Bavière !”
— Heinrich Himmler, Journal intime, août 1914.

Himmler est frustré de ne pouvoir rejoindre une école d’officiers. Grâce à l’intervention de son père, il obtient une dispense d’âge en juin 1917 et est incorporé au IIème régiment d’infanterie bavarois von der Tann. Après six mois de formation en tant qu’élève officier, il est transféré à Ratisbonne, puis à Freising du 15 juin au 15 septembre et enfin à Bayreuth du 15 septembre au 1er octobre 1918. Aspirant, il envoie une lettre à ses parents qu’il signe Miles Heinrich (le soldat Heinrich). À sa grande déception, il est démobilisé deux mois plus tard sans jamais avoir vu le front et rentre chez ses parents à Noël.

Après la guerre il fait partie, avec son frère Gebhard, des cercles militants de Munich (Völkischen Rechten Münchens). Toujours avec son frère, il intègre, en novembre 1919, la 14ème compagnie de la Brigade de protection de Munich, unité de réserve de l’armée fort proche des Freikorps, ces unités non officielles chargées en Bavière par le gouvernement légal social-démocrate d’écraser la République des conseils de Bavière, à tendance communiste, avec l’assentiment des alliés.

L’année suivante, il étudie l’agronomie au lycée technique agricole de Munich, tout en étant stagiaire dans une ferme-école près d’Ingolstadt jusqu’en 1922. Au cours de ses études, il s’affilie à de très nombreuses associations dont le cercle étudiant Burschenschaft Apollo, pour les activités duquel il obtient un certificat médical afin d’être dispensé de beuveries. Il s’inscrit également à une ligue de jeunes pangermaniste, l’Artamanenbund dont le slogan est “le sang, le sol et le glaive”. Cette inscription l’incite à préciser les projets d’expansion vers l’Est que le Reich doit, selon lui, adopter et réaliser.

Durant cette période, il commence également à s’intéresser aux projets allemands dans l’Est de l’Europe, comme il le note dans son journal en 1919. Impressionné par Rüdiger von der Goltz, qu’il écoute lors d’une conférence en novembre 1921, il voit de larges perspectives, pour les Allemands, rameau du peuple germanique selon lui, sur les territoires orientaux, un renouveau par la colonisation et le retour à la terre, moyen de singularisation du paysan aryen par rapport au Juif urbain et décadent.

D’après son journal intime, Himmler fait la connaissance, en 1920 ou 1921, de la fille du propriétaire de la ferme-école où il est stagiaire. De nature timide, il ne lui fait jamais part de ses sentiments. Par la suite, les relations avec les femmes semblent inexistantes. En 1926, il rencontre une infirmière divorcée Margarete Siegroth (née Boden), de sept ans son aînée et protestante. “Marga”, grande blonde aux yeux bleus, correspond à l’idéal de la femme aryenne. Ils se marient le 3 juillet 1928 ; de cette union naît une fille, Gudrun le 8 août 1929. En 1928, le couple investit la dot de “Marga” dans un élevage de poules à Waldtrudering, dans les faubourgs de Munich. Jusqu’à la fin des années 1920, Himmler continue de cultiver sa petite propriété rurale avec son épouse.

Il affectionne sa fille qu’il surnomme Püppi ; il n’en fera pas autant avec le fils adoptif de Marga. Durant ses premières années de vie politique, il semble essayer de remplir son rôle de père et de mari le mieux possible. Les pages de son agenda démontrent qu’il avait des conversations téléphoniques quasi quotidiennes avec sa femme et sa fille. Depuis que sa ferme a fait faillite en 1929, Himmler détient de plus en plus de responsabilités au sein du parti et délaisse son épouse : ils se séparent finalement en 1940 sans divorcer. Le Reichsführer entretient une relation avec une de ses secrétaires, Hedwig Potthast avec qui il aura deux enfants illégitimes : Helge (15 février 1942) et Nanette Dorothea (20 juillet 1944). Ils se sépareront finalement la même année.

Sa vie, durant le début des années 1920, est assez floue. De 1919 à 1922, il étudie à l’Université technique de Munich. En 1922, Himmler sort diplômé ingénieur agronome, semble-t-il comme son frère Gebhard, et devenu laborantin dans une usine d’engrais de la banlieue munichoise. Apparemment il aurait dirigé une exploitation avicole jusqu’à la fin des années 1920. Depuis 1918-1919, il entretient une amitié avec son ancien chef de corps francs, le capitaine nationaliste Ernst Röhm, qui le convertit à ses idées. Début 1923, Himmler devient membre d’une association nationaliste, dont Ernst Röhm est l’un des dirigeants, la Reichsflagge. À la suite de conflits internes, le noyau des militants les plus radicaux, soit 300 personnes emmenées par Röhm, fonde un nouveau groupuscule extrémiste à l’existence éphémère, la Reichskriegsflagge9.

Himmler adhère provisoirement au NSDAP en août 1923, amené par Röhm, qui dirige alors les SA. Lors du putsch de la Brasserie d’Adolf Hitler le 9 novembre 1923, on le voit arborer l’étendard à la tête de l’unité de la Reichskriegflagge qui avait essayé durant la nuit de prendre d’assaut le ministère bavarois de la Guerre situé sur la Ludwigstrasse à Munich. Après le fiasco de l’entreprise, il n’est pas poursuivi en raison de son jeune âge et du fait de ses faibles responsabilités au sein du parti. Hitler étant incarcéré, Himmler rejoint momentanément le Bayrische Volkspartei. Au début de l’année 1924, il quitte probablement le NSDAP pour devenir propagandiste (Parteiredner) actif et efficace au sein du NSFB (Nationalsozialistische Freiheitsbewegung) d’Erich Ludendorff. Dans le monde agricole bavarois, son diplôme et sa compétence inspirent respect et confiance.

Au même moment, Heinrich Himmler continue de fréquenter ses anciennes connaissances d’après-guerre au sein du Freikorps : l’organisation des officiers du peuple allemand (Deutschvölkischer Offizierbund) et celle de l’ancien drapeau impérial (Alt-Reichsflagge). Hitler, bénéficiant d’une libération anticipée (20 décembre 1924), en profite pour refonder le NSDAP au début de l’année suivante. De retour dans le parti en février 1925, Himmler rejoint les SA. Sa lente ascension est en marche : grâce au succès qu’il a rencontré avec Ludendorff, il est dans un premier temps nommé propagandiste (Reichsredner), puis chef de la propagande, Gauleitersuppléant de Basse-Bavière, puis de Haute-Bavière (aux côtés de Gregor Strasser) et enfin Gauleiter du district de Haute-Bavière.

En 1925, afin de disposer d’une unité disciplinée et totalement dévouée, Hitler fonde une sous-section au sein de la SA, la Schutzstaffel (SS) (escadrons de protection) qui constitue sa garde rapprochée. Himmler va tenir une place de premier choix au sein de cette nouvelle organisation. En 1926, il est nommé chef SS du district de Haute-Bavière (Gau-SS-Führer), il dirige un petit groupe de SS. La même année, pendant que Ernst Röhm a émigré en Bolivie, il rencontre le Führer ; ce dernier devient son maître à penser et la fidélité de Himmler passe de Röhm à Hitler. L’année suivante, il est membre de l’État-major des SA. Son sérieux et sa loyauté l’amènent à être nommé adjoint du Reichsführer-SS (Stellvertreter Reichsführer-SS) Erhard Heiden en 1927. Patient, il continue à tenir des rôles secondaires au sein du parti et n’atteint que le grade de SA-Oberführer.

Le cours des choses semble changer en 1928. En janvier, Hitler reprend à son compte la propagande, Himmler devient son adjoint. Sur une photographie datée de la même année sur laquelle Hitler s’adresse aux dirigeants du NSDAP, Himmler est assis à la table d’honneur. À la suite de la démission de Heiden de la tête de la SS, il est nommé le 6 janvier 1929 Reichsführer-SS. À cette date, malgré son titre impressionnant, il ne dirige que 280 hommes avec lesquels il défile devant les dignitaires du parti à Berlin au printemps 1929. Au cours de l’année, on le voit passer en revue les troupes. C’est désormais un proche de Hitler qui le surnomme “le fidèle Heinrich” (der treue Heinrich) mais il reste un subalterne de Röhm, qui fait son retour en 1930. Le Führer lui ordonne de faire de la SS un corps d’élite de la SA, mais échappant au contrôle d’Ernst Röhm, qui devient encombrant à ses yeux.

Longtemps considéré par les hauts dignitaires du parti comme un “brave petit homme” ayant “un bon cœur mais probablement inconstant”, Heinrich Himmler commence à dévoiler sa véritable nature. En 1930 le Reichsführer-SS, qui vient d’être nommé préfet de police de Munich, est toujours subordonné à Ernst Röhm. Ce dernier est revenu à la hâte de Bolivie, pour aider Hitler à maîtriser totalement ses 3 millions de SA. Pour Himmler, la subordination de la SS à la SA est de plus en plus pesante.

Au printemps 1931, il rencontre Reinhard Heydrich tout juste limogé de la Reichsmarine. La confiance est immédiate et le Reichsführer-SS lui propose d’entrer dans la SS et compte tenu de son expérience dans les services de renseignements de la Marine à Kiel, il lui demande de créer un service de renseignement interne à la SS : le futur SD (Sicherheitsdienst). Bras droit d’Himmler, Heydrich est également l’éminence grise de la SS. Ils deviennent si puissants qu’ils irritent certains membres du parti en particulier Joseph Goebbels :

“Je dépiste un complot de grande envergure : la SS (Himmler) entretient un bureau d’espionnage qui me surveille, ici, à Berlin. C’est lui qui est à l’origine de ces rumeurs démentielles […]. Himmler me hait. Désormais je vais travailler à sa perte. Cette bête à cornes sournoise doit disparaître. Même Göring est d’accord avec moi sur ce sujet”
— Joseph Goebbels, 30 juin 1931.

Le 25 janvier 1932, Himmler est nommé chef de la sécurité de la Maison brune, le siège de la direction centrale du mouvement à Munich.

En janvier 1933, Hitler est nommé chancelier. Les SS d’Himmler comptent à peine 52 000 membres comparés aux plusieurs millions de SA de Röhm. Cette différence numérique s’explique notamment par les critères de recrutement de la SS, beaucoup plus stricts que ceux de la SA : depuis le début des années 1930, Himmler exige des postulants de prouver leur appartenance au Aryen Herrenvolk (race aryenne) ; toujours afin de se démarquer de la SA, durant l’automne 1933, il fait concevoir un nouvel uniforme noir pour ses troupes, créé par Hugo Boss. Symboliquement, la séparation entre SS et SA est entamée.

Dès mars 1933, Himmler crée le premier camp de concentration, à Dachau, où il fait interner les opposants.

Avec Hermann Göring et le général Werner von Blomberg, Himmler est de ceux qui pensent que Röhm et ses SA constituent une menace pour la Wehrmacht et le parti nazi. Hitler, qui a besoin de l’appui de l’armée, des milieux conservateurs et des grands industriels est conscient des problèmes soulevés par la SA, pour qui la révolution reste à faire, mais il répugne à agir contre Röhm, un des rares membres du parti qu’il tutoie. Avec la complicité de Heydrich qui en est le véritable inspirateur, Himmler dévoile au Führer un pseudo “putsch de Röhm”. Plusieurs dizaines de responsables de la SA, dont Röhm lui-même, mais aussi des opposants au sein du parti nazi ou à l’extérieur de celui-ci sont assassinés durant la nuit des Longs Couteaux (du 30 juin au 1er juillet 1934. Le lendemain, la SS prend son indépendance vis-à-vis de la SA : il n’y a plus d’obstacle entre le Reichsführer-SS et son Führer.

Ayant acquis son indépendance, le Reichsführer-SS souhaite mettre la main sur le dernier outil de répression qui échappe encore à la SS, la Gestapo. Après de durs conflits avec Göring, celui-ci cède, en 1934, la direction de celle-ci à Himmler et Heydrich, secondés par Heinrich Müller.

Dès 1938, Himmler est favorable à une participation de la SS au conflit qui se prépare. En effet, en novembre 1938, il défend l’idée que les pertes essuyées par les SS dans le conflit qui s’annonce constituent la garantie de la consolidation de la position de la SS après le conflit. Le décret du Führer du 19 aout 1939, plaçant un régiment de SS encaserné au sein de chaque armée, lui donne satisfaction; de plus, la présence de deux unités de la Leibstandarte et de trois unités de la SS-Totenkopf (tête de mort) sur les arrières des troupes engagées contre l’armée polonaise confortent cette tendance. Enfin, Himmler crée la fonction de Chef suprême de la SS et de la police qui lui permet d’accroître son pouvoir en Allemagne, mais surtout dans les territoires occupés.

La préparation du conflit avec la Pologne, dès le printemps 1939, fournit un supplément de compétences à la SS. Lors de réunions préparatoires avec les chefs des Einsatzgruppen, le 18 aout 1939, notamment, Himmler et Heydrich, chef du SD, octroient aux commandants de ces unités une large autonomie dans leur mission de lutte contre les résistants et les élites polonaises. De plus, dans la phase de préparation de la campagne de Pologne, il est prévu que Himmler soit en Pologne sur le terrain et que son action ne rencontre pas d’opposition de la part de Wehrmacht, en application d’ordres de Hitler ; cependant les actions de la SS en Pologne entraînent des tensions entre Himmler et le commandement de la Wehrmacht, qui obtient néanmoins que les ordres transmis aux unités de la SS soient aussi transmis au commandement militaire. Mais, rapidement, l’ordre d’exécuter les partisans, donné sans en avoir avisé l’armée, contribue à accroitre la tension entre le Reichsführer et le commandement de l’armée, sans compter les interventions personnelles de Himmler lorsque des SS sont condamnés par les tribunaux militaires ; après la fin des opérations, Gerd von Runstedt, commandant en chef pour l’Est, émet des réserves sur la politique démographique menée par Himmler et la SS, et souhaite du moins donner son accord à chaque déplacement de population, sans succès. Le représentant d’Himmler dans le territoire du Gouvernement général polonais, le HSSPF Friedrich-Wilhelm Krüger n’en poursuit pas moins la politique de la SS en Pologne. Les mois suivants, Himmler doit affronter l’opposition, non seulement des commandants militaires, mais aussi de Göring, qui insiste sur le nécessaire renforcement du potentiel économique dans le conflit; ces critiques, du moins celles des militaires, cessent après la défaite de la France, les militaires laissant à Himmler et au parti, donc à la SS, la responsabilité de la “lutte ethnique” en Pologne occupée.

De plus, en tant que chef de la police du Reich, il ordonne l’intégration des milices de Volksdeutsche, constituées dans les premiers jours de la campagne, dans la police allemande le 7 octobre 1939.

Nommé le 7 octobre 1939 par un décret de Hitler Commissaire du Reich pour le renforcement de la race allemande, Himmler dispose ainsi du pouvoir d’éliminer les influences néfastes qui menacent le peuple allemand ; dans un premier temps sont concernés les Juifs et les Polonais des territoires annexés, qui doivent être expulsés au bénéfice de colons allemands. Himmler met en place, au sein des services de ce commissariat des offices ruraux, qui ont pour mission de saisir des terres pour la colonisation, juridiquement une prérogative du bureau principal de tutelle de l’Est (HTS), qui ne dépend du Reichsführer SS. Ces offices ruraux dépendent en pratique des chefs suprêmes de la police et des SS. Disposant de plus grandes libertés d’action que dans le Reich, les offices ruraux des territoires polonais, annexés ou non, ont la possibilité d’exproprier des superficies importantes, permettant par exemple, la construction des camps d’extermination d’Auschwitz, Chełmno, Bełżec, MajdanekTreblinka et Sobibor.

À partir de 1941, la guerre à l’Est fournit à la SS, et à son chef, l’occasion de prendre davantage d’ascendant dans les opérations militaires. Ainsi, par un ordre du 26 mai 1941, Himmler place un groupe d’unités SS sous commandement militaire, tout en en gardant le contrôle.

Les deux décrets de Hitler du 17 juillet 1941, fixant définitivement les modalités de l’occupation des territoires occupés en URSS, définit les compétences des principaux acteurs de la politique d’occupation des territoires confiés à une administration civile: Rosenberg et son ministère des territoires de l’Est héritent de l’administration civile, Göring du contrôle de l’exploitation économique de ces territoires, et Himmler exerce une tutelle sur la police, et ainsi, exerce un contrôle sur la politique de maintien de l’ordre : dans chaque commissariat du Reich, ainsi que dans toutes les circonscriptions territoriales qui composent les deux commissariats créés en juillet, sont nommés des chefs de la police et des SS, représentant de Himmler: au sommet de cette hiérarchie, le chef suprême de la police et des SS est responsable directement devant Himmler. À la mort d’Heydrich en juin 1942, Göring confie à Himmler le commandement du RSHA.

Progressivement au cours du conflit, Himmler tente d’obtenir de Hitler, chancelier du Reich, davantage d’autonomie par rapport aux autres centres de pouvoirs au sein du Reich. Par exemple, en 1943, il tente d’obtenir de Hitler une autorisation générale d’utilisation des crédits de l’État, sur le modèle de ce qu’a obtenu la Wehrmacht à partir de 1935. Ainsi, le conflit commencé, Himmler, en tant que chef suprême de la police dans le Reich, nomme, sans se soucier des conséquences financières, des hauts-responsables de la SS à des postes de commandement de la police du Reich. Cette politique de nomination suscite l’ire du ministre des finances, Lutz Schwerin von Krosigk, qui voit se dresser contre lui, non seulement Himmler, mais aussi Hans Lammers, qui concluent un arrangement en mars 1943, au grand dam de certains fonctionnaires de la chancellerie du Reich.

En 1943, il devient ministre de l’Intérieur. À partir de juillet 1944, il étend son domaine de compétence à la justice militaire et, par ses circulaires, encourage une justice de plus en plus expéditive et brutale : en 1945, les cours de justice militaires prononcent 4000 condamnations à mort, tandis que les cours martiales spéciales sont responsables de 6000 à 7000 pendaisons.

Chargé le 15 juillet 1944 par Hitler à la fois de la responsabilité de d’endoctrinement de l’armée et de la juridiction disciplinaire au sein de la Wehrmacht, il supplante dans les faits les militaires responsables de l’armée de réserve.

L’attentat du 20 juillet 1944 vient accroître ses pouvoirs puisqu’il est nommé par Hitler commandant en chef de l’Ersatzheer. Il commence par réorganiser cette armée de réserve en peuplant son centre de commandement de Berlin, qui avait constitué le vivier de recrutement privilégié des conjurés, de fidèles, son adjoint et chef d’état-major étant un SS de confiance, Hans Jüttner, responsable de la direction centrale de la SS. Ensuite, il tente d’insuffler non seulement aux responsables des unités qui la composent, mais aussi aux officiers de la Wehrmacht une fidélité aux idéaux nationaux-socialistes, à l’aide parfois de menaces à peine voilées et surtout, d’évocation des vertus SS. À la tête de cette unité, il est aussi responsable des prisonniers de guerre faits par la Wehrmacht tout au long du conflit  : à ce titre, malgré ses réserves, il est amené à se rapprocher de Vlassov, avec lequel il met sur pied une armée de 45000 soldats. De plus, il joue entre juillet 1944 et janvier 1945 un rôle important dans la gestion de l’équipement de l’armée, qui concerne aussi la gestion des armes secrètes. Toutefois en janvier 1945, malgré le soutien de Goebbels, il se voit retiré sur ordre de Hitler la gestion complète de l’équipement de l’armée.

Cette nomination à la tête de l’Ersatzheer est complétée par sa compétence, octroyée par Hitler le 2 aout 1944, de mener une chasse impitoyable aux planqués et aux administratifs dans les services de l’État et de l’armée, afin de reconstituer des divisions de Volksgrenadier ; 500 000 hommes sont recensés, permettant la constitution de 15 divisions.

Envoyé sur le front Ouest en septembre avec les pleins pouvoirs pour constituer un front homogène, il met un terme au processus de désintégration du front, en ratissant les campagnes, cueillant ainsi les soldats séparés de leur unité, les membres des organisations nationales-socialistes en fuite devant l’avancée des troupes alliées vers l’Est  : au milieu du mois de septembre, sur ses ordres, la police et la SS ont réussi à rallier 160 000 hommes, soldats, membres de l’Organisation Todt, des services administratifs du parti, ou du service du Travail. Commandant du groupe d’armées Oberrhein, il installe son quartier général dans son train spécial, stationné en gare de Triber, en Forêt-Noire, à proximité d’un tunnel; sous son commandement, le groupe d’armées mène trois offensives, mais ne rencontre pas le succès escompté.

En janvier 1945, alors que le front de la Vistule se désintègre, il est affecté par Hitler à la tête du groupe d’armée Vistule, pour tenter de faire des unités qui composent ce groupe d’armées une force de combat cohérente. Il prend son nouveau commandement le 21 janvier, lorsque son train spécial arrive en gare de Scheidemühl. Il prend contact avec les officiers qui composent son état-major, auxquels il donne l’impression d’un “aveugle qui parle de couleurs”. En effet, pour colmater la brèche ouverte par l’Armée rouge, il prône comme solution l’offensive et la résistance autour de places fortes. Sur le front de l’Est, Himmler donne surtout l’impression à ses subordonnés, des officiers d’état-major d’expérience, d’être un novice terrorisé par Hitler. Il semble en prendre conscience progressivement, d’après ce que rapportent ses officiers. Au mois de mars, après une visite de Hitler sur le front, malade, il tente de mener les opérations depuis le sanatorium où il est soigné, mais le 21 mars il est relevé de son commandement.

Depuis l’hiver 1944-1945 Himmler, comme beaucoup de dignitaires nazis, sait que l’Allemagne a perdu la guerre. Mais il continue à sacrifier des milliers d’Allemands en leur martelant que le Reich peut encore être victorieux.

“Nos mauvais ennemis devront constater et comprendre qu’une intrusion en Allemagne, dût-elle réussir ici ou là, leur coûtera un prix qui équivaudra pour eux à un suicide national”.
— Heinrich Himmler, dans un discours du début 1945.

Ses conseillers, par exemple Walter Schellenberg (le chef du contre-espionnage) et Felix Kersten (son médecin), lui proposent de destituer Hitler, ce qu’il refuse de faire. En revanche, afin de donner une seconde chance au parti nazi durant la phase d’après-guerre, il décide de contacter les Anglais et les Américains par le biais du comte Folke Bernadotte. Ce dernier est le vice-président de la Croix-Rouge suédoise et les deux hommes se rencontrent pour la première fois au sanatorium de Hohenlychen près de Berlin le 14 février. Bernadotte prend en note le projet de pacification prévu entre le Reich et les Alliés et proposé par Himmler. Le Reichsführer-SS y stipule que l’Allemagne se soumettrait à la Grande-Bretagne et aux États-Unis à condition qu’elle puisse poursuivre la résistance contre le “bolchévisme”.

Himmler s’enfuit dans la propriété de son médecin Felix Kersten à Hartzwalde, au nord de Berlin. Les Suédois – et probablement Bernadotte lui-même – demandent à Kersten d’intervenir pour éviter le sabotage des camps de concentration comme le voulait Hitler. Le 12 mars 1945, après de longues négociations, Himmler assure qu’on ne sabotera pas les camps de concentration et que la Croix-rouge suédoise sera autorisée à envoyer des vivres pour les prisonniers. Un membre du Congrès juif mondial, Norbert Masur, est dépêché sur place et obtient la garantie que Himmler et ses SS ne molesteront plus aucun Juif.

Le 28 avril, Adolf Hitler est mis au courant des trahisons de Himmler. L’ancien Reichsführer-SS est déchu de ses fonctions et aussitôt remplacé par Karl Hanke du 29 avril 1945 au 5 mai 1945. Après la mort de Hitler, un nouveau et éphémère gouvernement nazi se forme sous la houlette de Dönitz appelé le gouvernement de Flensburg. Tentant de proposer ses services, Himmler est éjecté par l’amiral. Le maréchal Wilhelm Keitel capitule le 8 mai 1945 face aux Soviétiques. Commence alors pour Himmler une véritable chasse à l’homme.

Refoulé par la nouvelle direction nazie, officiellement démis de l’ensemble de ses fonctions le 6 mai 1945, il tente de jouer un rôle important dans le gouvernement de Flensbourg, proposant ses services, et ceux de la SS aux uns et aux autres. Durant cette période, il dispose encore de capacités d’action :

  • les divisions SS,
  • le contrôle de l’Ersatzheer,
  • de la police et du Volkssturm dans les régions non encore contrôlées par les alliés,
  • les agents de renseignements
  • et les effectifs du Werwolf.

Il dispose aussi de monnaies d’échange : les prisonniers de guerre, confiés depuis le mois juillet à l’Ersatzheer et les déportés non encore libérés. Il tente donc de négocier, mais d’échec en échec, il se retrouve isolé au début du mois de mai, sans avoir préparé sa fuite autrement qu’avec de faux papiers militaires et un déguisement de soldat débandé, qui trahissent immédiatement son identité.

Pourchassé par les Alliés, Himmler erre plusieurs jours autour de Flensburg près de la frontière danoise, avec ses derniers fidèles, cinq de ses plus proches collaborateurs: deux de ses aides de camps et des policiers SS de haut rang, dont Heinrich Müller. Son projet est de fuir soit en Bavière soit en Autriche où il pourrait se cacher. Rasé et déguisé en sergent-major de la Geheime Feldpolizei, il porte un bandeau sur l’œil gauche, un uniforme déchiré et de faux papiers au nom de Heinrich Hitzinger, mais ayant refusé d’abandonner ses lunettes, il demeure reconnaissable. L’unité qu’il a rejointe est arrêtée près de Lüneburg par les hommes du sergent Arthur Britton, le 22 mai 1945. Le fait que le pseudo-Hitzinger présente des papiers neufs et tous les documents nécessaires en pleine période de débâcle attire l’attention des policiers professionnels de l’armée britannique.

Son unité est envoyée dans le camp de prisonniers de Bramstedt près de Lüneburg. Un sous-officier britannique raconte la scène du 23 mai 1945 :

“On ne savait pas que c’était Himmler, je savais seulement que c’était un prisonnier important. Quand il est entré dans la pièce, non pas la personne élégante que nous connaissons tous, mais en chemise de l’armée et en caleçon long, avec une couverture autour du corps, je l’ai aussitôt reconnu. Je lui ai adressé la parole en allemand, je lui ai indiqué un canapé libre et je lui ai dit : Voilà votre lit, déshabillez-vous. Il m’a regardé, puis il a regardé un interprète et il a dit Il ne sait pas qui je suis ! J’ai dit : Si je sais, vous êtes Himmler et ceci est votre lit, déshabillez-vous ! Il m’a regardé fixement, mais je lui ai rendu son regard, finalement il a baissé les yeux et s’est assis sur le lit et il a commencé à retirer ses caleçons. Le médecin et le colonel sont entrés, ils cherchaient du poison, nous le soupçonnions d’en dissimuler sur son corps. Le médecin a regardé entre ses orteils, partout sur son corps, sous ses bras, dans ses oreilles, derrière ses oreilles, dans ses cheveux et puis il est arrivé à sa bouche. Il a demandé à Himmler d’ouvrir la bouche, il a obéi et il arrivait à remuer la langue assez facilement. Mais le docteur n’était pas satisfait, il lui a demandé de se rapprocher de la lumière, il s’est approché et il a ouvert la bouche. Le docteur a essayé de lui mettre deux doigts dans la bouche pour mieux regarder. Alors Himmler a retiré la tête d’un seul coup, a mordu le docteur aux doigts et a cassé la capsule de poison qu’il contenait depuis des heures dans sa bouche. Le docteur a dit : Il l’a fait, il est mort. On a mis une couverture sur lui et on l’a laissé là”.
— Témoignage du sergent-major Edwin Austin

Comme beaucoup d’autres nazis, Himmler s’est suicidé le jour même de l’arrestation des membres du gouvernement de Flensburg. Ses derniers mots ont été : “Ich bin Heinrich Himmler” (“Je suis Heinrich Himmler”). Le cadavre aurait été enterré secrètement dans une tombe anonyme quelque part dans la lande de Lüneburg.

En 2005, le controversé Martin Allen affirme que Himmler aurait été assassiné par les Alliés, en affirmant se baser sur de nouveaux documents qui sont en réalité des faux. Sa thèse n’est partagée que par le négationniste David Irving et est notamment relayée sur des sites d’extrême droite comme celui de Vox.

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